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Author: Meanne77
Fiction Rated: K+ - French - Supernatural/Romance - Reviews: 12 - Published: 12-21-06 - Updated: 12-21-06 - Complete - id:2293720

Titre : Le colocataire
Auteur : Meanne77
Genre : Lutinerie de Noël
Pour : Laède ; joyeux Noël à toi :)
Écrit en décembre 2006

Claimer : le tout m’appartient
NdA : Ça rendait beaucoup mieux dans ma tête… v.v

Le colocataire

C’était comme une oppression, comme une résonance étrangère à votre rêve qui venait frapper à la porte de votre esprit et tentait de s’infiltrer, d’en prendre le contrôle. Hagarde, le cœur battant, Estelle ouvrit les yeux. Tout d’abord désorientée, la respiration régulière de Jérôme à ses côtés l’aida à se calmer. Mais cela ne dura pas. À nouveau, elle crut entendre un bruit, sans pouvoir être sûre de ne pas l’avoir imaginé. Elle alluma la lampe qui se trouvait à son chevet et secoua Jérôme, l’enjoignant à se réveiller.

« Jérôme… Jérôme, je crois qu’il y a quelqu’un dans l’appartement…

– … Quoi ? » grognonna ce dernier.

La voix de son compagnon était encore à moitié endormie. Il porta la main à son visage. La lumière, pourtant tamisée, lui blessait les yeux.

« J’ai entendu du bruit à côté, je crois qu’il y a quelqu’un… Tu as bien fermé ta porte à clé ?

– … Moui… »

Estelle sursauta alors, sa prise sur le bras de Jérôme se resserra.

« Tu as entendu ? souffla-t-elle.

– … Rendors-toi, je suis sûr que ce n’est rien.

– Mais je suis sûre d’avoir entendu quelque chose ! »

Jérôme soupira.

« Ça te rassurerait si j’allais jeter un coup d’œil ?

– S’il te plaît ?

– D’accord… »

Jérôme se leva, enfila par-dessus son caleçon le pantalon qu’il avait abandonné au pied du lit plus tôt dans la soirée. Il chercha des yeux son t-shirt et l’enfila à son tour.

« Sois prudent…

– Ne t’inquiète pas, ce n’est rien. »

Avant de sortir de sa chambre, il embrassa rapidement Estelle puis éteignit la faible lumière.

« Jérôme… souffla-t-elle, craintive.

– Ne t’inquiète pas, je te dis. Il y a souvent des bruits dans cet appart. Quand c’est pas le plancher qui craque, c’est la chaufferie qui s’y met. Rendors-toi. »

Il l’embrassa encore puis l’invita d’une pression sur l’épaule à se recoucher. Enfin, il sortit de sa chambre, refermant bien la porte derrière lui.
Il soupira profondément, poussa l’interrupteur et éclaira la pièce, par habitude, puis se rendit directement au coin cuisine.

« Bon sang mais t’as vu l’heure qu’il est ? » siffla-t-il, s’efforçant de transmettre toute son exaspération sans pour autant élever la voix.

Lucien, agenouillé devant un quelconque placard, releva la tête vers lui et lui adressa un large sourire.

« Non, quelle heure ? »

Jérôme jeta un coup d’œil à l’horloge numérique du micro-onde.

« Putain, Luce, il est deux heures du mat’ !

– Ça fait tard, aquiesça ce dernier d’un hochement de tête.

– Combien de fois je t’ai demandé de faire gaffe, merde !

– Je t’ai réveillé ? »

Jérôme gesticula en direction de la chambre.

« Moi, non, mais Estelle est là et tu sais qu’elle est plus sensible que les autres ! »

Lucien leva les yeux au ciel.

« C’est quand même pas ma faute si ta grognasse a peur des fantômes et sursaute au moindre courant d’air ! »

Jérôme le fixa de ses yeux furibonds.

« Tu te crois drôle peut-être ?

– Hé ! Si je peux même plus sortir la nuit, quand est-ce que je sors, au juste ? se récria Lucien. Et tu sais que je suis coincé ici, je peux même pas aller me balader !

– Tu peux pas, je sais pas, moi, rester tranquillement dans un placard ? »

Lucien eut un fin sourire.

« Là, c’est toi qui fais de l’humour ? »

Jérôme émit un grondement sourd.

« Je te rappelle que c’est toi qui veux pas de moi dans la chambre ! Je fais ce que je peux, vieux !

– Tu en fais trop !

