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Fiction » Romance » Amours adolescentes font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Luciel
Fiction Rated: K - French - Romance - Reviews: 6 - Published: 11-14-06 - Updated: 11-14-06 - Complete - id:2276442

Amours adolescentes

J’aime cet endroit. C’est comme un petit coin de tranquillité pour elle et moi. Une simple table de pingpong en marbre trônant au milieu d’une enclave à ciel ouvert, avec un vieil arbre aux feuilles mortes dans l’un des coins. Des feuilles mortes qui jonches le sol, et craquent quant on marche dessus. Cela donne un aspect mystique à ce « petit trou », qui ne fait pas plus de vingt cinq mètre carré. Et où se trouve se petit coin de paradis ? En face des casiers du collège Hartmann, dans une partie recluse de la vallée de Munster, en Alsace. Oui, nous nous trouvons actuellement dans l’enceinte d’un collège, et moi, je suis en troisième, j’ai quatorze ans.

J’aime cet endroit, et plus particulièrement, j’aime être ici avec elle. Elle, c’est Emilie, la fille avec qui je viens manger ici tous les midis. On s’entend bien, il y a quelque chose entre nous, c’est indiscutable. Quoi donc ? Bonne question. Non, on ne sort pas ensemble. Pourquoi ? Et bien, parce qu’actuellement, je sors avec Emilie. Pas cette Emilie là, une autre. Vous voyez mon dilemme ?

J’ai commencé à sortir avec mon Emilie il y trois mois, au début de l’année scolaire. Elle est mignonne, c’est une petite blonde au sourire ravageur, et dont l’appareil dentaire lui donne un petit air coquin qui m’a tué la première fois que je l’ai vu. On se connait depuis plusieurs années, et après maints hésitations, j’ai finis par me lancer quand j’ai vu qu’on était de nouveau dans la même classe cette année. Elle n’a pas hésité, la réponse fut immédiate. Il faut croire que je n’étais pas le seul à hésiter depuis un moment. Enfin, tout ce passait bien, et puis je l’ai rencontré. Emilie, la brune Emilie.

Elle est assise à côté de moi en classe, c’est d’ailleurs comme ça qu’on a apprit à faire connaissance. Elle est très différente de mon Emilie. Déjà, elle n’est pas blonde bouclée aux cheveux long, elle à les cheveux brun coupé en un carré dynamique. Elle est légèrement plus grande que moi aussi. Vu qu’elle à un an de plus que moi, ce n’est pas si étonnant. A notre âge, un an ça change beaucoup de choses. Elle à redoublé une classe de primaire, je ne sais pas pourquoi. Mais elle est loin d’être idiote. On se chamaille souvent elle et moi, s’amusant à se battre et à se courir après. C’est un peu gamin, mais on s’en fout.

On avait une relation normale elle et moi à la base, comme deux camarades de classes. Et puis au début du deuxième mois, je l’ai aperçu qui se dirigeait vers l’intérieur du collège à l’heure du repas. Jusque là, je m’étais toujours demandé où elle pouvait bien manger le midi, vu qu’elle n’allait pas à la cantine comme tous le monde, et qu’elle ne rentrait pas non plus chez elle. Pourquoi ne pas lui avoir demandé ? C’est une bonne question, je ne sais pas, ça aurait enlevé un peu du mystère qui l’entourait. Toujours est-il que ce jour là, je l’ai suivit, et l’ai vu entrer dans cette petite cours où personne n’allait jamais. Le « petit trou » à la table de pingpong. Rétrospectivement, je ne comprends pas pourquoi personne n’y allait jamais, c’était pourtant très sympa comme coin. Toujours est-il que je l’ai vu grimper sur la table, et sortir un sandwich. Je pense que ce moment restera gravé à jamais dans ma mémoire. Elle, assise en tailleur sur cette table en marbre, le vent, faisant tournoyer les feuilles par terre, et cet invraisemblable sensation que je regardais un tableau, et non la réalité. Le soir même, j’ai annoncé à ma mère que je ne mangerais plus à la cantine, invoquant d’obscurs raisons, et finissant par la convaincre plus de par ma lourde insistance que par la pertinence de mes absurdes arguments, dont je vous épargnerais l’énumération. Et c’est ainsi que par le plus grand des hasards, je me retrouvais le lendemain au même endroit qu’elle avec mon sandwich. Si c’est pas bien fait la vie quand même.

