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C'est celui qui l'dit...
Le réveil sonna avec sa barbarie habituelle, et mon poing s'abattit dessus avec la délicatesse qui me caractérise dans ce genre de cas. Je mis bien deux minutes à ouvrir mes paupières collées par le sel, le manque de motivation n'aidant pas... Je revenais d'une nuit dehors, une nuit d'alcools et de lumières, de peaux nues et de murmures... Une nuit à en haïr le matin et sa pâleur crue, agressive. J'avais quitté en hâte la douceur d'un homme pour rejoindre mon lit quelques courtes heures, avant de retrouver le bâtiment gris et argent, bétonné et vitré, qui abritait mon ordinateur professionnel, mes collègues, tout ce qui constituait ma vie sociale, quotidienne, banale. L'eau froide de la douche et le demi litre de café avalé avant de m'engouffrer dans le métro étaient de première nécessité pour ne pas faire demi tour devant la porte du bureau que je partageais avec deux individus aussi gris que le gratte ciel que je gravissai en ascenseur aseptisé, pressurisé, dans lequel flottait une odeur de propre, d'artificiel, le tout bercé dans une musique pop commerciale, calibrée en fond sonore.
La pile de dossiers sur mon bureau, et plus encore les visages lisses et identiques des hommes et des femmes qui hantaient les couloirs et les pièces de ces étages eurent raison du peu de sérieux qui me restait. Aux prises avec un désespoir quasi total, je tournai les talons et me dirigeai vers la machine à café, afin de doubler la dose de caféine dans mes veines. J'étais même tenté d'aller fumer sur le balcon, mais l'odeur des clopes m'aurait par trop rappelé les cinq dernières nuits... Déjà... Depuis vendredi dernier, depuis cette foutue rencontre... A peine me revenait en mémoire le déhanchement léger de la silhouette qui n'avait pas quitté mes pensées en cinq jours, qu'une voix se fit entendre, s'adressant à moi à en juger par son volume sonore.
« Christian !? Tu sembles épuisé ! »
Je ne levai même pas les yeux sur le énième clone jeune du patron qui venait d'apparaître. Concentré sur mon gobelet de plastique où stagnait un liquide vaguement noir, je reconnus le rythme de ses pas, l'odeur fade de son after-shave. Ce mec puait l'hétéro à 100 mètres, attirant les regards de toutes les secrétaires qui l'espéraient bientôt patron, ayant l'appui de toute sa hiérarchie comme leur « meilleur élément, un jeune cadre dynamique et plein d'avenir». Et il avait tout pour le devenir, enthousiaste au boulot, toujours souriant, promis à un poste élevé malgré son jeune âge. Pour ma part je l'avais toujours trouvé un peu "too much" dans sa façon d'être ; il avait trop des qualités requises par son archétype pour ne pas y ajouter l'hypocrisie, à laquelle je répondais par une tentative peu convaincue.
« Quel plaisir de te revoir, Lucas... »
Mon sourire sonnait sans doute aussi faux que ma joie de le voir. D'autant plus qu'il venait de couper court à un souvenir nocturne, certes aussi agréable que frustrant, mais il n'empêche que ces images étaient seules à posséder la force de me faire rester ici maintenant... A part peut-être ce satané salaire, nécessaire à mes plaisirs et besoins.
« Tu es sûr que ça va ? Tu es vraiment pâle... Mal dormi peut-être ? »
Si je ne le connaissais pas j'aurais cru qu'il ironisait... Mais venant de sa part, c'eut été invraisemblable. Je sentis sa main se poser sur mon épaule, émanant une chaleur qui aurait calmé mes tensions, assoupli mes muscles crispés, si ce n'avait pas été lui, avec sa voix insupportablement persiflante et son air sûr de lui. Je me dégageai d'un mouvement, reculai d'un pas afin de m'appuyer contre le mur du couloir, et lui lançai un regard où la politesse forcée masquait bien mal l'agacement.
« Ne t'en fais pas pour moi, tout va bien. »
J'avais détaché les mots bien distinctement, comme si je m'adressais à un môme attardé, et les fis suivre d'un sourire clairement destiné à couper court à une possible conversation. De toute façon, je n'avais toujours que monologué, face à lui comme aux autres, déçu des mots qu'ils employaient professionnellement. Ça m'apprendra à bosser dans le marketing.
« Je comptais d'ailleurs retourner dans mon bureau. Un paquet de dossiers m'attend... »
Si avec ça le boulet ne capte pas que... Mais voilà que Lucas m'attrape le bras, ancrant ses doigts au creux de mon coude. Un spasme parcourut mes muscles, il s'en fallut de peu pour que je ne lui envoie pas une claque. Je me rendis compte à temps que j'étais à cran et, qu'à part d'être complètement straight, aussi hétéro que rigide, je ne pouvais rien lui reprocher. Je fermai les yeux, inspirai une fois (il ôta sa main, lentement, mais il l'ôta), deux fois (il recula, avec un mot d'excuse), trois fois (il se prit un café à la machine) et m'apaisai enfin un peu. Je fis un vague geste des mains qui pouvait tout autant signifier « bonne journée » que « va te faire f.. », et rejoignit mon bureau en tentant d'ignorer toute autre personne que moi dans cette pièce.
