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Author: Luciel
Fiction Rated: K - French - General/Romance - Reviews: 18 - Published: 10-19-06 - Updated: 12-27-06 - id:2263287

Chapitre I : Arrivée à l’académie.

Eve était épuisée. Trois jours s’étaient écoulés depuis qu’elle avait quitté son village natal, Quietes, pour se rendre à la capitale. Il faisait une chaleur torride, ses vêtements lui collaient à la peau. Elle avait passé deux jours dans un vieux train qui remuait plus qu’un cheval excité, et une journée à marcher sous un soleil de plomb. Mais elle était enfin arrivée à destination : Célestia, la citée des anges, lui ouvrait ses portes. La cité des anges… pensa Eve en contemplant cet amas d’acier, d’ordures et de pierres dans lequel vivaient près de cinquante millions de personnes. On aurait plutôt dit un avant-poste de l’enfer. La grande ville était divisée en trois parties. Celle des pauvres, des bandits et autres exclus, les tréfonds obscurs comme on l’appelait, était la partie la plus basse de la ville. Une sorte de bidonville géant où les habitants survivaient comme ils le pouvaient, se nourrissant de ce que ceux d’au-dessus rejetaient et vivant en léthargie, le plus souvent drogués ou imbibés d’alcool. Au-dessus était la « vraie ville », là où étaient situés les habitations et les sièges sociaux des entreprises. La vie là-bas était quasiment celle de n’importe quelle ville de grande importance, là où on trouvait la classe moyenne. Quasiment, car il manquait les pauvres et les bandits : eux avaient étés rejetés en dessous. Et enfin, le plus haut niveau, Eden. Seuls les riches pouvaient prétendre y pénétrer, pour y devenir encore plus riches. C’était cela Célestia : qu’on soit pauvre ou riche, on le devenait toujours de plus en plus. Mais malgré cela, chaque jour de nouveaux arrivants passaient les grandes portes, attirés par les lumières de la ville, tels des papillons se précipitant vers la flamme, pour y finir brûlés. Ca, et le fait que les monstres progressaient de plus en plus dans la campagne, semait la terreur et le chaos.

Mais ce n’était pas pour cela qu’Eve avait quitté son petit village de campagne. Non, Quietes était pour le moment épargné par les monstres et la guerre avec l’Empire de Jade. La seule raison qui l’avait poussée à partir, c’était pour revoir Zeph, son ami d’enfance. Enfin, ami d’enfance, c’était beaucoup dire…

Eve était née dans le village tranquille de Quietes. Elle était belle, avec ses beaux yeux et ses longs cheveux noirs, et étant l’héritière du dojo familial, elle était en plus très forte. Cela lui avait valu le statut de coqueluche de son village. Les garçons étaient tous amoureux d’elle, et les filles voulaient toutes être son amie. Jusqu’à l’âge de quatorze ans, elle avait toujours eutout ce qu’elle voulait. Et pourtant, elle s’était toujours sentie seule. C’est lors de la mort de ses parents qu’elle avait réalisé pourquoi. Après les funérailles, alors que ses amis essayaient de la consoler, elle était partie en courant vers la forêt. Tous l’avait suivie, essayant de l’arrêter. Même si les monstres n’attaquaient pas le village, ils rôdaient dans la forêt, tout le monde le savait. Arrivés à l’entrée de la forêt, ils s’étaient tous arrêtés, aucun ne l’avait suivie pour essayer de la ramener. Tous, sauf un : Zéphir. En silence, sans se mettre sur son chemin, il l’avait suivie. A l’époque, elle le connaissait à peine, il faisait simplement partie des garçons qui gravitaient autour d’elle, et à cause de son caractère calme et effacé, elle n’avait jamais vraiment eu l’occasion de discuter avec lui, ni même véritablement remarqué sa présence. Là était la réalité : la seule personne qui l‘avait suivie, la seule personne pour qui elle comptait peut-être parmi ses « amis » était un garçon qu’elle connaissait à peine. Après avoir parcouru quelques kilomètres, Eve s’était arrêtée et avait continué à pleurer, recroquevillée sur elle-même. Zeph, n’avait rien dit, il ne l’avait pas prise dans ses bras ni n’avait essayé de la ramener au village. Il s’était assis à côté d’elle, et avait attendu. Elle aurait été incapable de dire combien de temps s’était écoulé, mais après un moment, ce qui devait arriver arriva : un monstre apparut, et les toisa du regard. Celui là était visiblement un chien sauvage à l’origine, sûrement un raté des laboratoires de la Balorg et cie, victime de leurs expériences sur la mutation génétique. Quelques secondes s’écoulèrent, Eve et Zeph ne bougeant pas. Puis se levant doucement, il lui murmura quelques mots, et se mit à courir en direction du monstre avant de s’enfoncer plus profondément encore dans la forêt. « Quand j’aurai attiré son attention, rentre au village. » Il avait dit ça avec calme, comme si de rien était. Le monstre l’avait suivi, et ils avaient tout deux disparu dans la forêt. Il se passa encore quelques instants, Eve restant interdite. Puis réalisant la situation, elle se mit à courir à toute vitesse vers le village. Ce fut après quelques centaines de mètre qu’elle tomba sur les adultes, prévenus par les autres enfants et venus les secourir. L’un d’entre eux l’avait ramenée pendant que les autres partaient à la recherche de Zeph. Ils mirent une demi-heure à le retrouver, gravement blessé, mais toujours en vie. Il passa trois mois à l’hôpital, et encore neuf autres en rééducation, sa jambe ayant été broyée par le monstre. D’après ce qu’il avait raconté aux adultes, il n’avait pas pu parcourir dix mètres avant que le monstre ne l’attrape et le traîne jusqu’à son trou sur des centaines de mètres. Il avait eu de la chance qu’il ne le dévore pas de suite. Si l’histoire s’était arrêtée là Eve se serait déjà sûrement beaucoup rapprochée de Zeph, mais après que le médecin ait fait les premiers soins à Zeph, elle avait entendu parler deux des adultes. « Sale gamin, c’est bien fait pour lui. » « Qu’est-ce qui lui est passé par la tête d’entraîner Eve en forêt ? ». Les autres enfants avaient menti : voulant la protéger, ou plutôt se faire bien voir à ses yeux, ils avaient dit que c’était Zeph qui l’avait entraînée là-bas, avant qu’ils ne puissent faire quoi que ce soit pour l’en empêcher. Bien entendu, Eve était tout de suite allée dire la vérité à tout le monde, mais personne ne l’avait cru. « Elle dit ça pour prendre la faute à sa place, quelle enfant courageuse ! » « C’est parce qu’il a essayé de se rattraper en attirant le monstre… ». Au final, tout le monde avait rejeté la faute sur Zeph, malgré ses efforts, et comme il était orphelin, Eve était la seule qui lui avait tenu compagnie durant sa convalescence. Au début, elle était allée le voir tous les jours. Mais Zeph parlait peu, préférant écouter, et les histoires et anecdotes qu’elle avait à raconter s’étaient taries assez rapidement. Mais surtout, elle était toujours un peu nerveuse quand elle était avec lui, elle avait du mal à être naturelle. C’est en discutant avec les rares amies à qui elle adressait encore la parole qu’elle avait compris : les filles trouvaient Zeph gringalet, Eve le trouvait mignon, les filles le trouvaient ennuyeux, elle le trouvait calme et mature, etc. C’était clair, elle était amoureuse. Quand Zeph fut de nouveau sur pied et en forme, près de deux ans s’étaient écoulés. Eve et lui n’étaient pas en couple, à son grand dam, et elle ne savait pas comment faire pour l’approcher, pour entrer dans son monde. Alors qu’elle désespérait et commençait à se demander si elle y arriverait jamais, il l’avait invitée, un matin, à aller se promener près du lac le soir. La surprise avait été de taille, Eve avait passé tout l’après-midi à se préparer. Nerveuse au possible, elle l’avait rejoint comme prévu près du lac de Quietes, à la tombée de la nuit. La lune était belle, le cadre romantique, tout était parfait… sauf ce qu’avait prévu Zeph : il lui avait demandé de venir pour lui annoncer son départ. Le choc de ma vie… pensa Eve en se remémorant les événements. Zeph était sur le point de partir pour Célestia, pour intégrer le corps des Peacemaker, la troupe d’élite de l’armée.

