Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search Login Register Extras
Fiction » Romance » Si simple font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Katsumi W
Fiction Rated: K+ - French - General - Reviews: 2 - Published: 01-15-07 - Updated: 01-15-07 - Complete - id:2304660

Si simple

Ouh là... ça fait un moment que je n'ai pas posté par ici... XD;; Un caprice du destin manquant de mise à jour, quelques OneShots sans succès aucun... °°; Que fais-je donc encore ici ? Je prouve que je suis vivante ! Muahahahaaaa / (avec un texte qui a un an et des brouettes, certes.. mais bon...)

Ou comment l’envie d’écrire vous prend après avoir lu les paroles d’une chanson en fredonnant son air…
Cuz everybody wants to hide their secrets away
Nobody wants to stand up to the pain
But I will stand up to the pain
Wake up and fight again
If you could dance with me trough this rain...” Secrets, Good Charlotte
Tous ces petits travers ; toutes ces choses, ces faiblesses qu’on se connaît mais refuse obstinément d’admettre… qui n’a pas de secret ? Qui n’a pas peur de la voir mise à nu, cette honteuse défaillance ? Etre à tout le monde, mais à personne en même temps… surtout à personne.

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Mouarf, à la base c’est surtout l’image d’une danse sous la pluie qui s’est imposée à mon esprit ! J’avais envie d’écrire une scène se déroulant sous une averse ! Je trouve cette eau qui tombe du ciel très romantique ! o Enfin… quand j’ai commencé le texte, je m’attendais à tout sauf à ça… T.T ; J’ai écrit totalement au fur et à mesure, avec le désir de faire un petit OneShot ! ; Vous savez, quand vous êtes pris(e) d’une furieuse envie d’écrire et laissez vos doigts courir sur le clavier quand ce n’est pas un stylo qui gratte le papier. Vous regardez ces mots, ces phrases qui apparaissent sans vraiment vous rendre compte de ce qui se passe puis une histoire est entamée et vous vous surprenez à penser à ce qui va se passer ensuite… C’est ce qui est arrivé, précisément…

-Hm… ?
Réveil difficile, brumeux. Mes yeux cherchent un point auquel s’accrocher. Une emprise se resserre autour de ma taille. J’ai chaud. Le contact d’une peau contre la mienne. J’ai chaud mais ne peux retenir ce frisson qui parcourt soudainement mon corps. Où suis-je ? Qui est-ce ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Je sens un souffle sur ma peau alors qu’une douleur m’élance. J’ai un horrible mal de crâne… Sont-ce les questions ou autre chose qui l’ont causé ?
J’essaie de me débarrasser de son bras mais un grommellement m’arrête presque aussitôt. Je décide de patienter quelques instants. Et pour m’y aider, j’observe la chambre dans laquelle je me trouve. Plus besoin d’un point, j’ai toute une pièce à embrasser du regard. A quelques centimètres de moi, une table de nuit en bois, sur laquelle trône un vase. Je fronce les sourcils. Je ne suis pas chez moi… Dans le réceptacle repose une jonquille. Elle est belle, éclatant de divers tons jaunes, je souris. Est-ce le moment ? Je ne sais pas. Je ne crois pas même. Mais mes lèvres s’étirent malgré moi.
Au-delà de la table se trouve une commode, en bois elle aussi. C’est un bois massif, sombre dans lequel ont été sculptées de charmantes décorations. Puis le mur que je regarde désormais. Il est recouvert d’un papier peint bleu pâle. Je ne suis pas sûre que ce soit une couleur reposante, elle vient de m’arracher un nouveau frisson. Je la trouve froide. Pourtant, le contact de cette peau, de ce bras et des draps me réchauffe.
Ce n’est pas bon, pas du tout. Il faut que je sorte de ce lit ! Une douleur me vrille à nouveau le crâne par surprise. Mais c’est pas vrai ça !! Ce n’est vraiment pas le moment !