Le bruit régulier, monotone, des claviers tapotés en rythme rapide était presque hypnotique, et les dossiers sur lesquels je bossais trop banals pour nécessiter une importante concentration. Aussi mon esprit avait-il bien trop de disponibilité à mon goût... Et resurgirent vite de ma mémoire les images aussi haïes qu'adorées, les souvenirs de sensations intenses et brutales, la présence presque palpable de cet inconnu... Mais à force de le fréquenter toutes les nuits, de passer mes journées perdu dans le regret et l'attente, j'en arrivais à en savoir beaucoup, pour un étranger... Entre mille j'aurais reconnu son corps, sa façon de marcher, de murmurer sensuellement, avec un indicible sourire... A force de fixer la foule qui dansait, de le chercher au milieu de la masse, de le regarder, incapable de résister aux lèvres qui apparaissaient si douces dans la quasi pénombre... Quand l'odeur de sa peau emplissait ma bouche sèche, que son corps collé à moi ondulait lascivement, alors il n'était plus rien de réel que ces minutes, ces moments où je ne savais parler, même pour dire les mots qui l'auraient retenu près de moi. Et, inévitablement, la fin de la soirée nous séparait, il avait glissé de mes bras avant que je n'envisage son absence, et je me laissais aller à un autre corps, d'autres mains, qui m'emportaient pour la nuit, sans que ma mémoire n'en garde trace... Il n'y en avait qu'un qui pouvait ainsi régenter mes journées...
« Bonjour Noémie ! Bonjour Liza ! Comment allez vous aujourd'hui ? »
...pourquoi ? Pourquoi fallait-il que, depuis le début de la semaine, Lucas trouve chaque jour plus d'excuses pour venir ? Monsieur le responsable des relations humaines n'avait absolument RIEN à faire avec le département « mode et design ». Sans compter qu'il me déteste à cause de mon homosexualité, n'étant pas partisan du « Don't ask, don't tell ». D'accord, je bosse dans la mode et j'ai parfois des airs de pétasse, donc pas besoin de revendiquer ce dont tout le monde se doute... Mais tout de même ! Non content de me cataloguer, il me dévisage avec un tel air qu'il semble craindre de devenir gay par contagion, malgré son costard cravate de beauf parvenu et fier d'y être. Ce crétin obsédé par le boulot avait même osé m'appeler samedi et m'envoyer un mail dimanche, comme si j'avais le temps de bosser le week-end ! Surtout samedi matin... Après ma première rencontre avec... la bombe. La bête... la...
« Par contre toi, Christian, tu me sembles à peine plus réveillé qu'avant ton café matinal ! Allons, du nerf ! N'oublie pas que le dossier Dietrich arrive demain... Nous aurons besoin de t'avoir en pleine forme pour...
- Oui Lucas, merci de te préoccuper de ma santé. Peut-on savoir ce qui t'amène ici ? »
Ce mec allait me rendre dingue.
Une partie de moi se mit à hurler que c'était inenvisageable, que j'avais plein de choses à faire ces prochaines nuits, entre autres draguer l'individu dangereusement sexy qui me glissait entre les doigts depuis déjà cinq nuits. De crainte de retomber dans les fantasmes qui embrumaient ma conscience, je rouvrit mes yeux mi-clos et fixai l'intrus qui avait continué, un sourire éclatant révélant ses dents blanches. Y a pas que les produits de nos clients qu'il essaye de vendre...
« Mais, comme tu le dis si bien, je m'inquiétais de ta santé... N'aurais-tu pas besoin d'une journée de repos ?..
- Je te répète que je vais très bien.
- Je n'insisterai pas. Mais soigne toi, je préfère te faire savoir que le patron a besoin d'un équipe en forme et aura de la peine à tolérer un élément aussi performant que toi en mauvais état...
- C'est gentil de ta part. »
...à part que là j'étais en plein fantasme et tu as tout cassé ! Enfin bon... Noémie (ou Liza, pour ce que j'étais attentif...) a embrayé la conversation avec un grand plaisir, et a tenu avec Lucas un dialogue passionné auquel il répondait avec son amabilité habituelle, poli et flatteur, à peine distant. Comment peuvent-elles toutes flasher sur un tel poseur... A force de se donner un genre, il doit lui arriver de garder son masque le week-end. Je cessai de faire ma salope en le regardant sortir. Beau cul... Pas autant que celui de l'autre danseur mais... Tandis que mon esprit entamait une comparaison dans les règles et sans habit de l'imbécile que j'avais sous le nez et de la bombasse que j'avais dans la tête, j'entrepris de baisser les yeux sur mon travail. Au moins, personne ne verrait la moindre lueur de concupiscence dans mon regard.
