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Author: Luciel
Fiction Rated: K - French - General/Romance - Reviews: 18 - Published: 10-19-06 - Updated: 12-27-06 - id:2263287

Chapitre III :

La journée avait commencé tôt. Eve s’était levée à six heures, avait tranquillement pris son petit-déjeuner avec Seri avant d’aller se doucher, pour se rendre ensuite à son cours de sport, à sept heures.

La promotion avait été séparée en quatre classes d’environ trente cadets. Seri et Spike s’étaient retrouvés dans la même classe, mais pas Eve. Elle se sentait un peu triste d’être séparée de ses nouveaux amis. Ils avaient été regroupés par niveau, et les deux compères s’étaient retrouvés juste sous le sien, qui était bien évidement le groupe des meilleurs. La plupart des étudiants de sa classe semblaient excités, avides d’apprendre, de combattre ou encore de prouver qu’ils étaient les plus forts. Et bien évidement, c’était elle qu’ils regardaient d’un air de défi. Déjà lors du cours de sport, beaucoup avaient semblé déçu qu’il n’y ait pas de combats.

Comme si on allait se battre tous les matins et tous les soirs…

Car les journées étaient ainsi construites : ils commençaient par trois heures de sport, et finissaient par trois heures de sport. Il y avait cinq heures de cours théorique entre les deux, où ils allaient apprendre l’anatomie, la stratégie militaire, l’art de la survie, enfin tout ce qui ferait d’eux de bonnes machines de combat. Et le rythme de session de sport était élevé, il fallait suivre. Elle n’avait pas eu trop de problèmes, mais la fatigue des jours passés se faisait sentir, et si elle ne récupérait pas rapidement, elle allait souffrir. Le lundi et le vendredi étaient les plus durs a priori : le premier consistait en deux cours de sport, un intensif le matin et un léger le soir, dont le but était d’améliorer les capacités physiques. Le second quant à lui consistait en un cours de sport léger le matin, et un cours de combat au corps à corps toute l’après-midi et le soir. Mis à part le lundi, chaque jour de la semaine était réservé à l’étude d’un style de combat : armes blanches le mardi, armes à feu le mercredi, explosifs le jeudi et corps à corps le vendredi. Si elle excellait au corps à corps et se débrouillait plutôt bien avec des armes blanches, les deux autres allaient être une autre paire de manche.

Eve soupira. Cela faisait bientôt une heure que le cours théorique avait commencé, et si elle était studieuse et s’y intéressait, elle devait bien reconnaître que l’étude de l’histoire de l’Empire de Jade ne la passionnait pas. De plus, le cours de sport avait tout de même duré trois heures, et elle était encore sous le coup de la fatigue.

- Chacun sait comment cette guerre a débuté, continua le professeur, du moins, dans les grandes lignes. Cadet Seymour, que savez-vous du début de la guerre ?

Seymour était quelqu’un de calme et semblait mature. Il devait avoir vingt cinq ans, et ses longs cheveux teints en bleu pale et ses yeux clairs lui donnaient une aura apaisante.

- La guerre a commencé il y a maintenant plus de dix huit ans, les raisons restent plus ou moins obscurs cependant. La base du conflit reste une différence fondamentale entre nos deux cultures : l’Empire de Jade prône et veut imposer la force de l’esprit, nous celle de la science. Un incident isolé il y a une vingtaine d’années aurait causé les premières grosses tensions entre nos deux empires, et la situation a peu à peu dégénéré par la suite. Finalement, au bout de deux ans, des extrémistes de notre Empire ont fait exploser une bombe dans une ville de l’Empire de Jade, qui déclencha le début des hostilités. La guerre dura trois ans, puis une trêve fut instaurée, trêve qui dura douze ans. Mais il y a deux ans, la situation a dégénéré une nouvelle fois, suite à des conflits politiques, et la guerre reprit de plus belle.

Le cadet continua de détailler les deux années passées, mais Eve ne s’y intéressait pas plus que ça, elle écoutait d’une oreille distraite. Elle avait des sentiments partagés à propos de cette guerre : d’un côté, elle ne pouvait pas approuver l’Empire de Jade pour avoir essayé d’imposer ses croyances aux autres, mais d’un autre, elle ne pouvait pas non plus pardonner les expériences qu’avait menées son empire au nom de la science. A cause d’eux, des monstres, résultats d’expériences génétiques ratées, étaient apparus, terrorisant la population. Si elle avait eu le choix, elle aurait préféré ne pas se mêler au conflit, elle aurait préféré vivre tranquillement dans son village, en paix. Seulement, Zeph avait voulu partir, et elle l’avait suivi.

Une civilisation basée sur la science et une autre sur les capacités de l’esprit et du corps. Je corresponds plus à la seconde. Enfin, je ne connais de l’Empire de Jade que ce qu’on en lit dans les livres.

