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Les sans-noms
Merci a mes lecteurs et à ceux qui m'ont laissé des commentaires!
Chapitre 1 : L’homme en noir
Marine resta profondément endormie jusqu’à seize heures. Ce fut la lumière de fin d’après-midi qui la réveilla : elle était filtrée par une haute fenêtre où des rideaux de couleurs verts-eau avaient été tirés. Il devait faire beau. En tout cas, il ne pleuvait plus, ce qui était un soulagement pour elle.
Elle se roula dans les draps chaud et confortable où on l’avait installé. Et après un rapide tour du propriétaire, elle s’aperçut qu’elle n’était pas dans sa chambre. Déjà son lit à baldaquin faisait une place et demi alors que celui-ci deux et étaient dépourvus de rideaux.
La chambre était plutôt petite par rapport avec celle qu’elle avait toujours eu : il y avait deux étroites fenêtres lambrissées, une grande armoire traditionnelle à l’opposé du lit, un miroir sur le mur de droite soutenu par une commode et un tableau accroché au dessus du lit. Il représentait, comble pour elle, une vieille rue pavée la nuit sous la pluie.
Ses habits étaient soigneusement pliés dans un plastique de nettoyage à sec sur la commode. En jetant un coup d’œil à sa tenue, le rouge lui monta aux joues : elle portait sur ses sous-vêtements une chemise d’homme beaucoup trop large pour elle.
Repoussant les draps, elle voulut sortir du lit, mais au même moment l’unique porte s’ouvrit sur un homme. Cet homme, Marine le connaissait. Elle était sûre de le connaitre. Cette haute stature, et ses lunettes de soleil noir qu’il portait curieusement même à l’intérieur. Puis soudain elle s’en souvint : c’était l’homme qu’elle avait vu au pied de la tour Eiffel.
Ils se regardèrent un instant sans dire un mot, un langage muet s’investissant entre eux, silence que Marine décida de briser :
-Bonjour, je m’appelle Marine Salis, et vous ?
L’homme se contenta de la regarder fixement, les lèvres pincées, apparemment hostile à l’idée de donner son nom. Marine haussa les épaules : ce n’étaient pas grave.
-Merci de vous être occupé de moi quand j’ai eu mon… malaise.
-Les gens comme nous n’ont pas de noms, la reprit-il en se dirigeant vers une fenêtre, regardant à travers les rideaux transparents.
-Comme nous ? Fit la jeune fille, interdite.
-Oui, comme nous. Là, sous la pluie, j’ai senti que tu en étais une. C’est pour ça que je t’ai soigné. Maintenant, si tu as une famille, tu devrais aller la rejoindre.
-Vous voulez dire que je ne suis pas la seule ? Vous aussi vous entendez l’eau ? Demanda Marine, son intérêt réveillé, s’asseyant au bord du lit.
-Hm ? Tu entends l’eau ?
Les yeux de Marine se baissèrent à terre :
-Oui… La moindre petite goutte qui tombe par terre me fait l’impression qu’on vient de lâcher une pierre du deuxième étage d’un appartement…
L’homme la regarda une moue moqueuse sur le visage. Elle ne pouvait pas voir ses yeux, mais elle était certaine qu’ils pétillaient de malice à cet instant même.
-Ce n’est pas drôle ! Et vous, c’est quoi votre problème ?
-Oh… C’est loin d’être un problème…
Il se mit face à elle et retira ses lunettes de soleil noir, découvrant deux yeux légèrement bridé, aux iris rouges où se détachait des pupilles noires allongés.
Marine ouvrit la bouche à ce spectacle, hypnotisée par le regard écarlate.
-Wooh…
Un instant avant qu’il ne remette ses lunettes, elle cru apercevoir une lueur briller dans ses yeux, donnant au visage grave de l’homme un aspect mélancolique.
-A quoi ça sert ? Demanda-t-elle.
-Tu n’as pas besoin de le savoir, répliqua t’il.
Marine avait toujours vu sa bizarreté comme une malédiction, pourtant, pour cet homme, cela semblait une bénédiction.