J'achevai la journée avec difficulté, le peu d'heures de repos que me laissaient mes courtes nuits ayant une influence directe sur mon désir de sommeil la journée... En temps normal, je carburais au café-clope, mais un vent d'inspiration soufflait sur mes songes, et je devais lutter pour ne pas souhaiter retrouver à l'instant, même dans un simple rêve, le jeune homme qui m'attendrait au Fallen Angels le soir même, toujours aussi souple, dansant, toujours aussi bandant... Là où les excitants classiques échouaient, seul l'espoir de le retrouver me maintenait en éveil, mais au prix d'un désintéressement complet de mon travail, par ailleurs tout à fait ennuyeux comparé à l'intensité de ces nuits... Je n'avais jamais plus qu'en cette semaine compris la phrase « mes nuits sont plus belles que vos jours »...
C'est donc avec un enthousiasme non dissimulé que je traversai les bureaux, sous le regard curieusement moqueur de Lucas. Mais peu m'importait maintenant, le soir allait tomber, et avec lui la promesse de revoir l'homme qui m'avait ensorcelé... Je rentrai chez moi aussi vite que me le permit le métro, retrouvant avec affliction mon studio dont le désordre témoignait de mon rythme de vie ces derniers temps... J'ôtai la chemise et le pantalon de lin que je portais au bureau, les déposant sur une chaise en reportant à plus tard un rangement plus soigneux. Là, je n'avais pas le temps. Juste besoin d'une bonne douche, de fringues propres, et d'une heure de sommeil ou deux avant de repartir dans les rues, à pied, jusqu'à la discothèque où j'irai me perdre, une fois de plus, entre les bras d'autres en regardant un garçon dont j'ignorais jusqu'au nom... Enfin, chaque chose en son temps...
J'étais trop fatigué pour profiter pleinement de la fraîcheur de l'eau sur mon corps brisé par les excès, les yeux mi clos pour supporter la lumière encore trop vive de cette fin de journée, les épaules encore crispées d'avoir dû soutenir le poids de ma tête lourde de lassitude... Je pris alors conscience que cela avait trop duré, et que je ne tiendrai pas deux jours de plus... Il fallait que je mette un terme à cette chasse surréaliste, à ce jeu aussi pervers que frustrant et ce, dès ce soir. Armé de cette bonne résolution, je coupai l'eau et tendis le bras pour m'emparer du peignoir qui pendait à coté de la cabine de douche. La fenêtre ouverte laissait largement entrer l'air qui fraîchissait, Ma peau se hérissa soudainement, les nerfs à vifs réagissant sans concession aux agressions, même minimes. Nous étions au mois d'août, mais la chaleur de l'été semblait définitivement remise à l'année prochaine dans la ville grise et frissonnante. Jeudi soir... Encore une journée et demie de travail avant le week-end bien mérité ; dès samedi midi, je serai libre de dormir tout mon saoul... Et adieu cette obsession aveugle pour un allumeur comme on en trouve des centaines à la capitale. Juste ce soir, juste pour en finir...
Allongé sur mon lit, je regardai le plafond en laissant l'air sécher mon corps. Les gouttelettes s'évaporaient comme sous un léger vent, mes muscles endoloris profitaient pleinement de ce court moment de répit, et pendant un moment je songeai à rester là ce soir, à dormir comme je devrais le faire au lieu de sortir... Cette addiction était plus que stupide, et je le savais. Mais c'était elle qui réchauffait peu à peu ma peau nue, faisait affluer le sang dans tout mon corps avec cet entrain qui me maintenait éveillé malgré les heures de veille... Et c'était encore elle qui allait me faire tourner en rond dans la pièce principale de mon appartement, incapable de m'apaiser en sachant quelle soirée de folie m'attendait... J'aurais pu aller boire un verre au club en attendant qu'ils ouvrent la grande salle servant de discothèque, mais je savais que celui qui était devenu ma proie n'interviendrait qu'en milieu de soirée...
Pour tuer le temps, j'entrepris de trier mes fringues, cherchant ce que j'avais de plus sexy pour ce soir. Quitte à s'arrêter là, autant terminer en beauté, et tenter le tout pour le tout... Mon placard ne recelait aucune merveille, mais je restai tout de même indécis entre un pantalon de cuir, classe mais un peu "bitch", et un jean délavé de forme classique, mais qui soulignait à la perfection mes jambes et la fermeté musclée de mes arrières... Je finis par enfouir les deux, roulés en boule, au fond du placard, me souvenant que la bombasse n'avait pas semblé un instant sensible au corps que je lui exposais sous ses meilleures coutures... Après avoir retourné l'ensemble de ma garde robe sur le plancher, je pris un jean noir taille basse qui irait très bien avec mon boxer Calvin Klein, et un t-shirt sans manches moulant à motifs colorés, assez "queer" mais atténué par un blouson de cuir noir tout à fait adapté à la température ambiante...