La seconde heure était passée tout aussi lentement que la première, tout comme les cours d’anatomie de l’après-midi. Eve prenait des notes, était attentive quand elle jugeait un point particulièrement important, et rêvassait le reste du temps. Il faut dire qu’elle connaissait déjà les bases de l’anatomie, enseignées dans son dojo. La seule partie véritablement intéressante de la journée avait été la pause de midi, pendant laquelle elle était allée retrouver Seri et Spike. La tête rouge semblait s’être un peu calmé, et Eve suspectait l’hyperactivité de Seri d’y être pour quelque chose. Elle devait drainer son énergie. Mais ça ne l’avait pas empêché de s’imposer à son groupe comme « le boss » selon ses propos. Eve en revanche n’avait encore parlé à personne dans sa classe, et personne ne lui avait parlé non plus. Venant d’un petit village où tout le monde connaissait tout le monde et où elle avait toujours été entourée, elle ne pouvait pas s’empêcher de se sentir un peu seule. Et dire qu’elle avait toujours pensé se sentir seule même quand elle était entourée, elle se rendait maintenant compte de la différence entre ne pas avoir de vrais amis et être vraiment seule. Heureusement, elle pouvait se ressourcer avec Seri matin, midi et soir.

Ce n’était pas tant qu’elle était timide, c’était surtout qu’elle ne voyait pas à qui aller parler : ils avaient l’air tous plus étrange les uns que les autres. Même Seymour qui avait plutôt l’air gentil lui faisait froid dans le dos. Et puis, ils la regardaient tous plus ou moins bizarrement.

- C’est parce que malgré tes apparences de petites filles, tu as éclaté un deuxième année, lui avait dit Spike le soir après les cours.

Ils s’étaient retrouvés vers seize heures, dans le parc situé à côté de la galerie marchande. Ils n’avaient qu’une demi-heure de pause, mais elle était salvatrice pour Eve. Elle et Seri avaient repéré l’endroit quand elles étaient allées faire leur course deux jours auparavant.

- Et alors quoi ? Je sais me battre, d’accord, mais c’est le cas de tout le monde ici non ?
- Sauf que la plupart ont actuellement l’air de savoir se battre, toi, tu as l’air… tu as l’air…
- L’air de quoi ?
- D’une simple fille, je ne sais pas moi, répondit Spike qui ne trouvait pas vraiment de comparaison frappante. Bref, ils ne savent pas comment tu peux être aussi forte, et à quel point tu l’es, et comme tu es chez des combattants, soit ça les excite, soit ça les inquiète, mais ils se méfient de toi en tout cas. Je ferais pareil à leur place.
- Génial… soupira Eve, lasse.

Posant les yeux sur Seri qui jouait avec l’unique natte qui pendait du côté droit de son visage, Eve soupira encore une fois.

- Seri… câlin…
- Et après tu dis que c’est moi la gamine ! s’exclama la jeune ninja, tout en se levant pour aller s’exécuter.
- Si vous vous faites trop de mamours, les gens vont commencer à jaser.
- On s’en fous ! répondirent-elle en cœur.

--

Après s’être séparée des deux jeunes, Eve se rendit dans la petite salle de sport où devait avoir lieu leur tout premier cours de combat au corps à corps. Selon l’emploi du temps qu’ils avaient reçu, ils auraient dû avoir sport toute l’après-midi, mais ils avaient décidé de laisser les cadets se reposer un peu avant d’attaquer véritablement la semaine suivante. Ils allaient donc avoir un cours de combat « light ». Entrant dans la salle, Eve eut un petit sourire nostalgique : du tatami au sol, plusieurs sacs de frappe au fond et cette petite odeur caractéristique des dojos. Elle se sentait comme chez elle. Elle ôta ses chaussures, puis entra dans la salle. Tous les cadets de sa classe semblaient être là, et elle eut l’agréable surprise de voir qu’ils avaient tous eu le respect d’enlever leurs chaussures avant d’entrer. S’approchant des cadets, elle aperçut quelqu’un qui devait être capitaine si elle se souvenait de ce que Wind lui avait appris sur les grades.

- Bien, il semblerait que tout le monde soit là, commença par dire l’officier. Sachez que je ne tolèrerai jamais aucun retard, et que j’exige de la rigueur et de la volonté. Je suis le capitaine Keinemal, vous m’appellerez soit maître quand nous nous trouvons dans le dojo, soit capitaine quand nous sommes à l’extérieur. Si quelqu’un a un problème avec ça, qu’il me le dise maintenant.

Certains le regardèrent avec défi, mais aucun n’ouvrit la bouche. D’après ce qu’elle pouvait en voir, aucun de ses camarades ne semblait avoir envie de causer de problèmes pour le moment.

- Excellent. Comme vous le savez, le cours de ce soir sera léger, pour que ceux qui viennent de loin ou qui ont été blessés hier puissent récupérer un peu. Comme chaque année, je vais donc en profiter pour vous expliquer certaines choses, avant de vous demander de vous présenter un par un. Je sais par expérience que vous êtes pour la plupart des individualistes, sûrs d’eux et enclins à ne pas faire confiance aux autres. Seulement voyez les autres cadets comme des gens pouvant potentiellement vous sauver la vie, non pas comme des ennemis.

Il toisa l’assemblée un instant, puis continua.

