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Chapitre1:
J'allume l'ordinateur. Je croise les mains derrière la tête et attends. Mon esprit vagabonde. Ça rame. Ce n'est pas normal. Pouf! Il s'éteint tout seul. J'ai un pinscher 4. C'est à n'y rien comprendre! Tant pis, j'irai continuer mon projet à mon cours d'informatique. Lasse, je me lève et vais me chercher un stylo et une feuille blanche. Je dessine, je m'ennuie : ma vie est plate. Une suite de jours identiques qui s'enchaînent l'un après l'autre. J'en ai marre. Je crois que je vais devenir folle enfermée entre les 4 murs. J'enfile mon manteau d'hiver et mon pantalon de neige. Il fait très froid dehors. Je marche et écoute le silence. Mes bottes laissent des traces sur le duvet de poudrerie. Je fais le vide. J'oublie mon père exilé en France, las de ma pleurnicheuse de mère. Ses yeux pleins de supplications muettes, la façon qu'elle avait de nous regarder et de s'accrocher, s'accrocher à nous étouffer. Il est parti; elle est restée. Elle se lamente de plus belle; il vit sa vie. Aux dernières nouvelles, il aurait une famille à lui. Je suis contente de le voir heureux, seulement, je ne fait pas parti du tableau. " Tu sais, la fille de la putain... ", Très peu pour moi! Je ne voudrais pas faire tâche sur son beau tableau tout neuf, étant le fruit de probablement la plus grosse connerie qu'il ait faite de toute sa vie. Donc, je suis une erreur et je dois rester dans l'ombre. Mais j'ai l'habitude, je ne pourrais m'imaginer autrement.
Je m'arrête au pied d'un lampadaire. Je reste dans le faisceau de la lumière crue. Je rêve... Mon père, ma mère. Ils se sont réconciliés. Ma mère a trouvé un emploi, elle est enseignante; j'ai un petit frère. Mon père n'as pas changé, il est le même que quand j'étais enfant. D'ailleurs, je n'ai plus 14 ans, j'en ai 5. C'est la nuit. Papa me raconte une histoire, mes yeux se ferment tout seul. Et puis je n'ai plus 5 ans, j'en ai de nouveau 14.
Je suis revenue à la réalité malgré moi. Plus de bois qui crépite dans la cheminée, plus de grand-maman qui veille sur moi, plus de rires cristallins, que le froid glacial qui s'est glissé de façon sournoise sous mes vêtements. Il fait noir tout à fait. La neige glacée me brûle les yeux quand j'avance. Soudain, je me fige. Je perçois une présence dans je ne sait quelle direction. Lentement, une forme se précise devant moi. Une tuque enfoncée sur la tête, un foulard monté sur le nez, bien au chaud dans son linge d'hiver, la silhouette avance. Je n'ai nulle part où aller; je reste plantée là. Je souri sous mon propre foulard : je dois encore rêver.
Je jurerais avoir vu ses yeux sourire aussi. Il se moque de moi! Et ses yeux... ils sont verts, magiques... je suis vraiment figée; dans ses yeux verts, je vois un monde dont je fais partie. L'envie me prend d'aller me réfugier là-bas, avec lui, qu'il me le dise que je ne rêve pas, qu'il me le dise que j'ai une place dans son monde. Dès cet instant, je le suivrais où qu'il aille.
Le bonhomme me fait signe de la main. Je le suis à travers la tempête de flocons. Nous déambulons dans les rues côte à côte. Nous n'échangeons aucun mot. Nos pas nous mènent dans un tunnel. Je ne connais pas la place. Nous pourrions parler, mais pourquoi parler quand nos yeux seuls se disent tout? Il m'arrête de sa main, s'avance jusqu'à ne plus être visible. J'entends un bruit de ferraille; j'entends ses pas se rapprocher. Il a enlevé ses mitaines. Je ne sais pas s'il a enlevé le reste, il fait trop sombre ici. Il me prend la main. La sienne est toute chaude dans la mienne. Il ne m'accompagne pas plus loin que la moitié du tunnel. Je vois dans ses yeux qu'il est temps pour moi de partir. Je sais profondément qu'on se reverra. Un jour.
