Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search Login Register Extras
Fiction » Romance » Ce que peut donner une équation pathétique font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Florinoir
Fiction Rated: T - French - Romance/Angst - Reviews: 5 - Published: 12-05-06 - Updated: 12-05-06 - Complete - id:2285599

Pseudo: Florinoir.

Ce que peut donner une équation pathétique.

Genre: Shonen ai, quelques insultes, humour, angst,..petit one shot mignonou!


Ca fait quinze jours qu'il s'assoit sur ce banc.

Il arrive à huit heure vingt-sept,en repart à vingt heure vingt-sept.

Il se peut qu'il mange un sandwich, emballé dans le même morceau de papier aluminium soigneusement replié à la fin de chaques repas. Il boit le contenu de sa bouteille d'eau citronné d'un litre cinq. Parfois il change le citron pour de la menthe et le sanwich pour une salade.

Mais c'est rarissime.

Il n'amène ni revues, ni romans, encore moins un quelconque bidule de poche électronique. Il ne sort ni jumelles ni portable.

Il reste assis, le dos bien droit, le pantalon remontant haut sur ses chevilles maigres et parsemées de petits poils bruns, paumés entre le haut de ses chaussettes vertes et l'ourlet du tissu noir. Sa veste en jean's est posée à ses côtés. Chez lui, seuls ses tee-shirt et ses lunettes changent. Lorsqu'il a un haut canari, la monture de ses lunettes l'est aussi. Il a un énorme stock de ces deux items.

Il est assez grand, très maigre. Son visage est anguleux mais pas vraiment laid. Il a un regard assez beau, d'un vert-gris tacheté de jaune. La forme de ses yeux est ronde,ils sont bordés de courts cils bruns.

Il n'est pas monstrueux, pas beau.

Il est juste...transparant.

Personne ne le remarque, personne ne jète de coups d'oeils circonspect vers lui, même pas les mères de famille venant faire jouer leurs mouflets dans la microscopique aire de jeux goudronnée.

Pourtant il devrait avoir l'air loûche à être sur ce banc en permanence, sans rien faire d'autre que de regarder le paysage et les gens passer.

Albert se rendait bien compte qu'il devait faire tâche, c'était justement cette raison qui l'avait poussé à occuper ce bout de pierre sur une base régulière depuis deux semaines.

Mais rien.

Pas un flic, pas un groupe d'ados ricanants, pas même un type venant lui gratter une clope. Même les commères ne chuchotaient pas en le montrant du doigt.

Albert soupira, regarda sa montre imitation cuir. Vingt heure vingt-six et trente trois secondes.

Il prit sa veste sur ses genoux, et à vingt-sept pile, se leva et partit.


Tonio se fit un sourire et ajusta sa chemise blanche vaporeuse. Il passa les mains sous les yeux, prenant bien garde à ne pas ficher en l'air le khôl et le mascara mit avec une application toute habituelle quelques minutes plus tôt et mima un baiser.

Si ce crétin ne rampait pas à ses pieds pour passer la nuit avec sa divine présence, c'est que c'était un con indigne de son intêret.

Tonio passa une main fine dans ses courts cheveux blonds bouclant sur la nuque et s'étira comme un chat. Ce soir, les lentilles noires lui allaient magnifiquement, conférant à son regard amande une profondeur et un lustré enchanteur.

Il s'embrasserait bien mais ne voulait pas saloper le miroir, peu désireux d'essuyer un savon d'Angelica.

Il donna une petite tape sur ses fesses mises en valeur par ce fameux pantalon de lin réussissant à faire à la fois classe et négligé tant apprécié des bourgeois en goguette et effectua quelques pas de claquettes.

Puis, s'estimant fin prèt, il sortit, claquant la porte derrière lui, laissant sur son passage une trainée de parfum capiteux.

En descendant l'escalier il croisa son voisin, un jeune type d'à peu près son âge fagoté comme une caricature des Beatles en plus coincé et sans doute aussi interessant qu'un téléfilm du dimanche après-midi en chaussettes sur un vieux canapé... Tonio rejeta les épaules en arrière et son fin visage se fronça dans une moue méprisante puis il occulta l'autre pour une rediffusion mentale de tous les scénarios qu'il s'était imaginé avec son rendez-vous...