Ces importantes questions résolues, il était à peine 21h, mais je ne me voyais pas passer les deux heures à venir dans le bordel de mon studio, maintenant encombré également d'une considérable masse d'habits en vrac... Je tournai les talons et la clé dans la serrure, me dirigeant vers les rues animées du centre. L'humeur était aux vacances, et j'étais assez décalé pour me sentir concerné malgré les 9h de travail qui m'attendaient le lendemain. Aussi me mêlai-je à la foule hétéroclite avec facilité et plaisir, heureux de me rappeler que tous les mecs de la terre ne ressemblaient pas à cet insupportable Lucas... Je croisai aux passages quelques-unes de mes anciennes conquêtes avec qui je bus un verre, et le début de soirée se passa agréablement, quoique plutôt bien arrosé... Mon état de jeûne aidant les successives bières à m'égayer de sorte que, en arrivant devant la boîte, j'avais retrouvé toute ma motivation; J'étais persuadé que rien ne me ferait plus de bien qu'une bonne soirée à danser et draguer, même si l'élu de mes fantasmes semblait tout à fait insensible à ce genre de méthode comme à celles des autres... A vrai dire je ne l'avais jamais vu rentrer accompagné...
J'entrai donc plus tôt qu'à mon habitude, et eu la surprise de constater que la boite était déjà bien remplie, surtout pour un jeudi. Quelques nouvelles têtes, beaucoup de connaissances, des habitués pour la plupart de ce club spécialisé et plus petit que la plupart des discothèques du quartier. Je saluai d'un signe de main les mecs qui me reconnaissaient et, posant ma veste au vestiaire, je me dirigeai immédiatement vers la piste de danse. J'avais un besoin dément de bouger mon corps, et la musique d'un boys-band remixée qui passait dans les enceintes était plus que tentante. Mon regard effleura les danseurs déjà présents, ne m'attendant pas à y trouver ma bombe qui ne se faisait pas remarquer avant 23h ; et en effet, aucune trace de lui. Je levai les bras, ondulant presque machinalement du bassin, à l'aise dans des vêtements assez souples pour laisser une certaine liberté à mon corps. Les lumières colorées flashaient, avec un effet presque stroboscopique qui étourdissait et ne permettait pas de distinguer les personnes les plus proches de soi. Aussi ne fus-je pas surpris de sentir soudainement un garçon dans mon dos, frôlant mes hanches de ses mains légères, pressant son bassin contre moi lorsque je me cambrais...
Ce qui m'intimida plus était son attitude aussi directe que respectueuse, car si des mecs se permettaient souvent plus que ces familiarités, leur but était clair et non suggéré. Seulement, mon partenaire semblait chercher là autre chose... Il adaptait ses mouvements aux miens, entrant dans la danse avec aisance, anticipant chacun de mes pas avec une spontanéité déconcertante. Il dansait comme s'il n'y avait que nous deux ici ce soir, comme s'il avait attendu cette nuit depuis toujours, comme s'il m'avait appris par coeur au cours de cette dernière semaine... Le doute n'était plus permis, et il intercepta le mouvement de rotation que j'esquissais d'un baiser sur la joue, au creux de la fossette.
« Moui... c'est moi... Continue... »
Quoi ? Cette bombe m'allumait depuis des soirs de loin, et tout d'un coup il me mettait le grappin dessus ? Le temps de me rétablir de l'effet de sa voix, troublée par le son élevé de la musique mais non moins sexy, j'attrapai l'une de ses mains qui caressait négligemment mon ventre. Il répondit en me serrant plus près de lui, jusqu'à ce que l'odeur de sa peau m'envahisse, faisant passer un frisson le long de mon dos. A moins que ce ne soit l'excitation... Je n'avais jamais réussi à l'approcher, et voilà qu'il me tenait fermement, comme s'il avait depuis le début décidé de tout, choisi chacun de mes mouvements d'attirance ou de recul, chacun de mes doutes... Je faillis le repousser, lui dire que ce jeu était trop pervers pour moi, mais ma bouche entrouverte ne laissa qu'entrer sa langue brûlante, avide...
Incapable de distinguer son visage dans la fumée épaisse des cigarettes, je m'enivrai du goût de sa bouche, cette acidité propre aux cigarettes qu'il utilisait et dont j'avais acheté un paquet, après l'avoir vu en sortir un identique de sa poche. Geste futile, au vu de ce qui se tramait ce soir, dans le lieu qui avait vu se créer tous mes fantasmes, et ce soir prendre chair... Je mordis ses lèvres avec reproche, de m'avoir si longtemps laissé dans la langueur de son corps, de ses bras, la bouche desséchée dans l'attente de sa salive, du parfum salé de sa peau douce... Longtemps, il dansa contre moi, frottant son corps au mien et l'excitant par touches aussi délicates qu'épuisantes. Plus il en donnait, plus il m'en fallait. Chaque caresse n'était qu'un pâle avant-goût du plaisir, chaque baiser qu'une mise en bouche, qui s'interrompait brusquement en me laissant sur une soif plus importante encore, dévorante. L'envie de lui se faisant de plus en plus forte, et il semblait prendre un malin plaisir à susciter un désir sans jamais le combler, jouissant de ma frustration.