J'ai cherché le chemin du retour un bon moment. Après quelques essais, je me retrouve dans la bonne direction à suivre. J'arrive à la maison. J'enlève mes bottes et mets mes chaussures quand j'entends la porte s'ouvrir à grande volée. Ma mère. Elle me sourit stupidement. Elle empeste l'alcool et une effroyable odeur méconnaissable. Enfin, disons que je ne veux même pas m'imaginer d'où ça vient ni ce que c'est. Elle vient se coller à moi! Pouah! Je la repousse aussitôt. Vite comme l'éclair, je me précipite dans ma chambre au sous-sol. Je l'entends d'ici m'insulter. Je ne veux rien entendre! Fébrile, je cherche mes écouteurs. Mon MP3 en main, je monte le volume au maximum. Je sais qu'elle est partie se réfugier dans sa chambre, déjà dans les vapes. Et au réveil, elle fondra en pleur. Et elle recommencera à se défoncer comme ça. Mais moi, qu'est-ce que j'y peux? Rien. J'enlève un écouteur, puis deux. Le calme plat. Elle dort : bon débarras. Je me lève et approche doucement du miroir. Je ne suis pas belle. Ils ont beau dire que je suis sexy ou carrément jolie, je sais que je suis laide par en dedans. (Soupir) Je me glisse entre mes draps et ferme la lumière. Je cesse de me torturer l'esprit. Comme on le dit si bien : la nuit porte conseil.
Chapitre 2:
On est lundi. J'entendrais presque les oiseaux chanter. J'ouvre les yeux en grand. Il fait sombre. (Soupir) Une hallucination. Zombie, je me traîne pour aller faire ce que j'ai à faire. J'arrive à l'arrêt 15 minutes en retard. Inutile de dire que le bus a déjà fait sa tournée. Bon. Reste la marche. La neige a commencé à fondre incroyablement vite pour un mois de Mai. Déjà, de véritables étangs se forment dans les fossés. De minces filets d'eau parcourent le long du trottoir. Je presse le pas. Je n'aime pas le printemps. Quand j'arrive en classe, la cloche sonne pile. Cours de math, sans intérêt. Je dessine. Ses yeux émeraude. Je n'arrête pas de repenser à l'instant où ils se posèrent sur moi. Je rêve...
J'imagine qu'il avance vers moi. Il a troqué son manteau d'hiver pour un manteau plus léger; pour le temps qu'il fait. Les mains dans les poches, habillé en noir de la tête aux pieds, il a les yeux rieurs. Il sait que ça me démange de lui retirer son foulard. Pour sa tuque enfilée sur sa casquette, il doit s'imaginer que ce ne serait pas une mince affaire de les lui retirer. Il n'a pas tort, j'ai un foulard beige et un béret noir. Mon long imperméable est rouge, idem pour mes bottes. Autour de nous, le parterre est parsemé de fleurs. Un coup sec sur mon bureau me ramène à la réalité. La prof n'apprécie pas autant que moi mes petites escapades. Heureusement, la cloche sonne à l'instant, me dispensant de reproches. Je me rue vers la sortie. Au plus vite sortir d'ici.
Aux cases, c'est comme d'habitude. Elles parlent de beaux mecs aperçus 2 secondes dans une rue, entr-apperçus à une fenêtre, dévorés des yeux pendant tout un cours, des kiffes sans intérêt... je les écoute, mais mon esprit vagabonde ailleurs. Si elles savaient... évidement, je ne mentionne pas une fois durant leurs monologues mon bonhomme de neige à qui je pense sans arrêt depuis maintenant 3 mois. De toute façon, elles ne comprendraient pas.
