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Auteur : Mydaya
E-mail : mydaya2000yahoo.fr
Site : nex84.ath.cx/mydaya
Genre : Romance yaoi.
Disclaimer : Les personnages qui suivent sont ma propriété ; veuillez respecter les droits d’auteur.
One-shot
Un amour inattendu
— Mr Gregory !
Cyril ouvrit un œil pour regarder le prof de maths au-dessus de lui. Il soupira et se réinstalla correctement sur sa chaise. Avec des gestes las, il sortit un stylo de sa trousse, prêt –plus ou moins – à noter.
Le prof ne sembla de cet avis, claquant sa main sur la table bancale. Cela fit sursauter le jeune homme peu frais.
— Mr Gregory, que faites-vous à dormir pendant mes cours ? demanda-t-il d’une voix sévère.
— Je récupère de ma nuit, marmonna le brun.
— Pouvez-vous répéter ? menaça le professeur.
Cyril leva à nouveau les yeux vers cet homme pas si vieux que ça et les baissa en marmonnant un vague « désolé ».
Ce n’était pas sa faute si cet homme n’avait aucune expérience en la matière ! Il n’avait qu’à pas faire des cours aussi ennuyeux. Ca se voyait qu’il sortait à peine de son école de prof. Ses cheveux étaient longs jusqu’aux épaules, tirés en une queue de cheval et un trou à son oreille signifiait qu’il avait été jeune dans le temps – mais maintenant, il ne savait plus s’amuser...
L’homme leva un sourcil, satisfait de sa victoire :
— Bien. Que je ne vous reprenne plus à dormir !
Cyril réajusta un de ses barrettes qui empêchaient ses cheveux de lui tomber sur les yeux, et hocha silencieusement la tête. Le prof repartit à son poste et Cyril soupira. Il regarda sa page de cosinus d’un œil vide et se demanda comment les gens pouvaient aimer cette matière. Il bâilla allègrement tandis que « Mr Sartreux » écrivait quelque chose au tableau. De toute façon, ces cours étaient pourris, cette classe était pourrie, ce bahut était pourri.
Au lieu de s’endormir, le brun regarda l’aiguille de sa montre faire ses tours jusqu’à ce qu’une douce sonnerie retentisse à ses oreilles. Quelle douce musique ! Cyril rangea les affaires qu’il avait osé sortir et partit de son lycée. La vache... Finir à cinq heures était horrible.
Il s’était couché tard – voir tôt – la veille, mais il comptait remettre ça ce soir. Il aimait tellement sortir le soir en boîte. Il retrouvait des gens comme lui, qui s’amusait comme lui, etc. Il dormirait dans la voiture, tiens. Il sortit de son sac un téléphone portable dernier cri qu’il avait « emprunté » à un pote et composa un numéro.
— Adrien ?
« Cyril ? »
— Ouais, c’est moi. Tu viens me chercher à la sortie de mon lycée ?
« Quoi ? »
— Ca te dirait de sortir ce soir ?
« Encore ? »
— Quoi tu t’es pas reposé en amphi ?
« Si, si, c’est pas ça le problème. Bon attends, je mets quelque chose et je passe te prendre. »
— Ok, merci.
Cyril s’assit sur le trottoir et posa sa tête sur ses bras, somnolant encore.
Il entendit les derniers élèves sortir de l’établissement scolaire, rire ou parler, certains se moquant de lui. Quoi ? Qu’est-ce qu’ils voulaient ? Sa photo ?! Les professeurs commencèrent à quitter le lycée, même le prof de maths, Ce dernier semblait vouloir lui dire quelque chose, mais sembla changer d’avis.
Après une heure d’attente, une voiture arriva en trombe et pila devant lui. Cyril monta dedans et sourit au conducteur qui lui rendit une grimace.
— Salut Cyril. Alors prêt ?
— Toujours prêt, répondit-il en attachant sa ceinture. Et toi tu comptes y aller dans cette tenue ?
— Qu’est-ce qu’elle a ma tenue ?
Adrien baissa les yeux sur son haut en résille noir et sur son pantalon en cuir noir. Il eut ensuite un sourire en coin et se lécha le coin des lèvres. Cyril explosa de rire et la voiture démarra.