Albert pinça les narines et la bouche lorsque la folasse du second passa, tuant les mouches sur le passage de son parfum. Il secoua la tête et continua sa montée jusqu'au troisième, prennant bien garde à aligner ses pas de façon parfaitement rectiligne. Il remonta les lunettes glissant insidieusement sur l'arrête de son nez d'un geste sec et ouvrit la porte sombre donnant sur son antre.

Un salon-cuisine-salle à manger, une chambre et une salle d'eau-toilettes dans les tons gris. Pas de décorations, si ce n'est un torchon représentant une plantureuse femme en costume traditionnel qui posait à côté de la recette du far breton, accroché nettement au dessus du plan de travail en formica. La chambre ne contenait qu'un clic-clac, une commode et une lampe à même le sol nu. Une chemise vert pomme et sa paire de lunettes assortie pendant de la poche traînait à terre. La salle de bain contenait une douche, une serviette accrochée au montant, une brosse à dent, du dentifrice, un rasoir et la crème à raser et un shampoing-gel-douche. Un paquet de rouleaux de P-Q trônait sur une étagère au- dessus des toilettes. Les produits d'entretiens étaient derrière le lavabo blanc.

Albert posa sa veste sur le dossier d'une des deux chaises entourant la petite table ronde de fer de la portion salle à manger et sortit du frigo un paquet de rondelles de saucissons à l'ail. Il revint vers la table avec son butin, passant par la petite télé qu'il alluma, coupant comme toujours le son.

- Sandra... Je t'ai dit de ne pas faire attention aux élucubrations de Matthew...Tu vaux mieux que ça...

Il machonna une rondelle et reprit, d'une voix plus aigüe.

- Mais Steven! Il certifie t'avoir vu avec Vanessa à la réception de ce triste sire de Paul!

- Sandra... Ne m'accordera-tu donc jamais crédits? Pourquoi...

Le soap du soir était l'un des rares moments où Albert se sentait vivant. Il contrefaisait les voix, imaginait les dialogues, perfectionnant ses imitations et son talent d'improvisation. Un jour, se disait-il, un jour j'en ferai quelque chose de grand...

Mais il restait là, singeant ces personnages aussi faux que leurs corps refaits, calquant ses rêves sur les leurs et au final, les laissant s'éloigner loin, bien loin de lui...


Tonio buta sur une des marches et s'effondra en larmes de nouveau. Son rimmel coulait le long de ses joues et son khôl avait envahi une grande partie de son visage.

- Ta..pette...T'es qu'une sa...le..tapette...Tapette!!!!

Il frappa les marches, boxa les murs, secoué de sanglots soulevant son corps gracile.

Il en avait encore trop fait, il avait encore mal interprété les désirs de l'autre, encore, toujours!!

- Tapette... Folle... Pédé...

Il toussa, un rire étranglé se mélant à ses gémissements et se redressa. Arrivé à l'étage, il farfouilla dans son petit sac, trouva ses clés, renifla et s'essuya les yeux sans grand succés avant d'en introduire une dans la serrure.

Mais il eut beau secouer, jurer,essayer tout le trousseau, repiquer une crise de larmes, la porte ne voulut pas s'ouvrir...

- Même cette conne de porte refuse de laisser entrer une pétasse comme moi!!

De rage, il prit son élan et balança son pied en avant...

- Hum..Que puis-je pour vo...

Le pied vengeur en question termina sa trajectoire dans une partie fort sensible de l'anatomie du voisin du dessus de Tonio, coupant la phrase polie alors que le jeune homme se pliait en deux en terminant par un petit couinement.

Tonio resta un instant en position, bouche bée, puis poussa un cri et retira prestement sa sandale de l'entrejambe d'Albert, se confondant en excuses.

- Oh Mon Dieu!! Pardonnez moi, je suis confus, désolé, horrifié!! je...Je me suis trompé d'étage comme un imbécile et...Oh Bon sang, c'est le bouquet...

Et alors que le pauvre voisin se redressait péniblement, Tonio éclata d'un rire hystérique tandis que de grosses larmes se remettaient à colorer de noir son visage.


Albert fit tant bien que mal refluer la douleur lancinante au second plan et finit par reconnaître son voisin du dessous... En train de piquer une crise de nerf...Sur son palier... Après lui avoir..Hum... donné un coup au sexe...

Voilà un évènement auquel la dixième rediffusion d'Amour, Passion et Volupté ne l'avait certes pas préparé...

Il fut un instant tenté de prendre la voix apaisante de Janey puis pensa à l'effet quelque peu étrange que cela produirait venant de son corps d'homme. Il opta donc pour l'autre solution.

- Calmez vous donc mon petit, un petit cognac devrait vous remettre d'applomb...


Tonio leva un regard de ramoneur médusé sur le grand type maigre venant de parler d'un ton aussi sexy qu'autoritaire.

- ...Un...cognac..?

Albert soupira mentalement de satisfaction en voyant que l'option Greg fonctionnait et s'écarta de devant l'entrée dans un geste de bienvenue. Son invité surprise hésita puis finit par entrer.

Il marqua un temps d'arrêt en ayant un premier aperçu de l'appartement de son hôte.

- Wow, joie de vivre et félicité... Railla-t-il en comparant mentalement avec son très personnalisé logis.

Là ou le sien faisait souk, harem et garçonnière d'Harvard tout à la fois ce logement était aussi intime qu'un parloir de maison de correction... Il frissonna en apercevant le torchon décoratif qui bien loin d'atténuer l'impression impersonnelle mettait encore plus mal à l'aise. Il sursauta légèrement en entendant la porte se refermer.

Manquerait plus que je sois tombé sur un psychopathe avec le reste...

- Asseyez vous...Voulez vous boire quelque chose?

- Ce... Ce fameux cognac serait pas de refus...

L'autre eut l'air géné, se dandinant en se frottant la nuque.

- Hum... Je n'ai pas de cognac je le crains...

Voyant le visage de son invité s'allonger il ajouta précipitamment.

- Mais je peux vous proposer de l'eau citronnée? Ou alors mentholée?

Tonio fit taire son alarme intérieure qui braillait "ALERTE IL EST DINGUE!!" en boucle depuis une minute et tenta un faible sourire, prennant garde à ne pas avoir l'air trop sur ses gardes.

- De la menthe sera très bien...

Le brun sembla se regonfler et dit de cette voix sexy et imposante.

- Je vais vous servir, restez là.

Le blond se garda bien d'arguer qu'il se voyait mal s'asseoir en tailleur façon yoga sur le vieux linoléum et observa son hôte farfouiller dans son frigo et poser deux verres et une bouteille de liquide vert sur la table. Il remercia en prennant le sien et le sirota.

Albert se tortilla sur son siège, observant à la dérobée son voisin. Il était dans un sale état, le visage barbouillé de sillons noirs, les yeux rouges et cernés, les vétements impeccables lorsqu'il l'avait vu descendre l'escalier maintenant sales et dépenaillés. Il jeta un oeil sur son pyjama rayé et ses chaussettes Bonne Nuitée Les Enfants et décida qu'il pouvait décemment utiliser le registre de voix Greg sans trop se ridiculiser...

- Voulez vous en parler mon petit...

Tonio faillit recracher sa gorgée par le nez en levant la tête et voyant la posture mi-inquisitrice, mi-relaxée de son curieux voisin en pyjama grotesque et réussit à articuler entre deux toux.

- Hum..Keuf...Non ça...Kof kof!! Ira... Kof!

Albert fronça les sourcils. Greg pouvait tirer n'importe quelles confessions de n'importe qui avec sa voix... Il n'avait jamais imaginé que le costume parfaitement coupé de l'acteur pouvait y être pour quelque chose. Il se sentait d'humeur à écouter ce soir. Il voulait que le jeune homme blond reste encore un peu. Il ne savait pas vraiment pourquoi mais il sentait que quelque part...

Oui, quelque part, ils se ressemblaient...

- Je... Hum... regarde la série le soir...Et Greg...C'est le psychiatre et... Enfin... Hum...Je pensais que c'était... le meilleur pour...hum...vous permettre de... parler...

Tonio le regarda à nouveaux. Le brun se grattait la tête, semblant géné, un petit peu rouge aux pomettes. Le blond se radoucit. Aussi bizarre qu'il fut, ce type essayait d'être sympa et c'était la chose la plus gentille qu'on lui ait proposé depuis longtemps.

- Bah, j'me suis fait jeter par mon copain... Voilà...

Il eut un petit rire faiblard.

- Aussi pathétique et insignifiant que ça...

Tonio sentit les larmes remonter et baissa furieusement la tête. Au diable, la honte!! Il avait besoin de parler à quelqu'un qui ne fumerait pas une clope en lâchant un "j'te l'avais bien dis, p'tit con".

- On se voyait depuis deux mois... D'internet... Il avait l'air de me...comprendre... Je suis... une fille dans un corps de mec... mais sans pour autant être totalement "fille", tu..vous voyez? Enfin, bref... Il avait dit qu'il me trouvait chouette de m'afficher comme je le faisais, que j'étais interressant et mignon et... Ce soir j'avais enfin décidé de le rencontrer et..J'imaginais...

Il renifla et quelques lames glissèrent sous la barrière des paupières.

- Je croyais... que... Je comptais... coucher avec... Non...faire l'amour... Et... Il voulait... Il avait amené des amis à lui... Ce salaud!!!

Il écrasa son poing sur la table, renversant l'un des verres et la bouteille mais ne s'en rendant même pas compte à travers le voile de ses pleurs.

- Ils..avaient des caméras et... Ils voulaient un show... J'étais...si... déçu... Tellement...

Un hoquet lui secoua tout le corps et il enfouit sa tête dans les mains, trempant ses manches de menthe à l'eau, tremblant sous la violence de ses sanglots.

- Je suis... Trop..nul...Personne...peut...vouloir...d'un...de quelqu'un...d'une sale...tapette pathétique...minable!!

Albert ne savait trop que faire; il avait écouté, mais le blond pleurait encore plus fort, semblait encore plus malheureux...Pas comme les larmes libératrices de Phyllis dans les bras de Greg dans l'épisode d'avant-hier... D'ailleurs le mascara de Phyllis ne dégoulinait pas... Et Albert doutait que son voisin apprécie particulièrement qu'il l'écrase dans une étreinte virile... Il ne se faisait aucunes illusions sur le fait que le relief de ses côtes ne pourrait procurer le même réconfort que la sensation des pecteraux et abdos d'aciers de Greg...

- ...Je... Je vais m'asseoir sur un banc...Toute la journée...

Il fit une pause, fronça les sourcils et reprit.

- Je ne fais rien de plus...que regarder... Parfois je mange... mais sinon je regarde... Et ce que je vois c'est que...tout le monde...enfin personne ne se soucie de moi... Ils passent... et ils rient...et ils se moquent des autres... mais jamais de moi...C'est comme si j'étais derrière une vitre; celles qui permettent de voir d'un seul côté en cachant l'autre... et que je regardais le monde marcher sans moi... C'est...

Il soupira, ne sachant pas vraiment comment décrire ses sentiments.

- Dans les sitcoms... Ils s'interressent tous les uns aux autres...Même les figurants...ne sont jamais seuls...toujours en train de passer en groupe en rigolant et...jamais seuls... Alors moi... quand je vais dehors... c'est toujours en pensant que... même si je suis un figurant... on me remarquerait peut-être un jour...

Il but une gorgée de menthe à l'eau, redressa le verre et ramassa la bouteille en la faisant rouler avec son pied jusque dans sa main.

- Mais ça n'arrive pas... Je reste... invisible...

Tonio leva la tête de se mains et toussa encore ce petit rire étranglé.

- C'est un moyen de me dire qu'il y a plus pitoyable que moi?

- Je pensais... que ça vous aiderait à ...relativiser...

Le blond aurait pu faire beaucoup de choses; hurler que sa douleur ne pouvait être comprise, arguer que chacun voit son lot de peine avec un regard différent, pleurer qu'une déception amoureuse est pire qu'un vague sentiment de solitude... Mais il n'en fit rien. Parce que ce type n'avait pas parlé pour lui signifier d'arrêter de chialer comme un bébé et qu'il y avait pire ailleurs; il avait révélé à quel point il savait sa vie minable simplement pour le faire se sentir mieux. Sans arrières-pensées.

- Hey... On est voisins mais je connaîs pas ton prénom...

- Je ne connaîs pas le vôt... Le tien non plus...

- Moi c'est Tonio! Enfin, Charles-Anthony mais je ne répond plus à ce patronyme depuis longtemps... Depuis mon coming-out... Wow, ça fait déjà un bail, dis-donc! Et toi?

- Albert... Et...Eh bien, Albert...

Tonio tendit la main par-dessus la table, souriant.

- Enchanté!

Albert la lui serra avec un vague sourire un peu géné.

- Hum... Moi de même cher ami...

Le rire de Tonio lui fit si chaud au coeur qu'il ne regretta pas du tout d'avoir moqué le superbe Greg.


Ils discutèrent toute la nuit et se quittèrent le lendemain matin, les yeux rouges et un sourire vulnérable aux lèvres.