-Bon je vais te laisser te rhabiller et après tu iras retrouver tes parents adorés… Termina-t-il en se dirigeant vers la porte. Oh, et puis tu plieras ma chemise sur le lit…
Et il sortit, la laissant seule, et profondément dérouté.
Le commissaire Pelet n’avait jamais vu ça. Devant lui était éparpillé plusieurs feuilles provenant de dossiers différents. Tous non résolu. La plupart mettant en jeu des phénomènes paranormaux, d’après ce que disaient les enquêteurs et les témoins. Mais Edouard Pelet était un homme pragmatique, et il ne croyait ni aux fantômes, ni aux vampires et encore moins aux loups-garous. S’il y avait cru, il ne serait jamais devenu le commissaire de la PJ principale de Paris.
Pourtant, ces derniers temps, il semblait y avoir une recrudescence de spectres dans les rues de la ville lumière.
On frappa. C’était un officier :
-Commissaire, on vient de repêcher un vieux dans le fleuve !
Il lui lança un regard excédé :
-Et alors, ce n’est pas comme si on ne repêchait pas souvent des gens dans la Seine ! D’ailleurs je vous ferais remarquer que c’est grâce à la Seine que les commissariats vivent. Parce qu’il y a toujours des cadavres à repêcher ! Et puis on dit « personne âgée » pas « vieux ». Et qu’est ce que vous faisiez à chercher dans la flotte ?
-L’affaire du mari étranglé, m’sieur, fit le jeune homme qui était habitué aux excentricités du commissaire, on cherchait la voiture qui a été balancée avec le faux fric.
-Et alors ?
-Pas de voiture, mais ce vieux.
-… « Personne âgée »…
-Et c’est pas un suicide, le légiste à identifié une balle de fusil cinq centimètres, pour un modèle léger de fusil. Un tir de professionnel ! Bam ! Direct dans le cœur !
-Vous l’avez identifié ?
-Pas encore, il n’avait aucune pièce d’identité sur lui, juste un papier avec des traces d’encres. La flotte a dû effacer ce qu’il y avait dessus.
-Bon eh bien faites ce que vous avez à faire ! Laissez le à la morgue pour deux semaines, et si personne ne déclare sa disparition, hop ! A l’incinérateur et qu’on en entende plus parler !
-Bien commissaire !
Alors qu’il ouvrait la porte du bureau pour repartir, une silhouette lui barra le passage. C’était un homme grand, de la cinquantaine, portant un manteau de cuir d’un marron délavé, il portait des lunettes rectangulaire à monture épaisse et noire, ses cheveux bruns étaient soigneusement aplatis sur son crâne avec du gel. On pouvait voir les sillons du peigne. Il en ressortait une grande impression d’austérité. Trop pour l’officier dont la chemise d’uniforme débordait de son pantalon qui s’empressa de débarrasser le plancher.
-Ah vous voila enfin ! Fit Pelet en s’approchant de l’homme pour lui serrer la main d’une forte poigne qui arracha une brève grimace à l’homme. Vous êtes le capitaine Callas si je ne me trompe pas !
-Non vous ne vous trompez pas commissaire, fit l’homme en décontractant sa main meurtrie.
-J’ai cru que le ministre de l’intérieur n’entendrait jamais mes prières ! S’exclama le commissaire en faisant le tour de son bureau pour s’asseoir sur sa chaise.
-Et pourtant c’est lui en personne qui m’a fait venir à Paris et quitter mon bureau de recherches.
-Ah oui… Vous faites parti de la brigade spécialisée pour les affaires paranormales… Rechigna Pelet.
Callas hocha de la tête et parcourut des yeux les dossiers éparpillés au sol.
-…On dit que vous êtes un génie, continua le commissaire on l’observant attentivement pour le jauger. Les pupilles du capitaine bougeaient très rapidement de droite à gauche, comme s’il analysait avec rapidité le contenu de ce qui se présentait devant lui.
-Si je suis venu, c’est en extension avec mes recherches. Vos rapports décrivent avec précision les habitudes de « Shin »…
- Chin ? Qu’est ce donc que cet hurluberlu ?
