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Author: Harue-YA
Fiction Rated: M - French - General/Romance - Reviews: 40 - Published: 09-23-06 - Updated: 08-13-09 - id:2251061

Auteur : Harue-YA

Genre : Shonen ai

Note : Seconde histoire du recueil d’Histoires de garçon qui se déroule à notre époque. Cette histoire est la suite et fin d’Une soirée pas si pourrie que ça. Je m’excuse du temps d’attente entre les deux parties… Je n’ai pas eu le temps de m’atteler réellement à l’écriture.

En tout cas si vous avez aimé la première partie, que vous appréciez mon style d’écriture – on sait jamais – vous pouvez retrouver une histoire qui suit le même profil que ce recueil dans un livre publié chez les Editions Muffins qui s’intitule La rentrée, j’y suis publiée sous le pseudonyme Cendre Elven.

Disclamer : Toutes les personnes et l’histoire m’appartiennent.

Merci à Umbre77 et à ma Lou-chan pour avoir corrigé cette histoire.

Merci à toutes les personnes ayant laissé des reviews. Je les ai lues avec beaucoup de joie, cela m'a vraiment fait plaisir de voir qu'autant de monde avait apprécié la première nouvelle. J'espère de tout cœur que ce sera aussi le cas avec cette seconde nouvelle.

Résumé : Damien, garçon assez introverti, se retrouve invité pour une sortie en boîte. Seulement, des perturbations au niveau des bus lui font revoir sa sortie grâce aussi à un mystérieux jeune homme. Jeune homme avec qui il va sortir et former un couple après cette mésaventure. Seulement, il est loin de se douter qu'être en couple est aussi compliqué. Le manque de confiance en soi en serait-il la cause ?

Histoires de garçon

Aléas d’un jeune couple

La musique battait son plein, il faisait chaud dans la salle, une odeur de sueur se mêlait à celle de la cigarette. Les lumières de couleurs différentes balayaient la piste de danse où des corps s’enlaçaient, se muaient les uns contre les autres, se découvrant, s’emboîtant, savourant les quelques minutes de la danse sensuelle qu’ils vivaient. Inconnu ou pas, ce n’était qu’une soirée, peut-être plus, mais pour le moment, ce n’était qu’une danse.

Une silhouette de taille moyenne tentait de passer entre les danseurs enfiévrés. Sa fine carrure lui permit d’esquiver adroitement tout le monde pour arriver au bar, qui, lui aussi, était assiégé. Il n’était pourtant pas si tard que ça pour que la boîte où il se trouvait à présent soit prise d’assaut. Il jeta un coup d’œil rapide à sa montre et soupira. La soirée allait être longue. Trop longue à son goût mais il n’était pas venu pour se morfondre.
Jouant des coudes, il put enfin se faire une place contre le rebord en bois. Ses yeux se posèrent directement sur la silhouette du barman. C’était toujours le même : cette même taille, cette même allure, ce doigté pour jongler avec les bouteilles, il était doué, et même si ce n’était pas le métier auquel il dédierait sa vie, le voir faire de telles acrobaties ravissait toujours son public.

- T’ai vraiment trop doué Greg’ !

Le dénommé Greg’ sourit à la jeune femme aux longs cheveux roux et aux yeux pétillants de malice et d’un peu de désir qui le regardait depuis un moment faire ses petits tours. Grégory déposa un cocktail juste sous son nez rajoutant une petite ombrelle en lui faisant un clin d’œil. Il attrapa rapidement deux bouteilles, en posa une sur le comptoir avant d’agiter l’autre et de sortir un verre pour le remplir des deux boissons. Il le fit glisser jusqu’au client avant de passer au suivant. Ses prunelles se posèrent sur un nouvel arrivant et son sourire devint mutin. Il se tourna pour prendre une nouvelle commande. Il se pencha pour écouter ce que le jeune homme avait à lui dire avant de faire sa boisson. Il se dirigea ensuite vers Damien qui le regardait avec une pointe d’exaspération. Il n’arrivait pas à s’y faire, voir Grégory passer de commande en commande et sourire comme ça à tout le monde, semblant si bien les connaître et aguichant à droite et à gauche les clients, son cœur se serrait et son ventre se contractait. Il le savait, c’était de la jalousie. Il était jaloux de toutes ces personnes qui n’avaient aucun mal à extérioriser leurs sentiments, leur attitude, leur comportement, leur manière d’être. Ils étaient à l’aise alors que lui, sa timidité et son côté un peu replié sur lui-même l’handicapaient plus qu’autre chose dans sa relation.

Plongé dans ses pensées, il ne vit pas le rapprochement qu’avait entrepris Grégory et ce ne fut que lorsqu’il sentit les lèvres du brun sur les siennes qu’il percuta que oui, il était juste devant lui. Le barman se détacha en souriant.

- Tu es venu ‘tite marmotte.

- Hum…

Réponse nulle, mais il en avait l’habitude à présent, après tout, il sortait avec lui depuis un bon mois et ça faisait un bon mois qu’il avait compris que Damien mettrait du temps à se décoincer totalement en présence d’une foule de personnes. Depuis cette fameuse soirée où ils s’étaient rencontrés, tout avait été quelque peu bouleversé, que ce soit pour l’un comme pour l’autre. Damien n’avait pas l’habitude de se préoccuper de ce qui tournait ailleurs qu’autour de lui et encore même lui, il passait outre. Sa sœur ne cessait de scander haut et fort dans toute la maison que l’amour faisait parfois des miracles sur les cas de marmotte hibernante. Il s’était maudit la fois où il avait laissé son portable dans la cuisine et où sa sœur s’était fait une joie de répondre en voyant le nom de l’élu du cœur de son frère apparaître à l’écran. Depuis qu’elle avait appris ce diminutif de sa personne, elle le sortait à tout vent. Il soupira de nouveau et Grégory laissa ses bouteilles pour quitter le bar. Il prévint quand même son collègue qui lui accorda une pause en voyant l’expression de déprime sur le visage du petit ami de celui-ci. Le brun attrapa alors le bras du châtain pour l’emmener sur la piste de danse.

Une fois au centre, prenant le rythme, il guida Damien pour un quart d’heure de folie, mélange de différents styles musicaux mais jamais vraiment de danse, juste du corps à corps. Le sourire revenu sur les lèvres de son petit ami le réconforta mais ce ne fut que pour peu de temps, car le travail l’appelait. De toute manière, ce soir il fallait qu’il lui dise quelque chose.

- Et il a dit quoi ? s’exclama Cécile.

- Il a dit que je n’avais pas besoin de me rendre sur son lieu de travail pour le voir. Même si ça lui fait plaisir, il voit très bien que je m’ennuie à mourir. Il m’a donc demandé de ne plus venir, du moins seul.

- Ah ! Dis comme ça, je trouve ça normal. Fit la jeune femme.

- Normal ? Tu veux dire que tu trouves ça tout à fait logique que mon petit ami ne souhaite plus me voir…

- Je n’ai pas dit ça. J’ai dit que je trouvais normal que Greg’ te demande de ne plus venir si c’est pour t’ennuyer durant cinq heures.

Damien ne put rien dire, il savait qu’elle avait raison. Greg’ avait dit ça pour lui. Attendre dans un coin sans s’amuser n’était pas palpitant. Et comme en plus, il n’était pas du genre à apprécier la foule, il n’avait rien à faire à la boîte de nuit.

- Sois raisonnable.

- Mais dans ce cas, ça veut dire que je ne vais plus le voir.

- Vous trouverez bien un autre moyen. Regarde, avec Jérémy, on a mis pratiquement un an avant d’avoir des horaires vraiment compatibles, ce n’est pas pour ça que ça a lâché.

Nathalie lui sourit avant de prendre son livre de cours et de le poser sur la table, le professeur n’allait pas tarder et elle souhaitait pouvoir prendre toutes les notes possibles sans perdre une seule parole.
De son côté, Damien ne se sentit que moyennement rassuré. Un an. C’était long et il n’était pas sûr que Gregory tienne un an avec un jeunot comme lui. Cécile posa sa main sur son épaule en souriant pour le rassurer. Elle avait raison, il fallait qu’il cesse de se prendre la tête pour ça pour le moment. Et puis, il lui fallait son année.

La fin de la journée arriva assez vite et Damien était fatigué. Il adorait ses cours mais parfois le professeur de littérature contemporaine était assez soporifique. D’ailleurs il ne devait même pas avoir remarqué qu’un bon tiers de l’amphi s’était assoupi durant son long monologue. Il y avait peu d’élèves comme Nathalie qui prenaient des notes avec intérêt.

- Moi je trouve que cet auteur est formidable. D’ailleurs, il faut que je me trouve encore trois titres de lui.

- Nath’, ne peux-tu pas parler d’autre chose de temps en temps ? Soupira Nicolas.

- Pour une fois je suis d’accord avec lui, Nath’, le cours est terminé.

La jeune femme leur tira la langue mais les deux garçons n’en furent nullement offusqués. Ils adoraient Nathalie et ce n’était pas maintenant que ça allait changer.

- Oh regardez, c’est la tapette !