Les Peacemaker, traduit Conciliateurs, mais aussi littéralement faiseurs de paix, était un groupe de combattants qui maintenaient l’ordre dans la vraie ville à Célestia, et menait les troupes au combat dans la guerre contre l’Empire de Jade. Leurs fonctions n’avaient rien à voir avec leur nom. Zeph lui avait dit qu’il voulait devenir plus fort, qu’il voulait changer, pour elle. Si l’annonce de son départ ne lui avait pas fait autant d’effet qu’un coup de poing dans le ventre, elle aurait sûrement été aux anges en entendant ce qui ressemblait fort à une déclaration. Mais elle n’avait rien répondu ce soir là, et il était parti. Cela faisait maintenant un an, elle en avait dix sept.

Elle était partie du jour au lendemain, sans prévenir personne, laissant juste un mot comme quoi elle se rendait à Célestia, et laissait ses biens au soin de son majordome, qui s’était occupé d’elle après la mort de ses parents. Pendant toute l’année, elle s’en était voulue de n’avoir rien dit ce soir là, de ne pas l’avoir empêché de partir. Il voulait changer pour elle ? Mais pourquoi ? Elle ne lui avait jamais demandé de changer, elle l’aimait comme il était !

Six mois après le départ de Zeph, elle avait pris sa décision : elle allait remplir un dossier, suivre la procédure et s’engager chez les Peacemaker. L’académie recrutait dans tout l’Empire, sans concours ni distinction d’âge ou de sexe. Il y avait ensuite un test pour voir qui serait à même de suivre, et pour les quelques chanceux qui y parvenaient, trois ans en tant qu’étudiants avant d’être officiellement intégrés comme soldats d’élite dans l’armée. Combattant, Espion, Savant, Utilisateur de l’esprit et biens d’autres sections étaient ouvertes. Zeph devait sûrement avoir été pris comme Savant ou Utilisateur de l’esprit, ce qui serait impossible pour Eve. Elle était une combattante et serait prise comme tel. Mais ça n’avait de toute façon pas d’importance : il devait déjà avoir validé sa première année, ils ne seraient donc de toute façon pas dans la même classe.

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Cela faisait bientôt une heure qu’elle avançait dans les tréfonds obscurs, en direction de l’entrée de la vraie ville. La citée était immense, sinueuse et l’odeur était pestilentielle. L’académie était situé juste après l’entré de la vraie ville, elle devait s’y rendre à pied, n’ayant pas les moyens de prendre le métro aérien.

S’y j’avais su, j’aurais pris plus d’argent en partant…

Si malgré la fatigue, marcher ne lui faisait pas peur, les deux punks à l’air vicieux qui la suivaient depuis quelques minutes l’inquiétaient un peu plus. Elle ne portait rien d’affriolant, mais la chaleur l’avait fait se dénuder un peu : son jean était devenu très moulant avec l’humidité, et son top blanc, un cache cœur à large décolleté en V croisé, laissait ses bras et une partie de son dos nue. Après réflexion, elle réalisa que dans les tréfonds obscurs, ça devait passer pour une incitation au viol, et elle remit sa courte veste en cuir. Après quelques dizaines de mètres, ils se décidèrent à l’aborder.

- Ben alors chérie, on se balade toute seule sur notre territoire ? C’est chez nous ici, tu ne savais pas ? Si tu veux bosser, faut nous payer.
- Je ne bosse pas, et non, désolé, je ne savais pas que c’était chez vous. De toute façon je ne fais que passer.
- Ah oui mais non, ça ne vas pas être possible, va falloir que tu nous suives là…

Ne ralentissant pas, Eve sortit son poing armé de sous sa veste et l’enfila discrètement. Si son dojo prenait ses bases sur une ancienne forme d’arts martiaux traditionnels, on y apprenait avant tout à se battre avec des gants renforcés en métal, pour maximiser les dommages.

- Désolé mais je suis plutôt pressée là. Vous ne pouvez pas faire une exception ?
- Sûrement pas, tu viens et tu fermes ta gueule pétasse ! cria l’un des deux en lui agrippant l’épaule.

Et ben, la partie « demandons gentiment » n’aura pas duré longtemps.

