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Fiction » General » Maladie font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Luciel
Fiction Rated: K - French - General - Reviews: 5 - Published: 10-18-06 - Updated: 10-18-06 - Complete - id:2262773

Maladie

Avez-vous déjà été malade ? Je ne parle pas d’une « simple » maladie, pas d’un rhume ou d’une toue, non, je parle de ces maladies dont le simple fait de les mentionner vous fait froid dans le dos. Non ? Alors je vous suggère de ne jamais dire à quelqu’un de vraiment malade que vous « comprenez » ou que vous pouvez « imaginer » ce qu’il ressent.
Je me rappel avoir publié il y a plusieurs année une fiction nommé « La peur du destin ». Je l’avais écrit après avoir appris qu’une amie était malade, j’avais de suite posé sur le papier ce sentiment de peur qui m’avait étreins à l’époque. Mais je ne me rendais pas compte. Je le pensais, mais c’était faux, on ne peut pas se rendre vraiment compte avant que ça nous arrive à nous.
Vous voyez, on se dit toujours que ça n’arrive qu’aux autres, on ne se rend jamais compte de ce que cela représente tant qu’on à pas été soi-même en situation. La douleur infligée, physiquement et mentalement. La fatigue. L’envie que ça cesse. Le besoin de s’échapper de son propre corps. La jalousie envers ceux qui vont bien. Le désespoir.
Vous êtes vous déjà frapper la tête contre un mur au point de vous en faire saigner tellement vous aviez mal quelque part ? Avez-vous déjà sangloté seul dans votre lit, incapable de bouger et brisé par la fatigue mental de plusieurs jours passés aliter ? Non ? Alors comment pouvez-vous dire des banalités comme « Ne t’en fait pas, ça va passer » ? Avez-vous la moindre idée de ce qui passe par la tête d’un malade qui entend ça après n’avoir rien pu avaler pendant trois jours et qui c’est écroulé par terre car ses jambes ne le tenaient plus ? Non ? Cela ne m’étonne pas. Après tout, comment le pourriez-vous.
Je dois sûrement avoir l’air dur, aigris. A vrai dire, je le suis. Mais c’est parce que maintenant je me rends compte d’à quel point j’étais moi-même ignorant par le passé. Comment ai-je pu oser dire des grandes phrases en pensant savoir ce que pouvait ressentir ces personnes ? Comment ai-je pu croire un seul instant qu’être témoin permettait de se rendre compte de la douleur que pouvait ressentir ces gens ? Ma propre arrogance me donne la nausée.

J’ai un cancer.

Je n’en mourrais pas, je n’en garderais même sûrement aucune trace. D’ici quatre mois, tout ira mieux. Mais nous ne sommes pas dans quatre mois. Après demain, j’aurais ma prochaine séance de chimiothérapie. Je serais malade à en crever pendant des jours, je serais désespéré, encore une fois, à me demander ce que j’ai bien pu faire pour mériter ça.
Vous n’avez pas idée d’à quel point on peut devenir faible quand la douleur ne cesse pas. Il n’est même pas nécessaire que cette dernière doit vraiment violente, non, il suffit que la douleur soit lancinante, incessante. Enfin, avoir mal à en être plier en deux n’est pas rien non plus, mais il y a pire.
Ah oui, il y a pire. C’est sûr, il y a toujours pire. Une bronchite est pire qu’une petite toux, une pneumonie est pire qu’une bronchite, un cancer généralisé est pire qu’un cancer localisé. C’est étonnant comme les gens peuvent vous dire des idioties quand ils ne savent pas quoi dire… « Voyons, ça pourrait être pire, tu aurais pu avoir un cancer mortel. ». Certes, j’aurais pu aussi avoir été amputé des deux jambes et des deux bras, ce n’est pas pour ça que je vais remercier le ciel d’avoir un « simple » cancer.
Je suis fatigué, je n’en suis qu’à la moitié de mon traitement, mais je suis déjà si fatigué. Je crois que le pire, c’est ce cycle sans fin : j’ai une chimio, je m’en remets lentement pendant une semaine et demi, j’ai deux jours où je vais bien, puis une nouvelle chimio. J’ai l’impression de ne me remettre en forme que pour retourner encore plus bas. C’est un peu comme ma vie de tous les jours, je m’occupe l’esprit pour ne pas y penser, et dès que j’arrive à oublier, quelque chose me ramène à la réalité. Il me suffit de regarder mon bureau : il y a des médicaments partout dessus. Antalgique, anti nauséeux, somnifères, etc. Je pourrais les ranger, c’est vrai, mais quelque chose qui va avec la déprime et la maladie c’est ce manque de motivation et cette peine à faire quoi que ce soit. « Aller reprend toi bordel ! ». Je me le dis souvent quand je vais bien, mais à force de ne rien faire on en prend l’habitude.
J’ai envie de m’en aller. Partir sur une plage de sable fin, me baigner dans une mer turquoise, draguer des jolies filles au bord de la plage. Dans mon état, ça risquerait d’être difficile, les chauves maladifs, ça attire moyennement les femmes. Et comme je n’ai pas le droit de m’exposer au soleil… En fait, je crois que ça qui m’énerve le plus, c’est état d’auto-apitoiement dans lequel on tombe peu à peu quand on à ce type de maladie. Je m’aperçois que quand je parle à quelqu’un que je ne vois pas régulièrement, je me plains sans même m’en rendre compte. J’ai atteins ce stade où je vois les autres comme chanceux d’être sain, et que je ne pense plus qu’à moi-même, à ma maladie. Et cela entraîne chez moi un état de dégout de moi-même encore plus grand. Je deviens irritable, égoïste, capricieux. Mais ce n’est pas grave, j’ai des circonstances atténuantes. Plus personne ne me dit rien, plus personne ne me reproche rien. Et plus j’en prends conscience, et plus ça m’énerve. Les autres m’énerves de ne pas me mettre des baffes, ma maladie m’énerve de me gâcher la vie, je m’énerve d’être énervé.

Mais que faire ? C’est tellement facile de se dire que ça va aller mieux. Bien sur, ça va de toute façon aller mieux, mais le petit problème est l’étape qui se trouve entre « ça ira mieux » et « ça va mieux ».

Il n’y a pas quelqu’un qui veut prendre ma place ? Personne ?

Je vous comprends remarque, je ne la prendrais pas non plus. Enfin, aujourd’hui je suis d’humeur noire, demain je serais de bonne humeur. J’écrirais peut-être un texte prônant les vertus d’être malade. Qui sait, je trouverais peut-être même une morale à tout ça.



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