Le brun s’approcha de ce jeune homme et commença à danser avec lui, commença à se serrer contre lui. Ses yeux s’ancrèrent dans ce regard sombre. Il passa ses mains autour des hanches de l’inconnu et colla son bassin, les faisant danser en rythme.
Petit à petit, Cyril le chauffa, l’embrassant du bout des lèvres un peu partout sur son visage. Voilà comment il fallait s’amuser ! L’inconnu se fraya un chemin jusqu’à son oreille et lui murmura :
— Ca te dirait d’aller dans un coin plus sympa ?
Cyril lui sourit et lui lécha le lobe de son oreille. L’autre arbora un large sourire et lui prit la main pour l’amener hors de la boîte.
Se traînant jusqu’à ce qui semblait être la cuisine, il se trouva quelque chose à grignoter, puis alla en cours. Le plus dur, c’était de repérer dans quel endroit il était et prendre le bus – ou le train – en conséquence. Il repéra rapidement un arrêt de bus et les yeux encore brumeux, il regarda la station et le bus qu’il devait prendre. Il n’y avait personne d’autre, le laissant ainsi savourer quelques instants de repos.
Pourquoi n’arrivait-il jamais à être satisfait des gens qu’il rencontrait ? A chaque fois, il manquait un petit truc. Cyril ne comprenait quand même pas les gars qui se casaient pour la vie. Vraiment, quel gâchis !
Le bus arriva enfin et il s’y engouffra pour dormir encore un peu. D’ailleurs, il faillit rater son arrêt et entra dans le lycée un peu en retard. Le prof de biologie, un vieux croulant, lui adressa un regard mauvais, avant de l’ignorer et de continuer son cours. Cyril fit la moue, mais s’installa au premier rang – les autres étant évidemment occupés.
Il fit une grimace en s’asseyant. Ce gars de la veille n’y était pas allé de main morte, commenta-t-il pour lui-même.
Il en avait marre des cours. Mais bon, vu qu’il avait promis à sa mère de finir au moins le lycée, il y allait. Mais qu’est-ce que ça lui coûtait !
Le soir après les cours, le brun fouilla dans son sac mais ne trouva pas « son » portable. Arf, il devait l’avoir laissé chez l’inconnu. Bah, tant pis, il plumerait un nouveau gars ce soir. Mais comment appeler Adrien pour que celui-ci puisse venir le chercher ? Cyril se gratta la tête, pensif, avant de finalement rentrer chez lui.
Montant les escaliers de son immeuble, qui menaient à l’appartement qu’il partageait avec sa mère, il espéra que ses clefs n’avaient pas non plus été « paumées » depuis la dernière fois qu’il était rentré chez lui. Ouf. Insérant les clefs dans la serrure, il clama :
— C’est moi, m’man !
— Bonjour, Cyril.
Une femme d’assez forte corpulence passa d’une pièce à une autre sans lui jeter un seul coup d’œil. La fumée de cigarette la suivait inlassablement. Le fils enleva ses chaussures et posa son sac avant de suivre sa mère dans le salon où elle regardait la télé.
— Ca va ? demanda-t-il en regardant l’émission débile qui passait à ce moment-là.
— Oui, oui. Et toi, ça se passe bien les cours ?
— Ouais... J’ai du mal, mais ça va.
— Je sais ; ton prof de maths a appelé.
— Hein ?? Qu’est-ce qu’il a dit ? agressa presque le jeune homme.
— Que tu étais dissipé, c’est tout.
— Ah ouais, je me suis couché tard hier soir, c’est pour ça. Mais j’assiste à tous les cours.
— Oui, oui, il me l’a confirmé précipitamment.
— Il est un peu con, marmonna Cyril. Bon, je vais dormir chez un pote ce soir aussi. Je ne sais pas quand est-ce que je rentrerais, ok ?
— Travaille bien.
Cyril embrassa sa mère sur le front, puis alla chercher quelques affaires dans sa chambre. Il regarda avec quelques hésitations ses quelques feuilles de cours, mais les prit quand même avec lui. Si jamais il avait un peu de temps, il essayerait de comprendre.