Alors qu'une fois de plus il repoussait d'un doigt ferme mes lèvres tendues, j'en agrippai le bout, mordillant et léchant la phalange tout en cherchant à ancrer mon regard au sien, afin de lui faire comprendre combien je lui en voulais, et ce qu'il risquait à ce jeu avec mes nerfs... Mais il se contenta une fois encore de pousser plus loin son index, moqueur, avant de se retourner, appuyant son dos contre mon torse, ses fesses contre mon bas-ventre... Je fermai les yeux, levai la tête au ciel comme pour le prier de faire durer cet instant que je savais devoir finir... Mais dix fois, vingt fois, il accentua la pression, ne se détachant que lorsque mon souffle devenait haletant, et comme à regret... Dix fois, je le rattrapai, enfouissant mon visage contre ses épaules en ne pouvant reprendre ma respiration, tant l'odeur musquée de sa peau invitait à la dénuder entièrement... Et puis, dans un mouvement aussi fluide que les précédents, il esquissa un pas de coté, me soutenant d'une main un court instant qui suffit à me faire comprendre que le jeu était fini, avant de disparaître dans la pénombre, derrière les spots aveuglants qui' m'étourdissaient.
La foule mouvante me soutint les quelques secondes que dura mon désarroi, dans un mouvement de va-et-vient irrégulier qui me berçait comme pour atténuer la déchirure. Mais lorsque je compris qu'il était vraiment parti, une fois de plus, la dernière sans doute, j'écartai d'un geste les danseurs les plus proche de moi, et fendis la masse avec la force crispée du désespoir. Sur le seuil du club, la lune n'éclairait que des ruelles vides, et le vent froid me traversa comme un long sanglot. Je me retournai pour aller prendre ma veste, avant de ressortir, glacé, perdu dans l'odeur qu'il avait laissée sur moi comme une marque d'appartenance, à l'instant trahie... Refermant mes bras contre mon corps pour retenir la blessure en mon coeur, je laissai mes jambes s'engourdir à force de marcher, dans une direction dont j'ignorais le but, et qui m'importait peu désormais. Le sommeil me prit recroquevillé sur les draps à peine défaits, portant encore les vêtements qui avaient pris son odeur et collaient à mon corps moite...
Lorsqu'un son strident perça l'épais brouillard de mon sommeil, je mis plusieurs minutes à localiser sa provenance, et si mon correspondant n'avait pas rappelé trois fois de suite, je me serais sans doute endormi sans en garder trace. Mais Lucas était, ce matin plus que tout autre, tenace, et il n'eut de cesse de faire vibrer et carillonner l'appareil jusqu'à ce que je referme ma main dessus. L'espèce de croassement que j'articulais dut être interprété comme un aimable "Allô ?", car il m'annonça avec sa politesse et sa prévenance habituelle qu'il était 14h, qu'il avait averti le patron que mon état de santé n'autorisait pas ma présence au bureau aujourd'hui vendredi 4 août, et qu'il valait sans doute mieux que je reste me reposer samedi également. Peut-être lui aurai-je répondu s'il n'avait pas donné l'impression qu'il s'était déjà occupé de tout et que mon accord n'était que facultatif. Je dus articuler un vague "Merci..." avant de raccrocher, me rendormant malgré la lueur éclatante de l'après midi claire, aussi blafarde que les précédentes...
Il était passé 20h quand je parvins à m'extraire réellement de l'opacité terne de ce sommeil sans rêve. Un fois conscient de la situation, ma première pensée fut pour le boulot, et je notai mentalement de penser à remercier Lucas la prochaine fois que je le croiserait, et de faire preuve d'un peu plus d'amabilité. Et puis, me demandant comment j'en étais arrivé là, je me remémorai la soirée d'hier... Devant mon miroir, j'aspergeai mon visage de l'eau la plus froide, et fixai méchamment mon reflet pour le convaincre que les garçons ne pleurent pas, mais ce fut peine perdue... Un paquet de mouchoirs à la main, j'arpentai la pièce (autant que le permettaient les fringues jetées en tas à travers le sol), et une question s'imposait en moi, qui en impliquait une seconde. M'étais-je vraiment fait avoir du début à la fin, et devais-je y retourner ce soir... ? Malgré leur futilité, ces questions étaient prépondérantes, pour l'instant. Mais après une heure et un demi paquet de mouchoirs en vain, je décrétai un arrêt des effusions lacrymales et stoppai là toute interrogation.