Je tente à nouveau de séparer ce bras de ma taille et finit par y parvenir, déposant le membre avec délicatesse entre nous. Je prends alors quelques secondes pour observer la personne qui me tient compagnie. C’est un homme au visage fin, pas très bien rasé, dont les paupières closes m’offrent toutes sortes de promesses. Quelques mèches de cheveux bruns glissent sur son front et je me penche pour embrasser sa tempe avant de me lever. Je ne connais pas la raison de cet acte. Une simple pulsion je pense.
C’est bien ce qu’il me semblait : je suis nue. Je crois qu’il va être temps de m’inquiéter ! Je ne connais pas cet homme, je lui donnerais quelque chose comme trente-trois ou trente-quatre ans, et il n’est pas plus vêtu que moi, si ce n’est le drap qui le recouvre chastement. Chastement… ouais. Le fait est que l’inconnu que j’ai en face de moi n’est pas mal fichu du tout… Les muscles se dessinent sous sa peau. Il ne sont pas trop développés mais… juste ce qu’il faut… je… j’ai envie de les toucher…
Voilà que je me mordille la lèvre inférieure. Non. Non, non et non. Hors de question ! Je trouve mes vêtements et je m’en vais !! D’ailleurs, où sont-ils ? Je jette un regard à droite, à gauche. Rien sur le sol. Où alors ? Un mouvement sous les draps. Je m’accroupis de telle manière qu’il ne puisse pas me voir si jamais il devait se réveiller. Et je me sens brusquement ridicule. Ce n’est pas une façon de faire… Et puis, je dois plus avoir grand-chose à lui cacher. Je pousse un léger soupir et me redresse doucement. Ses paupières ne se sont toujours pas ouvertes. En revanche, il s’est installé sur le ventre et a pris un oreiller dans ses bras. J’étouffe un petit gloussement devant cette image et m’aperçoit que mon inconnu possède une cicatrice dans le bas du dos. Toucher. Non, il ne faut pas.

Je repars en quête de mes vêtements. En face du lit, des rideaux occultent une fenêtre qui laisse passer quelques bruits extérieurs. Des moteurs, des oiseaux, des enfants. Le jour filtre à travers le tissu. Je pousse un juron. Pas trop fort, juste histoire de. Quelle heure est-il ?
Sur la table de chevet de l’homme, un réveil émet une lumière verte. Je me penche pour la voir de plus près. Il est 9h47. Ca devrait le faire… Nous sommes dimanche et, à 12h30 pétantes, je dois me montrer à un repas de famille. Le temps que je rentre chez moi pour me préparer… L’inconnue de l’équation étant le lieu où je me trouve actuellement.
Ah ! Je n’avais pas vu la porte. Puisque mes habits ne sont pas à l’intérieur de la pièce, essayons l’extérieur…

Je suis désormais dans un couloir et sur le sol jonchent… des vêtements.
-Merde.
C’est tout ce que je trouve à dire. Sans même hausser la voix. Juste une… constatation ?
Je récupère ce qui m’appartient et m’habille rapidement. Puis je prends soin de retrouver tout ce qu’a dû porter l’inconnu la veille et le lui rapporte dans la chambre. Je dépose soigneusement l’intégralité sur une chaise adossée à la commode et sors de la pièce sans jeter un regard à l’homme encore endormi. Je ne dois plus le voir, plus le regarder.