Un groupe d’étudiants dans la même année qu’eux passèrent en courant et riant de ce qu’ils venaient de dire. C’était comme ça depuis qu’ils avaient été en boîte avec Caroline et Elodie. Les deux étudiantes n’avaient pas tenu leur langue. C’était tellement plus amusant de faire circuler les rumeurs et de les voir grossir pour devenir quotidiennes. Au début ça avait été dur pour Damien, mais Cécile avait mis les pieds dans le plat au beau milieu d’un cours après avoir reçu pour la cent cinquantième fois en trois jours, une boulette de papier insultante. Au début ils avaient voulu laisser couler, mais elle avait craqué. Depuis son éclat de voix, ça s’était un peu tassé, surtout que le professeur avait enchaîné sur le thème avec quelques auteurs gays. Mais il restait toujours des petits malins pour s’amuser. Damien, étant bien trop extérieur à ce qui se passait autour de lui, avait certes senti un malaise mais n’osait jamais rien dire ou faire. Il s’en fichait tout simplement et puis tant que ses amis étaient là, ça lui suffisait.

- Décidément, même après un mois, y en a qui lâchent pas prise. Souffla Louis.

- Oh ça se tassera tu sais. C’est la rumeur du moment, quand on leur en apprendra une autre, celle-ci ne sera plus d’actualité.

Nicolas remonta son sac sur son épaule et laissa le petit groupe à la sortie de la fac, il ne partait pas dans le même sens que les autres. Nathalie les abandonna à son tour quelques mètres plus loin pour rentrer chez elle avec son petit ami qui sortait du boulot. Damien les envia un instant avant que Cécile ne lui parle d’un nouveau livre qu’elle venait de découvrir. Louis comprenant la manœuvre enchaîna à son tour dessus et Damien fut bien obligé de se joindre à eux.

Seulement, chacun finit par descendre à une station différente et Damien se retrouva seul avec ses pensées plutôt dépressives. Il changea une fois de rame avant d’arriver à son terminus. Il quitta le métro et une fois dehors, il regarda le bus avant de se diriger vers le véhicule pour monter dedans. Il n’eut pas le temps d’amorcer le geste de remonter sa bretelle de sac qui descendait que son sac disparaissait. Il se retourna pour crier mais sa voix resta coincée dans sa gorge. Devant lui, un sourire mutin aux lèvres, fier de sa manœuvre, Grégory était là, le sac de Damien sur son épaule.

- Mais… comment ?

- Ta sœur m’a donné ton horaire de cours et celui à peu près de ton arrivée chez toi.

- Et si j’étais resté à la bibliothèque ?

Grégory haussa les épaules l’air de dire ‘je n’ai pas pensé à cette option’ et lui attrapa la main pour le diriger à l’opposé du bus. Damien ne dit rien mais sourit de l’initiative de son petit ami. Ils marchèrent un moment en silence jusqu’à ce que Grégory le coupe.

- C’était bien ta journée ?

- Euh… oui oui. Enfin surtout pour Nathalie qui a adoré le dernier cours. Et toi ?

- J’ai dormi une bonne moitié et après je me suis renseigné sur les horaires d’une certaine petite marmotte.

Damien rougit et Grégory savoura l’effet. Il ne pourrait jamais se passer du rougissement du garçon.

- Et bien tu vois, ça va faire deux semaines maintenant qu’il vient te chercher sans faute au métro. Ce n’était pas la peine d’en faire tout un foin. Sourit Nathalie.

- Tu sais, les mecs… Taquina Cécile.

- Gniagniagnia.

- Bien envoyé Damien.

Les deux filles se regardèrent et éclatèrent de rire en voyant Nicolas passer un bras autour des épaules du châtain. Le métis se moquait mais gentiment. C’était tellement amusant de taquiner Damien, il partait souvent au quart de tour depuis qu’il était avec Grégory, il était plus réceptif et attentif à certaines choses mais aussi plus inquiet concernant d’autres. L’évolution d’un couple ne se faisait pas du premier coup et il fallait pour certain plus de temps que pour d’autre pour passer à un cap supérieur. Et tous les membres de ce petit groupe savaient particulièrement que Damien faisait partie de ces personnes préférant attendre avant de finir au lit. Mais même en ayant rencontré Grégory, ils n’étaient pas sûrs qu’il attendrait indéfiniment que le plus jeune se décide. Cependant, pour une première véritable rencontre amoureuse, Damien faisait partie de ces chanceux. Comme Nathalie. Louis, Cécile et Nicolas savaient pertinemment qu’il y avait des rencontres intéressantes au début qui pouvaient finir très mal.

Malheureusement, la boutade de la veille ne put se faire le jour-même, Damien avait une tête d’enterrement et Nathalie envoyait des signaux de détresse aux autres lorsqu’ils arrivèrent en cours. Grégory n’était pas venu le chercher. Cécile se retint de donner un coup à Damien, il en demandait trop parfois. Louis lui donna simplement la raison bête et méchante qui devait même être vraie, le sommeil. Grégory était quelqu’un qui passait la nuit à servir des cocktails, lorsque Damien terminait sa fac à 15h, le plus vieux devait certainement encore dormir, une panne de réveil n’était pas coupable de peine de mort.

Damien rentra chez lui quelque peu rassuré même si Grégory n’était pas là pour le raccompagner. Pensant rentrer chez lui et se retrouver seul, il fut surpris de voir sa sœur au téléphone. Celle-ci semblait aussi excitée qu’une puce. Dès qu’elle le vit, elle lui fit un grand sourire avant de raccrocher. N’ayant pas particulièrement envie de bénéficier de l’excellente humeur de sa sœur, Damien tenta une esquive vers sa chambre mais ne put aller bien loin.

- Demain soir, on sort, poussin.

- Comment ça ON sort ?

- Et bien on, comme le pronom personnel on désignant un petit groupe de personnes, s’agissant ici de toi, Mathieu et moi.

- Je sais parfaitement ce que signifie le pronom personnel on, seulement, en quoi sortir avec toi et ton copain me donnerait envie de venir ?

- Et bien parce que c’est ta grande sœur chérie adorée qui te le dit. De toute manière tu n’as pas le choix.

Devant le regard de sa sœur, Damien abdiqua, de toute façon, il savait qu’il n’aurait pas le dernier mot avec elle. Il plaignait Mathieu d’avoir une telle petite amie.

En fin de compte, il comprenait parfaitement pourquoi Mathieu et Emmanuelle étaient ensemble. Ces deux-là étaient faits pour coopérer. Ils étaient sur la même longueur d’onde et malheureusement pour lui, il était à leur merci. Le samedi en début de soirée, Mathieu était arrivé avec quelques vêtements de son frère, Emmanuelle avait prévu d’ailleurs de faire un peu de shopping avec son petit frère dès la semaine de vacances arrivée pour celui-ci. S’en était suivi une parfaite organisation, Emma triait, sélectionnait, donnait à Mathieu qui faisait essayer au châtain, donnait un premier avis qu’Emma venait compléter. Si bien que Damien fut épuisé avant même de sortir, mais le couple était satisfait. Et à présent, ils se dirigeaient tranquillement vers le métro. Une fois sur place, Damien retint un soupir de déception en ne voyant pas son chéri et déprima pendant tout le voyage. Emmanuelle regarda son frère s’enfoncer sur lui-même mais elle savait garder le meilleur pour la fin. Ce ne fut qu’une fois arrivés devant la boîte qu’elle lui donna un coup de coude pour lui faire remarquer le beau gosse qui l’attendait.

Damien resta un moment surpris mais se reprit rapidement en envoyant un regard noir à sa sœur. Décidément le faire tourner en bourrique était une de ses activités préférées.

- Oh salut Greg’, quelle surprise de te voir.

- Ouais c’est ça, fais celle qui n’y est pour rien. Maugréa Damien.

- Comme si ça ne te faisait pas plaisir – le taquina-t-elle – Bon, Greg’ tu nous fais entrer ?

- Mais avec plaisir.

Il tendit la main au châtain qui la prit non sans un regard de nouveau méchant pour sa sœur qui souriait bêtement d’avoir réussi son coup. Ils se séparèrent rapidement à l’intérieur pour vivre leur vie. Damien se rassura au fur et à mesure que la soirée avançait. Grégory s’était excusé de lui avoir fait faux bond par deux fois, mais il avait accumulé beaucoup de sommeil en retard et son frère n’avait rien trouvé de mieux que de lui piquer carrément son réveil. Damien se surprit à en rire. Les frères et les sœurs, on pouvait certes mal tomber, mais des fois, ça ne pouvait pas être pire.

Les danses se cumulèrent et la soif se fit agréablement sentir. Grégory le laissa à une table pour aller leur chercher à boire. Profitant du fait que le petit copain de son frère ne soit pas dans les parages, Emmanuelle vint s’asseoir à côté de lui.

- Alors ?

- Tu m’as bien eu…

- Allons, c’est quand même plus agréable comme ça.

- C’est vrai…

- Allez je te laisse avec ton chéri, le mien vient de me proposer de finir la soirée chez lui, j’espère que tu as tes clés.