Avisant un jean un peu baggy et une chemise froissée qui traînaient là, je filai à la salle de bain me doucher et m'habiller. Je réfléchis toujours mieux habillé, et de préférence en marchant, aussi me retrouvai-je machinalement dehors, sous un ciel menaçant. Les passants semblaient pressés, inquiets de ne pas avoir leur parapluie au cas où le ciel éclaterait sans préavis. Personnellement, j'y étais indifférent. Je me refusais à savoir pourquoi les évènements de la veille avaient produits en moi un tel choc, et aurait nié n'importe quelle réponse toute faite. Ce mec était tout simplement insensible à la moindre drague, imperméable au désir ou à toute forme de relation humaine, un bloc de glace fermé et hypocritement excitant ! Mais je souhaitais de tout coeur le retrouver, ne serait-ce que le revoir, de loin, comme avant, et me dire que c'était vraiment terminé, tirer un trait dessus... mais pas avant de l'avoir revu...
Mes pas, au fil de mes pensées, m'avaient par force détours mené là où j'aurais voulu ne pas aller. Mais le bond que fit mon coeur en reconnaissant l'entrée du club, les néons qui le surplombaient, la vague de chaleur et de musique qui s'en échappait m'incita à l'apaisement. Avant de connaître mon tortionnaire, cet endroit était mon deuxième chez-moi, et il était hors de question qu'il m'enlève jusqu'au plaisir que j'avais à fréquenter cette boîte. D'un pas sûr, mais peu fier, j'entrai. Contrairement à mes craintes, les souvenirs ne m'assaillirent pas, à peine un pincement au coeur en jetant un regard à la piste de danse. Il y a moins de 24h, nous y étions, enlacés... Je détournai les yeux, me dirigeai vers les tables dans l'ombre où quelques groupes buvaient et fumaient. Je m'enfouis au fond du fauteuil, commandai un verre de Campari sans glaçon, et sortis mon paquet de cigarettes. Je le fis tourner entre mes doigts, anticipant le parfum acre de la fumée... La boîte de carton était légère, comme je souhaitais que mon coeur le devienne, et je constatai en l'ouvrant qu'il ne restait qu'une seule cigarette... Une de ces clopes responsables de la douceur acide de sa bouche, et dont l'odeur allait m'envelopper comme un dernier souvenir de cette rencontre, de cette semaine démente... Cela faisait sept jours que tout avait commencé, un vendredi soir où la solitude m'avait fait sortir de chez moi et danser plus audacieusement que d'habitude... Je pinçai le filtre entre mon index et mon majeur, et allai chercher au fond d'une poche mon briquet lorsqu'une silhouette trop connue fendit les ombres pour s'approcher de moi. Je fermai à demi les yeux, dans ce tic qui appelle un rêve à devenir réalité, sans oser y croire vraiment... Le canapé de cuir rouge s'affaissa légèrement à ma droite et, alors que je sursautai, une main attrapa ma nuque, à la naissance des cheveux. Tout contre mon oreille, des lèvres articulèrent, dans un souffle, des mots que je peinai à comprendre.
« Tu es un idiot... Christian... »
J'ouvris les yeux, en un mouvement de recul qui cogna ma tête contre le miroir derrière moi, et tentai d'attraper le bras qui déjà s'éloignait. Je ne connaissais que trop ce rire moqueur, en temps normal à peine esquissé, mais qui résonnait en cet instant avec une note de gaieté trop flagrante. Lentement reculait vers la piste de danse l'homme que je poursuivais depuis une semaine, toutes les nuits, celui qui gâchait mes journées à plus d'un titre... Lucas, sa coupe classique modifiée par le gel et modelée par des doigts experts, son costume cravate de chef d'entreprise minable troqué contre une chemise blanche laissant deviner les forme de son corps musclé, Lucas, enfin, au visage dénué de tout masque, me souriait en m'invitant à le suivre... Je me levai dans un bond, mesurai chacun de mes pas vers lui, détaillant son visage dont les traits animés n'étaient pas si différents de ceux du responsable des relations humaines, mais avec en plus cette spontanéité qui lui donnait un air mutin, espiègle. Le corps qu'il cachait sous une veste et un pantalon gris sombre, uniformes, révélait dans cette tenue des muscles soigneusement sculptés, sans exagération, et sa peau bronzée invitait à la nudité...
Il attrapa ma main avec une force mesurée, m'entraînant dans des mouvements aussi rapides qu'expressifs, s'arrêtant toujours à la limite du langoureux. Il esquissait, avec un regard brûlant, un déhanché audacieux vers moi, avant de tourner sur lui-même, lentement, me laissant admirer les formes de son corps en pleine lumière, et profitait de mon hébétude pour passer derrière moi, et amplifier mes mouvements de ses mains posées sur mes hanches... Laissant aller mon visage en arrière, je l'embrassai longuement, peu à peu détaché de la crainte d'être à nouveau séparé de ses lèvres, tandis qu'il prolongeait notre baiser... Ce fut moi qui, resserrant ses bras autour de mon corps, me blottis face à lui, léchant son cou avant de le mordiller, assez fort pour l'extraire du rythme hypnotique de la danse. Il s'arrêta, me dévisageant avec son éternel sourire moqueur, avant de me demander, innocemment :
« Un problème ?...