- Tous d’abord, je vais vous en apprendre un peu plus sur le système des classes. Comme vous le savez, vous êtes pour le moment classés par niveau. Mais ça ne veut pas dire que vous êtes plus forts que ceux de la classe du dessous, il y en a et je le sais pour l’avoir vu lors des tests qui sont d’un niveau supérieur en termes de techniques de combats. Seulement, plus que la force pur, c’est votre expérience qui vous a placé dans la classe A. La capacité à savoir apprécier le danger, observer et agir en conséquence. La plupart d’entre vous ont à peine combattu dans la première phase et sont donc arrivés en pleine possession de leur moyen pour le combat contre le testeur. C’est ça qui vous a placé ici aujourd’hui. Mais ne prenez pas votre place dans cette classe acquise pour autant, le classement va bouger, et croyez moi, les cadets des trois autres classes vont tout faire pour prendre vos places. Certains le savent déjà, ce n’est pas parce que vous validez vos trois années ici que vous entrerez automatiquement au Peacemaker: seuls ceux de la classe A s’en verront donner l’accès.

Eve resta interdite un instant.

- Selon votre classe à la fin de vos trois années, vous vous verrez attribuer un poste plus ou moins important dans l’armée régulière. Je sais que certains d’entre vous visent plutôt le poste d’officier d’une troupe dans l’armée que celui de Peacemaker, mais n’en négligez pas pour autant votre entraînement.

Alors même parmi les élites, les Peacemaker restent encore des élites…

- Ne soyez pas non plus découragés si vous passez en classe B. Certains cadets extrêmement doués y ont pour le moment été mis car ils manquaient de discipline et d’expérience pour être en classe A, mais il est certain qu’au moins cinq d’entre eux viendront nous rejoindre en moins d’un mois.
- Nous sommes donc classés selon notre appartenance aux différentes classes, A, B, C ou D, intervint un cadet aux longs cheveux orange. Mais existe-t-il un classement interne à chaque classe ?

Le cadet qui avait posé la question s’appelait Tayl. Eve avait retenu son nom à cause de la balafre qui lui barrait le visage, le privant de son œil gauche. Malgré un look assez grunge, il avait une attitude calme et posée.

- Non, nous décidons entre nous qui doit être déclassé ou promu. Nous ne voulons pas faire monter une compétition malsaine entre vous, vous devez vous voir comme des alliés, pas des ennemis. Ce n’est pas forcément le plus faible qui passera en classe B, ou le plus fort de la classe B qui montera en classe A, le processus de sélection est plus complexe que ça. Pour le moment, seule votre expérience passée détermine votre force, mais dans les mois à venir, le talent, la persévérance et la volonté vont prendre le pas sur l’expérience, et vous risquez de voir des gens que vous considériez faible devenir redoutable.
- Comme Seth ? intervint Eve.
- Oui, c’est un bon exemple. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Seth est le meilleur parmi les secondes années. Sa force de caractère et sa puissance de combat le mettent au même rang que des combattants d’exception comme Katun, qui sont devenus suffisamment bon pour partir en mission avant même d’avoir été diplômés par l’académie. Et pourtant, Seth était faible en arrivant. Bien sur, les génies comme eux ne sont pas légion. Enfin, passons donc aux présentations. Commençons par toi, dit-il en désignant Tayl.
- Je m’appelle Tayl, j’ai vingt-deux ans et je viens des montagnes d’Alqeron à l’ouest, non loin de la frontière avec l’Empire de Jade. J’ai appris à me battre avec mon grand-père, et j’ai déjà affronté des soldats qui venaient attaquer notre village.
- Style de combat ?
- Avec des griffes, mais je sais aussi me servir d’armes blanches et d’armes a feu.
- Ton mot d’ordre quand tu te bats ?
- Protéger.

Après avoir entendu cette présentation, Eve se sentit un peu rassuré : tous les cadets n’étaient pas des psychopathes accros aux combats, certains étaient venus avec des buts nobles. Elle allait profiter de l’occasion pour voir avec qui elle allait pouvoir avoir des affinités, histoire de ne pas passer l’année toute seule dans la classe.

Le capitaine Keinemal continua d’appeler les cadets pour qu’ils se présentent pendant dix minutes, sans qu’aucun ne se révèlent intéressants pour Eve. Ca oscillait entre les spécialistes en combats martiaux, les punks membres de gangs et même un chasseur de prime. Le plus jeune avait quinze ans, le plus âgé trente et un. Keinemal demanda ensuite à Seymour de se présenter.

- Je m’appelle Seymour Felds, j’ai vingt-huit ans et je viens de Sangria, au nord.

Sangria était la deuxième plus grande ville de l’Empire. Loin des conflits, elle avait prospéré et avait surtout développé sont industrie autour du biomédical et de la génétique.