Rapidement, je trouve des escaliers, en bois eux aussi, que je m’empresse de descendre, laissant ma main glisser sur la rampe lisse. Je débouche dans ce qui semble être un salon et remarque sur la table basse deux verres qui n’ont pas été finis à côté d’une bouteille de Whisky bien vide, elle.
-Okay… je comprends mieux… Et comment je suis arrivée ici ?
Je ne mérite apparemment pas de réponse. Un bruit sourd m’apprend que la personne aux côtés de laquelle je me suis réveillée vient de se lever. Je trouve mon sac au pied d’un fauteuil à l’allure particulièrement confortable et, après avoir rapidement vérifié que tout était encore dedans, je sors de la maison par la porte qui n’avait pas été fermée à clef. Oubli sûrement…

Dans la rue, je découvre ma voiture qui m’attend bien sagement et je comprends de moins en moins : si j’ai pu conduire jusqu’ici, pourquoi est-ce que je ne me souviens pas de la façon dont c’est arrivé ? Pourquoi est-ce que je ne me souviens pas de… lui.
Bah, ce n’est pas le plus important. Je monte dans mon véhicule gris et démarre en jetant un coup d’œil à ce que je crois être la fenêtre de la cham…
Il est là, torse nu, sa tête sur son bras droit replié, appuyé sur la vitre, et il me regarde. Je ne vois pas ses yeux, mais je suis sûre qu’il me regarde. Il ne peut pas me voir, les reflets du soleil sur le pare-brise l’en empêchent sûrement. Alors pourquoi me fixe-t-il ainsi ?! Je rougis.
-Mais quelle idiote !
Je m’éloigne hâtivement. Quelle idiote, quelle idiote !!! Pourquoi le fixais-je moi-même, hein ?! Je croyais que je ne devais plus le voir !! Et encore moins le regarder ! Merde !!
Je reconnais rapidement le quartier. C’est en périphérie du centre-ville. Une petite banlieue tranquille. Un de mes meilleurs amis habite dans ce coin, à côté d’un superbe jardin. Je me dépêche de prendre la route du centre, cette fichue migraine ne semble pas vouloir me laisser tranquille…

Une fois arrivée à mon appartement, je jette les clefs sur la table d’entrée et vais prendre une douche. Quand je ressors de la salle de bain, dix minutes plus tard, c’est avec une serviette autour du corps. Je me plante devant le miroir de ma chambre et m’observe quelques instants.
-Ouaip… Faudrait que je retourne chez le coiffeur moi…
Mes cheveux sont d’un roux flamboyant. Ondulés, ils collent ma peau humide alors qu’ils descendent d’habitude en cascade jusqu’à mes épaules. Des yeux vert émeraude ornent mon visage ; ils sont surplombés par de fins sourcils plus foncés que mes cheveux et débordent de cils trop longs à mon goût. J’ai un nez assez fin mais son bout est retroussé. Ma mère dit que ça me donne un petit côté enfantin des plus « charmant ». Je soupire en me rappelant le repas auquel je dois me rendre. Je jette un dernier regard à mon reflet, satisfaite malgré moi de constater que mes courbes sont apparemment toujours capables de séduire, et me dirige vers ma penderie.
-Bon, qu’est-ce que je vais porter cette fois-ci… ?

Repas de famille inclut d’être « habillée ». J’hésite plusieurs minutes et me décide pour une jupe droite noire avec un pull en maille légère, marron glacé. Habillé certes, mais simple. Je mets mes chaussures, du cuir noir, avec des talons mais découvertes sur le pied, et cherche ma montre sur ma table de chevet. L’ayant enfin trouvée, je vois qu’il est presque 11h30.
-Rah, si je continue comme ça, je vais finir par être en retard !!!
Je me dirige d’un pas alerte vers la porte d’entrée et récupère mon sac et mes clefs avant qu’une douleur me vrille à nouveau le crâne, se rappelant à mon bon souvenir.
-Tu ne pourrais pas disparaître toi… ? je siffle entre mes dents.
Je fais un détour par la cuisine et avise la boîte d’aspirine dont je prends un… non, deux comprimés. Je m’appuie quelques instants au bord de l’évier, fixant avec attention l’eau qui tourne en un tourbillon vertigineux et me souviens d’une musique. Laquelle… ? C’est trouble… embué par des vapeurs d’alcool. Mêlé à d’autres sons divers et variés. Où étais-je quand j’ai entendu ce morceau… ? Rythmé et lent, des paroles… une voix grave et aigue ? Agréable… Doux… Une musique brutale et tendre…
J’ai mal à la tête, ça brouille mes sens, voilà tout. Je reporte mon attention sur le fond de l’évier et m’aperçoit que l’eau n’est plus, déjà perdue dans le siphon.