Se retournant, Eve décrocha un coup de coude violant dans la tempe de celui qui l’avait agrippée, puis frappa le second d’un coup de poing dans le ventre, suivi d’un crochet du gauche et d’un uppercut du droit. Malgré leurs grandes gueules et leur allure de psychopathes, ils avaient la carrure d’adolescents mal nourris, et ils s’écroulèrent aussitôt. Les gens dans la rue s’arrêtèrent un instant, puis retournèrent à leurs occupations, comme si de rien était. Deux voyous qui se faisaient massacrer par une adolescente ne sembla pas les étonner plus que ça. A vrai dire, Eve commençait à douter que quoi que ce soit puisse sembler étrange ici. Se dirigeant vers une prostituée qui faisait le tapin quelques mètres plus loin, elle lui demanda le chemin le plus court pour se rendre à la vraie ville.

- Tu me donnes combien pour que je te le dise ? lui répondit-elle.
- Si tu ne me le dis pas je te casse la mâchoire.
- Ca coûtait rien d’essayer, dit-elle en haussant les épaules. Continue tout droit sur cinq ou six kilomètres, et tu seras au sas d’entrée, après, tu n’as plus qu’à attendre qu’il t’emmène au-dessus. Le chemin est sinueux, mais tu ne peux pas te tromper tant que tu ne rentres pas dans les petites ruelles…

Après l’avoir remerciée, Eve se remit en route. Elle commençait à se dire que cette année passée presque entièrement seule à se battre dans la forêt contre des monstres n’avait pas été en vaine. Et dire qu’un simple chien sauvage avait presque tué Zeph, alors qu’elle était maintenant capable d’en affronter deux ou trois sans problèmes… à vrai dire, il était bien possible qu’elle en ait été capable à l’époque aussi. Son école de combat, le Jangsen, était un art basé sur la survie, on y apprenait à combattre des humains comme à combattre des monstres. Avant l’accident, elle ne s’était jamais intéressée à la partie monstre, et elle l’avait regretté. Mais pendant que Zeph était en rééducation, elle avait étudié à fond avec son majordome, lui-même ayant apprit durant des années auprès du père d’Eve, l’ancien maître. Elle avait perfectionné ses techniques, étudié les différents types de monstres et leurs points faibles. Elle était douée, elle apprenait vite. Avant le départ de Zeph, elle n’avait jamais mis en pratique, mais quelques jours après, elle s’était rendue en forêt, énervée et frustrée, cherchant un exutoire. Elle avait combattu des monstres pendant plusieurs semaines, revenant chaque jour, s’aventurant un peu plus loin à chaque fois. Il y avait bien une ou deux fois où ça avait failli mal tourner, mais la chance avait été de son côté jusqu’à présent, et le pire avait été deux côtes cassées quand elle n’avait pas pu éviter un coup de queue d’un alligator mutant. Heureusement pour elle, il s’était contenté de l’envoyer faire un vol plané sur six mètres, et était reparti dans sa marre.

Enfin, on verra si ça a été vraiment utile lors de la première phase des tests.

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A la seconde même où elle avait pénétré dans la vraie ville, c’était l’ambiance même qui semblait avoir changé : tout était propre, il n’y avait plus ni prostituées, ni clochards, l’air ne sentait plus les égouts. La barrière entre les tréfonds obscurs et la vraie ville était un simple ascenseur géant. Ceux du bas pouvaient y venir librement, mais comme il n’y avait pas d’ordures pour se nourrir ou s’abriter, et que les patrouilles renvoyaient aussitôt les prostituées et clochards, il était rare que quelqu’un s’y aventure. Ca n’apportait rien, et tout délit était passible de la peine de mort. Mieux valait rester dans les tréfonds pour ceux qui n’avaient pas d’argent.

L’académie se trouvait juste à l’entrée dans la vraie ville, comme indiqué sur son plan. Elle était immense, ses murs s’étendaient à perte de vue. Devant elle, une grille d’une dizaine de mètre de hauteur lui barrait le passage.

- Je peux vous aider mademoiselle ? l’interpella le garde dans son box, à l’entrée.
- Oui, je suis là pour intégrer les Peacemaker.
- Vous avez une pièce d’identité ?

Eve lui tendit son pendentif, qu’il scanna rapidement.

- Mademoiselle Eve Sylphide, candidate pour section combattant. Très bien, vous pouvez entrer. Aller jusqu’au bâtiment que vous pouvez voir là-bas, vous y serez accueillie par un étudiant de deuxième année, il vous amènera au gymnase où vous subirez le premier test.
- Déjà ? s’étonna l’adolescente.
- Oui, et pour tout te dire ma petite, c’est là que la plupart des éliminations auront lieu. Mais tu verras par toi-même, conclut-il en actionnant l’ouverture de la lourde grille d’entrée.

Avançant à petits pas, Eve essayait de ne pas se laisser impressionner pour le gigantisme de ce qui l’entourait. Tout lui semblait grandiose, à mille lieux des tréfonds obscurs dont elle venait de sortir. Il y avait des centaines d’étudiants répartis sur toute la surface de la cour, et comme elle l’avait entendu dire, malgré le fait qu’il s’agissait d’une académie militaire, aucun ne portait d’uniforme. Certains s’entraînaient sur les terrains de sport tout au fond, d’autres avec des machines de guerres, apprenant apparemment à les piloter. Une espèce de tank sur deux pattes manqua même de peu de la percuter, la forçant à faire un bond en arrière. Le pilote s’extirpa tant bien que mal tout en injuriant le « tas de ferraille indigne de ses capacités de pilote ». Il semblait avoir la trentaine, et avec ses cheveux blonds en bataille, son visage mal rasé et sa voix rauque, il ressemblait plus un à vieux baroudeur qu’à un étudiant. Saisissant l’occasion, Eve lui demanda s’il faisait partie de la section Scientifique.

- Bah non ma petite, si j’étais entrain de piloter, c’est que je dois faire partie de la section pilote non ? Les combattants ont des stages de formations avec nous, mais pas les scientifiques : ils conçoivent ces saloperies là, mais ça se voit qu’ils ne montent jamais dedans !
- Oui, c’est vrai, excusez-moi.
- T’excuse pas bordel, tu pouvais pas savoir ! Et nom de Dieu, c’est moi qui suis censé m’excuser là ! Putain ! Désolé ok !