- J’utilise un style de combat mélangeant les pouvoirs de l’esprit et les techniques de mise à mort de Shengtao. Mon esprit me sert à renforcer mon corps et affiner ma perception, et ma technique à tuer.
- Shengtao, répéta le capitaine, ce n’est pas tous les ans qu’on se retrouve avec des disciples de l’école de la mort subite. Sache cependant qu’il est interdit de tuer tant que tu es cadet.
- J’en ai bien conscience. M’étant souvent battu contre des pillards en tant que protecteur de caravanes de transport, j’ai choisi de suivre cette école, car sur un champ de bataille, l’important selon moi est de tuer vite, pas de mourir lentement.
- Et de ce fait, tu as basé ton style sur l’attaque et une technique de combat expéditive. Intéressant, acquiesça le capitaine Keinemal.

Ce Seymour lui faisait décidément froid dans le dos. Eve n’avait jamais tué personne, et même si elle était consciente qu’en tant que soldat, elle serait amenée à le faire tôt ou tard, elle se sentait mal à l’aise vis-à-vis de quelqu’un qui parlait de tuer sans même changer l’expression de son visage.

- A toi miss, s’exclama Keinemal en regardant Eve.

La jeune fille, qui était jusqu’à lors assise en Seiza, position traditionnelle de la plupart des écoles d’art martiaux des deux Empires, se leva.

- Je m’appelle Eve Sylphide, j’ai dix sept ans et je viens de Quietes, un petit village vers le nord.

Le capitaine fronça les sourcils un instant à l’écoute du nom du village d’Eve.

- Je pratique le Jangsen, un art martial qui se transmet dans ma famille depuis des générations, et dont le principe de base est la survie…
- Et l’utilisation des capacités d’un individu à son maximum, continua Keinemal, laissant Eve stupéfaite.

Si connaître un art martial légendaire comme le Shengtao n’était pas un exploit, le Jangsen était un art familial que seul elle et son majordome était censé pratiquer.

- En utilisant cent pour cent des tes capacités musculaires, voir plus, tu peux dégager une force suffisante pour envoyer dans le décor un homme faisant deux fois ton poids, conclut le capitaine. Je connais le Jangsen parce que Seth m’en a parlé, je m’en suis souvenu quand tu as évoqué votre village natal, Quietes.

Zeph à parlé de moi ?

- Et au niveau expérience en combat réel ? s’enquit le capitaine.
- Niveau humain, je me suis principalement battu contre les maîtres qui m’ont appris à me battre. Niveau monstre, je me suis battu contre de nombreuses bêtes génétiquement modifiés, comme des loups ou des alligators.
- Et bien, nous avons des éléments intéressants cette année, je suis impatient de voir comment vous allez vous développer.

Les cadets continuèrent à se présenter, puis quand le dernier eut fini, Keinemal leur annonça qu’ils allaient choisir un binôme pour s’échauffer en combattant tranquillement. Tout de suite, la tension était montée d’un cran. Même si le capitaine avait dit « tranquillement », le fait de se tester les uns les autres avait donné un coup d’adrénaline à la plupart des cadets.

- Doucement j’ai dis, insista le capitaine. Vous allez vous battre dix minutes, puis changer de partenaire. Après avoir appris à vous connaître par les mots, vous allez apprendre par les poings. Mais je ne veux pas de blessés, ceux qui dépassent les limites, je les envois moi-même à la section médicale.

Il n’a pas dit « je ne veux pas de blessés » ?

Avec son regard perçant et son visage buriné, le capitaine Keinemal avait de quoi refroidir bien des ardeurs. Regardant autour d’elle, Eve chercha Tayl du regard. Ce dernier semblait déjà avoir trouvé un binôme –la personne qui se trouvait à côté de lui pendant la première partie du cours, il n’était pas allé la chercher bien loin. Un peu dépité, elle chercha dans sa mémoire qui lui avait semblé le moins psycho, puis après réflexion, décida que puisque ça allait durer seulement dix minutes, ça n’avait pas grande importance. Alors qu’elle haussait les épaules, un cadet vint se placer en face d’elle. Il s’appelait Segil Bail, c’était un ancien chasseur de prime, spécialisé dans le maniement des armes à feu.

- Je ne suis pas un pur combattant comme toi, lui dit-il en se mettant en garde, alors vas y doucement ok ?

Il avait la trentaine, des cheveux noirs bouclés mi-longs et de beaux yeux bruns. Il affichait un air sûr de lui, mais elle sentait de la sympathie dans son regard.

Je vais peut-être finir par m’y plaire ici, pensa-t-elle en se mettant en garde à son tour.

--

Eve était épuisée. Si les cours théorique lui avait permit de se reposer un peu, des journées de onze heure faisait tout de même beaucoup. Elle avait l’habitude de s’entraîner tous les jours, mais la fatigue du voyage commençait vraiment à se faire sentir, et si dix minutes de combat était déjà assez long, multiplier par trente, ça finissait par faire vraiment très long. Mise à part pour trois combats, elle y était allée doucement, sans forcer, mais elle avait quand même pris quelques bons coups, et tous ses muscles imploraient le repos.

