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Fiction » General » Nat' font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Evilie
Fiction Rated: K+ - French - General - Reviews: 2 - Published: 11-03-06 - Updated: 11-03-06 - Complete - id:2270828

Il s’appelle Nathan, mais ses copains l’appellent Nat. Sa petite amie l’a largué en lui disant « tu m’déprimes ». Ses potes se foutent de lui en lui disant « t’enterres qui aujourd’hui ? ». Pourtant personne n’est mort, et il ne va jamais au cimetière, ça le déprime. Sa petite amie et ses potes ont raison, il est déprimant. Enfin, non, il est déprimé. Il ne sait pas le dire, alors il le montre. Mal, et pas de la bonne façon, mais c’est pas son truc, à lui, de se faire comprendre. Ses parents ne sont pas déprimés, eux. Non. Ils sont désespérés. Ils avaient espéré qu’Ophélie lui redonnerait le sourire, mais, elle a cassé. Ça ne l’a pas gêné.

Nathan n’est pas du genre à se gêner. Pas du genre à ce montrer, non plus. Pourtant, il se fait remarquer. Elève à problème selon ses professeurs, alors qu’il ne demande rien à personne. Il reste dans son coin, avec ses amis, alors vu qu’il n’en a pas beaucoup, les profs disent qu’il n’est pas intégré, que c’est un marginal, et qu’il ne vaut pas grand-chose. Ça ne le gêne pas plus que ça. Nat est un marginal de la société scolaire, il le sait et se dit que ça ne va pas durer.

Nat a une vie. Pas super remplie, ni super palpitante, mais il a une vie. Enfin, il essaye de s’en persuader. C’est une vie de Monsieur tout le monde, métro, boulo, dodo. Bien réglée, bien ordonnée, et il est bien ennuyé. Pas d’action, pas d’entrain, une routine morne qu’on appelle habitude. Et ça le déprime. Alors, le regard des gens qui se moquent, ou qui lynchent, il s’en fout un peu.

Nathan ressemble à tous les jeunes de son age, en un peu différent quand même. Il s’habille en noir, il a trois piercings dont un à la langue. Il montre sa déprime de cette manière. Beaucoup d’articles ont parlé de cette tendance des jeunes, le « gothique ». Certains disent que c’est une mode, d’autres un mouvement rebelle parmi les jeunes, ou encore, une recrudescence du Romantisme. Cette époque historique de XVIII où les jeunes adultes vivaient dans la pauvreté et vendaient leur image pale et maladive aux peintres. Mais la majorité parle d’un mal-être de la jeune génération.

Sauf que Nathan n’a rien de tout ça. Il est certes déprimé, mais pas pour ces raisons. Tous les jours, après les cours, il se rend à l’hôpital, à cinq minutes à pied du lycée. Ces parents ont arrêté d’espérer, ils ont abandonnés. Nat’ lui, continue d’y aller. Par ce qu’il espère un peu, du fin fond de sa déprime, que ce soir, il y aura quelque chose. Une petite étincelle qui le sortira de sa morosité, et lui rendra le sourire. Peu de chose gênent Nat’, mais la personne qu’il va voir tous les soirs en fait partie.

Il salue l’infirmière à l’accueil, qui ne lui accorde même pas un regard, mais ça ne le choque pas plus que ça. Il passe devant la maternité, où les nouveaux nés dorment, loin de leurs mères. Il arrive à la pédiatrie où une aide soignante l’arrête, comme tous les soirs. Il s’en débarrasse d’un regard vide, et grimpe les deux étages pour arriver devant une porte verte. Il ferme les yeux et soupire, avant d’ouvrir.

La chambre est vide, blanche, et froide. Rien ne bouge, tout est figé, à part les nuages qui défilent derrière la fenêtre. Un peu comme sa vie, il pense, qui défile sans qu’il puisse faire quelque chose. Alors il soupire encore et attrape la seule chaise de la chambre pour l’approcher du lit et s’y asseoir. Il ferme encore les yeux, et tend une main pour attraper celle qui repose, décharné sur le lit.

-Hello…

Il n’attend pas de réponse, mais il espère quand même. Il pose ses yeux vides sur la main trop fine qu’il garde entre ses doigts. Main trop fine, trop pale dont les veines bleues ressortent trop. Il l’entoure doucement, par ce qu’il a peur de la casser. Il remonte le long du poignet de verre et longe le bras allumette, troué par la perfusion. Il s’arrête sur l’épaule osseuse qu’il devine sous la chemise trop grande qui la recouvre, qui lui allait pourtant à son arrivé ici. Il continue son exploration jusqu’au cou, et suit la mâchoire pour regarder enfin son visage.

-Tu sais…

Son visage tourné vers la fenêtre, qui observe difficilement les nuages passer dans le ciel gris de novembre. Son visage maigre, émacié par de longs mois de jeun volontaire. Les joues creuses et les yeux ternes, aussi terne que ce jour d’automne.

-Je…

La main est froide entre ses doigts, et Nathan sent sa déprime revenir. Mais il la combat, pour rester un peu ici, et essayer de réveiller une petite étincelle dans ces yeux qui le fuient. Alors il lui parle. De tout, de rien, de sa vie, de celle qu’il n’a pas, de ces amis, de celle qui l’a larguée. Et de ces rêves. Si Nathan n’a pas de vie très palpitante, il a des rêves. Pas des rêves de grandeur, par des rêves de fortune, pas non plus d’amour, mais il les lui raconte…

-J’aimerai bien que tu reviennes…

Des rêves où ils sont de nouveau ensemble.

-C’est dur à la maison sans toi.

Où il sourit à nouveau.

-Les parents dépriment…je déprime.

Où ses parents espèrent à nouveau.

-Et j’aime pas venir ici.

Nathan lui raconte tout, par ce qu’il le faut, selon lui, pour lui, pour eux. Et à ce moment, l’infirmière arrive, les visites sont terminées. Alors Nat’ se lève, remet son manteau noir, et l’embrasse sur le front en lui disant :

-À demain…

Sauf que ce soir, il l’a senti, il n’y aura pas de demain. Il a senti que demain, cette chambre sera vraiment vide. Il a senti qu’elle avait entendu sa dernière phrase.

Nathan n’aura pas à revenir à l’hôpital.

Le lendemain, lorsque ses potes lui ont demandé qui il enterrait aujourd’hui, il leur a répondu.

-Ma sœur.


Koneko, si tu lis ce texte, sache que je n’irai pas à ton enterrement.



© Copyright 2006 Evilie (FictionPress ID:525235).


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