Une fois de plus, je fais un détour vers le lampadaire. C'est devenu une habitude. Il n'y a pas grand monde et c'est étrangement calme... trop calme. Soudain, j'entends des clapotis douteux au loin et bientôt, une forme se dessine dans l'horizon. Un chien noir au poil lustré se rue dans ma direction! Je n'ai pas le temps de me déplacer sur le côté, l'animal bondit sur moi, manquant de me renverser à terre. Il me lèche le visage. Mon linge est fichu! Mais le linge peut bien attendre! Il semble si heureux de me revoir! Me revoir? Je n'ai jamais vu ce chien! Il me semble... brusquement, la bête s'immobilise. Son regard semble me fixer dans les yeux. Je me fige à mon tour. Ces yeux, ils sont verts! Vert émeraude... Je me penche, toujours son regard fixé aux mien. Il sait que je sais. Waf! Waf! Il recommence à agiter sa queue et reprend l'apparence d'un ordinaire canidé. Comme pour me persuader que j'ai bien rêvé, ses yeux sont redevenus noirs. Ai-je rêvé? C'était si réel...
J'ai mangé un bol de soupe ce soir. En revenant à la maison, mon imperméable tout taché, j'ai eu la surprise de voir ma mère attablée à la table du salon. Elle m'attendait de pied ferme. En me servant ma maigre portion, je sentais son regard de rapace sur ma nuque. Je redoutais qu'elle m'annonce quelques mauvaises nouvelles. Mais il n'en était rien. J'ai fini mon bol de soupe dans la cuisine et j'ai filé dans ma chambre, morte de trouille. J'ai attrapé le téléphone au passage et j'ai composé le numéro de téléphone de ma meilleure amie. J'avais peur de ma propre mère. Mais pas de Laurie. Je pouvais tout dire à Laurie. Elle habite chez son père, qui fume et qui est alcoolique. Il est sympa avec moi, mais je sais que dès que je m'en vais, il la frappe et lui crie après sans arrêt pour un oui ou pour un non. Je le sais, elle me l'a dit, elle m'a montré ses bleus. Reste que ma présence ne peut que l'arranger. Je file en douce par la fenêtre de ma chambre. En courrant pour m'éloigner au plus vite, je pense que j'aurais probablement passé un sale quart d'heure et que de nouveau bleus se seraient ajoutés à ma collection déjà bien fournie. Les miens, on ne peut pas les voir; ils s'impriment directement dans mon cœur et ne cicatriseront jamais.
Elle m'ouvre la porte en grand et m'invite à entrer. Son maquillage est épais, récemment appliqué. Je devine que son père a encore levé la main sur elle, mais je ne dis rien. L'atmosphère est tendue. Vite, elle me prie de la suivre jusqu'à sa chambre. J'ai envie de la prendre dans mes bras et de lui dire de ne pas s'en faire, lui dire de se laisser aller, que sa ça va passer, mais le temps n'est pas aux belles démonstrations d'amitiés. Pas encore. Elle claque la porte derrière elle et s'effondre en larmes. Je m'approche et lui murmure des mots réconfortants, comme je ne m'aurais jamais crue capable. Ça me fait une drôle l'impression, elle est toute tremblante et fragile à côté de moi. Finalement, elle ferme les yeux et je la sens plus posée, en état second. Doucement, je la couche sur le lit, me change rapidement pour éteindre la lumière. À mon tour, je ferme les yeux. Je peux dormir tranquille.
Chapitre 3:
Je prends un taxi pour revenir chez moi. C'est l'été et il fait sombre, le soleil s'est couché il n'y a pas longtemps. Derrière mes verres fumés, il y a quelques silhouettes qui déambulent dans les rues, seules ou en groupe. Je détourne le regard, leur vue me rend mal à l'aise. Je fais signe au chauffeur d'arrêter, nous sommes arrivés. Distraitement, je sors une liasse de billets que je lui tends. Sans demander son reste, il revient sur ses pas, me laissant seule dans la nuit, devant ma sombre maison. Je sais que ma mère est encore sortie. Elle reviendra bourrée, mais je serai déjà dans ma chambre, à l'abri. Je n'avais pas à m'inquiéter pour cette fois.
Mon attention fut détournée vers la clôture de bois qui délimitait le périmètre de notre maison. Deux lumières vertes brillaient à proximité. Et je savais à qui ils elles appartenaient. Accoudé à la petite clôture qui délimite le terrain de ma cour, le bonhomme de neige m'observe.