Mon Emilie ne me demanda pas où je pouvais bien aller manger le midi, elle avait toujours été comme ça, ne forçant jamais personne à lui parler, se disant que lorsqu’ils en auraient envie, ils finiraient bien par se confier à elle. Pour ma part, je dois bien avouer que ça m’arrangeais. Non pas que je faisais quelque chose de mal, après tout, on ne faisait que manger et discuter, mais je voulais que cette heure reste juste entre elle et moi. Notre petit jardin secret.

Les choses restèrent ainsi un long moment, sans que rien ne semble venir perturber ce petit rite sacré, et la tranquillité de notre quotidien. Jusqu’au jour où, le troisième mois, un incident arriva : Emilie m’embrassa. Non, pas la brune, la blonde. Vous allez me dire, « c’est ta copine, c’est normal ». Et bien non, enfin si… mais non. Depuis qu’on avait commencé à sortir ensemble, ça n’étais pas encore arrivé, ce fut notre premier. Je dois bien reconnaitre que c’était un peu ma faute si on n’avançait pas. Bon, d’accords, c’était totalement ma faute. Ce n’était pas qu’Emilie ne me plaisait pas, bien au contraire comme je vous l’ai dit, mais quelque chose me bloquait. Et ce jour là, peut-être lasse d’attendre que je me décide, elle avait prit les choses en main. On s’était embrassé, puis elle était rentrée chez elle, tranquillement, le sourire aux lèvres. Moi, j’étais resté là un moment, devant l’arrêt de bus, perdu dans un sentiment que je ne saurais exprimer. J’étais heureux, j’étais malheureux. Je ne sais pas pourquoi, mais je me sentais coupable. Pourtant, Emilie était ma copine, j’en avais le droit, c’était normal, c’était évident même. Alors pourquoi ? Pourquoi est-ce que je n’ai pas pu aller dans notre enclave pour manger le lendemain ? J’avais passé la mâtiné à éviter les regards de l’autre Emilie, et quand vint l’heure de manger, je suis partie m’assoir dans les escaliers qui menait au toit. Je n’ai rien pu avaler, je n’ai même pas sortie le sandwich que m’avais préparé ma mère de son emballage. Je me sentais si mal, si pitoyable. Je n’avais rien fait de mal pourtant. Où du moins, j’essayais de m’en convaincre.

Quand je suis revenu en classe en début d’après midi, mon Emilie n’était pas encore arrivée. La brune Emilie, elle, était assise à sa place, regardant par la fenêtre. Elle ne me demanda pas où j’étais allé manger, seulement « quelque chose ne va pas ? » avec un air inquiet qui me brisa le cœur. Je ne répondis pas immédiatement, puis après un moment, je finis par lui dire que ce n’étais rien. Elle n’insista pas, mais ma réponse ne lui convenait pas, c’était évident. Vous voyez, je pense qu’elle me considérait comme un petit frère à cette époque. Ca aussi ça me brisait le cœur. Ce n’aurait pas du, je le savais, mais que voulez-vous, on ne fait pas toujours ce que l’on veut. Et parfois, le destin s’en mêle un peu aussi. Alors que j’aurais du prendre le bus avec mon Emilie pour rentrer, sa mère vint exceptionnellement la chercher pour l’amener chez son dentiste. Je me retrouvais seul, avec l’autre Emilie. J’aurais pu quand même prendre le bus tout seul, mais elle me proposa d’aller marcher un peu. Avez-vous la moindre idée d’a quel point j’ai été heureux qu’elle me propose ça ? Nous nous dirigeâmes vers la vieille Eglise, par l’aller des grands chênes, qui avaient tous revêtu leur parure d’automne, et ces couleurs ocre me rendait nostalgique, sans vraiment qu’il n’y ai de raison. Pour une fois, c’était Emilie qui faisait la conversation, parlant de tout et de rien. Je l’écoutais attentivement, réagissant de temps à autre. Après un moment, elle me reposa la même question qu’en début d’après-midi, plus sérieusement encore. Cette fois, je lui avouai la vérité, l’anxiété transpirant dans chacune de mes paroles. Elle me regarda un instant, interdite, puis finit par dire « mais, c’était la première fois ? ». « Bien sur ! » répondis-je immédiatement, comme si elle m’avait demandé quelque chose d’évident. Elle me regarda encore un instant, puis me souri de la manière la plus particulière qui soit : un mélange de tristesse, d’amusement et de, je ne sais pas, soulagement peut-être. Nous étions presque arrivés chez elle, notre conversation avait repris comme si rien ne s’était passé. Une fois devant la grille de sa maison, elle se tourna vers moi, et déposa un baisé sur ma joue. Ce n’était rien, nous nous faisions la bise tous les jours. Mais ce baisé fut particulier pour moi, je pouvais sentir toute la tendresse qu’elle avait à mon égard. Je restais là quelques minutes, la regardant parcourir le petit chemin qui menait à la porte de chez elle. Elle se retourna une dernière fois, me fit un signe de la main, puis disparu dans sa maison. Je me sentais bien.