Holà, il n’est pas net lui, mieux vaut s’esquiver rapidement…

- Pas de problème... dit-elle en faisant un pas en arrière.
- Tu es ici pour passer le test d’entrée ? Tu veux intégrer la section scientifique ?
- Oui et non : je passe effectivement le test, mais pour la section combattant. Mais j’ai un ami qui doit sûrement être en section scientifique. Il n’y a pas une liste des étudiants quelques part d’ailleurs ?
- Si tu es prise, tu pourras demander au secrétariat. Combattante hein ? Comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences… en tout cas, si tu veux un conseil, reste au maximum dans l’ombre pour la première phase.
- Comment ça ?
- Je ne devrais pas… mais bon, après tout on s’en fout, ce n’est pas bien grave si tu sais comment ça se passe à l’avance ! Pour faire simple, chez les combattants, le premier test est un survival game. Ils vous mettent dans une pièce par groupe de dix, et ils vous observent vous taper sur la gueule. Ne te dépense pas trop, contente toi de rester debout et de ne pas trop prendre de coup. Le but n’est pas de mettre tout le monde KO, mais de survivre, d’où survival game... Il en reste deux ou trois généralement, pas plus. Ensuite, c’est un corps à corps avec un étudiant de deuxième année. C’est là que le fait d’être rester dans l’ombre prend toute sa valeur : il te restera toute ton énergie. De plus, tu va sûrement te battre contre celui qui va t’accueillir à l’entrée, sous le patio là-bas : alors si tu t’es montrée cool et timide, il va y aller mollo. Tu as l’avantage de ne pas avoir l’air bien méchante, alors profites en pour qu’il te sous-estime. Ce n’est pas pour critiquer, mais les gorilles de chez les combattants sont des crétins, il va se croire supérieur, te prendre de haut, ou au contraire se faire passer pour un chevalier et te ménager, bref, il ne va pas penser au fait que si tu es là, c’est que tu as les capacités pour… Toujours est-il que tu as gros à y gagner : si tu venais à le battre, tu obtiendrais beaucoup de points !
- Points ?
- Ici tout fonctionne aux points : tu veux une chambre seule ? Il te faut des points. Tu veux du bon matériel ? Il te faut des points. Tu veux faire un stage de pilotage ? Il te faut des points. C’est un peu la monnaie courante ici. Tous les cadets reçoivent entre mille et cinq mille points à la base, c’est pour ça que souvent, la première année, vous dormez en chambres communes, ne pouvez pas vous fournir du matos très performant, etc. Par exemple, avoir une chambre à soi coûte cinq mille points, et les moyens d’en gagner autant pour un première-année ne sont pas légion. Mais ceux qui arrivent à battre leur testeur, eux, ils gagnent d’office une prime de vingt mille points, de quoi faire pas mal de choses intéressantes, et sauter quelques étapes barbantes.
- C’est bon à savoir, merci du conseil cadet…
- Wing, mais pas cadet, capitaine. Instructeur section Pilote, si tu es prise et que tu fais un stage chez nous, il y a de bonne chance que ce soit avec moi.
- Capitaine ! Pardon, je croyais que…
- Que j’étais un étudiant ? la coupa-t-il en rigolant à grosse voix. C’est vrai que n’importe qui peut intégrer l’académie à n’importe quel âge, mais tu vas vite devoir apprendre à distinguer les grades selon le bandeau au bras ma petite !

Jetant un œil au bras droit du capitaine, elle y aperçut un bandeau vert avec une étoile et deux barres.

- La couleur dépend de la section, l’étoile signifie officier, et le nombre de barre le grade. Si il n’y a rien, il s’agit d’un cadet. S’il y a une croix, c’est un sous-officier, une étoile, un officier. Pour les barres, dit toi que plus il y en a, plus haut il est gradé, et moins tu dois faire le con avec lui ! Enfin ça dépend de la personne après… bref, ton nom fillette ?
- Eve Sylphide mon capitaine.
- Alors au plaisir de te revoir cadette Sylphide ! s’exclama-t-il en lui donnant une tape sur l’épaule qui la fit reculer d’un mètre, avant de retourner injurier sa machine et crier en direction d’étudiants qui se précipitèrent aussitôt, une peur visible sur le visage.

Sacré numéro ce capitaine Wing… en tout cas il m’a donné de précieuses informations.

Continuant son chemin en direction du bâtiment indiqué par le capitaine, elle rencontra d’autres phénomènes en tout genre, allant d’enfants portant des épées aussi grandes qu’eux aux punks semblant chercher leur chemins.

Ils doivent passer le test eux aussi. Un bon moyen de se sortir des tréfonds obscurs j’imagine.

- Miss Sylphide ? l’interpella un jeune homme avec un bandeau rouge… aussi rouge que ses yeux.

Il était jeune, il devait avoir son âge. Il avait les cheveux blonds platine, dressés sur la tête, et portait un bermuda et une simple veste en jean. On aurait dit un touriste.

- Oui… répondit-elle à mi-voix, complètement absorbée par les yeux rouges vifs de son interlocuteur.
- Je m’appelle Zen, je suis l’étudiant chargé de te prendre en charge à partir de là. Et pour les yeux, tu auras tout le loisir d’admirer les mêmes dans ton miroir tous les matins si tu es prise chez les combattants !
- Pardon ?
- Ils t’expliqueront si tu es prise va… alors, d’où viens-tu ? Un village de ninja caché dans la montagne toi aussi ? Ce n’est pas tous les jours qu’on a deux filles qui ressemblent vraiment à des filles qui s’inscrivent dans notre section !
- Non, je viens de Quietes, pas de ninja là-bas je crois… et puis, si des enfants participent, pourquoi pas moi ? Non ? répondit-elle avec son plus beau et naïf sourire.