En bus, il gagna l’appartement d’Adrien et dut sonner au moins deux ou trois fois avant que la porte ne s’ouvre. Un blond aux yeux éteints ouvrit, un caleçon enfilé et une chemise non boutonnée en tout et pour tout sur soi.
— T’es qui toi ? demandèrent en synchrone les deux vis-à-vis.
Cyril fronça les sourcils. L’autre se tourna et Adrien apparut tout aussi peu réveillé que le premier. Il passa ses bras autour du cou de l’inconnu et par-dessus son épaule, marmonna :
— Cyril, qu’est-ce que tu veux ?
— Euh... je peux rentrer ?
— Mmh... ouais, ouais. Fais comme chez toi.
L’inconnu trouva alors qu’il n’était pas spécialement habillé et monta dans la chambre d’Adrien pour se mettre quelque chose en plus. Cyril se tourna brusquement vers Adrien avec des yeux accusateurs :
— C’est quoi ce délire ? C’est qui ça ? C’est la première fois que tu ramènes quelqu’un dans ta maison !
— Du calme, Cyril...
— Que je me calme ?
— Oui, tu me fais une crise d’hystérie. Ecoute, ce gars n’est rien. Ce n’est pas à cause de lui que je vais arrêter de sortir en boîte, t’inquiète. Et puis, ça s’est arrangé comme ça pour l’instant.
— ...
— Et toi, qu’est-ce que tu veux ?
— Bah, sortir ! J’ai eu une journée pas terrible, j’ai envie de me changer les idées.
— Tu ne veux pas te poser un instant ?
— Je ne me suis pas déplacé pour rien. Qu’est-ce que tu as ce soir ?!
L’intrus de la maison arriva enfin avec quelque chose de décent sur le dos, c’est-à-dire des vêtements d’Adrien – ses propres vêtements n’étant sûrement pas fait pour accueillir des visiteurs. Cyril fit la moue et l’inconnu en fit autant. Adrien se racla bruyamment la gorge, puis s’adressa à l’inconnu :
— On va en boîte, tu veux venir ?
— Là, tout de suite ?
— Ouais.
— Ok.
Cyril fit de gros yeux à son ami qui l’ignora royalement.
En attendant, il fallait se changer les idées, mais il n’était pas d’humeur pour aller danser. Bon qu’est-ce qu’il y avait à gauche du bar... mouais, pas terrible... Et à droite ? Oh...
A droite se trouvait un jeune homme aux longs cheveux noirs, qui coulaient le long de ses épaules. Ses traits fins ajoutaient à un charme certain. Il était habillé simplement en chemise blanche et en jean. Pas comme Cyril qui était allé jusqu’au haut résille avec pantalon en cuir noir – piqué dans la penderie d’Adrien.
Il était vraiment mignon, songea Cyril en le regardant en coin. Ce type avait l’air hésitant, se demandant ce qu’il faisait là, peut-être même se sentant mal à l’aise. Ce genre de comportement n’attirait pas franchement Cyril, mais il voulait s’amuser un peu et cet inconnu était pas mal.
Il s’assit à côté de lui et lui sourit. L’autre le remarqua et devint tout d’un coup rouge tomate – enfin, tout était relatif, du fait qu’il ne faisait pas très clair, même au bar.
— Salut, commença Cyril. C’est la première fois que je te vois ici, non ?
— Euh... Ce n’est pas mes fréquentations habituelles, monsieur...
— Cyril, coupa-t-il avec un large sourire. Et toi, tu t’appelles comment ?
L’inconnu ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Il dévia son attention sur son verre à moitié vide et eut comme une expression mélancolique, un petit sourire triste étirant ses lèvres.
— Je m’appelle Quentin.
— C’est un joli prénom. Tu es venu avec des amis ?
— Non, ce n’est pas non plus leur milieu de fréquentation.
— Ca ne te dérange pas si je te tiens compagnie alors ?
Quentin s’arracha à la vue de son verre à présent vide, puis eut à nouveau ce sourire triste. Il s’accouda au bar et posa sa tête sur son poing, regardant Cyril en penchant la tête.