Damien lui envoya un regard moqueur en sachant pertinemment pourquoi elle disait ça. Elle l’avait eu par deux fois, on avait beau dire jamais deux sans trois, cette fois, elle pouvait toujours essayer.

- Oui.

- Très bien. Allez je te laisse poussin.

Elle disparut dans la foule et Damien regarda sa montre, Grégory n’était toujours pas de retour. S’inquiétant un peu, il quitta la table pour partir à sa recherche. Il fut surpris de le trouver en grande discussion avec un jeune homme du même âge, assez grand, d’une carrure assez idéale. Ce mec devait passer plus de temps devant une glace qu’autre chose. Ses cheveux ébène étaient parfaitement plaqués contre sa tête et seulement deux mèches retombaient sur son front. Il ne fit même pas de remarque sur son regard de tombeur. Il en avait croisé des beaux mecs dans cette boîte, mais il n’y voyait aucun intérêt.

- Euh Greg’ ?

Le plus vieux sortit de sa discussion pour regarder son petit ami, un sourire apparut sur ses lèvres et il lui tendit un cocktail.

- Je suis désolé Dam’…

- Alors c’est lui ton nouveau petit ami ? Et bien, tu as changé de registre à ce que je vois.

Grégory lui envoya un regard noir avant de lui balancer un ‘à la prochaine’, ce qui ne découragea nullement le ‘top modèle’ comme le qualifia Damien.

- Quoiqu’il a un certain charme il est vrai.

- Même pas en rêve.

- Tu es devenu bien protecteur. Je n’ai jamais eu le droit à ce côté de ton caractère.

- Peut-être parce que tu n’as jamais pris le temps de le découvrir.

Damien se sentit d’un coup un peu de trop. Entre le ‘top modèle’ qui lui tournait autour pour l’observer sous toutes les coutures et Grégory qui semblait ne pas spécialement avoir envie que celui-ci s’approche de trop près, il faisait un peu hors conversation. Voyant le léger désarroi du plus jeune, l’inconnu sourit d’un sourire digne d’une bonne pub pour dentifrice avant de se présenter.

- Je m’appelle Gwénaël mais on me surnomme Gwen’. Et toi ?

Trop surpris pour répondre, Damien manqua de faire tomber son cocktail. Gwen’, il avait déjà entendu ce pseudonyme quelque part. Sébastien l’avait déjà mentionné une fois, la première fois où ils s’étaient rencontrés. L’ex de Grégory. Alors ce beau gosse tout droit sorti d’une revue était l’ancien petit ami de Greg’. Ça lui faisait un sacré choc. Comment Greg’ avait-il pu passer de ça à lui ? Il y avait quand même tout un monde entre Gwénaël et lui.

- Je crois que je lui fais de l’effet.

- Ouais c’est ça, allez dégage.

- Allons, j’ai toute la soirée devant moi. On se recroisera.

Gwenaël fit un clin d’œil à son ex qui soupira et entraîna Damien à sa suite. Ils rejoignirent la petite table et s’installèrent tranquillement. Damien semblait complètement ailleurs et Grégory n’osait pas vraiment entamer le sujet ‘Gwen’. Il savait que ça avait surpris le châtain de découvrir son ex, après tout, qui cela ne surprendrait pas, surtout quand on voyait Gwen ? Il avait tous les stéréotypes du beau gosse qui passe trois heures devant sa glace avant de sortir quelque part, même pour descendre les poubelles. Voyant que son petit ami ne se déridait toujours pas, il se leva lui signalant qu’il allait aux toilettes.

La soirée avait si bien débuté, enfin si on oubliait le passage avant l’arrivée à la boîte de nuit, pourquoi quand enfin il avait l’impression que ça allait mieux une tuile lui tombait dessus ? Même si Greg’ ne semblait pas le porter dans son cœur, Gwenaël était quand même en discussion avec lui avant qu’il n’arrive. Que pouvaient-ils bien se raconter ? Il se mordit la lèvre avant d’avaler son cocktail d’une traite et de se lever. Il avait besoin de prendre l’air. Alors qu’il se dirigeait vers la sortie, il heurta malencontreusement quelqu’un. Finalement, lorsqu’il vit qui c’était, il se dit que ce n’était pas heurter mais bien quelqu’un qui lui était rentré dedans pour attirer son attention. Quand il disait qu’il attirait les tuiles, c’est que ça n’en était pas autrement.

- Tu t’en vas déjà ?

- Non, je vais prendre l’air.

A sa réponse Damien ne se reconnut pas, d’où sortait-il ce ton froid et désagréable ? Même avec Caroline et Elodie il n’avait pas été comme ça. Il y avait des choses qu’il découvrait vraiment en ce moment.

- Oh, en fait tu es comme les chatons. Tu peux sortir les griffes.

Le châtain ne releva pas la remarque et décida de faire comme s’il n’était pas là. Il s’approcha du vestiaire et demanda son manteau à Stessy qui fut surprise de le voir en compagnie de l’ex du barman.

- Qu’est-ce que tu fais là toi ?

- J’accompagne le chaton prendre l’air pendant que son cerbère n’est pas dans le coin.

- Tu sais très bien que tu n’es pas le bienvenu ici.

- Oui, seulement il ne me semble pas que cette boîte de nuit me soit interdite.

- Et c’est bien dommage.

Stessy lui offrit un grand sourire qui s’agrandit lorsque le jeune homme se rendit compte que le ‘chaton’ était parti sans lui.

- Fais attention, si tu sors, tu ne rentres plus. Fit-elle narquoisement.

A la tête du videur devant la porte il comprit qu’il n’avait pas le trop le choix. Il décida donc d’abandonner sa petite proie pour l’autre qui arrivait un peu inquiet. Stessy lui indiqua la sortie et le brun accéléra l’allure.

Il faudrait qu’il remercie Stessy de l’avoir laissé filer de la sorte, il n’avait vraiment pas envie de discuter avec l’ex de son copain. Il marcha un peu le long du trottoir avant de remarquer que ses pas l’avaient mené à l’arrêt de bus. Regardant le Noctambus arriver, il se dit que c’était peut-être mieux pour ce soir. Il n’avait pas vraiment le cœur à danser et faire la fête. Il monta à l’intérieur et s’installa près d’une fenêtre. Le bus se mit en route et le châtain laissa son regard se poser vers la boîte. Il vit Grégory courir vers lui mais détourna le regard. Il avait juste besoin de digérer ce qui s’était passé.

Son téléphone vibra dans sa poche de manteau mais il ne décrocha pas, le sentant pour la cinquième fois sonner, il finit par le prendre et décrocher.

- Dam’ pourquoi t’es parti ?

- Fatigué.

- Je sais que ce n’est pas pour ça.

- Alors ne pose pas la question.

- Dam’ écoute je suis désolé pour Gwen’.

- Laisse tomber, j’ai juste besoin de dormir.

Grégory ne répondit pas tout de suite, il entendit juste un soupir avant que le brun ne prenne la parole.

- D’accord. Rentre bien ma petite marmotte.

- Toi aussi.

Il raccrocha et rangea son portable. Il posa sa tête contre la vitre et se mordit la lèvre, la soirée s’annonçait si bien.

La clé tourna dans la serrure et Emmanuelle rentra tout doucement, elle ne savait pas si Damien était déjà là ou pas, mais ses parents ne seraient sûrement pas heureux de se faire réveiller en plein milieu de leur sieste du dimanche. Les statistiques disaient que de plus en plus de personnes se permettaient de faire des siestes dans la semaine, ses parents en faisaient partie. Elle se déchaussa et en rangeant ses chaussures elle nota la présence de celles de son frère. Un petit sourire aux lèvres, elle s’aventura jusqu’à sa chambre où elle donna trois petits coups mais personne ne répondit. Réessayant et n’obtenant toujours pas de réponse, elle entra et trouva le châtain assis devant son ordinateur, son casque sur les oreilles, en train de jouer à un jeu en ligne. Elle fut un instant surprise, il n’y jouait plus depuis sa rencontre avec Grégory. Refermant la porte derrière elle, elle préféra ne pas le déranger, lorsqu’il s’enfermait comme ça, c’est qu’il y avait un problème. Elle reviendrait voir plus tard s’il était un peu plus calme. Ce qui ne fut hélas pas le cas du reste de la journée.

- Emma’, peux-tu aller dire à ton frère de venir manger ?

La jeune femme qui était en train de mettre la table déposa le dernier couvert avant d’aller toquer à la chambre du plus jeune. Elle frappa une première fois mais n’obtenant pas de réponse, elle réitéra avant d’entrer. La chambre était complètement noire et l’ordinateur était éteint. Elle trouva son frère roulé en boule, endormi, dans son lit. Elle soupira, elle détestait quand il faisait ça. Elle referma la porte et se rendit dans la cuisine pour dire à sa mère qu’il dormait déjà. Celle-ci émit elle aussi un soupir avant de sortir la quiche du four.

- Il me semblait pourtant qu’il en était sorti de cette attitude renfermée.

- Oui, je le croyais aussi. Je n’en sais pas plus.