Seymour était l’un de ceux qui l’avait forcée à se donner un peu plus. Il avait été son huitième combat, et si au début ils y étaient allés doucement, pour se jauger, le cadet aux cheveux bleus avait rapidement élevé le rythme. Progressivement, ses coups s’étaient révélé plus précis, plus forts, et Eve s’était laissée entraîner. Ils ne s’étaient battus à fond qu’une minute, mais ça avait été suffisant pour qu’Eve prenne un mauvais coup dans les côtes. L’art que pratiquait Seymour était surprenant, il ne suivait pas un rythme défini ou des techniques traditionnelles, ce qui le rendait imprévisible et d’autant plus dangereux. Il lui avait asséné un coup de poing dans le ventre qui avait plié la jeune fille en deux. Mais loin d’abandonner le combat, elle s’était vite remise, et à l’échange suivant, alors que le cadet l’avait attaqué d’un coup de pied visant le plexus, elle avait sauté, pris appui sur la jambe de son ennemi, pivoté d’un quart de tour et lui avait envoyé un violent coup de genou sur le côté du crane. Eve adorait cette technique. Elle était très efficace, et très belle. Le cadet avait mis un genou à terre, sonné, puis le capitaine avait annoncé le changement de partenaire. La jeune fille avait été surprise quand Seymour lui avait tendu la main et l’avait félicité pour sa technique avant de partir vers un autre combattant.

Elle avait découvert toutes sortes de caractères en se battant avec les autres cadets. Plusieurs lui avait fait bonne impression, et plus particulièrement Tayl, Seymour et Segil. Les deux premiers étaient des solitaires, ils ne parlaient pas à grand monde. Segil en revanche semblait être quelqu’un de très ouvert.

Allongé sur le lit, la jeune fille essaya de se motiver pour aller prendre une douche, mais la simple idée de se lever faisait se réveiller la douleur dans ses muscles. Alors qu’elle allait renoncer, elle entendit Seri franchir la porte de l’appartement avec Spike. L’adolescente se précipita dans leur chambre et bondit sur le lit. Sur Eve plus précisément.

- Laisse-moi ta place en classe A ! cria-t-elle en secouant Eve qui avait poussé un hurlement étouffé.
- Continue comme ça et tu auras vraiment ma place, parce que je serais morte…

Seri se releva et commença à faire des va et vient en s’indignant du fait qu’elle soit en classe B alors qu’elle devrait être en A. S’asseyant sur le lit, Spike aida Eve à enlever sa veste, ses chaussures et ses gants.

- C’était si dur que ça les combats de la classe A ? lui demanda-t-il tout excité.
- Non, enfin si, mais c’est surtout que le voyage pour venir ici m’a épuisé, et que mon corps est a bout. Il y a quelques cadets qui sont au-dessus du lot, mais une bonne moitié d’entre eux m’a paru nettement moins fort que toi ou Seri.

Seri continuait de parler toute seule, pendant qu’Eve faisait un petit résumé de ce qu’elle avait pu voir quant aux différents combattants. Spike lui apprit que dans la classe B, aucun à part Seri et lui ne semblait sortir du lot pour le moment. Ils discutèrent encore quelques minutes, puis Eve envoya Spike préparer à manger. Il s’indigna que ce soit à l’invité de faire le repas, mais partit tout de même vers la cuisine. Attrapant la petite Seri, toujours en train de parler toute seule, Eve l’emmena dans la salle de bain, trop fatiguée pour se laver toute seule.

- Ce n’est pas possible ça, et c’est moi la gamine après ! s’exclama-t-elle en frottant énergiquement le dos d’Eve.
- Pas si fort, j’ai mal partout…
- Je te ferai un massage après, tu m’en diras des nouvelles !

Seri lui expliqua que les massages étaient une spécialité de son village natal, et qu’on l’avait souvent complimenté à ce sujet. Eve se considérait comme quelqu’un de relativement autonome, mais ça avait quand même du bon de se faire chouchouter un peu.

Elles avaient passé plus de trois quarts d’heure dans la salle de bain, et quand elles en étaient ressorties, elles avaient eu l’agréable surprise de trouver la table mise, et plusieurs plats de salades ayant l’air appétissantes dessus.

- Ce n’est pas trop tôt ! s’exclama Spike en amenant un plat de pâtes à la carbonara.

Continuant de sécher ses longs cheveux noirs, Eve regarda incrédule l’adolescent et son plat de pâtes.

- Quoi ?
- Non, rien…

Eve continua de regarder l’adolescent avec de grands yeux.

- Quoi ? répéta Spike en soupirant.
- Non, je me demandais juste comment un punk des bas fonds pouvait bien savoir faire la cuisine.
- L’un n’empêche pas l’autre. La femme qui m’a plus ou moins élevé avait un petit bar-restau, j’y ai travaillé jusqu’à il y a trois ans, quand un gang a trouvé le lieu chouette pour régler ses comptes avec une bande rivale.

Le garçon sembla triste un instant, puis posa son plat et invita les deux jeunes filles à s’asseoir.

- Je suis désolée, dit Eve en posant la serviette avec laquelle elle s’était essuyé les cheveux.
- Faut pas, c’est courant dans les tréfonds obscurs. Et puis ne te méprend pas : Julia, la femme qui m’a élevé, n’est pas morte ce jour là, elle s’est simplement barrée pour aller rouvrir ailleurs. Je n’avais aucune envie de partir pour ma part, alors je suis resté.
- Et elle t’a laissé faire ? s’étonna Seri.
- Elle s’en foutait un peu en fait, je ne suis pas son vrai fils, juste un gamin dont elle se servait comme serveur/cuistot. Et puis je passais déjà mon temps à me battre, elle devait penser que j’aurais fini par lui causer du tort tôt ou tard. Enfin bref, on s’en fout, mangez, vous m’en direz des nouvelles.

