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Auteur : Kage Hane
Titre : Petites Nouvelles
Genre : Différent selon les nouvelles
Note : Je m'explique. Petites Nouvelles est en fait un recueil de Nouvelles, qui a pour particularité d'avoir une fin, je dirais surprenante. Enfin, certaines, on s'en doute assez facilement. Chaque histoire est différente pour son genre, son style, son langage, alors n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. Je suis ouverte à toutes les critiques.
Bonne Lecture
Un Rêve Troublant
Voila des années, j’ai fait ce rêve étrange. Ce rêve à la fois curieusement réel et impitoyablement surnaturel. Un rêve que je n’ai pu oublier, et qui me hante toujours tout en nourrissant mes peurs les plus inconscientes. Je veux parler du rêve de ma Mort.
Je ne crois, pourtant, ni au rêve prémonitoire, ni au destin. Enfin, je n’y croyais pas jusqu’à aujourd’hui. C’était étrange, car plus j’y pensais, et plus ce rêve n’avait rien d’un rêve et en même temps, était complètement déconnecté de la réalité. Néanmoins, il a eu un terrible et inconcevable effet sur moi. Je ne me rappel pas précisément de ce qu’il contenait. Je n’ai gardé en mémoire que des brides d’images et d’impressions.
C’était peut-être beaucoup déjà. Une voiture. Sans cesse je pouvais voir cette voiture dans laquelle j’étais assise à l’avant tout près du conducteur. Cela peut paraître paradoxal, mais bien que je pouvais voir cette voiture et son chauffeur à chaque fois que je me concentrais et fermais les yeux, j’étais incapable de décrire l’un comme l’autre.
Je fais souvent des rêves, comme tout le monde d’ailleurs, et je m’en souviens au réveil plus ou moins bien. La plupart ne veulent rien dire. Ce ne sont que des délires de notre esprit au repos, pendant que notre âme s’élève, sortant de sa prison quelques instants pour retourner, ou tout au moins essayer, dans un autre monde, son monde, celui des Idées pour certains, le Paradis pour d’autres. Moi je ne le nomme pas, c’est plus simple je crois. Ce que je dis n’a rien d’une divagation d’un être fou. C’est seulement ce à quoi je suis arrivée après de nombreuses réflexions. Une conclusion de ce que je ne pouvais alors comprendre. Comment ai-je aboutit là ? Je vais vous le révéler. N’avez-vous jamais eu cette étrange sensation lorsque vous vous réveillez, une impression de chute en vous-même ? Moi si, tous les jours, toutes les nuits. Comme si mon âme vagabonde était alors rappelée contre son gré à ce corps qui la tirait de force en lui-même provoquant une chute irréfrénable. Ce n’est pas ma version de Platon, puisque je pensais cela bien avant de savoir qui il était. Seulement ceci m’a permis de voir un peu plus clair. Par ailleurs, parfois, il me semble que mon âme continue sa chute, bien après que je me soie éveillée. Comme si son châtiment était de toujours tomber. Uniquement de tomber.
Ainsi vous vous en doutez, je me suis souvent interrogée sur la signification des rêves, mais aucun livre n’a jamais su me satisfaire, hélas. Cela doit être un besoin humain, je crois, d’essayer de comprendre ceux à quoi on ne peut échapper, car tous les soirs, nous sommes obligés de rêver, c’est inévitable.
Il me semble aujourd’hui… non, en fait, cela fait longtemps que je le sais. Enfin bref, il me semble, que ce rêve à créer en moi des peurs, pas vraiment des phobies, seulement des angoisses incontrôlables. Je suppose finalement que mon inconscient à pris le pas sur ma raison, pour concevoir en moi une démence qui se matérialise sous forme de peurs.
C’est plutôt curieux d’étudier combien nos craintes, nos frayeurs, changent d’une personne à l’autre, involontairement de notre sang. Je m’explique. Ma mère a une grande phobie depuis des années qui lui gâche, d’ailleurs, assez la vie. Elle a peur de se retrouver dans de grands espaces sans mur, ni rien autour, sans que cela soit la peur du vide. C’est pour cela que depuis mon enfance, ou mon père ou moi, nous devons de sans cesse la surveiller et la conduire. Après tout, lorsque quelqu’un est à côté de vous, même si vous êtes dans un désert quelconque, l’endroit n’est plus réellement vide. À l’inverse, ce trouve mon propre cas, qui fuit les grandes foules dès que je le peux, et les endroits clos. Être entourée de part et d’autre de gens me donne le tournis, un peu comme si j’étouffais. De plus, j’évite le plus possible d’emprunter des ascenseurs ou de me retrouver seule dans de petits lieux. Cela ne signifie pas que je sois claustrophobe, car je ne le suis vraiment pas. J’ai juste besoin d’espace pour respirer, pour avoir l’impression de vivre. Ou peut-être est-ce une impression de liberté que je cherche. Je fais sûrement partie de ceux qui ne supportent pas d’être enfermée dans une cage.