- « Shin » est le nom de code qu’utilise le meurtrier. Il ne poursuit aucun but, il loue simplement ses services aux malfrats en tous genre. Aucune description du personnage à part celle d’un homme dans un long manteau noir. Il utilise le plus souvent des fusils à longue portée et ne laisse aucune trace derrière lui. On raconte même que partout où il verse le sang s’ensuit un déluge de pluie…
-Ce ne sont que des élucubrations de bonnes femmes…
-Et pourtant… A chaque fois la pluie nettoie toute trace de sang. Il n’a pas d’habitude horaire, il attaque aussi bien de plein jour que la nuit, comme s’il n’avait pas peur qu’on le voie…
-Vous semblez bien renseigné…
-Evidemment ! Déclara Callas en jetant un dossier sur le bureau surchargé du commissaire, cela fait dix sept ans que je suis à sa recherche !
Pelet feuilleta rapidement les rapports de recherches qu’il contenait avant de le rendre au capitaine :
-Ce sont toutes des affaires perpétrées par Shin ?
-Non. Des cas similaires et différents à la fois… Des meurtres sans explications logiques…
-Vous savez comment ils font ?
-Oui. Ils utilisent leurs dons… Le gouvernement les cache au public, pourtant ils existent vraiment. On les appelle les « Sans Noms ».
L’homme traversa la route quand le feu passa au vert. Dissimulé dans la foule, il ne craignait rien, ni personne. L’enveloppe dans sa poche intérieure pesait légèrement contre sa poitrine.
Il devait la livrer à son commanditaire.
Hélas pour lui, il ne pouvait pas se débarrasser de cette affaire aussi rapidement. Avec un soupir énervé, il revint sur ses pas, jusqu’à une poubelle de grande taille derrière laquelle se cachait la jeune fille. Elle le regarda de ses grands yeux bleus, naïvement étonnée d’avoir été repérée.
-Pourquoi tu me suis ? Demanda-t-il en essayant de garder son calme tout en la foudroyant du regard.
-Je n’ai nulle part où aller, répondit simplement la fille.
-Est-ce que c’est un raison pour me suivre ?! Retourne chez tes parents !
-Je n’en ai pas envie.
-Alors trouve toi un orphelinat et laisse moi tranquille !
Comme il regrettait d’avoir sauvé cette fillette…
Il tourna les talons, pensant que la discussion était close, mais Marine Salis fut rapidement à côté de lui.
-J’ai enfin trouvé quelqu’un comme moi ! Je n’ai pas envie de laisser passer cette chance, lui expliqua t’elle.
-Ecoute petite… Il existe d’autres personne comme moi à embêter…
-Oui mais je ne sais pas où elles sont. Je pourrais t’aider avec mes capacités dans ton métier!
-Tu n’as aucune idée de ce qu’est mon « métier », soupira l’homme avant de continuer avec un rictus moqueur : en plus je ne vois pas a qui tu pourrais être utile avec un pouvoir aussi minable. Tu es plutôt un boulet en fin de compte.
Marine ne le prit pas comme une insulte mais baissa les yeux à terre :
-Moi non plus… Je n’aime pas mon pouvoir… Murmura t’elle en agrippant d’une main le manteau noir et en le secouant.
-Hé oh ! Ne passe pas tes nerfs sur moi !
C’était plutôt lui qui passait ses nerfs sur elle, songea t’il en roulant des yeux avant de la faire lâcher sa grippe sur lui et de lui tourner le dos, cherchant le moyen de semer l’enfant. Mais elle ne bougea pas. Elle resta devant le passage piéton à le regarder comme un chaton abandonné. Tant pis pour elle, il n’aimait pas les animaux, particulièrement quand ils appartenaient déjà à quelqu’un. C’était comme les plantes, il n’avait jamais le temps de s’en occuper et finissaient par crever.
Cette jeune fille n’était pas différente qu’une rose dans un vase. Il lui était facile de la briser et ce n’était pas vraiment ce dont il avait envie. Il s’était bien gardé de lui dire qu’il l’avait observé dans son sommeil. Elle lui avait parut si paisible et si fragile, ses longs cils noirs reposant délicatement sur ses joues et le souffle lent qui soulevait sa poitrine.