— Non, pas du tout.
— Tu danses alors ? sourit le plus jeune.
Le jeune homme hésita mais accepta la main tendue de Cyril. Ce dernier commença à bouger et l’autre essaya de suivre – quoique un peu difficilement... Cyril s’amusa de sa maladresse et l’autre fit la moue.
Après quelques temps, Quentin sembla tout autant s’amuser que lui. Cyril en profita pour se rapprocher et pour se coller à lui. Le garçon aux longs cheveux se raidit, mais ne se décolla pas. Cyril passa ses bras autour de son cou avec un sourire tranquille et continua à danser. Quentin finit par poser ses mains sur ses hanches et de les faire danser en rythme. C’est qu’il dansait mieux que prévu !
Cyril se mit à l’embrasser du la joue, puis sur l’oreille. Enfin leurs bouches se rencontrèrent. Oh et puis il embrassait pas mal du tout, même ! Le plus jeune sourit contre ces lèvres lorsqu’une langue taquine se fraya un passage.
Finalement Cyril se détacha de lui et le tira vers la sortie. Dehors, il le plaqua contre un mur et continua à l’embrasser, passant ses mains sur son torse. Ses mains descendirent un peu plus bas que normalement, mais il fut arrêté par Quentin. Cyril allait reprendre son baiser, se disant que le jeune homme n’était pas encore prêt et qu’il fallait juste le chauffer un peu plus. Seulement, Quentin se recula et mit ses mains dans les poches.
— Que..., commença Cyril, un rien frustré.
— Désolé, mais je ne peux pas faire ça avec toi. A plus.
— Quoi ?!
Quentin lui avait déjà tourné le dos et se dirigeait vers une voiture garée à quelques pas de là. Cyril fronça les sourcils et se mit à lui courir après. Il lui attrapa la manche et le força à le regarder. Malheureusement, Quentin fuyait son regard.
— Qu’est-ce qui te prend tout d’un coup ? On n’est pas bien tous les deux ?
— Non.
Cyril ouvrit de grands yeux devant cette franchise. Quentin s’excusa, puis le laissa en plan, faisant démarrer sa voiture. Cyril en resta comme un abruti sur le trottoir.
A la surprise succéda la colère. Il venait de se faire jeter ou quoi ?! Finalement, il resta assis sur le goudron jusqu’à ce que Adrien et – oh surprise – son « nouvel » ami sortent de la boîte de nuit. Pff, qu’est-ce qu’il était frustré !!
Merde. Serait-il allé trop vite ? Quentin semblait ne pas être sûr de lui... Cyril frappa le mur avec rage :
— Et merde.
— Tu veux qu’on aille voir dans une autre boîte de nuit ?
— Non, répondit précipitamment Cyril. Ce n’est pas comme si j’allais lui courir après toute la nuit. Il n’est pas irremplaçable !
— ...
Bah oui, ce n’était pas comme si il était le dernier mec sur terre. Il y avait sûrement d’autres gars qui embrassaient aussi bien et qui dansaient bien mieux !
Cyril fit la moue. Il attrapa la manche d’Adrien qui allait rentrer dans la boîte.
— On peut aller voir dans une autre boîte ?
— Ouais.
Adrien lui ébouriffa les cheveux et ils reprirent leur recherche.
Les jours suivants, Cyril oublia la promesse faite à sa mère et sécha les cours sans aucun remord. Il sortit tous les soirs à la recherche de son Quentin, puis finit par se lasser de la musique de boîte. C’est vrai quoi, c’était toujours la même chose...
Quelqu’un frappa à la porte de sa chambre.
— Mouais ?
— Je peux entrer ? demanda la voix de sa mère.
— Oui, oui.
— Est-ce que tout se passe bien à l’école, continua-t-elle, le visage soucieux, à présent sur le palier.
— Pourquoi ? répliqua-t-il sur la défensive.
— Ton professeur principal a appelé et...
— De quoi il se mêle, lui ? Qu’est-ce qu’il a dit ?
— Il a dit que tu avais laissé un bouquin en classe et qu’il faudrait que tu reviennes demain à son cours. Je n’ai pas tellement compris...
