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Author: Lunathelunatique
Fiction Rated: K+ - French - Angst/Drama - Reviews: 2 - Published: 09-22-06 - Updated: 09-22-06 - id:2250744

Remembrance

Quand les paroles s'envolent, les écrits


Ce jour-là, tu t'étais levée en retard. C'est la bouche pleine que tu disais difficilement à tes parents au revoir. Ta mère t'a réprimandé, disant que ce n'était pas comme cela qu'elle t'avait élevé. Ton père lui, t'avait embrassé sur la joue alors que tu grognais contre le fait que certains ne se rasaient pas le matin. Le téléphone avait sonné alors que tu enfilais tes souliers. Une petite minute au téléphone avec ton amie qui s'inquiétait de ton retard et te voilà en route.

Souriante, tu entrais dans l'autobus. Cette journée allait être belle: tu avais trouvé par terre un 25¢ et sans vouloir être superstitieuse, tu ne pouvais t'empêcher de penser que cette journée allait être spéciale. Dans l'autobus, tu avais un remarqué un gars assez mignon. Dommage qu'il soit sorti deux arrêts plus loin, tu l'aurais sûrement abordé. Passage dans le métro, un homme te bouscule. Le sourire qu'il t'a fait te fait frissonner. Il y a des malades partout. Tu sors en vitesse du métro. La rue est assez bondée, l'heure de pointe n'étant pas encore passée. La douce chaleur du soleil sur ta peau te tient compagnie alors que tu marches en direction du collège. C'était vraiment une journée parfaite. D'ailleurs, le ciel était bien bleu pour un jour de septembre, devais-tu penser avant de t'engouffrer dans l'établissement.

Le temps de t'acheter quelque chose à grignoter dans l'une des distributrices du collège, tu étais dans ta classe. Le cours avait déjà commencé et pour une fois, tu aurais bien voulu arriver à l'heure. Les équipes pour le projet étant déjà faites, tu t'étais retrouvée avec un gars dont tu ne connaissais même pas le nom. Au regard qu'il posa sur toi, tu savais déjà que ce travail n'allait pas être une partie de plaisir. Le cours se termine et vous n'avez encore rien planifié. Ton "coéquipier" sort sans dire un mot.

Après un rapide détour aux toilettes pour te maquiller, tu te rends au prochain cours:philo. Tu dédaignes la place que t'a réservée ton amie. Elle aurait pu te mettre avec elle, mais non! Elle t'a expliqué, en rougissant que son beau Max était avec elle. Frustrée, tu passes le reste du cours à dessiner dans ton cahier.

Le dîner arrive. Assises à la même place, tu ne peux résister à l'appel incessant que fait ta complice avec ses yeux. Très vite, vous vous retrouvez à rire de la nouvelle facétie qu'a faite une connaissance assez maladroite. En mangeant ton hot-dog, tu ne peux t'empêcher de sourire, finalement, la journée, bien que mal commencée finira certainement bien.

Quelqu'un entre en courant dans la salle. Probablement un autre de ces gars qui s'amusent à se courir après. Tu secoues la tête en te rappelant l'époque du "touche pipi". Des pétards se font entendre. Décidément, certains ne grandiront jamais, penses-tu, les mains sur les oreilles pour couvrir le son. Ton amie empoigne ton chandail. Vous criez toutes les deux. Deux autres hommes viennent d'entrer. Et ils sont tous armés, remarques-tu. L'un d'eux se retourne vers vous. Et commence à tirer.

Au début, aucune réaction ne se manifeste. Puis, certains tombent au sol, blessés. Alors, c'est la débandade. Tous fuient. Certains, plus audacieux, essaient de désarmer l'homme armé. Ils tombent rapidement sous les balles. D'autres sont touchés alors qu'ils couraient vers la porte de secours. Et toi, tu es là. Inerte, ton regard dérive. Tu es tétanisée de peur, n'arrive pas à reprendre conscience de la réalité. Des hommes sont dans l'école. Et ils sont armés. Ça ne peut pas arriver ici. Pas à montréal. Finalement, ton amie te tire par la main. Tu te retournes vers elle. Il vous faut partir. Vous vous mettez à courir.

Puis, c'est le vide. Tu ne peux plus respirer. Ton regard se pose sur tes mains que tu as instinctivement placées sur ton cou. Rouge. Comme le sang qui s'échappe de ton corps.

Tu n'as pas eu mal ni peur. Tout a été trop bref et déjà, les bruits environnants te semblent lointains .Les cris d'horreur de ton amie sont faibles et indistincts. Alors tu penses. Tu penses à l'odeur du parfum que portait ta mère ce matin. Au ton bourru qu'a pris ton père pour te réveiller. Comment tout cela te manquera. Mais tu ne pleures pas. Tu es déjà partie.

À Anastasia de Sousa, pour sa vie trop vite terminée. À une fille que je ne connaissais et ne connaitrai jamais.

Ps: Tout cela fait référence à la fusillade de Dawson College à montréal. Pour plus d'infos: mon profil avec un lien.

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