Ils commencèrent alors à se dire bonjour en se croisant dans l'escalier puis Tonio trouva le courage d'inviter Albert manger quelque chose alors que sa colocataire Angelica était absente. Le brun était étrange, avec des tendances maniaques déconcertantes et des remarques incongrues. Mais Tonio aimait bien ce côté décalé.

Après tout, il avait plus de produits de beauté qu'Angélica, cela ne faisait-il pas de lui un type aussi bizarre?

Un jour, Albert l'emmena s'asseoir sur son banc. Côte à côte sans parler, ils avaient eu droit à quelques coups d'oeils curieux, mais toujours dirigés vers Tonio.

Et pour une fois Albert réussit à en rire sans être trop submergé par l'amertume.

Ils partagèrent la bouteille d'eau citronnée et mangèrent la salade, une bouchée chacuns.

Plus tard, devant le sitcom qu'ils avaient prit l'habitude de regarder à deux, Albert laissa échapper une imitation puis en rougit jusqu'aux oreilles. Et Tonio, en trouvant ça adorable, se dit qu'il avait replongé.

Tonio aimait les hommes dégageant une impression de puissance et dotés d'un charisme capable de faire tourner la tête à toute une salle de personnes pourtant gâtées par la nature. Il aimait les sourires carnassiers et les étreintes viriles, les regards brûlants et les tenues sur mesures.

Il ne s'imaginait certainement pas succomber à un grand gringalet fagoté comme l'as de pique, invisible socialement parlant et dont la seule distraction était d'imiter les doublures d'un sitcom de dernière zone...

Albert avait pleins de manies bizarres, comme monter les marches de façon symétrique, veiller à ce qu'il y ait la même proportion de carottes, de dès de fromage et de pamplemousse sur sa fourchette avant de l'enfourner et macher vingt-cinq fois exactement avant d'avaler. Il avait aussi cette curieuse habitude de coordonner ses chemises avec ses lunettes. Il parlait peu et quand il le faisait, ne pouvait s'empêcher d'adopter un autre ton que le sien.

Ce n'était que quand il sentait la situation grave qu'il retrouvait sa voix, ce qu rendait ses paroles de consolations ou ses confessions entrecoupées de soupirs génés que plus précieuses.

Tonio aimait entendre ce ton hésitant un peu rocailleux. Il avait l'impression d'être assez important pour pénétrer dans l'antre intime d'Albert.

De son côté, le brun, bien que d'abord inquiet de voir la place grandissante que Tonio prennait dans sa vie, s'était aperçu qu'il ne voyait plus ses journées sans une apparition parfumée, maquillée et souriant largement. Sa salle de bain commençait à être envahie de produits de beauté et ça lui procurait un réconfort étrange. Sentir l'odeur des lotions et les tâches de mascara et de fond de teint sur ses serviettes ne le dérangeait pas...

Albert avait l'impression d'être en vie...

Leur premier baiser fut... à leur image... Tonio avait trop mit de gloss et ses lèvres avaient dérapé sur le menton mal rasé d'Albert, qui était tombé sous la surprise, ne s'attendant pas, en se retournant pour donner la réplique à Phyllis, souriant au blond, de se retrouver avec une paire de lèvres luisantes sur les siennes. Après s'être confondu en excuses et avoir massé le pauvre pied abusé par une bouteille pleine d'eau citronnée d'un Tonio mortifié, il avait enfin réussit à le regarder dans les yeux...

Et ils avaient éclatés de rire.

Ils eurent du mal, mais finirent par échanger des baisers naturellement, Tonio montrant à Albert comment ne pas obligatoirement lui macher les lèvres et lui baver dessus et Albert se faisant entendre sur la nécessité de mettre une dose limite de gloss.

Ils parlèrent, expérimentèrent, apprirent ensemble.

Leurs goûts n'étaient pas les mêmes, mais ils avaient trouvés ce dont ils avaient besoin l'un chez l'autre. Tonio, une oreille attentive et sans jugements et Albert, une personne pour laquelle il existait plus que les autres.

Il y avait toujours la folasse et le type invisible aux manies bizarres aux yeux des autres.

Mais pour eux ils étaient Tonio et Albert.

Et finalement, c'était ce qui était important, non?

FIN!

J'avais soumis cette fic à un concour, "les Indraguables" sur un site yaoi ( ju-san). Elle n'a pas été retenue mais comme je la trouve sympa, j'en fais profiter!

En espérant que vous avez apprécié!(me rattrape un peu pour ce que je fais endurer à Chris et Jack dans les autres fics,lol)



Return to Top