On est vraiment loin de la cité des anges comme ils en parlent… j’imagine que le Peacemaker représente pour lui un moyen de s’en sortir.

Se servant un peu de salade de tomate, Eve eut l’agréable surprise de s’apercevoir que le garçon ne s’était pas vanté : c’était vraiment bon. Ils dinèrent tout en discutant pendant une heure, puis voyant qu’Eve ne tenait plus debout, Spike prit congé, lâchant un semblant de merci avant de partir. A vrai dire, c’était plutôt Seri et Eve qui étaient reconnaissantes pour le repas.

S’installant sur le lit, Eve laissa la jeune ninja lui faire son fameux massage, mais s’endormit rapidement.

--

Le weekend était passé rapidement. Eve avait passé les deux jours à dormir et à faire des exercices de relaxations avec Seri. La jeune ninja avait du mal à rester en place, et Eve pensait que ces exercices lui feraient un bon entraînement, en plus d’aider son propre corps à se reposer. Etonnamment, Seri avait fait preuve de beaucoup plus de rigueur et de sérieux dans les exercices que ce qu’Eve avait imaginé.

Se levant sans faire de bruit, pour ne pas réveiller son amie, Eve se dirigea vers la salle de bain pour aller se doucher. Elle s’était levé tôt, plus tôt qu’elle n’aurait du, mais elle s’était tellement reposé ses deux derniers jours que son corps avait besoin de bouger. Se déshabillant, elle se retourna vers le miroir pour voir l’état de l’hématome que lui avait fait Seymour. Elle avait encore un léger bleu, mais la douleur était presque passée.

Bien, le corps est reposé, l’esprit est alerte.

Elle se sentait en condition optimal. Dire qu’elle avait totalement récupéré du voyage aurait été un mensonge, mais elle était gonflée à bloc, et cela compensait largement. Zeph ne reviendrait pas avant encore plusieurs jours, elle devait se concentrer pour le moment sur sa formation. Entrant dans la douche, elle y resta quinze minutes puis alla faire à manger pour elle et Seri. L’adolescente ne se lèverait pas avant encore une bonne heure, mais ça lu ferait sûrement plaisir de voir un bon petit déjeuné l’attendre sur la table.

Il était cinq heures, Eve avait deux heures devant elle avant de se rendre à son cours de sport intensif du lundi matin. N’ayant aucune envie d’aller se recoucher, elle attrapa sa veste et se dirigea vers la porte de l’appartement.

La nuit avait été douce, l’air était légèrement frais, mais Eve se sentait bien. Le soleil étant encore couché, c’était une lune pratiquement pleine qui éclairait la vaste cours de l’académie. Tout était encore calme, elle ne distinguait que deux personnes se dirigeant de l’un des dormoirs vers le parc. Ils étaient à une centaine de mètre, mais Eve cru reconnaître les cheveux orange de Tayl. Sans vraiment y réfléchir, elle commença à se diriger vers eux. La pénombre, la lune presque pleine, l’air frais et pourtant agréable… alors qu’elle avançait à petit pas vers le parc où se dirigeait les deux cadets, Eve ne pu s’empêcher de repenser à ce soir où Zeph lui avait annoncé son départ. Depuis ce jour là, elle n’avait jamais cessé de se repasser ces instants dans sa tête, se demandant ce qui se serait passé si elle lui avait dit quelque chose, si elle avait essayé de l’empêcher de partir.

Que pense-t-il de moi ?

« Je veux devenir plus fort, je veux changer, pour toi » lui avait-il dit ce soir là. Ca sonnait tellement comme une déclaration, et pourtant, elle n’avait rien répondu, trop choquée pour la nouvelle de son départ. Un instant s’était écoulé, puis il était partie. Il n’y avait bien qu’un homme pour partir loin de celle qu’il aimait, prétextant vouloir devenir plus fort.

Comme si devenir soldat allait faire de toi quelqu’un de meilleur, crétin…

Bien sur, elle ne pouvait pas vraiment lui en vouloir : si elle lui avait répondu ce soir là, si elle n’était pas restée muette, peut-être ne serait-il pas partie.

- Eve ?

Relevant la tête, Eve aperçu qu’elle avait finit par rejoindre les deux cadets. L’homme à côté de Tayl était Seymour. Tout deux étant aussi calme et solitaire l’un que l’autre, la jeune fille fut à moitié étonné de les voir ensemble. A moitié car finalement, ils se ressemblaient beaucoup.

- Vous êtes bien matinal tous les deux, finit-elle par dire.
- L’air frais du matin est bon pour soigner les maux de tête, répondit Seymour en tapotant l’endroit où Eve lui avait mis un coup de genou.
- Si je n’avais pas eut aussi mal aux côtes ces deux derniers jours, j’en serais volontiers désolé.