- Pourquoi as-tu fait cela ? Et ne fais pas l'idiot, tu sais très bien de quoi je veux parler !
- Quoi, t'entraîner dans des nuits hors de ton quotidien à la banalité assommante ?
- M'avoir tenté alors que tu restais, soir après soir, indra...
- Quoi ? »
D'un geste rapide, il m'enlaça à la taille, me serrant contre lui avec une tension sexuelle, ou combative. Penché sur mon visage, il m'obligeait à me cambrer, à m'abandonner entièrement à son corps qui me tenait, sachant que s'il le voulait, ce serait la chute. Il se mordit la lèvre inférieure comme s'il hésitait à répondre, ou choisissait sa réponse, tandis que son regard se durcissait.
« Tu es bien mal placé pour me reprocher quoi que ce soit... »
Sa voix, plus grave qu'à l'ordinaire, me fit comprendre qu'il était sérieux. Dans ma tête repassèrent ses interventions, au bureau, son amabilité dépassant le cadre de la politesse, son regard attentif, puis de plus en plus cynique, moqueur. Et mon mépris, presque injustifié, à son égard... Relevant un bras autour de son cou, je me hissai vers lui, posant doucement mes lèvres sur les siennes.
« Y a-t-il un moyen de me faire pardonner ?... »
Je ne saurais dire si son regard était réellement devenu lourd de sous-entendus ou si j'avais projeté mes craintes (et espoirs...) sur lui, toujours est-il qu'il se contenta de se redresser, entraînant mon corps comme une simple poupée avant de m'embrasser avec plus de fougue qu'auparavant. « On va chez toi... » furent ses seuls mots, et je n'eus pas le temps de le mettre en garde contre le désordre de l'appartement. La pluie au dehors s'abattit sur nos épaules, mais sa relative fraîcheur n'atténua en rien notre désir, faisant ressortir par contraste le contact brûlant de ses doigts sur mes fesses, son haleine si proche de moi... Dix fois, plus peut-être, nous nous retrouvâmes essoufflés, pressant nos corps l'un contre l'autre dans l'abri éphémère d'un porche, le temps de croire au ciel, de supplier plus, le temps que Lucas s'écarte de moi et m'entraîne sur les pavés ruisselants des ruelles désertes.
Comment nous trouvâmes le chemin de mon appartement, je ne pourrais vous le dire, ni le temps que nous mîmes, tant mon esprit s'était égaré dans les contacts foudroyants de ses doigts sur mon corps qu'il effleurait sans pudeur, comme une terre conquise longtemps auparavant, et déjà connue de son esprit... Sa voix se faisait murmure obscène à mon oreille, et ses hanches pressées derrière moi, me plaquant contre la porte, étaient assez suggestifs pour embarrasser ma concentration faiblissante. Mes gestes erratiques finirent, grâce à la bonne fortune, à ouvrir une porte que j'avais close par des regrets, mais que nos corps franchirent dans l'insouciance du désir partagé. Lucas ne prêta pas la moindre attention au désordre ambiant, se contenant d'y mêler nos fringues respectives, froissées avec impatience. Sa peau mise à nue exhalait un parfum fort, musqué, subtil, dont je savais déjà qu'il marquerait longtemps mon corps et mes draps, empreinte de sa possession sur ma vie. Je le désirais...
Incapables de parler, de prononcer une parole cohérente dans la confusion de nos esprit dépassés par la bestialité presque violente de notre libido, nous nous jetâmes mutuellement sur mon pauvre matelas qui grinça pour la première fois (mais non la dernière), de douleur. Le rire que m'arrachait notre situation fut étouffé entre ses lèvres, et sa langue força l'intimité de ma bouche en même temps que ses mains trouvaient le but de leurs errances sur ma peau. Ayant pris mon sexe, il m'excita de quelques caresses assez appuyées pour promettre délices et vertige, mais en conservant cette brièveté qui me laissait toujours sur ma faim, frustré. Mes lèvres s'ouvrirent pour protester, mais la tentation de ses clavicules était plus forte, et j'entrepris de lécher, sucer, mordiller tout ce que la chance mettait à la porte de ma bouche avide. Vite, avant qu'un mot de lui ou de moi le mentionne, ma langue se faufilait entre ses cuisses, et trouvait dans les perles tremblantes de sa sueur une invitation à continuer vers l'épicentre tendu de ses envies. Je sentis sa main dans mes cheveux, ses doigts qui se crispaient au rythme de mes coups de langue, puis accompagnait avec une hésitation touchante les irréguliers mouvements de ma tête sur son bas-ventre.