Elle planta un couteau dans le cœur avant de le retirer et de la replacer dans le four. Emma la regarda faire avant de dire qu’elle revenait et d’entrer dans sa chambre. Elle regarda l’heure et attrapa son portable. Elle composa le numéro et tomba sur la boîte vocale comme prévu. Elle laissa son message et s’installa à table. Son père les rejoignit et alluma la télévision. Le dîner débutait bien.

Quelques heures plus tard alors qu’Emma était allongée sur son lit et feuilletait un magazine de mode, elle entendit le doux bruit de son portable vibrant sur la petite table. Elle l’attrapa et put lire le texto qui apparaissait à l’écran. Elle soupira en voyant les mots ‘ex’ et ‘ne répond pas’ dans le même texte. Il fallait qu’elle ait une discussion avec son petit frère.

Le lundi matin, Emmanuelle se prépara rapidement pour pouvoir parler avec Damien en chemin pour le métro mais elle fut bien surprise de le savoir déjà parti alors qu’elle arrivait pour prendre son petit déjeuner. Il ne partait jamais aussi tôt. Il fuyait la discussion, ça n’allait pas être simple.

Damien marchait calmement vers la fac, la musique à fond dans les oreilles, il ne pensait à rien d’autre qu’aux paroles qui défilaient dans ses oreilles. Il grimpa les marches menant à l’amphi, ne fit même pas attention aux deux étudiants qui passèrent à côté de lui en lui donnant une tape dans le dos et le traitant de ‘tapette’. Cécile qui le vit entrer voulut lui faire signe pour le saluer mais le châtain ne fit pas attention à elle et il alla s’installer ailleurs. La brunette regarda ses amis avant de froncer le nez et de se déplacer.

- Dam’ ?

Aucune réponse.

- Dam’ ?

Toujours rien, elle prit sur elle et lui retira les écouteurs. Elle entendit alors la musique s’échappant des écouteurs et fronça les sourcils.

- Tu veux te rendre sourd ?

- Non, pas spécialement.

- Dans ce cas baisse le volume et viens t’asseoir avec nous. Tu ne nous avais pas vus ?

- Si si. Mais j’ai envie de rester seul.

- Dam’ ?

- J’ai dit seul.

Devant le ton, Cécile n’ajouta rien, elle n’était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds mais l’état de son ami l’inquiétait. Elle avait l’impression d’être revenue au début de l’année, avant qu’elle n’arrive à devenir son amie. Le téléphone du châtain vibra mais celui-ci ne décrocha pas. Elle releva un sourcil mais retourna à sa place en voyant le professeur entrer. Une fois là, elle raconta à ses amis ce qui se passait et tout le monde regarda Damien les yeux pleins de questions.

Son téléphone sonna trois fois durant le cours si bien qu’il finit par le couper. Il voulait répondre mais il ne savait pas à quoi ça servirait. Il n’arrivait pas encore à se faire à l’idée que Grégory l’appréciait vraiment. Il se savait stupide de se prendre autant la tête pour de telles broutilles mais en même temps, il n’avait jamais été un garçon sûr de lui qui assure à tout moment. Et surtout, il se demandait toujours si, s’il n’était pas venu retrouver Greg’, est-ce que leur petite discussion aurait continué longtemps ? L’aurait-il laissé attendre à la table ?

A la pause déjeunée, Nathalie et Cécile amorcèrent un mouvement pour rejoindre Damien et lui demander de manger avec elles, mais il était déjà parti. Cependant, elles ne durent pas aller bien loin pour le retrouver. Un peu plus loin dans le couloir, on entendait clairement les bruits d’une dispute.

Damien n’avait pas fait attention au fait qu’on le suivait depuis sa sortie de l’amphi, sa musique sur les oreilles, il continuait de vivre dans son monde. Seulement une main sur son épaule lui avait fait tourner la tête mais il ne s’attendait pas à ce que ce ne soit pas Cécile mais un des deux étudiants qui adoraient le bousculer en l’insultant. Ses écouteurs lui furent arrachés.

- Alors tafiole, tes amis ne sont pas là pour te protéger.

Il fut durement plaqué au mur et l’autre lui fit un petit sourire mutin.

- Tu sais ce qu’on leur fait aux tapettes dans ton genre ?

- Non, il ne doit pas savoir le pauvre petit…

- On leur fait regretter d’être nées.

Le coup partit tout seul et Damien encaissa sans broncher. Ils pouvaient bien l’insulter ça ne lui faisait rien. Il avait l’habitude d’être rabroué.

- Il ne se défend même pas, c’est pathétique.

- C’est une tarlouze, ça ne se défend pas, ça se fait juste rentrer dedans.

Ils se mirent à rire et balancèrent un nouveau coup avant de regarder autour d’eux pour s’assurer que personne ne les avait encore vus.

- Et je suis sûr que son copain c’est une vraie chiotte.

- Ouais du genre à…

Il n’eut pas le temps d’ajouter quelque chose, le poing de Damien était parti tout seul dans sa mâchoire.

- Fils de p…

- N’insulte pas Greg’.

- Sinon quoi, tu vas frapper encore ? Se moqua le second.

Damien tint tête mais il savait pertinemment qu’il ne gagnerait pas à ce petit jeu, il n’était pas de taille contre eux. Seulement pour une fois, il se défendrait seul.

Lorsque le petit groupe arriva, un petit cercle de curieux s’était créé et surtout certains élèves avaient été cherchés un professeur. Nathalie se retint de crier devant ce qui se passait. Nicolas fut le plus rapide à réagir et il se fraya un chemin pour s’interposer entre les deux étudiants et son ami. Louis le rejoignit à son tour un sourire mauvais aux lèvres, il n’était pas ceinture noire de karaté pour rien. Cécile quant à elle se rua sur Damien pour voir l’étendue des dégâts. Sa lèvre était gonflée et il saignait du nez, il aurait un bel hématome au niveau de l’œil gauche, son MP3 était mort et ce n’était sûrement que la face visible de l’iceberg.

- Vous êtes complètement tarés ? Cria Nathalie en rejoignant ses compagnons.

- Ce fils de pute nous a frappés.

- L’insulter ne vous suffisait pas ?

- Il m’a pété une dent, cette tafiole.

- Et bien j’espère que cette dent vous aura servi de leçon, Monsieur Devalois. Il me semblait pourtant avoir mis les choses au clair durant mon cours. On va discuter de tout ça à l’infirmerie.

Nathalie et Cécile furent soulagées de voir leur professeur de littérature contemporaine arriver, accompagné par deux filles de leur groupe. Nicolas les remercia avant d’aller passer un bras autour de la taille du châtain afin de l’aider à marcher. Celui-ci ne voulut d’abord pas de son aide mais dut bien avouer qu’il ne pouvait pas faire autrement. Une fois à l’infirmerie, le professeur fut rejoint par celui de latin qui prit les versions de ce qui s’était passé et leur signala que ça n’en resterait pas là. Ayant eu lieu dans l’enceinte de l’établissement, ils iraient sûrement tous devant l’assemblée des professeurs. Une sanction disciplinaire serait alors prise. En attendant, ils avaient tous les trois gagné un petit séjour de trois jours chez eux. On leur communiquerait la date de la réunion par téléphone. La sanction prenant effet tout de suite.

Cécile raccompagna donc Damien qui partait le premier pour éviter des représailles en chemin. Elle le regarda un moment avant de soupirer.

- Qu’est-ce qui t’a pris ?

Le châtain ne répondit rien. Elle voyait très bien que ses yeux brillaient, signe qu’il avait mal et qu’il aurait bien pleuré, mais de quoi, ça restait un mystère. Cependant, elle voulait savoir ce qui se passait.

- Damien ?

- Fiche-moi la paix.

Elle l’arrêta d’un mouvement sec sur son poignet.

- Damien, écoute-moi ! Tu te rends compte de ce qui s’est passé ?

- Oh oui, très bien.

- Ce n’est pas de ça dont je veux parler. Je veux parler du fait que tu tires la tronche, que tu ne nous a pas parlé de la matinée et que, pour couronner le tout, tu ne décroches pas ton téléphone quand Greg’ t’appelle.

- Ce n’est pas ton problème.

Cécile n’ajouta rien. La façon dont venait de lui parler Damien la confortait dans son idée qu’il s’était querellé avec son petit ami, mais le voir réagir aussi brutalement n’était pas dans ses manières. Elle n’eut pas le temps d’ajouter quelque chose, Damien s’était élancé dans les escaliers et venait de passer la borne du métro. Elle soupira de nouveau avant de retourner en cours, elle aurait dû prendre le numéro de Grégory, elle aurait pu tenter de mettre les choses aux clairs, bien qu’elle trouvait étrange qu’Emma ne se soit pas encore mêlée de tout ça.