Jouons le jeu de la fille mimi…

- Holà, tu risques d’avoir des surprises ma pauvre ! Tu veux un conseil, reste planquée tranquillement dans un coin pendant la première épreuve… je ne peux pas t’en dire plus, mais crois moi, c’est plus dur qu’il n’y parait. Et moi ça me ferait bien plaisir d’avoir une cadette aussi mignonne que toi !
- Arrête, ce n’est pas bien de flatter comme ça… en tout cas j’espère que ça ne va pas être trop dur…
- J’ai bien peur que si. Je ne veux pas te mentir, le test est difficile, et l’entraînement qui suit si tu es prise est infernal. Mais bon, si tu sais te défendre un peu, et que tu es agile, ça devrait aller : le but n’est pas de voir qui sait déjà se battre, ça on va vous apprendre, le but est de voir qui a le talent. Aie confiance, et ça ira, lui dit-il en posant son bras sur son épaule.

Il était plutôt mignon, mais ce n’était pas son type : le genre super assuré et beaucoup trop confiant, que ce soit envers lui-même ou les gens qui l’entouraient.

Si Zeph nous voyait… aller, endures Eve, c’est pour pouvoir intégrer l’académie…

Tout en parlant, le cadet l’avait emmenée au travers des couloirs, se rapprochant de plus en plus d’un bruit de nombreuses voix dans une pièce qui résonnait.

- On y est princesse, le gymnase d’entraînement, suffisamment grand pour y faire se battre les tanks de corps à corps ! Vous êtes un bon millier cette année, tu es la dixième dont je m’occupe.
- Vous êtesune centaine parmi les deuxièmes années à nous faire passer les tests ?
- Nan, on est une trentaine, mais certains aiment le job et demandent à en avoir plus que les autres. Le recteur va vous faire un speech barbant d’une bonne demi-heure, ensuite ils vont abaisser les différents séparateurs et vous dispatcher par groupes de quinze vingt, et vous allez vous battre. C’est là que tu dois rester tranquille : laisse les se battre entre eux.
- Ce n’est pas grave si tu me dis tout ça ? Tu ne vas pas avoir de problèmes ?
- De toute façon ils vont l’expliquer dans cinq minutes, donc bon… et puis mieux vaut que je te le dise à toi qu’à un de ces balourds qui viendraient encore amoindrir le niveau intellectuel de notre section… soupira-t-il en secouant la tête. Et puis au final ils ne sont que du muscle, aucune technique : je te les étale en deux coups !

C’est sur que tu sembles tellement plus intelligent… enfin, il est pas méchant au moins, juste un peu idiot.

- Bon aller, je te laisse là, il ne faut pas qu’on me voit flirter avec une candidate, sinon je vais vraiment avoir des problèmes ! Bye bye princesse !

Au plaisir de te mettre une raclée tout à l’heure… pensa-t-elle en lui souriant alors qu’il s’éloignait, apparemment fier de lui.

Alors qu’elle se retournait pour observer les autres candidats, elle s’aperçut qu’elle était la seule fille à portée de vue. Il n’y avait que des hommes, oscillant entre les brutes, les punks à l’air mauvais et les athlètes au regard méchant.

Hé bah ça promet…

Fendant la foule aussi discrètement que possible, elle ignora royalement les sifflements et autres « rentre chez ta mère gamine ! », cherchant à se rapprocher du pupitre duquel le recteur allait faire son discours. Arrivée devant, une voix attira son attention.

- T’as un problème babouin ! Tu cherches à rejoindre tes ancêtres !

La voix était clairement celle d’une fille. Se rapprochant de la source, Eve aperçut une adolescente qui ne devait pas avoir plus de quatorze/quinze ans. Elle n’était pas très grande, avait les cheveux noirs de jais et était habillée de manière plutôt décontractée : un short long et un T-shirt ample. Elle se disputait avec un garçon aux cheveux rouges qui devait être à peine plus âgé.

- Je te dis que t’es section combattants ici, pas garderie !
- Quoi ! s’exclama-t-elle visiblement offusquée. C’est à moi que tu dis ça la tête de tomate éclatée !
- Tête de… !
- Silence ! s’exclama le recteur qui venait d’arriver à son pupitre.

C’était un homme d’un certain âge, dont les longs cheveux grisonnant contrastaient avec ses yeux rouges.

- Vous aller bientôt intégrer la section des combattants des Peacemaker, vous allez représenter l’élite de l’élite de l’armée ! Apprenez dès maintenant à vous comporter en adulte, en dirigeant ! Car c’est ce que vous aspirez tous ici à devenir, des officiers, des soldats d’élite qui assureront l’avenir de notre Empire !

Oh boy… c’est parti pour le long discours sans intérêt dont m’a parlé Zen…

Le recteur continua à parler d’honneur et de dévouement pendant une bonne vingtaine de minutes. Il leur expliqua que sur les mille cent candidats, moins d’une centaine seraient retenus, mais que les autres auraient la possibilité, pour certains, d’intégrer l’armée traditionnelle. Il expliqua aussi que le système de rang n’avait court que dans l’académie, et qu’une fois dispatchés dans l’armée, ils auraient un statut spécial, le statut de Peacemaker, qui les plaçait en dehors du système et leur laissait la liberté d’agir à leur guise ou de commander des troupes, mais que ça induisait de grandes responsabilités, et cætera, et cætera. Eve était une élève studieuse en règle général, elle apprenait vite, mais parce qu’elle savait être attentive, mais s’il y avait bien une chose qu’elle avait en horreur, c’était les longs discours qui ne servaient qu’à mettre en avant des évidences et à rabâcher des principes. Mais elle se força à écouter malgré tout jusqu’au bout.

Après qu’il eut fini son discours, le recteur dit à tous les étudiants de ne plus bouger, le temps que les séparateurs descendent du plafond. Levant la tête, Eve aperçut tout un amalgame de plaques en métal qui volaient dans tout les sens, descendant une à une. Cinq minutes après, elle se retrouvait avec les quinze personnes de son groupe.

Les deux excités de tout à l’heure, et une dizaine de gros bras. Rester dans l’ombre… on va essayer.

- L’épreuve commence maintenant et durera dix minutes, tous les coups sont permis, dans la mesure où aucun meurtre ne sera toléré. Bon combats.
- Bon combats ? répéta un homme d’une trentaine d’années à côté d’elle. Alors quoi, le but est de se mettre les uns sur les autres comme ça ?
- Exactement vieille peau ! s’exclama un jeune homme tout en lui mettant son poing sur la figure.