– Hé ! J’étais là avant toi, je te signale !

– Ça a cessé d’être ton appart le jour où tu t’es suicidé ! »

Il avait à peine prononcé ces mots qu’il souhaita pouvoir les rattraper, comme s’ils étaient un enchaînement de lettres tangibles qui ondulait de sa bouche aux oreilles de son interlocuteur. Mais seul l’air parut se figer et Jérôme put entendre distinctement le tic-tac de sa montre posée sur le comptoir de la cuisine.

« Excuse-moi, Luce, je… je voulais pas dire ça, je suis désolé. »

Lucien haussa les épaules d’un air dégagé.

« Pourquoi ? C’est vrai, tu as raison », répondit-il avec détachement.

Il se déplaça nonchalamment, traversa Jérôme en direction du salon. Jérôme serra les dents et s’il parvint à ravaler une exclamation de dégoût, il ne réussit cependant pas à contrôler le frisson qui le parcourut. Il détestait lorsque Lucien faisait cela, mais il supposait que cette fois, il l’avait bien mérité. Il lâcha un soupir et rejoignit son étrange colocataire. Ce dernier était avachi sur le canapé, jambes croisées au niveau des chevilles sur la table basse et regard perdu dans le mur, celui qui séparait le salon de la chambre.
Jérôme se demandait s’il pouvait voir au travers ou s’il avait besoin d’y passer la tête pour cela. En un an, il n’avait jamais osé demander.

« Tu veux que je t’allume la télé ? On peut couper le son et mettre avec les sous-titres… offrit-il pour faire amende honorable.

– Nan, à cette heure-ci y’a rien d’intéressant.

– Un DVD ?

– Je les ai déjà tous vus. Et puis tout seul, c’est pas drôle », ajouta Lucien dans sa barbe.

Jérôme grimaça. Il arrivait à court d’idée et il n’y avait qu’un nombre limité d’occupations qu’il pouvait proposer à deux heures du matin passées.

« Tu devrais retourner te coucher, ta copine va se demander ce qui te prend autant de temps. Et puis tu bosses demain. »

Jérôme hocha doucement la tête mais il se sentait toujours coupable.

« Ok… À demain, alors.

– Je serai là. Passe une bonne nuit.

– Merci, toi aus… Heu, à demain. »

Lucien opina sans réellement le regarder et, les épaules basses, Jérôme fit demi-tour. À mi-chemin, il se retourna et s’excusa de nouveau :

« Lucien… Je suis vraiment désolé pour ce que j’ai dit. »

Lucien lui sourit alors, et s’il manquait de chaleur, il ne restait pas moins amical.

« C’est rien, je t’ai dit. Moi aussi j’étais grognon quand on me réveillait en pleine nuit. »

Jérôme acquiesça, ne sachant pas quoi ajouter, et après un salut de la main, regagna sa chambre.

Estelle ne s’était pas rendormie et ralluma la lampe de chevet sitôt que la porte s’ouvrit.

« Jérôme ?

– Qui d’autre voudrais-tu que ce soit ?

– Alors ? Qu’est-ce que c’était ?

– J’en sais rien, je n’ai rien entendu de particulier. »

Il se déshabilla puis se glissa dans son lit.

« Tu as fait le tour de l’appartement ?

– Oui, oui, et j’ai bien vérifié que la porte était fermée, ne t’en fais pas. »

Estelle se détendit enfin. Penaude, elle l’embrassa puis replongea la pièce dans le noir.

« Excuse-moi, fit-elle. Je sais que c’est ridicule mais je n’aurais pas pu me rendormir… »

Il trouva sa main sous les draps, la serra.

« C’est rien, c’est pas grave. Tu es rassurée maintenant ?

– Oui…

– C’est un vieil immeuble, tu sais.

– Je sais… mais je sais pas, il y a toujours quelque chose qui me fait frissonner ici.

– Tu veux que j’aille te chercher une couverture ?

– Non… ça ira, merci. »

Elle se rapprocha de lui et il la prit dans ses bras, lui déposa un baiser sur le front. Le silence retomba entre eux et graduellement leurs corps se relaxèrent. Estelle retrouva sa position de sommeil habituelle et Jérôme sentit l’engourdissement l’envahir de nouveau.
En rentrant du travail le lendemain soir, il irait louer un ou deux films, de quoi passer une soirée à deux, tranquilles à la maison. Pendant la journée, il chercherait une excuse à donner à Estelle pour qu’elle ne soit pas de la partie…



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