Damien rentra chez lui, las et fatigué de cette demi-journée d’enfer. Il était cependant heureux que la maison soit vide à cette heure-là, bien qu’il se doutait qu’il ne ferait pas disparaître les traces de la dispute. Et puis le conseil disciplinaire non plus. Ses parents finiraient par le savoir si ce n’était pas déjà fait. Fermant la porte derrière lui, il se déchaussa, retira son manteau, entra dans la cuisine pour prendre un truc à manger et se dirigea vers sa chambre. Il s’arrêta devant une glace dans le couloir et grimaça en voyant son visage. L’infirmière avait soigné ses blessures, mais ce n’était pas encore ça. Il déposa dans sa chambre son sac et son yaourt avant de se rendre dans la salle de bain. Il se déshabilla et laissa l’eau glisser sur sa peau meurtrie. Il n’était vraiment pas de taille à se battre contre plus fort que lui. Tout ce qu’il avait gagné dans cet affrontement était des bleus, et encore, il avait échappé à l’hôpital. Il éteignit l’eau et s’enroula dans une serviette avant de se traîner de nouveau dans le couloir pour revêtir des vêtements propres. Une fois un peu mieux, il éteignit son portable lorsqu’il remarqua que Cécile avait tenté de le joindre trois fois, Nicolas une, Louis deux et Nathalie, la plus inquiète comme d’habitude, cinq fois. Il alluma son pc et mit ses écouteurs sur ses oreilles, l’après-midi allait être longue.

Lorsqu’Emmanuelle rentra en début de soirée, elle fut surprise de voir que Damien était déjà là. Elle avait pourtant appelé Grégory et celui-ci lui avait dit qu’il passerait le chercher au métro pour lui parler. Alors pourquoi son petit frère était-il déjà là ? Elle soupira, se débarrassa de ses affaires avant de se rendre dans la chambre du châtain. Elle donna trois coups mais n’eut aucune réponse, elle allait entrer lorsque sa mère rentra.

- Emma ? Ton frère est là ?

- Oui.

- Très bien.

Emmanuelle vit sa mère arriver vers elle, ne même pas prendre la peine de frapper et d’entrer dans la chambre de Damien. Elle alluma la lumière et d’un geste rapide retira les écouteurs du plus jeune.

- Ta fac a appelé.

- Je sais.

- Tu m’expliques ?

- Non.

- Damien !

Le châtain se tourna vers sa mère, le regard mauvais. Les deux femmes purent découvrir les dégâts.

- Damien… Tenta Emma.

- Non, fichez-moi la paix.

- Damien. Continua sa mère.

- Sortez, je n’ai pas envie de vous voir.

Devant le refus d’obtempérer du plus jeune, elles quittèrent la chambre. Il n’était pas à prendre avec des pincettes, mieux valait laisser couler. Cependant, en bonne mère de famille, elle se tourna vers Emma.

- J’aimerais qu’on parle toutes les deux.

Emmanuelle savait qu’elle aurait un jour cette discussion avec sa mère, seulement, elle aurait préféré que ce soit Damien qui leur annonce ses préférences. Mais d’après les dégâts, elle se doutait de ce qui s’était passé. La soirée allait être longue.

Les trois jours passèrent et même s’il avait espéré que Greg’ passe le voir, il n’avait pu que se rendre compte que ça n’avait pas été le cas. Il pensait que comme il était coincé à domicile cela faciliterait une rencontre. Il se sentait bête d’avoir fait tout un cinéma autour d’une histoire d’ex, il s’en voulait terriblement, mais il ne trouvait pas le courage de prendre son téléphone pour appeler son petit ami. Il ne faisait que le fixer durant de longues heures, espérant qu’il sonnerait, mais rien ne se déroula comme il l’espérait. Le seul appel qu’il reçut fut celui de la faculté pour lui donner le rendez-vous pour le conseil de discipline. Encore une chose de bien dans sa vie. Il allait avoir une jolie note rouge dans son dossier. Conseil disciplinaire. Il avait été stupide, il aurait dû se laisser tabasser sans rien dire ni faire, au moins il aurait eu toutes les chances de son côté, mais il n’avait pas toléré que Greg’ soit insulté.

Il enfonça son visage dans l’oreiller, il était bête, si bête. Prenant son courage à deux mains, il prit le téléphone et composa le numéro de Greg’. Il tomba sur le répondeur mais n’osa pas laisser de message. Il réitéra son geste avec le téléphone fixe, la sonnerie se fit entendre mais ce ne fut pas la voix de Greg’ au bout.

- Allô ?

- Seb’, c’est Damien, est-ce que Greg’ est là ?

- Ben tiens, un revenant.

- Il est là ?

- Non, il n’est pas là. Tu veux lui laisser un message. Je peux quand même le lui transmettre même si j’estime que tu aurais pu l’appeler plus tôt ou répondre à ses messages.

- Je… Je suis désolé.

- Ne prends pas ce petit ton avec moi, j’ai l’impression d’avoir un enfant au bout. Bon, tu veux que je lui dise quoi ? Je suppose que t’as pas eu le courage de laisser un mot sur son répondeur.

Damien ne répondit pas. Sébastien avait le don de lui taper sur les nerfs mais en même temps, il comprenait énormément de choses sans avoir besoin d’explication.

- Dis-lui juste que je suis désolé de ce qui s’est passé.

- C’est tout ?

- Oui.

Damien raccrocha le combiné et retourna dans sa chambre, il regarda son PC, puis soupira. Il se rendit dans la salle de bain pour tenter de s’habiller un peu. Cela allait faire trois jours qu’il ne s’occupait pas de lui. Il soupira en se regardant dans la glace. Il était horrible. Son cocard virait de couleur et sa lèvre gercée commençait à reprendre une allure normale. Il prit la pommade et l’appliqua sur ses hématomes avant de se dire qu’il aurait apprécié que ce soit Greg’ qui prenne soin de lui. Stupidité. Il quitta la salle d’eau pour aller s’écraser devant la télévision. Il zappa avant de laisser un téléfilm stupide, au moins, ça l’occuperait.

Lorsqu’Emmanuelle entra, elle entendit le son caractéristique de la télé. Elle jeta un coup d’œil pour trouver son frère endormi sur le canapé, la télécommande échouée au sol. Elle soupira avant de se déshabiller et d’aller le rejoindre. Elle prit connaissance du feuilleton qui passait avant de se demander comment on pouvait dormir devant une série qui faisait autant de bruit. Elle coupa le son rapidement et s’assit près de lui. Damien sentant le canapé s’affaisser, se redressa en baillant.

- On te voit enfin en dehors de ton trou.

- Je peux y retourner si tu veux.

- Non non.

Elle le regarda d’un peu plus près et se leva pour aller lui chercher une petite pochette de glace. Il s’en était mal occupé si bien que ça ne disparaissait pas, il était temps de faire quelque chose de vraiment utile.

- Merci.

- Tu aurais dû le faire avant. Ça aurait dégonflé depuis.

- Je sais.

Damien appliqua la pochette de glace et se retint de se mordre la lèvre. Elle se remettait doucement, c’était pas pour se prendre un coup de dents. Ils restèrent là tous les deux dans le silence avant que Damien ne parle de nouveau.

- J’ai appelé Greg’.

- Vous vous êtes réconciliés ?

- Il n’était pas là. Je suis tombé sur Sébastien.

Emma soupira. Pour une fois que son petit frère prenait son courage à deux mains, il fallait qu’il n’arrive pas jusqu’au bout. Enfin, il avait fait un premier pas et puis il était sorti de sa tanière.

- J’ai dû parler avec maman.

Damien tourna la tête pour regarder sa sœur. Elle ne savait pas comment aborder le sujet mais elle devait le faire avant que leurs parents ne rentrent.

- Tu lui as dit quoi ?

- J’ai dû lui expliquer pourquoi tu t’étais battu. Bien que la fac en avait déjà beaucoup dit.

- Alors elle sait.

Emma fut surprise de voir que son frère ne semblait pas lui en vouloir de l’avoir dit. Au contraire, il était complètement amorphe. Comme si ce n’était pas grave, comme si de toute manière, il fallait le faire un jour et ce jour était arrivé certes plus vite que prévu, mais ce qui était fait, était fait.

- Elle ne l’a pas mal pris si tu veux savoir. Elle est juste restée surprise, à laisser cramer la viande, puis à tenter de nous faire des pâtes sans eau qui sont restées collées au fond de la casserole.

Damien sourit et cela rassura Emmanuelle qui prit un air plus enjoué.

- C’est papa qui a dû prendre la relève. Enfin tu sais comment papa cuisine. Tu te doutes qu’en fin de compte, ça n’a pas été très comestible.

- Je n’en doute pas une seconde.

Emmanuelle prit un air un peu plus sérieux. Maintenant qu’elle tenait son frère, elle pouvait tenter de lui parler vraiment.

- Tu sais, les parents t’aiment. Ils auront du mal au début, mais ils étaient si heureux de te voir sortir de ton trou, t’intéresser à tout plein de choses qu’ils passeront vite sur ce détail.

- Je sais. On a la chance d’avoir des parents comme eux. J’aurais pu mal tomber. Quoique, avec toi comme sœur…

Damien ajouta cette petite phrase avec une pointe de malice. Emma’ n’y fit d’abord pas attention, s’apprêtant à répliquer quelque chose, mais les mots résonnèrent dans sa tête et elle s’offusqua.

- Espèce de sale petit garnement !