Ces dernières années, une autre peur m’est apparue. Dès que je monte dans une voiture, avec qui que se soit, je ne peux dès lors contrôler mon cœur. Bien sûr, je ne dis ou ne monte jamais rien qui pourrait laisser paraître mon trouble. Je me sens mal à l’aise, c’est tout. Paradoxalement, lorsque j’étais plus petite, j’adorais être en voiture. Cette chaleur particulière, ce son agréable de la pluie contre les vitres ou le toit, ces paysages défilant sans arrêt tout le temps… tout cela ne faisait que m’émerveiller. Maintenant que j’y réfléchis cette peur est peut-être simplement née d’un traumatise de mon enfance, qui aurait juste grandit avec le temps. Après tout, si j’ai bonne mémoire, il y a quelques années, nous avions eu un accident de voiture sur l’autoroute lorsque nous nous rendions pour noël chez ma grand-mère. Cela n’avait rien de bien prestigieux. La voiture de derrière nous était seulement rentrée dedans en faisant un peu de casse, pas plus.
Quoiqu’il en soit, nous ne saurons jamais le fin mot de cette histoire. A présent, je suis là, dans cette pièce blanche et étrangère. Je ne suis pas seule. Beaucoup de monde est là, avec moi, mes parents et des amis. Tous sommes ainsi, autour d’un lit vide de vie. Ils ont tous le visage assombrit et mélancolique, pourquoi ? Je ne comprends pas pourquoi il y aurait une raison d’être triste. Cependant, il est vrai que le choix que je vais prendre maintenant va sans nul doute paraître égoïste, mais cela reste ma décision, uniquement la mienne, et je la juge la plus douce pour eux. L’espoir est bon, mais un faux espoir est vil et malsain, je suis certaine qu’ils comprendront.
C’est assez étrange cette sensation. C’est la première fois que j’ai l’impression de ne pas être en train de chuter. Je marche autour d’eux en les regardant l’un après l’autre, essayant presque de les apaisait ainsi. Le sol n’est même pas froid sous mes pieds nus. Je reconnais ce visage livide qu’ils fixent tous les larmes aux yeux attendant le fatal verdict. Malgré les contusions et les pansements, qui le recouvrent un peu partout et cachent à moitié cette face, je la reconnais. Pourtant, cela ne me fait ni peur, ni tristesse. Je me sens bien, je pense.
Il est temps à présent je crois. L’heure des adieux est terminée et il est temps pour moi de tirer ma révérence. Adieu donc à vous tous, jamais je ne vous oublierai. Et je suis sûre que vous me garderez toujours une petite place dans votre cœur. Je vous promets de vous attendre lorsqu’à votre tour vous me suivrez
Mes pieds quittent soudain le sol. Quelle curieuse sensation. Je m’envole. Je m’élève. Je m’en vais. Pourtant, là haut, je n’ai ni froid, ni chaud. Ne suis ni triste, ni heureuse. Ce n’est pas non plus une sensation douce, pas plus qu’amer. Je suis, c’est tout. Et pour la première fois, je me sens libre. Je vole. J’ai enfin arrêté de tomber. Et à présent, débute une longue ascension. Tant de fois déjà ai-je voulu emprunter ce chemin dans mes nuits, mais toujours on me refusait chez moi, je n’avais la clé pour ouvrir la porte. Que sont donc maintenant toutes ces images, ces mélodies ? Je crois entendre le son de mes rires et de mes pleurs, mais aussi ceux des gens si chers à mon cœur. Je vois les sourires d’un père. Je sens la chaleur d’une mère. J’entends les rires de mes amis, et la douce voix de mon aimé, de mon amant, de mon mari. Et à présent, ne serait-ce pas les cris d’un enfant ? Oui, je les reconnais aussi, comme cette délicate peau et cette douce odeur si fraîche et jeune. J’en ai presque les larmes aux yeux, pourtant je ne suis pas triste. Je m’élève encore. Je me rappelle enfin. Oui, je me rappelle maintenant. Je vois finalement mes derniers instants de flou devenait plus clair. Oui, c’est cela, je me