Eve avait dit ça en souriant, elle n’en voulait pas à Seymour. Les trois cadets restèrent silencieux un instant, puis Tayl ouvrit la marche vers le parc, où ils s’assirent dans l’herbe fraiche. Il se passa plusieurs minutes sans qu’aucun ne rompe le silence. A force de passer du temps avec Zeph, la jeune fille avait prit l’habitude d’être avec quelqu’un sans forcement lui parler, de simplement apprécier sa présence. C’est Seymour qui brisa le silence le premier.

- Tu connais donc Seth, le prodige de deuxième année ?
- C’est un ami d’enfance. Je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse être un génie du combat en revanche.
- J’ai cru comprendre qu’il n’était pas spécialement fort quand il est arrivé. C’est assez incompréhensible je dois dire, continua le cadet en s’allongeant. Je me suis entraîné toute ma vie, c’est après avoir des efforts pendant des années que j’en suis arrivé là, et lui, en moins d’un an, il à acquis une telle force.

Eve ne répondit pas, se contentant de fermer les yeux. Elle se sentait tout aussi perdu, pour le même raisons. Tayl, qui était jusqu’à alors resté silencieux, ramena ses long cheveux en arrière, puis dit :

- Une mère pour protéger son enfant, un chevalier pour servir son roi, un homme pour ses convictions. Ces personnes peuvent faire preuve d’une force incommensurable. Peut-être Seth a-t-il une motivation profonde qui le pousse en avant.
- Peut-être est-ce pour une fille ? intervint une voix féminine au ton guilleret.

Ouvrant les yeux, Eve aperçu une jeune femme devant elle, à quelques mètres seulement. Jetant un regard rapide à Tayl et Seymour, elle pu lire sur leur visage qui ni l’un ni l’autre ne l’avait sentis approcher. Elle n’arrivait pas à croire que quelqu’un est pu s’approcher aussi près d’eux sans qu’aucun ne l’entendent où le sente. Elle avait passé suffisamment de temps en forêt avec les monstres pour affiner ses sens, et Tayl et Saymour étaient aussi des combattants expérimenté, plus encore qu’elle.

Combattant ?

La fille devant elle n’était même pas une combattante : ses yeux n’étaient pas rouges, mais vert. Un beau vert d’ailleurs, qui s’accordait parfaitement avec ses longs cheveux châtain ondulés. Elle ne dégageait aucune hostilité, au contraire, il émanait d’elle une aura de douceur. Elle devait avoir la vingtaine.

- Une fille ? répéta Eve en se redressant.
- N’est-ce pas une bonne motivation ? répondit-elle en venant s’assoir devant eux.
- Si, acquiesça Tayl en observant la jeune femme de son œil valide. Et tu es ?
- Miel Heartnet, deuxième année, section médicale.
- Seymour Felds, première année section combattant.
- Tayl.
- Eve Sylphide, nous sommes tous les trois dans la même section.
- Toi, je sais qui tu es, j’ai déjà vu des photos.

Eve resta interdite un instant.

- Des photos ?
- Zeph en a une dans son téléphone portable, et j’étais chez toi il y a encore trois jours, répondit Miel toujours en souriant.
- Chez moi ? Zeph ?

Je croyais que seul quelques personnes connaissaient son vrai nom ?

- Oui, nous sommes allés dans votre village natal pendant notre permission. Ca à été un choc pour Zeph d’apprendre que tu étais partie pour le Peacemaker. Ton majordome ne semblait pas vraiment inquiet, mais partir en laissant juste une lettre a causé pas mal de bruit à Jangsen.

Eve n’arrivait pas à réfléchir, son cerveau était en surcharge. Qui était cette fille ? Pourquoi était-elle partie avec Zeph ? Elle était revenue, alors lui aussi ? Zeph était revenu à Jangsen juste après son départ ? En une phrase, c’était surtout : c’est quoi ce bordel ?
- Tu es sa petite amie ? lâcha Eve sans trop y penser.

Miel ouvrit de grands yeux, puis répondit, toujours en souriant.

- Peut-être. Ou peut-être pas.

Elle cherchait définitivement à la taquiner. Eve n’était pas du genre à rentrer dans ce genre de jeu, ça l’énervait plus qu’autre chose. Mais sur le visage Miel, elle avait du mal à percevoir de la malice, et de fait avait du mal à s’énerver.

- Le mieux serait peut-être de lui demander à lui, finit par dire la jeune fille aux yeux vert en sortant son portable.

Elle composa un numéro, puis échangea quelques phrases courtes avec son interlocuteur. Le thème était le fait qu’elle avait trouvée Eve.

- C’était Zeph ? demanda la jeune fille en se relevant d’un bond.
- Il arrive, il sera là dans une minute, répondit-elle en rangeant son téléphone. Il doit partir à son premier cours à six heures, alors il ne pourra pas rester longtemps, mais c’est toujours ça.

Eve se regarda de haut en bas : elle portait un short d’entrainement blanc, des baskets, un t-shirt rouge assez ample et sa vielle veste en cuir ; elle avait attaché ses cheveux en une natte plus ou moins bien faite à cause du vent ; elle n’était ni maquillé, ni parfumé. En clair, elle ne ressemblait pas à grand chose.