Elle se jeta sur lui pour le chatouiller mais s’arrêta rapidement lorsqu’elle vit que son frère avait plus mal qu’il ne riait. Elle n’avait pas vu toute l’étendue des dégâts mais se doutait que s’il s’était battu, il n’avait pas que des blessures au visage.

- Enfin je suis contente que tu sois sorti de ta tanière. Allez viens, je vais m’occuper de tout ça.

Damien suivit sa sœur, elle avait raison, il avait de la chance. Ses parents étaient des gens compréhensifs, sa sœur était une grande sœur adorable et il avait des amis sur qui il pouvait compter. Quant à Greg’, il avait eu la chance de le trouver, il fallait qu’il cesse de trouver des excuses et s’en faire pour ça. Il entra dans la salle de bain avec une résolution en tête, dès qu’il serait soigné, il téléphonerait à Cécile.

Il regardait la porte devant lui et soupira avant de rajuster sa chemise. Il détestait attendre, l’angoisse montait en lui comme avant un partiel. Il était de nature à stresser pour rien, et encore aujourd’hui il le prouvait. Une main se posa sur son épaule et il tourna la tête pour voir le sourire de Cécile. Elle avait tenu à l’accompagner, elle n’assisterait pas au conseil de discipline, mais elle l’attendrait dans le couloir.

- Allez, je suis sûre que ça va bien se passer, tu n’es pas en tord et je sais que les personnes qui ont témoigné l’ont fait en ta faveur.

- Qu’est-ce que tu en sais ? Ils ont peut-être juste dit ça pour que tu ne leur jettes pas un sort.

Cécile se mit à rire avant de faire voleter quelques dentelles de sa robe noire. Elle avait son style et l’assumait pleinement.

- Ils ne me l’ont pas dit à moi mais à Nicolas et Louis. Tu sais que ces deux-là traînent partout.

- C’est vrai.

Damien sembla se rassurer un peu mais il blanchit de nouveau lorsque la porte s’ouvrit pour le faire entrer dans la salle. Cécile lui fit un sourire encourageant mais il avait l’impression d’aller à l’abattoir. La salle était simple, une salle de cours comme une autre, seulement plusieurs professeurs étaient présents ainsi que le directeur de l’établissement et le sous-directeur qu’il n’avait fait que croiser dans les couloirs. Son professeur de littérature contemporaine lui fit un petit sourire pour le rassurer mais cela ne le détendit pas pour autant. Il prit place au centre de la pièce et attendit.

- Nous avons choisi de terminer ce conseil par vous. Nous n’avons pas fait part de l’ordre de passage pour que vous évitiez de vous croiser. Nous avons recueilli quelques témoignages, mais nous aimerions entendre votre version des faits.

Damien inspira un grand coup et raconta ce qui s’était passé. Il ne s’intéressa pas à ce qui s’était passé avant, ni à expliquer le commencement des bruits de couloir, il raconta simplement sa sortie de l’amphi, comment les deux étudiants l’avaient alpagué, les paroles déplacées et son coup de poing qui avait entraîné la suite des évènements avant l’arrivée de ses amis pour les séparer, puis le professeur. Il se tut à la fin et regarda le conseil. Ils commencèrent à parler entre eux. Damien ne comprit pas trop ce qui se passa par la suite. Les professeurs firent part de leur façon de voir la chose, ils ajoutèrent quelques mots sur une feuille puis se tournèrent enfin vers lui pour lui expliquer qu’ils allaient délibérer pour savoir ce qui allait se passer pour chacune des personnes. Il pouvait attendre s’il voulait, d’ici une heure, ils lui feraient savoir leur décision.

Il quitta alors la salle et retrouva Cécile assise sur une chaise. Elle se leva et se rua sur lui pour savoir ce qui s’était passé. Il lui raconta les grandes lignes, puis l’attente commença. Elle lui proposa de bouger un peu histoire de s’occuper l’esprit mais il ne voulut pas aller bien loin. Si bien qu’elle dut le tirer jusqu’à la cafétéria pour qu’il mange au moins quelque chose. Ils remontèrent rapidement parce qu’il avait peur de rater le verdict. La porte s’ouvrit au moment où il terminait son sandwich. Cécile lui offrit un nouveau sourire mais il disparut sans même un regard.

Il s’installa de nouveau au centre de la salle et le directeur se leva pour prendre la parole. Il lui laissait une mauvaise impression mais en même temps, il ne le connaissait pas.

- Bien, après avoir analysé toutes les données qu’on nous a fournies, nous avons décidé de ne pas continuer les poursuites contre vous. Vous avez été victime d’un acte d’homophobie alors que vous n’avez jamais ouvertement provoqué qui que ce soit. Vos professeurs pensent du bien de vous, vous avez des notes exemplaires et vous semblez être une personne calme. Seulement, l’incident sera tout de même mentionné dans votre dossier avec une mention à votre égard. Mais nous ne pouvons pas passer dessus ainsi, vous avez tout de même consenti à vous défendre certes, mais cela a dégénéré. Je ne vais pas dire que j’aurais préféré que vous vous laissiez faire, seulement, vous vous êtes tout de même battu. En ce qui concerne les deux personnes qui vous ont agressé, vous allez être amené à les recroiser d’ici un mois, je compte sur vous pour, cette fois-ci, rester calme et les éviter.

- Oui monsieur.

- Bien, vous pouvez disposer à présent.

Damien quitta la salle un poids en moins sur son cœur. Cécile n’eut pas besoin de mot pour comprendre que le verdict était tombé en sa faveur. Elle en fut soulagée et offrit une franche accolade à son ami. Elle dut cependant le laisser pour se rendre à son option de langue ancienne. Damien quitta alors l’université pour rentrer chez lui. L’angoisse qu’il avait tirée toute la journée était en train de le quitter et il avait tout d’un coup faim. Il prit le métro pour rentrer chez lui tout en se disant qu’il allait pouvoir annoncer à sa mère que tout était réglé. Sa sœur sauterait sûrement de joie en disant qu’elle lui avait répété maintes fois qu’il n’y avait pas à s’en faire. Et puis ensuite, il pourrait appeler de nouveau Grégory. Il n’avait pas eu de nouvelles depuis son appel. Il se demandait même si Sébastien avait fait passer le message. Il soupira en descendant à sa station. De toute manière, il ne devait s’en prendre qu’à lui-même. Il avait été bête.
Il rentra chez lui tout en se demandant ce qu’il allait bien pouvoir manger. Il devait rester du jambon ainsi que des pâtes quelque part dans le frigo. C’était la fin de semaine, il fallait faire les courses. En ouvrant la porte de l’immeuble, il prit la bonne résolution de les faire d’ici une heure. Sa mère serait contente de ne pas avoir à les faire samedi matin. Il se déchaussa, retira son manteau et ouvrit le frigo. Il fronça le nez, en effet il ne restait plus rien. Il prit sa tranche de jambon et le reste des pâtes qu’ils avaient mangées la veille. Il se fit une sorte de salade avant de s’installer dans le canapé devant la télévision.
Alors qu’il finissait tranquillement de manger et qu’il commençait à se préparer, la sonnette retentit. Il releva un sourcil se demandant qui ça pouvait bien être. Emmanuelle ne rentrait pas aussi tôt le vendredi. Et puis il lui avait envoyé un texto pour lui dire que tout s’était bien passé, tout comme à sa mère. Il alla ouvrir et fut surpris de tomber sur Grégory.

- Salut petite marmotte. Ta sœur m’a dit que tu serais ici cet aprèm’.

- Je… Entre.

Damien s’effaça et laissa passer Grégory qui avait l’air frigorifié. Il resta dans l’entrée ne sachant trop que faire et attendant que Damien ne l’invite à faire plus. Le châtain lui sourit avant de se caler dans ses bras ce qui surprit l’arrivant.

- Je suis désolé, j’ai été bête l’autre soir. Je me suis juste demandé comment toi, tu pouvais sortir avec moi alors que ton ex était comme ça.

Grégory ferma ses bras dans le dos de Damien, il était venu sans vraiment savoir comment ça allait se passer, mais il était rassuré de voir que le plus jeune n’avait pas envie de le plaquer mais que seuls des doutes avaient chamboulé son esprit. Il en était rassuré.

- Si je suis avec quelqu’un comme toi et non avec quelqu’un comme lui, c’est parce que justement, ce genre de personne ne me convient pas, mais que toi si.

Ils restèrent ainsi dans l’entrée quelques minutes avant que Damien ne se recule pour sourire à Grégory.

- Je suis content que tu sois venu.

- Moi aussi, même si ce que je vois devant moi ne me réjouit pas vraiment.

Il passa ses doigts sur le bleu autour de l’œil de Damien. Emmanuelle lui avait dit qu’il s’était battu à la fac, apparemment à cause de rumeurs sur sa sexualité. Elle ne lui en avait pas dit plus.

- C’est fini, je sors du conseil de discipline et ça se termine mieux pour moi que pour eux.

- J’espère.

Damien lui sourit de nouveau avant de proposer quelque chose à boire au plus vieux. Grégory accepta un verre d’eau et lui demanda s’il avait prévu quelque chose cet après-midi. Le châtain lui avoua qu’il souhaitait faire les courses pour sa mère. Le brun offrit de l’accompagner.