souviens. J’étais dans une voiture. J’étais assise avec lui, avec mon bien-aimé. Je me rappelle. Nous étions heureux. La musique lancée, nous chantions. L’envie du bonheur de serrer à nouveau mon enfant dans mes bras, après une dure journée, était en moi. Mon amour me souriait, je lui souriais. Je l’aimais tant, et il m’aimait d’autant, que demander de plus ? Seulement, il ne l’a pas vu. Il n’a vu que trop tard cet homme traversé la nationale en courant à moitié nu avec un sourire démoniaque au visage. Je crois qu’avant cela, je n’avais même pas eu peur en montant dans la voiture. C’est curieux. La voiture a freiné. Il y eu un bruit si horrible. Je crois que mon cœur a dû s’arrêter. Puis, on s’est mis à tourner, et la voiture est sortie de la route. Je n’ai pas de souvenir de la suite. J’avais seulement mal à la tête et à l’abdomen. C’est fini, je n’ai plus d’image à me rappeler. Après, il ne reste que des impressions. Des débris de voix. Celle de mes parents, de gens autour de moi. J’ai aussi sentit l’agréable douceur de mon enfant qui m’enlaçait et me serrait la main, ainsi que les tendres baisers de mon amour. Il va bien, j’en suis heureuse.
A bien y réfléchir je n’ai pas de regret. Je suis satisfaite de ma vie. Je n’ai même pas peur de leur avenir. Je sais que mon enfant grandira bien et deviendra quelqu’un de respectable, même sans moi, pour ça je fais entièrement confiance à son père, et je sens qu’il aura ses grands-parents pour toujours le soutenir. Cet enfant vivra heureux, j’en suis sûre. Je ne me fais pas non plus de soucis pour mon amour. Il est fort. Il est courageux. Il est vaillant. C’est sûrement pour cela que je l’aime. Je sais qu’il s’en remettra. J‘ai foi en lui. Cela sera sans doute dur au début, mais il se redressa vite. Peut-être même qu’il retrouvera l’amour chez une autre femme et se remariera. Je l’espère, même si c’est étrange à dire. Je l’aime, alors je veux son bonheur. Mes parents ont le petit, pour eux je ne me fais pas trop de soucis. En fait, j’ai toujours eu de la chance d’avoir tous ces gens autour de moi. Je suis aimée, bien plus que je ne l’imaginais. Mais je les connais, ils s’en remettront tous. Ce ne que le début, après cela ira mieux. Je me sens bien à cette idée. Je me sens bien, c’est tout, car je sais que chacun sourira encore bientôt, puisque cela est mon vœu.
Je vois enfin la porte. Va-t-elle s’ouvrir cette fois ? Oui, elle s’ouvre, lentement, elle s’ouvre. Sa lumière m’entour, m’éblouit, m’aveugle même. Mais cela m’est égal. Cette sensation est si apaisante. Je vais finalement passer de l’autre côté de cette porte. Je ne peux m’empêcher de penser que la vie est tout de même un cycle paradoxal, puisque nous la passons sans cesse à tomber, tels les grains des sabliers. Mais lorsque vient l’heure de notre mort, alors là, seulement, nous nous envolons enfin. Peut-être que la destinée existe réellement. Ainsi ce serait pour cela que mon rêve eu existé. On peut supposer qu’il était un avertissement. Quoi que je pense plutôt qu’il était là, seulement pour m’aider. M’aidé à choisir entre rester et partir. Car si j’étais restée, tout aurait été changé, et aucun de vous tous ne l’auriez supporté. Je crois que cela était ma destinée de partir aujourd’hui. C’est mieux pour tout le monde, j’en suis certaine. Mon rêve s’est finalement réalisé, aussi troublant soit-il.
Je vais retrouver mon monde, après de temps à y aspirer. Je vois déjà des silhouettes qui viennent m’accueillir. Il y a trop de lumière, je ne peux les reconnaître. Mais elles sont là, je les vois. Bientôt, ce sera à mon tour de vous accueillir mes aimés. Je ne suis que la première de nous tous à partir. Mais pas la première tout court. Je me sens bien. Je me sens apaisée. Je suis libérée.
Fin.