Le lendemain matin, j’allai à l’école avec mon Emilie, comme d’habitude. Nous étions accompagnés par nos amis, Mathieu et Jérémie, tout allait bien. Je crois que je n’avais pas arrêté de sourire depuis la veille. En entrant dans la salle de classe, je vis l’autre Emilie, déjà installé à sa place, qui lisait un livre. Elle tourna une page, puis poussa sur le côté une mèche qui la gênait d’un simple geste, mais avec tellement de grâce. Je m’assis à ses côté, sans faire de bruit. Comme à son habitude, elle ne remarqua pas immédiatement, me laissant quelques instants supplémentaires pour l’observer. Alors que j’allais finir par lui dire bonjour, mon Emilie se dirigea vers moi, et m’annonça qu’elle voulait qu’on mange ensemble à midi. Quoi de plus normal me direz-vous. Mais pour moi, ce fut comme un coup de marteau dans le ventre. Elle avait dit ça en souriant, mais je pouvais sentir un malaise. Maintenant que j’y repense, j’avais vraiment été stupide. Tout le monde dans la classe mangeait à la cantine, tous le monde sauf moi et Emilie. Et mystérieusement, on disparaissait tous les midis Dieu sait où, et on revenait ensemble comme si de rien était. Tout le monde savait qu’on mangeait ensemble, c’était évident. Non pas que je voulais le cacher, mais notre « petit secret » n’en avait jamais été un, et je devais bien être le seul à ne pas en être conscient. Je crois que ce matin là, ma naïve bonne humeur, ma stupide manière d’avoir l’air heureux simplement en regardant Emilie avait été plus que ce que mon Emilie pouvait supporter.

Et je me retrouvais donc là, avec mon Emilie devant moi, un sourire figé sur le visage, et mon autre Emilie, qui n’avait pas décroché de son roman, mais dont les yeux ne bougeaient plus. Que devais-je répondre ? La logique aurait voulu que je lui dise oui, tout simplement. Mais je n’y arrivais pas, pas devant l’autre Emilie. Alors que j’allais ouvrir la bouche, sans vraiment savoir quoi dire, ma voisine de table posa son roman, se tourna vers moi et me dit qu’elle irait manger en ville ce midi de toute façon, alors quelle importance. Elle souriait, mais ce n’était pas son sourire habituel. L’incident s’arrêta là, mais ce n’était que le commencement. C’était de ma faute, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même, je le savais, mais que pouvais-je y faire ? Que pouvais-je y faire…

Le deuxième incident arriva le lendemain. Etonnamment, mon Emilie n’avait pas prit le bus avec nous ce matin là. Une amie commune m’avait dit que sa mère l’amenait en voiture. J’avais trouvé ça étrange, mais après tout pourquoi pas. Seulement, quand j’arrivai en classe, j’eu une surprise à laquelle je ne m’attendais pas : mon Emilie et mon autre Emilie avait échangé leur place. Normalement, on ne pouvait pas changer de place en cours d’année, elles étaient attribuées le premier jour par loterie, et c’était définitif. Seulement, mon Emilie était allé voir le professeur principal et lui avait demandé gentiment, et il n’avais vu aucune raison de dire non puisque l’autre Emilie n’avait pas émit d’opposition. Ce fut un choc pour moi, j’étais séparé d’elle non plus seulement le midi, puisque mon Emilie voulait désormais que l’on mange ensemble tous les jours, mais aussi pendant les cours. Je la sentais s’éloigner de plus en plus de moi. C’était insupportable.

