| Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search | Login Register Extras |
Rey
Pour le second concours de La plume à la main :"C'était son nom"... Un ami qui m'était cher est décédé alors que j'avais commencé mon texte. J'ai tout jeté, et j'ai écrit pour lui...
C’était un jeune homme brun, aux yeux clairs. Jusque là rien d’étrange.
Rien d’anormal.
Il avait 29 ans lorsque je l’ai connu, un peu par hasard.
Il avait toujours l’air un peu perdu, de ne pas savoir ce qu’il faisait là.
Il était grand, les cheveux courts.
Il avait le cœur sur la main.
Lorsque je l’ai connu, il finissait ses études d’infirmier.
Même s’il ne le montrait jamais, parfois je savais.
Il m’a été présenté par ma meilleure amie, parce qu’il voulait me connaître. Parce qu’il savait que je devais subir une opération pour rallonger mon espérance de vie, mais que je n’avais pas les moyens de la financer.
Il m’a dit qu’un ami à lui était riche, et préférait utiliser son argent pour aider les autres, comme ça.
J’ai fait semblant de le croire, mais je savais que l’ami n’existait pas.
L’ami, c’était lui.
Il m’a sauvé la vie.
Nous avons sympathisé, échangé nos numéros de téléphone. Il m’a envoyé une carte à laquelle je n’ai jamais répondu… Et à laquelle je ne répondrai jamais.
Il me téléphonait, je lui téléphonais.
Il prenait de mes nouvelles, et j’essayais de connaître un peu sa vie.
Il a terminé ses études, a été embauché. J’avais de moins en moins souvent de ses nouvelles.
Quand je lui envoyais un message, il me répondait toujours avec humour, avec vie.
Je pensais le connaître. J’espérais me tromper.
Mais non.
Un jour elle est arrivée. La lettre. La lettre qu’on ne devrait jamais recevoir. La lettre qui m’annonçait son décès…
Dès que j’ai pu, j’ai téléphoné aux parents de mon ami.
Et j’ai su. Su ce que j’avais toujours su. Ce que j’avais toujours redouté.
Oh non, je ne le connaissais pas.
J’étais bien loin du compte.
Bien loin de cet homme secret, qui ne se dévoilait jamais.
Oh, il m’a bien dit quelques fois que ça n’allait pas. Il m’a bien dit quelques mots. Il m’a décrit quelques-uns de ses maux.
Mais rien, rien de ce que je savais ne m’a jamais permis d’imaginer ce qu’il lui était arrivé.
Ses parents ont divorcé quand il avait 15 ans. Pour ne pas laisser son père seul, il est allé vivre avec lui, coupant les ponts avec sa mère.
Sa mère, avec laquelle il n’a renoué que 3-4 ans plus tard.
Durant ces quelques années, son père lui a dit tout, et n’importe quoi. Mais des choses qu’on ne dit pas à un enfant de 15 ans se remettant du divorce de ses parents.
Il n’a jamais pu s’en remettre. Jamais pu oublier.
À ses 21 ans, sa mère empêche une tentative de suicide. Était-ce la première ? Ce ne sera pas la dernière.
Non, la dernière, c’est celle qui m’a enlevé cet ami le 27 juin de cette année.
On l’a retrouvé pendu à l’arbre dans lequel il aimait tant jouer étant petit.
Tout cela, c’est sa mère qui me l’a dit.
Pendant dix ans, cet homme n’a fait que souffrir intérieurement, déchiré entre sa tempête intérieure et la souffrance que causerait son départ.
Mais cette fois, il n’en pouvait plus. Sa peine, sa douleur étaient plus forte que la douleur que ressentiraient ses proches.
Ce sont ses propres mots.
Il avait comme une fêlure de l’âme, une de ces hémorragies intérieures que l’on ne peut endiguer, ni cicatriser.
Sa mère ne m’a demandé qu’une chose, ne jamais l’oublier.
Jamais je ne pourrai l’oublier, mon ami breton.
Il allait avoir 32 ans.
Il avait un métier, un travail.
Mais il ne voulait pas vivre.
Il s’appelait Reynald H. Voilà, voilà ce qu’était son nom.
¤ FIN ¤