Cyril ouvrit de grands yeux. Bon, qu’est-ce que Mr Sartreux avait encore fait ? Il ne pouvait pas se mêler de ses affaires ? Il n’avait besoin de la pitié de personne. C’est bon, il retournerait en cours !!
Qu’est-ce qu’ils faisaient tous chiés... Il avait envie d’aller en boîte...
Le bâtard...
Ses lunettes reflétaient la lumière de dehors, lui donnant un air encore plus dur. Cyril soupira et secoua la tête. Son professeur de maths l’envoya alors directement chez le CPE pour un billet d’absence. Le jeune marmonna tout au long du chemin, les mains dans les poches.
Il n’en voulait pas de ces cours ! Il n’en voulait pas de son fichu billet d’absence ! Finalement, Cyril sortit du lycée, toujours autant frustré, sans passer par la case CPE.
Pff, les boîtes de nuit n’étaient pas encore ouvertes à cette heure-là et Adrien devait être en cours – les rares moments où il y était. Où est-ce qu’il pouvait aller alors, hein ?
Finalement, il traîna beaucoup et lorsque la nuit tomba, alla en boîte de nuit. Il voulait se changer les idées. Qui sait... peut-être qu’il rencontrera un beau pigeon bien riche qui tomberait stupidement amoureux de lui, alors il n’aurait plus besoin d’aller à l’école et ça mère arrêterait de le soûler avec ça, etc.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvrit Quentin, toujours aussi paumé que la dernière fois et essayant de résister à un gars qui le collait vraiment beaucoup. Cyril se précipita et tira la langue à son « rival » tout en se mettant entre les deux hommes :
— Dégage, il est à moi.
— Pff, t’as quel âge pour dire ce genre de trucs ? demanda l’autre, moqueur.
— Il est à moi, insista Cyril.
L’autre lui lança un regard plein de dédain, et alla se chercher une autre proie. Cyril se tourna vers la personne qu’il venait de « sauver » :
— Quentin ! Ca fait plaisir de te revoir !
— Cyril..., sourit le jeune homme aux cheveux longs. Merci de m’avoir débarrassé de ce type ; je ne savais pas comment m’en sortir sans paraître impoli.
— Bah, avec ce genre de mec, il ne vaut mieux pas prendre des pincettes. Et moi, ça va, je ne dérange pas ? ajouta-t-il, un peu incertain.
— Oh non, je te cherchais, justement.
Cyril rougit, puis avant que Quentin ne finisse sa pensée, il l’embrassa en passant ses bras autour de sa taille. Le plus grand sourit contre ses lèvres et le serra contre lui. On était vraiment bien dans son étreinte ! Quentin joua avec ses courtes mèches rousses, ce qui le fit frissonner.
Puis Cyril se décolla et fronça les sourcils :
— Pourquoi t’es parti la dernière fois ?
— Je... mmh... c’est compliqué, rougit le brun. Tu m’en veux ?
— Oui.
— Oh... Même si je fais ça ?
Quentin se rapprocha doucement et lui embrassa la jugulaire près du lobe, lui titillant la peau du bout de la langue. Cyril frissonna et se bouina un peu plus contre lui. Il passa nonchalamment ses mains sur ses fesses.
— On... on peut aller chez toi ? susurra-t-il.
Comme la dernière fois, Quentin se détacha brutalement de lui, plus rouge qu’une pivoine. Cette fois-ci, Cyril fit attention à emprisonner son poignet pour qu’il ne parte pas à l’improviste.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Je... je ne peux pas.
— Q... quoi ?
— Ce n’est pas possible. Si tu veux avoir du sexe, ce ne sera pas avec moi.
— Hein ? Mais... mais pourquoi ? Qu’est-ce qui ne va pas ? s’inquiéta Cyril. Je... c’est... c’est à cause de... d’un homme ? D’une femme ? De moi ?
— De... de moi-même.
— C’est quoi cette excuse bidon ! s’énerva le plus jeune. Quand on dit que c’est notre problème, que ça n’a rien à voir avec l’autre, en fait, c’est juste un prétexte pour ne pas dire la vraie raison, un prétexte pour ne pas partager ses problèmes ! Moi, je veux... je veux tout savoir !