Alors qu’il repensait à son teint de lait qui lui faisait la comparer à une poupée en porcelaine, il arriva à destination.
C’était un appartement parisien, qui même s’il n’était pas le summum du luxe, devait coûter une petite fortune. Il regarda la plaque dorée indiquant que le cabinet du médecin Sanpierre était ici, puis sa montre et sonna à son numéro.
Immédiatement une voix féminine lui répondit :
« Ici cabinet du docteur Sanpierre, vous avez un rendez-vous ? »
-Oui, je suis monsieur Jarvis, répondit-il en utilisant le nom qui lui avait servi de couverture. Il y a deux jours il avait prit ce faux rendez-vous sur demande de son commanditaire.
« Merci monsieur, si vous voulez bien prendre la peine d’entrer ! »
La porte se déverrouilla et il rentra dans le bâtiment. Les lumières s’allumèrent automatiquement au fur à mesure qu’il montait les étages et traversait le couloir. Le cabinet se trouvait au deuxième étage et en ouvrant la porte, il tomba sur une salle d’attente. La standardiste lui lança un immense sourire Freedent® en le suivant du regard s’asseoir sur une chaise. Elle en laissa tomber son ancienne occupation, remarqua t’il en grommelant intérieurement et en attrapant au hasard une revue sur la table basse.
Devant lui se tenait une vieille dame couverte de breloques qui tenait dans ses bras un petit chien qui grognait de façon ininterrompu en montrant les dents. Deux dames qui dévoraient leur ELLE des yeux et un petit garçon qui mastiquait bruyamment un chewing-gum.
Grace à ses lunettes à verres noirs il pouvait détailler les gens sans qu’on le remarque, et comme il tournait de temps en temps les feuilles de sa revue, on pouvait le croire en train de lire. Son client ne devait pas encore être là, il ne lui restait plus qu’à attendre.
Le roquet se tourna vers lui pour lui montrer les crocs et il fusilla la bête des yeux. Celui-ci émit un petit couinement avant de s’échapper des bras de sa maîtresse pour se cacher sous la chaise.
-Chouchou ! S’exclama la vieille femme en tirant sur sa laisse incrustée de diamants.
Les animaux sentaient trop bien leur pouvoir.
Il utilisa ses yeux rouges pour regarder à travers le mur et scruter la rue. Identifiant toutes personnes qui s’approchaient de l’appartement. Ses yeux étaient mieux qu’une visée laser. Ils lui permettaient de voir dans la nuit, de voir à travers les objets, de faire des zooms et même de cibler particulièrement une personne.
Inconsciemment il chercha à sentir le poids de son holster sous sa veste quand il remarqua un gros bonhomme arriver d’une voiture noir et s’entourer de deux gardes du corps armés.
-Ouah m’sieur ctrop fort cque vous avez fait avec le clebs ! Lança le gamin qui s’était planté devant lui.
Sa vision redevint normale et il soupira en pensant qu’il en avait assez des gamins.
-Vos lunettes sont trop cools ! J’peux les essayer ?
-…
-Allez soyez sympas !
-… A qui est ce gamin ? Demanda-t-il aux personnes présentes dans la salle.
L’une des femmes releva le nez de son magazine et rougit violemment avant d’appeler son fils et de le réprimander.
L’homme à la voiture noir entra dans le cabinet et après un regard à la volée de la salle, s’installa sur la chaise voisine. Il sortit un journal qu’il posa sur son ventre avant de dire d’une voix détachée :
-Les informations à la télé ne sont plus ce qu’elles étaient…
C’était le mot de passe.
-…Mais la presse est toujours là… Répondit-il d’une voix tout aussi détachée en récupérant l’enveloppe qu’il avait dans sa poche de manteau et en la glissant dans le magazine… Hum ? « Trente ans et toujours belle » constata t’il en levant un sourcil perplexe… Et dire qu’on avait cru qu’il lisait ça ! Enfin passons, ce n’était pas comme s’il allait revoir ces gens.
-Je vous conseille ca magazine, déclara t’il à son voisin tout en se disant qu’il aurait mieux fait de choisir « AutoMoto » qui trônait sur un coin de table.
-Prenez donc mon journal, répondit aimablement le voisin.