Reculant un peu, Eve observa la scène, essayant de voir qui savait vraiment se battre, et où se placer pour être le plus éloignée d’eux. Leur box faisait six mètres sur une dizaine, laissant à peine de l’espace pour se déplacer et se battre. Après quelques secondes, seuls elle et deux autres ne se battaient pas encore. Les deux excités se battaient l’un contre l’autre, et elle devait bien reconnaître qu’ils étaient forts. La fille était toute en souplesse, et le garçon avait l’habitude de se battre, sûrement un voyou expérimenté. Aucun autre n’attirait vraiment son attention. Les deux qui ne se battaient pas semblaient terrorisés et prêts à s’évanouir d’un moment à l’autre.

Eve ne semblait pas attirer l’attention de qui que ce soit. Ils devaient se dire que s’ils arrivaient à battre les autres, s’occuper d’une fillette et de deux apeurés serait une partie de plaisir.

Le recteur n’a pas fait mention des armes, je me demande si je peux utiliser mon poing armé ? Il a dit que tous les coups étaient permis, mais aucun d’entre eux n’a sorti d’arme blanche ni d’arme à feu… ah, si…

La jeune fille, apparemment à bout de nerf, venait de dégainer un sabre court et droit, et la « tête de tomate » un cran d’arrêt. Ils se battaient toujours furieusement, semblant avoir oublié le concept de « meurtre interdit ». Il restait neuf combattants debout, certains en sang, d’autres presque intacts, mais aucun de vraiment inquiétant, les deux excités mis à part.

Je me demande si les cadets de deuxième année peuvent nous voir aussi ? Il me semble que le capitaine Wing m’a dit d’y aller mollo, mais pas que le cadet de deuxième année nous regardait…

Alors qu’elle essayait de se remémorer précisément ce qu’il lui avait dit, l’un des survivant se dirigea vers elle et les deux terrorisés. L’un d’eux s’évanouit carrément, et l’autre se mit en garde, toujours tremblant.

Il a une bonne garde, dommage qu’il n’ait aucun esprit combatif…

Le gros bras devait faire vingtaine de centimètres de plus qu’elle, soit un bon mètre quatre-vingt-dix, et devait faire au bas mot cent vingt kilos. Il avait pris pas mal de coups, mais semblait plutôt résistant. Observant les autres, Eve s’aperçut qu’ils n’étaient plus que sept debout, avec toujours les deux excités au sommet de leur art. Ils étaient d’ailleurs devenus le centre de l’attention, les deux autres gros bras reprenant leur souffle en les observant, attendant que l’un s’écroule pour se précipiter sur l’autre. Alors qu’elle admirait elle aussi la « ninja » et « tête de tomate éclatée », la masse de muscle qui s’était dirigée vers elle envoya le pauvre apeuré s’enfoncer dans le mur d’un violent coup de poing.

- Ca doit faire super mal, commenta-t-elle en enfilant son poing armé.
- Tu vas le savoir rapidement pétasse ! s’exclama-t-il en brandissant son poing.
- Je ne crois pas non, répondit-elle en bondissant à toute vitesse.

Percutant de son droit l’estomac du géant de plein fouet, elle le plia littéralement en deux. Alors que ce dernier essayait de retrouver son souffle, Eve se recula pour prendre un peu d’élan, puis lui décrocha un uppercut d’une puissance tel qu’il s’envola sur plus de cinq mètres, avant de s’écrouler inconscient.

- Ca, ça doit vraiment faire mal ! s’exclama-t-elle.

Les deux excités avaient cessé de se battre, et les deux autres la regardaient eux aussi l’air ébahi, avec sûrement comme pensée commune : « Mais comment une fillette de son gabarit peut bien avoir fait s’envoler une masse de cent vingt kilos ? ».

Après avoir combattu des monstres de deux fois son poids, ce n’est pas vraiment un challenge, pensa-t-elle en retournant dans son coin.

Les deux excités ne bougeaient toujours pas, semblant faire un devis des dégâts avec sûrement comme question en tête « Suis-je en état si elle me saute dessus ? ». Quand au deux autres, ils restaient toujours interdits. Regardant sa montre, Eve estima qu’il devait rester moins d’une ou deux minutes. Même s’ils s’élançaient tous sur elle, tenir une minute, voir même gagner le combat ne serait pas impossible. Non, ce qui l’inquiétait, c’était de savoir si oui ou non Zen l’avait observé. Si oui, il lui poserait sûrement de gros problèmes lors du combat. Car envoyer au tapis un gros voyou était une chose, mais arriver à battre un cadet des Peacemaker, s’en était une autre. Mais il lui fallait les vingt mille points. Avec ça, elle pourrait vivre plus tranquillement, et ce serait sûrement un bon moyen de passer plus de temps avec Zeph.

- C’est terminé, que tous les combattants se séparent ! s’exclama une voix dans l’interphone, alors que les plaques de séparations commençaient à se lever. Tous ceux qui sont inconscients ou incapables de continuer sont disqualifiés, les autres, mettez vous près des murs, vous avez quinze minutes pour vous remettre, s’en suivra un combat individuel parcandidat

Eve se dirigea immédiatement vers les quatre autres de son groupe encore debout. Si elle s’en allait, il était évident qu’ils allaient parler d’elle, et dans le pire des cas, il y aurait même une rumeur qui se répandrait, pouvant aller jusqu’aux oreilles de Zen, s’il ne le savait pas encore.

Autant faire comme si, je dois avoir confiance en ma chance.

- Vous êtes forts tous les deux, dit-elle à l’attention du couple d’excités.
- Et c’est toi qui dit ça ? répondit la tête rouge. Ca t’a amusé de nous voir nous épuiser alors que tu te reposais ?
- Observer est la base de tout combat non ? Je m’appelle Eve.

La tête rouge la toisa quelques instants.

- Spike.

Eve se tourna vers la jeune fille, qui semblait au comble de l’énervement.

- C’est pas juste, t’avais pas le droit ! Fallait être honnête et venir te battre !
- Vous étiez occupés tous les deux, et personne n’est venu se battre avec moi. Je n’allais pas interrompre votre duel, si ?
- Si ! s’exclama-t-elle avant de se détourner et de croiser les bras, boudeuse.
- Désolé… s’excusa Eve, sans sarcasme aucun, vraiment désolée de voir qu’elle réagissait comme ça.
- Rhaa, ça m’énerve ! Mais je te pardonne ! Je m’appelle Seri.
- Enchanté Seri, lui dit-elle en souriant.