Quentin rougit et détourna les yeux. Il se mordit la lèvre, puis finit par dire :
— On va chez moi pour parler plus au calme ? fit-il d’une voix basse.
Il dut d’ailleurs se répéter, car en boîte de nuit, dire quelque chose à voix basse n’est pas la meilleure manière pour se faire entendre.
Cyril sourit comme victorieux, puis suivit sa nouvelle conquête jusqu’à la sortie. Cette journée avait mal commencé, mais finalement...
Cyril s’installa confortablement dans la voiture et attendit que Quentin démarre pour poser sa main sur la sienne. Dès qu’il y eut un feu ou un stop, Cyril se penchait pour l’embrasser goulûment. Maintenant qu’il l’avait retrouvé, il avait peur qu’il s’en aille autre part. Il avait eut tellement de mal à l’avoir qu’il ne comptait pas le lâcher malgré la sorte de « blocage » que faisait Quentin. De toute manière, il avait l’habitude d’obtenir tout ce qu’il voulait – bon, à part des bonnes notes au lycée.
— Sympa la baraque, commenta Cyril en déposant son manteau quelque part.
— Merci. Fais comme chez toi.
Cyril s’installa dans un petit canapé. Quentin apporta deux bières et s’assit à son tour, mais dans un fauteuil en face. Cyril fit la moue et, délaissant la bière, vint s’installer sur les genoux du plus vieux. Il ancra son regard dans celui qui lui servait de coussin.
— Je... je sais que c’est égoïste de ma part de squatter comme ça chez toi, alors qu’on se connaît à peine, mais tu m’as tellement manqué ces derniers jours... C’était un tel soulagement quand je t’ai vu ! J’ai cru que je t’avais fait mauvaise impression et que tu m’évitais.
— Ce n’est pas du tout ça ! se récria Quentin. Je... c’était nouveau pour moi et je ne connaissais pas vraiment ce... cet univers-là, alors je n’étais pas très sûr de moi. Et c’est justement parce que... parce que tu me plaisais bien que je ne voulais plus te revoir.
— Bah pourquoi ça ?! Nous sommes jeunes, il ne faut pas que...
— Non ! coupa encore une fois le plus âgé. Tu... tu ne peux pas comprendre...
— Quoi ?! s’énerva Cyril. Si tu ne m’expliques rien, forcément que je ne vais rien comprendre ! C’est quoi ton problème ! Pourquoi tu ne veux pas me parler ? « Je suis trop jeune pour comprendre » ??
Quentin détourna les yeux. Cyril enfouit sa tête contre son torse, sentant des larmes au bord de ses yeux. Lorsqu’il fut sûr que le plus âgé ne pouvait pas voir son visage, il ne put s’empêcher d’éclater en sanglots.
Merde ! C’était vraiment trop bête... Pourquoi ça lui faisait autant mal comme ça ? C’était qu’un râteau foireux, mais ce n’était pas la mort ! Alors pourquoi son immense frustration s’était-elle transformée en quelque chose d’autre, de plus douloureux encore. Il n’avait pas le droit de se moquer de lui !
— C’est..., commença Quentin.
Il hésita, mais Cyril sentit qu’il voulait expliquer la base du problème. Il le sentit trembler et ça lui fit peur.
— C’est parce que je suis professeur.
Sur le coup, Cyril se releva d’un coup, comme s’il touchait un pestiféré. Avec des gestes lents, il se remit debout, abandonnant les jambes réconfortantes. Quentin n’osait toujours pas le regarder.
— Q... quoi ?
— Je suis professeur de maths...
Il tendit la main vers un étui à lunette et les mit sur son nez. Il tira également ses cheveux en arrière et Cyril reconnut avec peur son prof de mathématiques. Une douleur sourde se fit au niveau de sa poitrine. Quentin lâcha ses cheveux et reposa soigneusement ses lunettes :
— Je mets des lentilles quand je sors en boîte, parce que sinon, ce n’est pas très pratique pour s’amuser, mais... je ne pensais pas que j’étais autant méconnaissable.