Quelque chose se brisa en moi lorsqu'il gémit, une première fois avec timidité, puis de plus en plus fort tandis que je prenais de l'assurance. Mes doigts accompagnaient en anneaux plus ou moins serrés le fourreau moite que je faisais de ma bouche sur son membre, le menant à un plaisir vif, pressé par l'agacement. Il ne souhaitait plus attendre, et mon corps était également douloureux de trop vouloir... Je revins lécher ses tétons durs, plus sensibles que ce à quoi je m'attendais, profitant de son abandon soudain pour mordre la peau de son cou. Il cria mon nom, tendit son corps vers moi par réflexe et murmura, à bout de souffle, lorsque je relâchais l'étreinte de mes dents : « Tu me le payeras... Honey... » Je souris, tirais une langue aguicheuse dont il s'empara avec violence, l'aspirant entre ses dents jusqu'à me faire mal, jusqu'à ce qu'une moue de ma part lui fasse comprendre que je me repentait... Pour cette fois.
Il glissa une main dans mon dos, effleurant chaque vertèbre de l'ongle du pouce, avant d'enfoncer ses doigts dans mes fesses. Je me cambrai de plaisir, fermai les yeux en tendant vers lui mon bassin, et il amplifia ce mouvement de ma part de sorte que je me retrouvais dos à lui, à genoux sur le lit aux draps défaits et humides de notre agitation. Le temps de comprendre ma situation, d'esquisser un demi tour, il plaquait le bas de mon dos contre lui, se serrant contre moi avec un soupir de désir apaisé, pour un court instant de répit. Mes épaules s'affaissèrent, signifiant ma confiance, et je savourai la douceur de la peau de son torse ferme contre moi. Pénétré de son odeur viril et excitante, sollicité de toutes parts par son corps, je me laissai aller aux troubles dans lesquels il me plongeait, et lâchait ma nuque en arrière, prononçant contre son oreille des mots d'appartenance et d'amour. Sa réponse fut la griffure de ses ongles sur mes côtes, avant que ses doigts ne glissent entre mes fesses pour y détendre mon intimité reconnaissante à sa douceur, témoin d'une habitude et d'un contrôle de soi que je n'aurais pas soupçonné quelques minutes auparavant. Fragile et violent, impatient et délicat, il m'enchantait autant par son attitude que son corps m'avait captivé précédemment. Je tombais en amour comme on se jette dans une eau tiède et parfumée, surpris de l'aisance avec laquelle on se fait à ce nouvel environnement. Mon horizon, ce soir, cette nuit, c'était lui, son corps, ses désirs...
Je réprimai difficilement un cri lorsqu'il s'introduit en moi, plus de la joie de le sentir si proche que d'une quelconque sensation physique, romantique que j'étais... Mais vite, dans les mouvements souples de son corps, une impression naquit au milieu de mes reins, plaisir sans nom ni humanité, un besoin dynamique qui s'activait en chaque parcelle de mon corps. Je voulais cette jouissance, voulait le sentir plus loin en moi, plus fort, si intimement que je pouvais estimer aux sensations de mon corps la mesure de son plaisir, et répondre au rythme de sa gradation. J'agrippai les draps en craignant d'être le premier victime de cette petite mort qui marquerait la fin (temporaire) de notre agonie sexuelle, mais il me rappela à lui par la brûlure de ses doigts qui s'ancraient dans mes hanches, mes fesses, mon ventre, pour m'attirer plus près de lui ou donner un point de repère à la fulgurance de ses gestes. Je bégayai un début de phrase dont la suite n'existait pas, gémit plusieurs fois son nom, et sentit ses lèvres contre ma nuque en même temps que son orgasme dans mon corps. Cambré sous son corps impatient, j'avais sentit renaître en moi la jouissance de mes premières étreintes, maladroites et sincères, et le plaisir me laissa sans voix.
Nous retombâmes côte à côte, la ligne de son corps jouxtant mon dos, laissant la nuit trempée nous reprendre. Un silence fait de nos souffles empli la pièce qu'inondait la lumière orange des réverbères, dehors. Il n'y avait aucun besoin de parler, rien de plus à dire que ce que nos corps avaient transmis dans leur langage sans ambiguïté. Tout semblait juste à sa place, la chaleur de son corps acculant ma peau à la nuit proche, à sa fraîcheur qui filtrait par la fenêtre entrouverte. Je cherchai timidement sa main, la posai sur moi comme une prière, et il me prit dans ses bras. Les yeux mi-clos, j'allais m'endormir lorsque, mon cerveau reprenant du service m'imposa une question.
« J'étais vraiment indraguable ?...
- ...personne ne l'est. Il n'y a que des idiots insensibles à la séduction...
- ...?
- Dès lors, évidement, il faut employer d'autres méthodes... Et ne commence pas à feindre d'être offusqué, tu as pris trop de plaisir ce soir pour ne pas avoir aimé cette petite chasse à l'homme.
- Maieuh...
- Pas tout de suite... Laisse moi profiter du silence de ton sale caractère, pour une fois. »
Ma main levée pour le frapper rencontra la sienne, et se soumit à la pression de ses doigts. Jamais je n'admettrai que ce type ait raison de moi. Mais je serai à lui aussi longtemps que se prolongera cette nuit... Et les suivantes...