Elle est mignonne.

- Dirt.
- Jones.

Eve ne s’était même pas préoccupée d’eux, sentant qu’elle ne les reverrait pas après le jour de test. Mais après tout, rester polie n’allait tuer personne.

- Ravie de vous rencontrer.
- Ravi de ne pas t’avoir sauté dessus lors de la première partie.

Elle sourit, puis ils commencèrent à discuter quelques minutes. Ils se présentèrent rapidement : Spike était un punk des tréfonds, chef d’un petit gang réputé dont les deux autres reconnurent le nom ; Seri venait d’un village de ninjas du nord ; les deux derniers étaient aussi des tréfonds. Eve se présenta comme l’héritière d’un dojo de combat. Alors qu’ils finissaient de se présenter, le recteur reprit la parole.

- Bien, la deuxième partie des épreuves va commencer. Il s’agit d’un duel avec un cadet de deuxième année. Ils n’ont pas assisté aux précédents combats, et ne connaissent donc pas vos techniques individuelles, vous partez donc à égalité. Mais le but n’est pas de gagner le combat, mais de prouver de quoi vous êtes capables. Chaque année, un ou deux parmi vous sort du lot et arrive à battre son testeur. Mais c’est plutôt rare, alors ne vous faites pas d’illusions. Donnez tout ce que vous pouvez, nous jugerons si vous êtes ou non à même de devenir des membres des Peacemaker. Bonne chance à tous.

Un ou deux par an ? Ca ne fait pas beaucoup…

- Je vois avec plaisir que vous êtes toutes les deux toujours en lice ! s’exclama une voix qu’elle reconnaissait derrière elle.
- Zen… oui, j’ai eu de la chance, personne ne s’en est pris à moi, souffla-t-elle comme si elle était soulagée.

Les quatre autres la regardèrent, oscillant entre l’amusement et la stupéfaction.

- Bien, on va y aller doucement. Vos noms pour commencer.

Ils donnèrent un à un leur nom, puis Zen demanda à Dirt de le suivre. Ils s’éloignèrent de quelques pas, puis le cadet se mit en position de combat. Pas de ring, pas de délimitation, un simple corps à corps libre.

- Quand tu veux. Tu peux utiliser des armes si tu en as, et tous les coups sont permis.

Le voyou le toisa quelques instant. Zen semblait être un boxeur, malgré sa carrure. Eve avait imaginé quelqu’un usant d’agilité, de vitesse et un art de combat qui va avec, mais pas de la boxe. Après avoir hésité un instant, Dirt se mit en garde, puis se précipita sur lui. Il n’usait d’aucun art martial, c’était un pur combattant de rue. Zen esquivait aisément les coups, le faisant se promener, se vider tranquillement de son énergie. Le voyou n’était pas assez fort pour qu’elle puisse évaluer le niveau du cadet. Après une minute, il commença à frapper à son tour. Des coups légers, mais précis. Dirt en encaissa une dizaine, puis s’écroula. La différence de niveau était flagrante.

- Suivant, Spike.

Voilà qui va être plus intéressant déjà.

Eve essayait d’avoir l’air détendu, relâché. Elle ne voulait pas qu’il voie qu’elle étudiait sa technique, et elle ne voulait surtout pas qu’il en vienne à se méfier d’elle. En revanche, Seri avait l’air extrêmement concentrée. Si au combat, elle était du même niveau que Spike, elle avait en revanche une approche et un calme supérieur au sien, la rendant plus dangereuse.

De nouveau, Zen se mit en garde, léger sur ses pieds. Spike s’étira un instant, puis se rapprocha du cadet, en position de combat. Arrivé à moins d’un mètre, il s’arrêta, et les deux combattants se toisèrent quelques secondes. Ce fut étonnamment Zen qui rompit l’arrêt, envoyant un jab rapide et précis au visage de Spike, suivi par un direct du droit. C’était un modèle classique : le jab pour attirer l’attention et le direct qui suit, rapide et violent. Mais Spike était un combattant expérimenté, et il se remit vite d’aplomb, contre-attaquant comme il le pouvait. Lui non plus n’arrivait pas à toucher Zen. Ce dernier était plus rapide, plus expérimenté, et surtout, en pleine forme : Spike ne s’était pas remis de son combat contre Seri, et la combinaison jab/direct l’avait vraiment affecté. Par deux fois il réussit à surprendre le cadet, mais sans grands dommages. Spike s’écroula après deux minutes d’un combat vaillant.

Eve n’en avait pas manqué un morceau. Elle devait reconnaître que Zen était fort : il était rapide, avait une technique irréprochable et un bon sens du combat. Il n’avait pas montré sa force, mais il avait un corps gainé, qui devait être capable d’exercer une force conséquente.

Rien à voir avec les rigolos qu’on rencontre dans la rue, c’est un vrai combattant.

- Suivant, Seri.

Cette dernière non plus ne semblait pas en avoir manqué une miette, et elle partait avec un visage sérieux et concentré. Sortant immédiatement son sabre court à lame droite, elle choisit une garde légère, tout en souplesse. Zen quant à lui reprit exactement la même, toujours léger sur ses jambes. Seri se rapprocha par petits bonds, puis arrivée à trois mètres, sortit de sa poche trois kunai et les lança sur Zen au niveau du torse. Ce dernier esquiva, mais Seri avait bondi, et se retrouvait déjà dans son dos, s’apprêtant à frapper de sa lame. Alors qu’Eve pensait que le coup allait toucher, Zen fit pivoter son torse et frappa Seri au niveau du poignet. Cette dernière en lâcha son arme, et se retrouva sans défense. Mais Zen se contenta de se remettre en garde, un sourire confiant au visage. Ils reprirent le combat, qui dura environ trois minutes. Seri donnait tout ce qu’elle avait, réussissant à le toucher plusieurs fois, mais sans réels dommages Elle manquait de puissance et était fatiguée. En revanche, Zen ne la frappa pas une seule fois. Il arrêtait tous ses coups à quelques centimètres du visage, tout en continuant d’afficher son sourire confiant. Au bout des trois minutes, il arrêta le combat et demanda à Jones de prendre la place de Seri. La petite ninja retourna alors auprès d’Eve et de Spike, qui avait reprit connaissance.