C’est ainsi qu’ils se retrouvèrent tous les deux au supermarché du coin pour faire les courses. La liste en main, Damien semblait un peu perdu devant toutes les allées qui se ressemblaient. Ce fut Grégory qui dut prendre les choses en main. Ce fut donc dans une ambiance bon enfant qu’ils firent les courses. Le brun s’amusait de voir le châtain toucher les fruits pour être sûr qu’ils étaient mûrs sans toutefois comprendre réellement si c’était le cas. Le chariot fut rapidement rempli de packs de yaourts. Grégory s’étonna de voir à quel point cette famille consommait de produits laitiers. Ce fut ensuite le tour des gâteaux et là ce fut pire. Il eut l’impression que le cadis n’était rempli que de ça.

- Ne fais pas cette tête-là. T’as jamais vu Emmanuelle faire un raid dans les placards. Et encore, c’est pire quand y a plus rien.

Grégory se mit à rire. Décidément, cette famille était un cas bien spécifique mais ça lui faisait plaisir d’apprendre ces petits détails. Les courses se terminèrent et ils tentèrent de tout mettre dans un cabas à roulette. Ce fut dur et Grégory dut se charger les bras pendant que Damien tirait le reste. Le chemin fut rapide, il faisait froid et ils n’avaient pas l’intention de rester trop longtemps dehors. Une fois de retour dans la maison et le tout rangé, Damien proposa un chocolat chaud au plus vieux qui ne le refusa pas. Ils s’installèrent ensuite dans le canapé dans les bras l’un de l’autre. Il restait une bonne heure avant qu’Emmanuelle ne rentre. Un peu de tranquillité, tranquillité qui se transforma petit à petit en un long silence avant que chacun ne s’endorme.

Ce fut la clé dans la serrure qui réveilla Damien, il papillonna des cils avant de se redresser un tout petit peu pour voir sa sœur passer la porte. Il la vit s’arrêter devant les chaussures, hausser un sourcil puis poser son regard un peu partout. Voyant qu’elle allait fouiller toute la maison pour les trouver, il leva le bras et elle sourit en l’apercevant. Elle voulut dire quelque chose mais s’arrêta lorsqu’elle vit Grégory en train de dormir calmement dans les bras de son petit frère. Elle lui fit un petit signe de la main avant de filer dans sa chambre mais en lui montrant toutefois sa montre pour lui faire comprendre qu’il fallait mieux éviter la confrontation avec les parents dans cette position-là.
Une demi-heure plus tard, Damien engagea le réveil de son petit ami avec un petit pincement au cœur. Il semblait vraiment fatigué. Mais il ne savait pas s’il ne travaillait pas ce soir et en même temps, il n’avait pas vraiment envie que ses parents tombent sur eux. Il lui donna un baiser avant de lui caresser doucement le front en lui murmurant des petits mots tendres. Grégory se réveilla doucement et sourit en voyant le visage du châtain. Il se redressa tout en lui volant un baiser avant de s’étirer de tout son long et de regarder l’heure.

- J’ai dormi longtemps.

- On a dormi longtemps.

Il se leva tout en faisant craquer ses os. Il était endolori de partout mais passer ce moment en la compagnie de sa chère petite marmotte était agréable.

- Faut que j’y aille, je bosse ce soir.

- Merci d’être passé.

Grégory l’embrassa avant de se rhabiller pour partir non sans avoir crié un au revoir à Emmanuelle dont il avait repéré les chaussures. Celle-ci lui répondit rapidement avant qu’il ne disparaisse. Une fois la porte fermée, Damien soupira mais n’eut pas de répit. Sa sœur vint le retrouver avec un regard mutin.

- Alors je vois qu’on s’est réconciliés.

Damien tira la langue à sa sœur alors que celle-ci le prenait dans ses bras. Elle était rassurée que tout soit terminé, que ce soit pour la fac ou pour Grégory.

Le retour à la fac fut calme, ses amis l’entouraient comme avant, comme si rien n’était arrivé quelques jours auparavant. Pour les autres élèves, c’était pareil, peu faisaient allusion à la bagarre, ce n’était plus que des bruits de couloir. On parlait plus des cours, des futurs partiels et de la fin d’année qui n’était certes pas encore là, mais qui n’allait pas tarder. Les professeurs avaient entamé un rythme plus soutenu dans l’espoir de terminer le programme en temps et en heure afin de ne pas handicaper les étudiants dans leurs examens et surtout qu’ils aient le temps de faire quelques révisions histoire de tout mettre au point. Les jours passaient plus rapidement qu’en début d’année, à croire que la fin d’année voulait arriver le plus vite possible. Et les exams aussi.
Chaque jour était une journée chargée, autant pour Damien que pour Grégory. Bien qu’ils se soient en quelque sorte réconciliés, que les choses aient été mises à plat, ils ne se voyaient pas plus souvent pour autant. Alors que les semaines passaient Grégory était même de moins en moins présent. Cela ne l’empêchait pas de l’appeler tous les soirs, dès qu’il avait une pause pour prendre de ses nouvelles et le rassurer.
Damien en était ravi même s’il aurait préféré le voir, mais il comprenait parfaitement que cette période de l’année devenait plus speed pour tout le monde. Même pour lui. Cécile organisait des séances de révisions pratiquement tous les deux jours à la bibliothèque et il y était fortement convié, obligé aurait été le terme réel. Emmanuelle trouvait que c’était parfaitement normal, il devait avoir son année et les révisions étaient d’autant plus agréables à plusieurs que seul. De plus, avec la petite note dans son dossier concernant une certaine altercation, il avait tout intérêt à avoir ses exams haut la main. Pourtant les beaux jours se présentaient et ils avaient tous plus envie d’aller se promener dans les parcs parisiens que de rester cloîtrer à la bibliothèque. Mais les vacances arrivaient. Deux semaines avant l’enchaînement de partiels. Autant réviser avant et profiter des deux semaines. Damien espérait d’ailleurs pouvoir voir Grégory un peu. Comme il n’aurait pas de contrainte d’horaires, il pourrait se calquer sur l’emploi du temps de son petit ami. Du moins il l’espérait grandement. Il avait envie de le voir, et puis cela allait faire trois mois qu’ils étaient ensemble, ils ne se voyaient pas beaucoup et il n’avait pas vraiment l’impression que leur relation était concrète. Dire qu’au début il avait peur de passer le cap avec le brun, que tout aille trop vite, maintenant il avait plus l’impression que tout traînait. Pas qu’il soit rassuré à l’idée de passer à l’acte, mais il se doutait que pour Grégory, qui avait déjà eu une relation, même peut-être plusieurs, cela devait être frustrant. C’est ce que lui avait dit Cécile. Les mecs avaient besoin de passer à l’acte. Bon, il avait eu beau lui dire qu’il était lui aussi un mec, cela n’avait pas changé la donne pour elle. Du coup, Damien avait tourné et tourné cette option dans sa tête et avait décidé que si Grégory en avait envie, alors il laisserait sa peur au placard pour passer ce cap avec lui.

Les vacances enfin arrivées, Damien regarda l’emploi du temps qu’il avait fait et collé au-dessus de son ordinateur. Grégory lui avait donné ses jours de repos ainsi que les quelques endroits où il pourrait se rendre tous les deux. Il avait même noté les jours d’absence de ses parents et de sa sœur. A côté, il y avait les heures consacrées aux révisions, il ne fallait pas oublier que les partiels étaient à la rentrée, et enfin pour terminer, les tâches ménagères que sa mère lui avait données à faire. Malgré le fait qu’elle ne lui ait pas encore réellement parlé concernant son conseil de discipline ou plutôt concernant sa relation avec un garçon, il se doutait que toutes les tâches qui lui étaient confiés étaient là pour le punir. Et il les faisait toutes consciencieusement.

Alors qu’il se préparait pour son rendez-vous avec Grégory, le premier de la semaine et le seul jour où ils pouvaient être ensemble toute la journée, son téléphone vibra sur la table. Il décrocha en souriant mais celui-ci s’effaça dès que Grégory eut prononcé les premiers mots.

- Je suis désolé, je vais devoir annuler pour aujourd’hui.

- Pourquoi ?

- J’ai un empêchement. Mais on se voit samedi sans faute. D’accord ?

- D’accord.

- Je suis désolé.

- Je sais, tu n’y peux rien.

- Allez, je t’embrasse.

- Moi aussi.

- A samedi.

Et le téléphone raccrocha. Damien le laissa tomber sur le bureau avant de se jeter sur son lit. Sa journée qui semblait si parfaite venait de toucher le fond. Il regarda un instant le plafond avant de se relever pour regarder son emploi du temps. Du coup, il pouvait déplacer le grand ménage à aujourd’hui. Relevant ses manches, il soupira, au moins, ça l’occuperait.