Deux jours passèrent ainsi, mon Emilie se montrant de plus en plus entreprenante, de plus en plus possessive. Elle ne m’empêchait pas de faire quoi que ce soit, elle ne m’avait même jamais dit de ne plus voir l’autre Emilie, mais je pouvais sentir son regard lorsque le miens se perdait au premier rang, là où se trouvait celle qui me manquait. L’après-midi du troisième jour, lors de la pause de quinze heures, je me rendis dans notre petit coin de paradis. J’avais besoin d’être seul, j’avais besoin de réfléchir. Alors que je m’allongeais sur la table en marbre, j’entendais la porte s’ouvrir. Me relevant d’un bond, je vis Emilie entrer dans l’enclave. Mon Emilie, pas celle qui aurait du être là. A ce moment là, je sentis pour la première fois la colère monter en moi. Cet endroit était sacré, c’était notre endroit à nous, et seulement à nous. Elle vint s’installer à côté de moi, me demandant ce que je faisais là. Il n’y avait pas de malice dans ses paroles, il n’y en avait jamais eut. Mais je ne pouvais pas accepter sa présence ici. Me levant, je l’entrainais vers la salle de classe. Prétextant d’aller voir Mathieu, je l’y laissais et retourna vers l’enclave, où j’eu la surprise d’y retrouver l’autre Emilie. J’étais toujours en colère, mais soulagé de la voir, enfin seul. Elle me regarda entrer, surprise de prime abords, puis me demande ce que je faisais là. J’étais interloqué. Qu’elle, elle, me demande ce que je faisais là était tout bonnement incroyable pour moi. Je lui répondis que j’avais envie d’être seul, et qu’il n’y avait jamais personne ici d’habitude. Elle fit tournoyer une petite feuille morte par la tige, puis me dit qu’elle allait me laisser seul alors. Passant à côté de moi pour rejoindre la sortie, je l’attrapai par le bras et lui cria « Ca ne te fais rien qu’on ne puisse plus se voir, tu t’en fous complètement ?! ». Elle se retourna et me gifla, puis reprit son chemin. Arrivé à la sortie, elle ne se retourna pas, mais me dit « Et quel droit ai-je, moi, pour dire à ta petite amie que je lui en veux de nous séparer ? ». Ces mots me firent mal, plus que tout autre. Ils étaient tellement vrai, me ramenait tellement à ma stupidité, à ma lâcheté. De quel droit avais-je bien pu élever la voix contre elle ? Oh combien j’avais été égoïste et injuste. Et pas seulement avec elle. Je suis sûr que vous vous dites que la solution à mon problème était évidente, qu’elle l’avait toujours été. Moi-même je me le dis maintenant, mais les années ont passé, les choses ont changé, et surtout, je ne suis plus en situation.

Je suis resté longtemps assis sur cette table en marbre froid ce jour là. Plusieurs heures. C’était la première fois que je séchais les cours. Mais qu’importait, je n’étais de toute façon pas en état de suivre les cours. C’est là, ce jour là, cet après-midi là, que j’ai pris ma décision. Le soir même, je demandais à mon Emilie de m’accorder un instant, pour que nous parlions. Elle n’a pas pleuré, elle était triste, elle avait les larmes au bord des yeux, mais elle n’a pas pleuré. Elle m’a juste dit « j’aurais fait tout ce que j’ai pu. ». Nous étions restés ensemble seulement trois mois, mais je l’avais connu depuis que nous étions enfant, elle faisait partie intégrante de ma vie. Jusqu’à ce jour.

Vous vous demandez sûrement ce qu’il est advenu de ma relation avec l’autre Emilie. Et bien, je vous dirais seulement qu’à l’heure où j’écris ces lignes, la plus belle des brunettes est entrain se battre avec une jolie robe blanche.


Une histoire que j'ai longtemps eut envie d'écrire, il m'aura fallut plus de dix ans pour me décider. Pour être tout à fait honête, c'est histoire est basé sur des faits réel. Le contexte est très légerement différent, j'avais 11 ans, pas 14, et l'histoire avec les deux Emilie c'est déroulé assez différement. En fait, cette histoire est une vision de ce qui aurait pu se passer. Aurais du ? Peut-être dans une autre vie J'attend vos review avec impatience ;)



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