- Il m’a complètement sous-estimée !
- Il semblerait… acquiesça Eve, dont le sang bouillait.
- Ce genre d’abruti ne survivrait pas dans les tréfonds, aussi fort soit-il : quand on se bat avec quelqu’un, c’est de la connerie de se montrer galant ou gentil… souffla Spike, toujours assis.
- C’est surtout totalement irrespectueux ! s’écria Seri, au bord de la crise de nerf.

Alors que Jones s’écroulait à son tour, après un combat rapide et sans gloire, Eve enfila ses gants armés, ses coudières métalliques, et retira sa courte veste en cuir. Elle attacha ses longs cheveux noirs, puis se dirigea vers Zen, qui la regardait avec un grand sourire. Jusqu’il y a quelques minutes, elle comptait le prendre par surprise, et obtenir une victoire rapide. Mais s’il y a bien une chose qu’elle ne supportait pas, c’était qu’on la regarde de haut, et vu la manière dont il s’était comporté avec Seri, il était quasiment certain qu’il ferait de même avec elle. Se plaçant à quatre mètres de lui, elle se mit dans une position de combat agressive, ne cachant plus son expérience du combat. Zen la regardait toujours amusé. Soit il savait depuis le début qu’elle était forte, soit il continuait de la sous-estimer. Cette deuxième option la fit bouillir de plus belle. Se cambrant sur ses jambes, elle se prépara à exécuter un arcane de son école. La technique était simple, il s’agissait de bander les muscles des jambes à fond, et de les relâcher tel un élastique, pour bondir comme un fauve en direction de l’adversaire. Après, il fallait frapper au torse le plus violemment possible. Cela paraissait simple, mais le timing et la force nécessaire pour infliger un maximum de dommages n’étaient pas faciles à acquérir, cela lui avait pris des années. L’exécutant avec un maximum de concentration, elle n’eut pas le temps de voir le visage du cadet, mais vu qu’elle l’avait atteint de plein fouet au torse, elle pouvait imaginer qu’il avait continué de la sous-estimer. Si elle avait su qu’il n’aurait pas le temps de réagir, elle aurait plutôt visé la tête, pour être sûr d’en finir. Mais elle avait encore l’avantage : le cadet avait volé en arrière sur plusieurs mètres sous le coup de l’impact. Continuant dans sa lancée, elle le rattrapa et s’apprêta à lui mettre un coup quand ce dernier se remit debout, le visage déformé par la douleur et le souffle court.

C’est maintenant ou jamais !

Malgré son lourd handicap, le cadet parait la plupart des coups, mais sans arriver à riposter. Usant de feintes et frappant de plus en plus fort, Eve finit par rentrer dans la garde de Zen, et par porter un coup décisif au niveau du foie, qui le déstabilisa. Pivotant sur elle-même, elle lui asséna un monumental crochet du droit, suivi d’un direct dans le plexus et d’un uppercut, l’envoyant au sol une seconde fois. Le timing, la force et la vitesse avaient été parfaits, ne lui laissant aucune chance. Toute l’assemblée s’était arrêtée pour la regarder. Après quelques instants, un autre cadet s’approcha de Zen et se pencha sur lui. Se retournant, il mit ses bras en croix en direction des caméras situées au plafond.

KO ! Je l’ai mis KO ce petit con prétentieux !

- Yes ! s’écria-t-elle, laissant s’exprimer sa joie.

Tous les candidats se mirent à crier et à applaudir, devant la victoire sans concession de la jeune fille. Eve sentait la satisfaction monter de plus en plus en elle. Ca faisait longtemps qu’elle n’avait pas été aussi contente. Bien sur, elle était consciente qu’en temps normal, elle n’aurait sûrement pas réussit à le vaincre, mais elle s’en moquait, elle avait eut ce qu’elle voulait.

- T’es un monstre ! cria Seri en s’approchant. Si je suis prise, je veux qu’on soit amies !
- Parce que je suis un monstre ? lui demanda Eve, amusée.
- Ben oui !
- Ca me va, conclu-t-elle en rigolant.

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Après que la foule se soit calmée les tests reprirent, mais Eve fut rapidement entourée par de nombreux candidats. Quelques voyous lui demandèrent si elle faisait partie d’un gang, d’autres lui demandèrent le nom de son école de combat, mais ce qui était sûr, c’est qu’elle avait fait impression. Quand les tests furent finis, le recteur prit la parole, annonçant les noms de ceux qui avaient été retenus. Cent quinze cette année, ce qui correspondait à un « bon cru » selon ses dires. Spike et Seri avaient bien évidement été retenus, mais son nom à elle tardait à venir. Arrivé au cent quatorzième, une petite inquiétude l’effleura. Inquiétude vite envolée.

- Et enfin, dernier candidat reçu, à dix sept ans, Eve Sylphide. Point particulier, elle a battu son testeur et sans prendre un seul coup, ce qui lui vaut la prime de vingt cinq mille points. Félicitation, cadette.

Les applaudissements fusèrent à nouveau dans la salle, rendant Eve un peu gênée, puis le recteur reprit son discourt.

- Qu’est-ce que les points ? La monnaie qui a cours dans l’académie. Ici, tout fonctionne en points. Chacun d’entre vous va en recevoir environs mille, et il faudra que vous viviez avec. Un repas de base coûte deux points, comptez donc quatre points par jour rien que pour ça. Si vous le multipliez par le nombre de jours d’une année d’étude chez les Peacemaker, vous obtiendrez quatre cent quatre vingt points rien que pour manger à midi et le soir. Vous comprendrez donc qu’un de vos premiers objectifs sera de trouver comment obtenir des points. Cela peux aller des corvées de nettoyage aux patrouilles dans la vraie ville. N’oubliez pas enfin que vous êtes maintenant des recrues des Peacemaker, et qu’en tant que telles, vous devez avoir une éthique irréprochable et ne jamais amener la honte ou le déshonneur sur notre institution. Oubliez votre passé de voyou ou d’escroc, vous êtes maintenant l’élite de l’armée. Ou plutôt, vous allez le devenir. Bon courage à tous !



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