Je sors rapidement de mon appartement et retourne à ma voiture. J’ai près d’une heure de route pour arriver chez mes parents. Vu comme je suis partie, il va me falloir déployer des trésors d’ingéniosité pour être à l’heure. Je pousse un soupir. Alors que j’accélère, je me rappelle cette musique entêtante. Je suis allée en boîte cette nuit. Comment ai-je pu oublier ça ?! J’étais avec Cathy, Tara et Vince. Ah, notre cher petit couple ! Cathy et Tara sont vraiment adorables ! Depuis qu’elles sont ensemble, elles roucoulent comme jamais. C’est bien la première fois que je les vois aussi heureuses, elles qui ont toujours été si malchanceuses en amour. Leur moitié était si proche d’elles tout ce temps… ?
Je sens un sourire étirer mes lèvres. Vince n’y est pas allé de main morte lui… Il a dû aborder toutes les jolies filles qui sont passées je crois. Je ne sais pas ce qu’il a en ce moment, il semble chercher à (se ?) prouver quelque chose.
La route, le paysage défilent à l’extérieur de mon véhicule. Quand j’en ai le temps, je m’attarde pour observer le décor alentour mais cette fois-ci, je ne peux pas… J’admirerai la verdure en revenant, ce soir… Des nuages obscurcissent le ciel. Je n’avais pas remarqué qu’il fût si sombre. Ca ne présage rien de bon ! J’espère qu’ils n’avaient pas prévu de barbecue.

-Ah !
Je suis la dernière. Pas de chance. Je jette un regard à ma montre, il est 12h29 ; je suis donc arrivée à temps. Depuis quand oncle Henri est-il ponctuel ?
Ma mère sort de la maison pour m’accueillir alors que je ferme ma voiture à clef.
-Marion ! Comment vas-tu ma chérie ?
Un grand sourire est affiché sur son visage. C’est extrêmement contagieux de voir sa mère sourire…
-Très bien, et toi maman ? Tout le monde est déjà là ?
Nous nous enlaçons tendrement. J’aime la chaleur et la douceur de ma mère. Son parfum est sucré et m’entoure de sa saveur unique. Aujourd’hui, elle porte un tailleur jupe gris perle, comme ses yeux si pâles. Ses cheveux blonds bouclés tirent sur le blanc et son visage porte les marques de l’âge… Elle se détache de moi.
-Et oui ! Une fois n’est pas coutume, mon frère est arrivé en avance !! Tu sais que sa fille s’est trouvé un nouveau fiancé ? Et puis Mathilde attend un quatrième enfant !! Oh, mais tu as l’air fatiguée dis-moi ! Tu n’as pas bien dormi ?
J’ai un infime mouvement de recul. Merde.
-Si, ça va, je me suis juste couchée tard, ne t’inquiète pas !
Un nouveau sourire s’affiche sur mon visage, plus grand mais également plus faux. Elle le verra mais saura qu’elle ne doit pas s’inquiéter. Rien ne m’est plus désagréable qu’un air soucieux sur son visage, surtout quand j’en suis l’origine. Je passe mon bras sous le sien et m’exclame.
-Eh bien ! Nous y rentrons dans cette maison ou dois-je rester dehors ?
Elle sourit. Gagné !
-D’accord ! Ils ne semblent pas décidés à sortir t’accueillir !
-Tsss… Guillaume aurait pu faire un effort ! Ou papa !
-C’est que ton frère courrait après son fils quand tu es arrivée ! Il a cassé un vase ! Et ton père était en pleine discussion avec son frère, sur je ne sais quel sujet soi-disant réservé aux hommes ! La bourse je crois !
Nous continuons à avancer vers la maison en échangeant des banalités. C’est tellement plaisant d’échanger des paroles avec sa famille sur tout et rien… Ces « banalités » sont tellement pleines de vie, de nous… si indispensables.

Nous avons passé la porte. Elle lâche mon bras et se précipite tant bien que mal sur sa petite-fille qui essaie de tirer sur la nappe de la table. Karine regarde sa grand-mère avec de grands yeux lorsque celle-ci la prend dans ses bras, la faisant décoller du sol. La fillette se met à babiller gaiement, pour le plus grand plaisir de ma mère. Un bras se passe autour de ma taille.
-Et toi ma belle, quand est-ce que tu leur donnes des petits enfants ?
Cet abruti me chuchote ça à l’oreille ! Il sait pourtant que j’en ai horreur ! Je me retourne et me retrouve face à mon frère fier de lui.
-Jamais ! Ou pas avant longtemps !
Il se penche vers moi, tout sourire, et je lui fais la bise avant qu’il ne reprenne la parole.
-Arrête Marion, je suis sûr que plusieurs types donneraient cher pour être dans tes bonnes grâces.
L’image furtive d’un homme que j’ai quitté le matin même me revient en mémoire, je pousse un léger soupir exaspéré.
-Peut-être, oui, mais si je ne tiens pas à être dans les leurs ?
-Tu adores les enfants, c’est tout de même dommage…
Il a froncé les sourcils. Dire que je suis obligée de lever les yeux pour lui parler… Il fait une bonne tête de plus que moi. Ses cheveux sont blonds comme ceux de maman, même s’ils sont plus foncés, mais ses yeux ont cette teinte vert émeraude qui est également la mienne.
-Hm… Peut-être un jour… qui sait de quoi demain sera fait ?
Je m’échappe sur cette bonne parole, me dirigeant vers mon père et son frère.

-Bonjour papa ! Comment vas-tu ?
Il se retourne et m’offre un chaleureux sourire. Son costume lui sied à merveille… Les rides sont de plus en plus nombreuses sur son visage mais rien ne peut occulter ces yeux dont mon frère et moi avons hérité… En revanche ses cheveux sont totalement blancs, eux…
-Bonjour ma chérie ! Très bien et toi ?
-Ca va !
Je m’approche de son frère et lui décoche un sourire radieux.
-Salut tonton ! Il paraît que ta fille est de nouveau enceinte ?
Il éclate de rire et m’embrasse joyeusement.
-Et oui ! Une vraie pondeuse ! La maison est pleine de vie !! Ils passent tous les jours ! Ils n’ont pas pu se libérer pour le repas, c’est dommage !
-Mais non voyons, ils ne sont que trois gamins aujourd’hui et déjà un vase de cassé, ne t’inquiète pas Arnaud, ça bouge déjà bien assez.
Mon père grommelle mais son air réjoui fausse la donne. Il adore les enfants, ce n’est pas nouveau ! J’étouffe un rire et les abandonne pour retrouver ma belle-sœur. Elle discute avec ma mère et sa sœur jumelle. Je m’approche tranquillement et attrape Marion par la taille. Oui, mon frère a épousé une femme portant le même prénom que moi ! C’est une superbe métisse dont les longs cheveux raides, noirs, pendent dans son dos, ne s’arrêtant qu’au niveau des reins. Elle se retourne vivement et un sourire éclaire son visage.
-Tu es bonne dernière Marion !!
Je prends une moue boudeuse.
-Oui, je sais Marion, tu n’étais pas obligée de me le rappeler !
Nous éclatons de rire. Oh, je dois bien avouer que notre petit manège n’a rien de drôle en soit, mais à chaque fois que nous nous voyons, notre réflexe est de caser le prénom de chacune dans la première phrase qui sort de notre bouche ! C’est une habitude qui est venue aussitôt et qui ne manque pas de nous faire pouffer à chaque fois !

Nous nous embrassons et je salue ma tante Monique qui, malgré les années, ressemble toujours autant à ma mère.
-Oh, mais tu es toute belle Marion ! Tu dois avoir un homme dans ta vie pour être aussi radieuse !
Elle ne peut donc pas s’empêcher de faire ces appels du pied ? Ma belle-sœur m’adresse un sourire gêné et ma mère décide de nous faire éviter ce terrain si glissant.
-Nous allons passer à table, les petits ont mangé et le repas va bientôt être prêt ! Tu as vu tout le monde ma chérie ?
-Non, pas encore.
-Tu les retrouveras autour de la table alors ! Allez, on se presse mesdames !

Ma mère nous pousse vers la table et deux marmots se jettent sur moi en hurlant mon prénom. Je m’accroupis et les embrasse l’un après l’autre.
-Bonjour Susie ! Salut Yann ! Comment allez-vous ?
-Très bieeeeeen !!! me répond la fillette en accrochant ses bras autour de mon cou. Tu me portes dis ?
-Eeeeh !! Et moi alors ?!
-Toi, tu as cassé un vase. Si tu veux mes faveurs, il va falloir attendre un peu !
J’ébouriffe les cheveux de mon neveu et prend la petite dans mes bras alors que ses parents se dirigent vers moi. Susie tire la langue à Yann pendant que je salue mon cousin et sa femme puis mon second cousin s’approche pour me faire la bise avant de m’expliquer que sa compagne est dans la salle de bain et nous rejoindra bientôt.

-Où est Angélique ? Je ne l’ai pas vue.
Les deux frères se lancent un regard et je hausse un sourcil.
-Elle viendra pour le café… avec son nouveau mec. me dit Stéphane en levant les yeux au ciel.
Sa belle-sœur lui donne un coup de coude et mes yeux s’arrondissent.
-Ne parle pas d’eux comme ça !
Ma stupeur fait place à de la curiosité et je laisse filer Susie qui commençait à trouver mes bras trop inconfortables.
-Que se passe-t-il exactement ? Je croyais que Brice l’avait brisée ?
Frédéric sourit et propose à son épouse d’aller voir si Alexandra n’a pas d’ennui dans la salle d’eau, s’attirant un regard noir d’Olivia qui obtempère en grommelant. J’étouffe un nouveau rire. Ils forment un couple charmant, mais leurs caractères sont totalement opposés, donnant lieu à nombre de situations épicées. Stéphane s’assure que la jeune femme s’est éloignée et me lance un grand sourire.
-Son cœur s’est recollé et elle s’est encore trouvé un petit copain !
-Et alors ? Comment est-il cette fois ?
Il garde le silence, une lueur amusée dans les yeux. J’enfonce mon index dans son pull.
-Allez Steph !! Ne te fais pas prier !!
-Okay, okay ! Il fait carrément mannequin celui-là !
Frédéric éclate de rire avant de prendre la parole à son tour, plus sérieux.
-Elle est convaincue que cette fois c’est « le bon », elle veut l’épouser.
Mes yeux s’agrandissent sous l’effet de la surprise.
-Attends ! Angélique veut se marier ? Vraiment ? Qu’est-ce qui lui est arrivé ?!
-Elle est tombée amoureuse semble-t-il.
-Ouais mais ce n’est pas la première fois ! De là à vouloir l’épouser !!! Elle ne le connaît pas depuis longtemps !

Je baisse brusquement la voix, m’apercevant que je l’avais haussée malgré moi. Je capte le regard de ma mère et entraîne les garçons un peu plus loin. Stéphane reprend la parole.
-Cherche pas, elle a toujours agi sur des coups de tête.
-Depuis combien de temps sont-ils ensemble ?! Elle qui avait dit qu’elle ne se marierait jamais !
Je me rends brusquement compte que je vais être la dernière célibataire… