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La vie n'a plus aucun sens
Quand
j'ai su, j'ai toute de suite accouru. Le coeur battant ; le rythme
haletant de mes pas. C'est une catastrophe.
Lorsque j'ai entendu
le téléphone sonner, j'ai immédiatement su que
quelque chose n'allait pas. A la voix inconnue qui est sortie du
téléphone, j'ai failli défaillir. Eh!
Secoue-toi! Il faut en finir! Pas la peine de passer par mille
détours ; je coupe les digressions de cette voix qui
m'interpelle : "Merde, qu'est-ce qu'i' se passe?" Silence
de mort au bout du fil, je crois que je vais tomber. Ma respiration
est coupée. C'est que j'entends "J'appelle de la part de
votre ami X..." Ca y est cette fois, les taureaux sont lâchés.
Je laisse le téléphone s'échapper de ma main et
je cours. Tout droit à l'hôpital. Pourquoi est-ce que
c'est moi qu'on appelle dans ces cas là? Je sens cette main
glacée se refermer sur ma poitrine. Un pas de plus et c'est
l'asphyxie. Il est minuit. Je m'arrête pour reprendre mon
souffle et quand j'y repense, je continue à courir. Et si
j'arrivais trop tard ?
Des chauffards on sait qu'il y en a
plein les rues, mais ça nous empêche pas de sortir pour
faire des courses. Ce soir, j'ai cru que je m'étais faite
percutée à ta place quand j'ai appris la nouvelle.
Nous y voilà. Des allées et venues ; on rentre, on
sort. On se demande comment s'y retrouver. On appelle, on
s'énerve. Il vient juste d'arriver et tout le monde le
connaît. Pas la peine de chercher des heures. Une volée
de marches, des excuses aux gens renversés, et j'y suis. A la
venue de la chambre j'ai peur et je pense à prendre mes jambes
à mon cou. J'entre et tout ce blanc me saute aux yeux pour
mieux m'aveugler. Il est inconscient, et en mauvais état. Je
tombe à genou aux pieds du lit ; une infirmière
s'informe.
Moi, j'ai toujours été vue comme la
copine de toujours, la sympa. Je me demande encore comment
tous ces gens pouvaient me faire confiance. Ce soir alors que X est
au bord de la mort, je me demande pourquoi on a fait appel à
moi, la meilleure amie. Je voudrais tant te dire... mais tu
dors. Oh oui, quel coup du sort! J'attends là, venue sur ta
demande. Et, prête à tout t'avouer, je vois bien que ça
n'est pas possible. Oui, je crois que tu n'as jamais décelé
en moi cette part refoulée qui était si forte... Je
n'ai pas voulu tout gâcher. Plus d'une fois j'ai été
prête de craquée, mais non je n'ai rien dit. Que faire
quand les sentiments débordent au delà de l'amitié?
J'entends ta respiration lente et douloureuse. Ta poitrine se
soulève, presque en hésitant. Je tremble.
La
chambre me semble plus lumineuse que jamais. Un médecin me
secoue d'une main. Je suis restée dans la même position
toute la nuit, comme pour supplier. Les infirmières sourient
car elles croient y voir une prière, de la dévotion.
Merde, j'ai l'air d'une croyante? Les seules choses en
lesquelles je croyais c'étaient toi et mes sentiments. Mais la
donne a changé, je suis bouche bée. Je vois bien leurs
têtes et leurs messes basses. Pour qui me prennent-ils?
Je reste avec ces sentiments troublants, avec mon secret inavoué.
Je revois leurs visages quand j'ai quitté la chambre sans
un mot... tas d'imbéciles. Je n'ai même pas osé
te toucher pendant cette nuit... la dernière, tellement
j'avais peur de t'achever. Et même ce matin, quand j'ai
réalisé, j'ai préféré fuir. Je me
suis remise à courir. Que faire après? J'ai
perdu mes seuls repères... la vie n'a plus aucun sens.
J'aurais encore préféré mourir asphyxiée
à force de courir... J'aurais préféré
mourir dans tes bras.
De toute façon, c'est comme si c'était fait. Je suis morte cette nuit à ton chevet.