Il le prit et regarda furtivement à la page économie où était fixée une liasse de billets. Bien bien, tout était en ordre. Le transfert était achevé.
Il plia le journal et se leva pour sortir.
-Où allez-vous ? Demanda la secrétaire.
-Fumer une clope.
Ce n’était pas tout à fait faux. Il en avait bien besoin. Il devait en rester trois dans une de ses poches. La question était de savoir : où ? Il en avait tellement…
Il commença à fouiller tout en descendant avec vitesse les escaliers. Il sentit sous ses mains un mouchoir, deux briquets, quatre téléphones portables différents, son révolver, une autre paire de lunettes, un préservatif (tiens ?), trois clefs, une barre de malt (il adorait ça), un cadenas, une épingle à nourrice et un Laguiole.
Il ne trouva son paquet qu’une fois sorti et dans la poche arrière de son pantalon.
A la place de reprendre son chemin, il entra dans la ruelle opposée, étroite et encombrée par les poubelles et par un escalier extérieur. Il sortit une cigarette, l’alluma et la porta à sa bouche avec délice. Il en tira une bouffée avant de la rejeter, puis se tourner vers les deux hommes armés qui l’avait suivi.
-Shin ! Le patron veut que tu lui rendes son fric !
-Il a eu ce qu’il voulait.
-Je crois que tu comprends pas le problème, répliqua l’autre avec un accent de la rue et en braquant son pistolet sur lui.
Shin esquissa un sourire moqueur avant de mettre sa clope à sa bouche :
-‘Tain, j’avais pas envie qu’il pleuve !
Son regard devint dur et avant que les autres comprennent de quoi il parlait, il sortit son révolver et tira deux fois sur ses assaillants. Réagissant un peu tardivement (décidemment c’était des blancs) ils tirèrent aussi.
Les yeux rouges firent le reste. Il vit les balles s’approcher au ralenti et les évita sans aucun problème d’une roue sur le côté.
Les hommes de mains qui n’avaient pas cette chance s’écroulèrent à terre l’un mort, l’autre blessé gravement, le sang commençant à couler sur leurs poitrines. Shin s’approcha d’eux, braqua le canon sur la tête du survivant, croisa ses yeux horrifiés et tira.
Peu de temps après il se mit à tomber des gouttes d’eau et l’homme s’écarta des cadavres pour reprendre son chemin. Il sortit la liasse de billets du journal et la rangea précieusement : c’était le résultat de son travail.
Il râla en jetant sa cigarette car la pluie l’avait éteinte et repartit vers son appartement. Sa mission étant accomplie, il ne lui restait plus qu’à attendre que quelqu’un ait besoin de ses services en se faisant oublier. Il devait avoir assez pour vivre deux mois tranquillement.
Le feu était rouge pour les piétons alors il s’arrêta. Cette pluie c’était une malédiction ! Heureusement, elle ne serrait que temporaire et c’était vraiment fin comme chute…
Il se mit à penser à Marine. Elle devait s’être mise à l’abri. D’ailleurs, en y réfléchissant bien, c’était de l’autre côté du trottoir qu’il l’avait laissée.
Il leva les yeux entre les mèches noirs de sa frange mouillée et les goutelettes sur ses lunettes. Il n’en cru pas ses yeux. Cela devait faire deux heures qu’il était parti… Et elle était encore là !
Elle s’était recroquevillée sur elle-même et semblait sur le point de s’évanouir, les mains sur les oreilles, mais elle était toujours là à l’attendre ! Malgré son pouvoir qui la faisait plus souffrir qu’autre chose.
Shin avait aussi souffert les premiers temps. Mais il s’était vite habitué à ses changements de mode de vision. Il ne la blâmait pas, ils n’étaient pas de la même école.
Le feu devint vert et il traversa la route.
Pourquoi n’était-elle pas allée retrouver sa famille ?
Il arriva à son niveau et la jeune fille leva la tête en lui lançant un regard implorant. Il la regarda un moment avant de passer son chemin.
Marine était sur le point de pleurer quand il s’arrêta et se retourna vers elle :
-Eh bien, qu’est ce que tu attends pour venir ?