— La ferme !!
— ...
— P... pourquoi t’as... vous avez fait ça ?! C’est parce que c’est marrant de se moquer de moi ?! C’est parce que je suis facile à berner, c’est ça ?! Ah, vous étiez malin à me dire « Et votre billet d’absence, Mr Gregory ? », blablabla ! Je vous déteste !!
Il se précipita vers la sortie, mais son professeur l’atteignit avant, lui barrant ainsi tout moyen de retraite. Cyril fronça les sourcils et serra les poings.
— Qu’est-ce que vous me voulez encore ?!
— Qui aurait pu penser que je me serais fait mener par le bout du nez par un de mes élèves, murmura Mr Sartreux. Est-ce que tu crois sérieusement qu’en tant que ton professeur principal, j’aurais fait exprès de ton dévergonder ? J’étais juste venu en boîte pour faire un point avec ce que je ressentais et voilà que tu as débarqué comme une fleur. C’est toi qui m’as sauté dessus !
— Vous auriez pu me dire qui vous étiez ! Ca m’aurait évité cette humiliation...
— J’ai essayé !
— C’est faux ! Vous auriez pu me le dire, mais vous avez préféré profiter de moi.
— Ce n’est pas vrai, murmura Quentin. Je ne t’ai plus dit qui j’étais à partir d’un moment parce que j’étais bien avec toi et que je ne voulais pas... que cette situation n’arrive...
— C’est trop tard à présent !
Quentin soupira, mais ne dit rien, adossé à cette fichue porte.
— Laissez-moi sortir, murmura le plus jeune.
Le plus âgé se mordit les lèvres, mais tourna la poignée et ouvrit la porte. Cyril passa précipitamment. Le brun referma soigneusement la porte et se laissa tomber à terre pour pleurer silencieusement.
Du revers de la main, Cyril essuya ses yeux et continua de courir. Le vent lui cinglait les joues et lui picotaient les yeux, mais il reconnut rapidement l’endroit où il était, et se dirigea directement vers la maison d’Adrien.
Il sonna sans attendre, au moins une dizaine de fois, jusqu’à ce que la porte s’ouvre sur l’inconnu. Cyril, n’en pouvant plus, se laissa contre lui et pleura à chaude larme. L’autre se crispa, mais finit par lui caresser les cheveux pour essayer de le calmer.
Entre deux sanglots, Cyril entendit la voix d’Adrien dire qu’il fallait l’emmener à l’étage. Il sentit alors deux bras puissants l’entourer et le serrer. Cyril reconnut l’odeur d’Adrien et se serra contre lui, pleurant de plus en plus.
Après quelques péripéties, ils arrivèrent dans la chambre et ils échouèrent sur le lit. Adrien ne le lâcha pas, mais se débrouilla pour tirer les couvertures sur eux deux... enfin trois, puisque le petit ami d’Adrien s’était également installé et essayait de calmer Cyril du mieux qu’il pouvait.
A la fin, ce dernier s’endormit, épuisé de sa journée, de ce qu’il s’était passé, de ce qu’il avait appris.
Il traîna toute la journée dans les rues vides de passants et retourna chez lui, presque à reculons. Sa mère l’attendait de pied ferme juste derrière la porte, et non devant la télé comme d’habitude. Elle semblait en colère, une cigarette se finissant dans sa main.
— Bonsoir m’man, fit quand même Cyril, inquiet.
— Cyril ! Où est-ce que tu étais ces derniers jours ?!
— Quoi ?
— Le CPE m’a appelé cet après-midi et m’a dit que ça faisait deux jours que tu n’étais pas venu en cours ! Qu’est-ce qu’il t’a pris de sécher ? Je me tue à payer des études et toi tu sèches ! Ce n’est pas comme ça que je t’ai élevé ! Qu’est-ce que je t’ai déjà dit ? Si tu ne fais pas d’études, tu n’auras pas ton bac, tu n’auras pas de travail et tu finiras comme ton père !