Depuis combien de temps était-il là? Je ne saurais le dire. Je détourne la tête d'un coup sec, mais en regardant à nouveau dans sa direction, je m'aperçois qu'il n'a pas bougé d'un millimètre. Il se redresse d'un mouvement souple et s'avance vers moi, le visage dans l'ombre. Quand il n'est plus qu'à quelques mètres de moi, il me regarde à nouveau. Pour la première fois, je peux voir sa tête au complet. Ses cheveux noirs en bataille brillent sous la lueur du lampadaire et ses yeux vert émeraude étincellent d'éclats. Mais cette forme du visage... bizarre. Ovale, avec le menton légèrement pointu et ce nez bien dessiné, presque... presque... Soudain, je me fige, la bouche grande ouverte, incapable de prononcer un son. C'est une fille! En voyant mon air paniqué, elle éclate de rire. Une douce mélodie qui me trouble profondément. Elle s'approche plus près, je n'ose plus bouger d'un millimètre. Elle a perdu son sourire, son regard est redevenu sérieux. Ma respiration s'accélère, ses yeux verts, si beaux, m'hypnotisent. J'ai froid; j'ai chaud. Elle me prend par la taille et imprime d'un geste un baiser sur mes lèvres. Je n'ai plus peur. Je ferme les yeux et entrouvre la bouche. Nos langues se rencontrent; nos yeux se ferment. J'enlace son cou brûlant et resserre mon étreinte. Si un passant venait à nous voir, il pourrait jurer voir deux amoureux. Elle ressemble tant à un mec...
"- Mon nom est Matt, chuchota-elle à mon oreille. "
Avant que je ne puisse l'en empêcher, elle se retourna et disparu au coin de la rue. Je me mis à rire de tout mon saoul. Je pleurais et riait riais en même temps. Merci dieu. Et je me remettais à rire encore plus fort. Je ne crois en rien.
Chapitre 4:
"-Maman, tu sais pourquoi je suis rentrée si tôt ce matin? Je suis allée voir une amie et on a b... toute la nuit.
(Aucune réaction.)
-Ta fille est une putain de g...!
(Toujours rien de sa part.)
-Va te faire f..."
Je descendis les marches avec fureur. Un jour, il faudra la secouer. Mais ça ne sera pas moi qui m'en chargerais. J'en ai déjà assez avec mes problèmes. Déjà, j'avais de la difficulté à tenir mon crayon dans ma main sans trembler. Mais en dessinant, j'avais empiré mon humeur. N'y tenant plus, je bondis de ma chaise et renversa mon bureau, folle de rage. Je tambourinais sur le mur comme si ça pouvait lui faire mal. Les mains rouges de sang, je m'effondrai au sol. Et pleurai. Ce n'était pas de ma faute si j'avais une mère si instable. Péniblement, je me relevai. D'un geste instinctif, je me recroquevillai sur le lit comme un animal en cage. J'étais seule, si seule... Toc. Une pierre fit un bruit en tombant sur la fenêtre. Je me redressai, aux aguets. Furtivement, j'essuyai une larme sur le coin de mon œil. Je ne voulais pas qu'elle me voit dans cet état! Trop tard, la vitre avait déjà été abaissée. Deux yeux verts scrutèrent les environs. Et elle me vit. Sans un mot, elle se faufila à l'intérieur.
"-Chut, murmura-t-elle."
Elle avançait toujours dans ma direction. J'avais levé la tête et elle pu voir une larme perler au coin de mon œil. S'asseyant à mes côtés, elle se mit à fredonner une chanson. Je ne pleure plus, ma tristesse s'est volatilisée avec le reste, instantanément. Elle fixe un point à l'horizon, droit devant. Les yeux dans le vague, je me laisse emporter par sa voix mélodieuse très loin d'ici. J'ai quitté le monde matériel pour entrer dans le sien. Je ne sais pas combien de temps on passe ainsi, mais la chanson touche à sa fin. Elle me prend dans ses bras et je ferme les yeux. Tranquillement, je m'endors. Cette nuit, je rêverais de milles sans s arc-en-ciel et de magie. Toutes les nuits.
FIN