Lorsqu’Emmanuelle rentra elle fut surprise de trouver la table mise, une odeur de nourriture venant de la cuisine et la maison totalement propre. Les poussières avaient été faites, la lessive séchait dans le couloir et le sol brillait. Elle entra dans la cuisine et trouva son frère en train de préparer ce qui semblait ressembler à de la paëlla. Elle fronça un sourcil, Damien ne se lançait jamais dans la cuisine après avoir fait le ménage s’il n’avait pas besoin de s’occuper l’esprit. De plus, n’était-il pas censé être avec Grégory aujourd’hui ?
Elle posa ses affaires avant d’ébouriffer la tignasse de son frère.

- Que nous vaut l’étalage de tes talents en cuisine ?

- Une envie.

- Vraiment ? Cette envie ne viendrait pas du fait que tu sois à la maison au lieu d’être en compagnie de ton beau prince charmant.

- Cesse donc de dire des âneries, Grégory a eu un empêchement.

- Et la teneur de cet empêchement est ?

- J’en sais rien.

Emmanuelle soupira avant de plonger le doigt dans le bouillon, elle le ressortit tout aussi vite en lâchant un petit « c’est chaud ! » mais se lécha tout de même le doigt avant de prendre la boîte à épices et de rajouter un peu de safran.

- Voilà, comme ça ce sera bien meilleur.

- Est-ce que je t’embête lorsque tu fais la cuisine ?

- Non, mais moi j’ai le droit.

- Et en quel honneur ?

- Je suis plus vieille que toi.

Damien en lâcha sa cuillère, sa sœur se fichait de lui. Elle l’ébouriffa une nouvelle fois en lui rappelant qu’elle était l’aînée et qu’elle avait donc tous les droits pour l’embêter. Sur ces derniers mots s’engagea alors une course-poursuite dans l’appartement afin de savoir qui aurait le dernier mot. Il était hors de question pour Damien que sa grande sœur se croit tout permis, même si elle ne faisait ça que pour l’enquiquiner. Ils finirent leur course-poursuite sur le canapé au même moment où les parents rentrèrent.

- Tout aurait pu être parfait. Soupira leur mère.

- Oui, presque. Une maison propre, le repas presque prêt, mais malheureusement, des enfants bien turbulents

- C’est elle qui a commencé !

-

Les deux parents soupirèrent de nouveau, mais sourirent en les voyant ainsi. Au moins, la bonne humeur était présente et les quelques mauvais jours passés n’étaient plus qu’un lointain souvenir.

Le samedi arriva plus vite que prévu et Damien se surprit à prier pour que Grégory ne décommande pas cette fois-ci. Mais il n’y eut pas de coup de fil, rien du tout. Ce fut cependant avec trois heures de retard que l’on sonna à la porte. Damien se rongeait les sangs, il avait laissé trois messages et envoyer une quinzaine de textos alors lorsque la sonnette retentit, il se rua sur la porte devancé par son père.

- Bonjour Monsieur.

- Tu dois être Grégory.

- Oui.

- Enchanté de faire ta connaissance. Emmanuelle nous a tellement parlé de toi.

- Emmanuelle ? Vraiment ?

- Oui. Elle est plus bavarde.

Grégory sourit et vit arriver dans un dérapage quasi-contrôlé son petit ami, prêt. Comme c’était une belle journée, Damien n’avait revêtu qu’un bermuda et un polo à manches courtes alors lorsqu’il vit Grégory en pantalon et chemise, il releva un sourcil.

- Salut Greg’ ! Tonna Emmanuelle en sortant de la chambre.

- Bonjour Emma’.

- Vous allez où ? Questionna-t-elle curieuse.

- Mon frère a un match de basket, on va y faire un saut.

- Oh, encourage-le pour moi.

Il lui répondit avec un grand sourire alors que le père de Damien l’évaluait toujours. Sa femme lui avait parlé de son entretien avec sa fille lors de l’altercation à la fac. Au début il n’avait pas vraiment tout compris, après tout, il ne voyait pas en quoi son fils était concerné par une bataille contre des homophobes. Lui-même n’avait rien contre l’homosexualité, son patron l’était et ce n’était pas pour ça qu’il le voyait comme un paria. Mais lorsqu’elle lui avait dit que son fils entretenait une liaison avec un garçon, il avait mis quelques minutes à tout assimiler. Ensuite il avait fait les liens, la joie de son fils, son intérêt soudain pour la lecture de certains livres, sa façon de s’habiller… Au début il avait cru que ce serait une passade, mais qu’il en soit venu à défendre l’honneur de son petit ami prouvait qu’il y était attaché. Damien n’avait jamais été un violent et pour qu’il lève ainsi les poings et qu’il sombre dans une telle déprime, c’était que ce Grégory était important. Alors autant lui laisser faire son bonhomme de chemin. Surtout que ce jeune homme lui semblait correct.

- Ne rentrez pas trop tard par contre.

- Promis.

Damien disparut rapidement entraînant Grégory dans sa suite. Celui-ci eut juste le temps de remercier Eric avant de disparaître dans les escaliers.

Le gymnase n’était pas très loin et la partie semblait bien engagée, Grégory s’installa dans les gradins alors que Damien essayait de trouver Sébastien dans les joueurs. A la place, il le vit en train de faire de grands gestes, ce n’était pas un joueur mais bien l’entraîneur. Grégory passa toute la fin du match à expliquer au plus jeune comment on jouait, ce qui se passait sur le terrain et pourquoi l’arbitre sifflait telle ou telle faute. Alors que la fin du match était annoncée, Grégory entraîna Damien hors du gymnase pour rejoindre un petit parc plus loin. Le châtain ne cessait de parler du match et semblait ravi d’y avoir assisté. Une fois assis sur le banc et l’adrénaline due à l’ambiance du match retombée, Damien lui demanda pourquoi il n’était pas resté pour féliciter son frère. Le plus vieux sourit avant de regarder le ciel.

- Je lui avais promis de passer le voir pour son dernier match de saison, mais avant tout je voulais m’expliquer sur mon retard et le pourquoi de mon lapin l’autre jour.

- Ce n’est pas grave, on a tous des choses plus importantes…

- Damien, je ne veux pas que tu crois que tu n’es pas important. Et puis en fait je voulais que tu sois la première personne à le savoir.

- A savoir quoi ? demanda avec intérêt le plus jeune.

- J’ai été embauché en tant que gestionnaire en patrimoine dans une entreprise à Bercy.

- Embauché ?

- Oui, je vais quitter la boîte de nuit pour un vrai travail.

Alors que l’information faisait trois fois le tour dans la tête du plus jeune, Damien comprit enfin le pourquoi de l’habillement de Grégory. Et sans lui laisser le temps de lui réexpliquer ce qu’il venait de lui dire, il se jeta à son cou et l’embrassa.

- Mais c’est super ça. Pourquoi ne pas m’avoir dit que tu avais réussi à décrocher des entretiens ?

- Je voulais que ce soit sûr. Je ne voulais pas donner de faux espoirs, moi-même je n’étais pas sûr que ça fonctionnerait.

- Mais c’est génial ! Tu vas enfin avoir un vrai travail.

- Et des horaires normaux.

Comprenant aussi ce que cela voulait dire, le sourire de Damien s’agrandit encore plus.

- Je suis content pour toi – Damien voulut ajouter quelque chose et regarda à droite et à gauche avant de tomber sur le glacier juste en face – Pour la peine, je t’offre une glace.

Grégory partit d’un grand éclat de rire. Damien fit la moue en l’entendant se moquer de ce qu’il venait de dire. C’est tout ce qu’il avait à lui offrir pour le moment.

- Une glace sera parfaite, petite marmotte.

- Tu aurais préféré une bière ?

- Non non, une glace, vraiment. Il fait beau, autant en profiter.

- Tu la veux à quoi ?

Grégory avisa du panneau du glacier droit devant eux et lui commanda une framboise chocolat. Alors que Damien partait en courant vers le glacier, cherchant son portefeuille dans sa poche, Grégory sourit de plus belle. Avec cet emploi il allait pouvoir passer plus de temps avec le châtain. C’était la première fois qu’il souhaitait vraiment construire quelque chose de stable avec quelqu’un. Et pour le moment, ça prenait le bon chemin.

Damien commandait les glaces tout en souriant. Il était si heureux, Grégory avait décroché un emploi stable, enfin il serait à l’essai mais il était sûr que ça se passerait comme il faut. Ils allaient pouvoir se voir plus, du moins il l’espérait vraiment. Avisant les deux glaces qu’il avait dans les mains, il sourit de plus belle, ils allaient fêter ça comme il se doit, plus qu’une glace, cet après-midi, il essaierait d’aller plus loin. Pour entamer ce nouveau tournant, il irait jusqu’au bout.

oxOOxo

Quoi ? Comment ? J’en entends certains râler !! Et oui il n’y a pas de lemon dans ce chapitre. C’est triste, je sais. Enfin j’espère que même sans, cette fin d’histoire entre Grégory et Damien vous aura plu. Enfin, fin d’histoire est un grand mot, c’est plutôt un véritable commencement pour eux.

La prochaine histoire de garçon concernera de nouveaux personnages. J’espère vous retrouver dans cette prochaine aventure. Qui normalement devrait mettre beaucoup moins de temps que celle-ci à arriver.

Tchu

Harue YA

13 /07/09


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