Le père de Cyril avait fait ses études, mais il avait été tellement feignant par la suite, qu’il s’était retrouvé au chômage, avec sa femme et un enfant en bas âge. Il avait commencé à boire et à sortir sans cesse. Parfois, Cyril l’avait vu frapper sa mère. Puis il s’était suicidé.
Cyril baissa la tête. Il ne voulait pas se disputer avec sa mère, mais... il ne voulait tellement plus le revoir ! A cause de ça, il renifla pour essayer de se calmer.
— Ne fais pas semblant de pleurer pour m’attendrir, continua sa mère. Tu n’avais aucune raison pour sécher les cours ! Demain, je te conduirais moi-même en cours !
Cyril hocha la tête et alla s’enfermer dans sa chambre. Il fut privé de dîner.
Tiens, cette fois, il n’y avait pas besoin de billet d’absence ? C’est bon, il n’allait pas s’en aller comme la dernière fois... Il était arrivé un peu en retard et les autres élèves de la classe murmurèrent entre eux tout en le regardant. Qu’ils aillent se faire voir !
Pour la première fois de sa vie, Cyril resta concentré sur les maths. S’il ne le faisait pas, il menaçait de penser à des choses qu’il ne devrait pas. Il commencerait à dévisager plus que nécessaire son prof, retrouver les traits fins de Quentin, sa bouche tentante, ses cheveux soyeux... Cyril cligna des yeux et se replongea à corps perdu dans cette matière qui n’était vraiment pas son fort.
A la fin des deux heures, Cyril prit tout son temps pour ranger ses affaires. Il inspira profondément et dit :
— Monsieur, je peux vous parler ?
L’autre s’arrêta dans son nettoyage de tableau, s’humecta les lèvres, puis continua sa tâche sans répondre. Dès que tous les élèves furent partis, il passa la tête dans le couloir et s’adressa à la classe suivante :
— Pouvez-vous attendre un instant, s’il vous plaît ? Je dois parler avec un élève.
Cyril entendit les remarques des élèves comme quoi ils auraient un quart d’heure de moins de maths et que ça les arrangeait bien.
Mr Sartreux ferma la porte et regarda enfin son élève qui ne s’était toujours pas levé. Le silence se fit pesant. Le plus jeune ne savait pas vraiment par quoi commencé et le prof ne voulait pas vraiment savoir ce que Cyril voulait demander.
— C’est bien que tu sois revenu en cours, finit-il par dire, dans un vain espoir de combler le vide, tout en déviant la conversation.
— Oui... Ma mère m’a grondé.
— Oh.
— ...
— Euh... sinon ça va ?
— Oui, oui. Euh...
Cyril ouvrit la bouche, mais la referma. Il inspira profondément puis continua :
— Je... Est-ce vrai que vous éprouvez... des sentiments pour moi ?
Quentin rougit et détourna le regard. Il enleva ses lunettes et se frotta les yeux, comme fatigué de cette situation.
— Oui, murmura-t-il.
— Et... est-ce que ça vous gêne que... que... que je pense toujours à vous ?
Quentin se mordit la lèvre, puis reporta son attention sur son élève. Il se détacha du mur contre lequel il s’était adossé, et s’approcha de Cyril. Il posa ses mains sur la table et l’embrassa doucement. Alors qu’il allait se reculer, Cyril passa rapidement ses bras autour de son cou et approfondit le baiser.
Il retrouvait Quentin, son odeur, ses mains, sa chaleur... Ca lui avait tellement manqué ! Lui aussi, il s’en fichait que Quentin se soit moqué de lui ou non. Ce qu’il n’avait pas supporté, c’était l’image de professeur qui s’était interposé sur la douce image de Quentin. Comme ce dernier, qui avait parfaitement supporté le fait de lui mentir, mais que sa conscience tiraillait quant à leur position respective.
Cyril se détacha et murmura :
— Je peux venir chez toi ce soir ?
— ... Oui.
Cyril l’embrassa une dernière fois avant de prendre son sac et de quitter la salle, un sourire aux lèvres.
Les jours qui suivirent, il assista à tous les cours et bien que n’arrivant toujours pas en maths, il fournit plus d’efforts pour comprendre.
Ainsi débuta sa liaison secrète.
FIN