- Il vient maintenant ? Là, tout de suite ?!

Se retournant, Miel montra un des grands bâtiments derrière elle, duquel une ombre venait de sortir.

- Là, ça doit être lui.

Se levant, la jeune femme s’approcha d’Eve et lui dit à l’oreille :

- Tu es très belle comme ça, ne t’en fait pas.

Eve sentait qu’elle était sincère, ce qui lui donnait encore plus de mal à la cerner.

Toujours debout, Eve observa l’ombre se transformer peu à peu en une silhouette qu’elle connaissait bien. Il avait grandit, et avait prit en muscle, c’était beaucoup plus flagrant que sur l’hologramme. Zeph et elle faisait la même taille quand il s’était séparé, c'est-à-dire environs un mètre soixante dix. Là, il devait bien faire un mètre quatre vingt. Il portait un gilet bleu-nuit sans manche dont le long col ouvert remontait jusqu’à son menton, un pantalon large de la même couleur qui tombait sur des bottes noires en cuir renforcées, et une ceinture ayant une large boucle en argent. Son style vestimentaire avait vraiment changé, mais ça lui allait bien. Il était musclé, mais pas trop, et son gilet le mettait bien en valeur. Il portait aussi dans son dos une énorme épée. Elle ne pouvait en voir que la garde et la pointe, mais elle devait bien faire un mètre soixante de long pour vingt centimètre de large. Elle avait vu bien des armes blanches dans sa vie, mais rien qui ressemblait même de loin à ça.

Le jeune homme était maintenant à moins de dix mètre d’elle, il avançait toujours en la regardant droit dans les yeux. Elle avait du mal à soutenir son regard, elle ne s’était pas du tout préparée à le revoir si vite, ni dans ses conditions. Quand il fut juste devant elle, il s’arrêta et sortie de sa poche une lettre.

- De la part de Vincent.

Vincent était son majordome, celui qui s’était occupé d’elle après la mort de ses parents. Eve prit l’enveloppe machinalement, réfléchissant à ce qu’elle allait pouvoir lui dire. Elle avait dans sa tête des milliers de scénario quant à leur retrouvaille, mais celui là n’en faisait pas partie, et elle ne savait ni où commencer, ni comment. Et puis qu’est-ce que c’était que ce « De la part de Vincent. » ? Il n’avait rien de mieux à lui dire ?

- Merci, dit-elle d’une voix peu assuré.

Zeph n’avait pas bougé, il ne disait toujours rien. Eve avait trop peur de croisé son regard pour regarder son visage, elle ne savait même pas quel type d’expression il arborait. Le connaissant, il devait sûrement n’en arborer aucune.

- Oh lala, vous aller rester comme ça longtemps tout les deux ? s’exclama Miel en croisant les bras. Qu’est-ce que c’est que ces retrouvailles ? « Tu m’as manqué ! » « toi aussi… » !

Miel accompagnait la parole de grands gestes suggestifs, laissant Eve encore plus confuse qu’avant. Saisissant Zeph par la main, la jeune fille l’entraina avec elle vers un banc situé un peu plus loin. Le cadet se laissa tirer sans résistance. Derrière eux, Tayl et Seymour se regardèrent en haussant les épaules.

Assis sur le banc, Eve et Zeph contemplaient le soleil qui commençait à pointer du nez à l’horizon, toujours dans un silence gêné. Du moins, gêné pour elle : comme à son habitude, Zeph semblait calme, posé, pas perturbé pour un sou.

- J’ai appris tu étais allé à Jangsen ? finit-elle par dire pour briser le silence.
- J’en reviens tout juste.
- Tu as revu tout le monde ?
- Certains, oui.

S’il y avait bien un point qu’elle détestait chez Zeph, s’était sa capacité à répondre par des phrases courtes, ne laissant pas vraiment place à une suite.

- Et ils vont bien ?
- Ils sont tristes que tu sois partie. Mais à vrai dire, à part toi, je ne connaissais vraiment personne là-bas, et comme tu étais partie, je n’y suis pas resté très longtemps.

Eve resta silencieuse un instant.

- Pourquoi es-tu venu ici ? finit par demander Zeph en la regardant, l’air inquiet.
- C’est vrai ça, pourquoi…

Crétin…

- Je sais que tu es forte, que tu es entraînée, mais ici c’est plus dur que tu ne le pense, et on te forme à faire la guerre.
- Alors pourquoi toi tu es venu ? Si tu voulais devenir plus fort, il suffisait de venir t’entraîner avec moi !

Zeph ne répondit pas.

- Tu as bien dit que c’était pour devenir plus fort non ? Mais pourquoi ici ? Tu l’as dit toi-même, c’est à la guerre qu’on te forme ici.

Après un instant, le jeune homme finit par dire :

- J’ai mes raisons.
- Grand bien t’en fasse ! s’exclama-t-elle en se levant d’un bond avant de repartir en direction de son appartement.

Crétin, crétin, crétin !



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