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Maladie
Avez-vous déjà été malade ? Je ne
parle pas d’une « simple » maladie, pas d’un
rhume ou d’une toue, non, je parle de ces maladies dont le simple
fait de les mentionner vous fait froid dans le dos. Non ? Alors
je vous suggère de ne jamais dire à quelqu’un de
vraiment malade que vous « comprenez » ou que
vous pouvez « imaginer » ce qu’il ressent.
Je me rappel avoir publié il y a plusieurs année une
fiction nommé « La peur du destin ». Je
l’avais écrit après avoir appris qu’une amie était
malade, j’avais de suite posé sur le papier ce sentiment de
peur qui m’avait étreins à l’époque. Mais je
ne me rendais pas compte. Je le pensais, mais c’était faux,
on ne peut pas se rendre vraiment compte avant que ça nous
arrive à nous.
Vous voyez, on se dit toujours que ça n’arrive qu’aux
autres, on ne se rend jamais compte de ce que cela représente
tant qu’on à pas été soi-même en
situation. La douleur infligée, physiquement et mentalement.
La fatigue. L’envie que ça cesse. Le besoin de s’échapper
de son propre corps. La jalousie envers ceux qui vont bien. Le
désespoir.
Vous êtes vous déjà frapper la tête contre
un mur au point de vous en faire saigner tellement vous aviez mal
quelque part ? Avez-vous déjà sangloté seul
dans votre lit, incapable de bouger et brisé par la fatigue
mental de plusieurs jours passés aliter ? Non ?
Alors comment pouvez-vous dire des banalités comme « Ne
t’en fait pas, ça va passer » ? Avez-vous la
moindre idée de ce qui passe par la tête d’un malade
qui entend ça après n’avoir rien pu avaler pendant
trois jours et qui c’est écroulé par terre car ses
jambes ne le tenaient plus ? Non ? Cela ne m’étonne
pas. Après tout, comment le pourriez-vous.
Je dois sûrement avoir l’air dur, aigris. A vrai dire, je le
suis. Mais c’est parce que maintenant je me rends compte d’à
quel point j’étais moi-même ignorant par le passé.
Comment ai-je pu oser dire des grandes phrases en pensant savoir ce
que pouvait ressentir ces personnes ? Comment ai-je pu croire un
seul instant qu’être témoin permettait de se rendre
compte de la douleur que pouvait ressentir ces gens ? Ma propre
arrogance me donne la nausée.
J’ai un cancer.
Je n’en mourrais pas, je n’en garderais même sûrement
aucune trace. D’ici quatre mois, tout ira mieux. Mais nous ne
sommes pas dans quatre mois. Après demain, j’aurais ma
prochaine séance de chimiothérapie. Je serais malade à
en crever pendant des jours, je serais désespéré,
encore une fois, à me demander ce que j’ai bien pu faire
pour mériter ça.
Vous n’avez pas idée d’à quel point on peut devenir
faible quand la douleur ne cesse pas. Il n’est même pas
nécessaire que cette dernière doit vraiment violente,
non, il suffit que la douleur soit lancinante, incessante. Enfin,
avoir mal à en être plier en deux n’est pas rien non
plus, mais il y a pire.
Ah oui, il y a pire. C’est sûr, il y a toujours pire. Une
bronchite est pire qu’une petite toux, une pneumonie est pire
qu’une bronchite, un cancer généralisé est
pire qu’un cancer localisé. C’est étonnant comme
les gens peuvent vous dire des idioties quand ils ne savent pas quoi
dire… « Voyons, ça pourrait être pire, tu
aurais pu avoir un cancer mortel. ». Certes, j’aurais pu
aussi avoir été amputé des deux jambes et des
deux bras, ce n’est pas pour ça que je vais remercier le
ciel d’avoir un « simple » cancer.
Je suis fatigué, je n’en suis qu’à la moitié
de mon traitement, mais je suis déjà si fatigué.
Je crois que le pire, c’est ce cycle sans fin : j’ai une
chimio, je m’en remets lentement pendant une semaine et demi, j’ai
deux jours où je vais bien, puis une nouvelle chimio. J’ai
l’impression de ne me remettre en forme que pour retourner encore
plus bas. C’est un peu comme ma vie de tous les jours, je m’occupe
l’esprit pour ne pas y penser, et dès que j’arrive à
oublier, quelque chose me ramène à la réalité.
Il me suffit de regarder mon bureau : il y a des médicaments
partout dessus. Antalgique, anti nauséeux, somnifères,
etc. Je pourrais les ranger, c’est vrai, mais quelque chose qui va
avec la déprime et la maladie c’est ce manque de motivation
et cette peine à faire quoi que ce soit. « Aller
reprend toi bordel ! ». Je me le dis souvent quand je
vais bien, mais à force de ne rien faire on en prend
l’habitude.
J’ai envie de m’en aller. Partir sur une plage de sable fin, me
baigner dans une mer turquoise, draguer des jolies filles au bord de
la plage. Dans mon état, ça risquerait d’être
difficile, les chauves maladifs, ça attire moyennement les
femmes. Et comme je n’ai pas le droit de m’exposer au soleil…
En fait, je crois que ça qui m’énerve le plus, c’est
état d’auto-apitoiement dans lequel on tombe peu à
peu quand on à ce type de maladie. Je m’aperçois que
quand je parle à quelqu’un que je ne vois pas régulièrement,
je me plains sans même m’en rendre compte. J’ai atteins ce
stade où je vois les autres comme chanceux d’être
sain, et que je ne pense plus qu’à moi-même, à
ma maladie. Et cela entraîne chez moi un état de dégout
de moi-même encore plus grand. Je deviens irritable, égoïste,
capricieux. Mais ce n’est pas grave, j’ai des circonstances
atténuantes. Plus personne ne me dit rien, plus personne ne me
reproche rien. Et plus j’en prends conscience, et plus ça
m’énerve. Les autres m’énerves de ne pas me mettre
des baffes, ma maladie m’énerve de me gâcher la vie,
je m’énerve d’être énervé.
Mais que faire ? C’est tellement facile de se dire que ça va aller mieux. Bien sur, ça va de toute façon aller mieux, mais le petit problème est l’étape qui se trouve entre « ça ira mieux » et « ça va mieux ».
Il n’y a pas quelqu’un qui veut prendre ma place ? Personne ?
Je vous comprends remarque, je ne la prendrais pas non plus. Enfin, aujourd’hui je suis d’humeur noire, demain je serais de bonne humeur. J’écrirais peut-être un texte prônant les vertus d’être malade. Qui sait, je trouverais peut-être même une morale à tout ça.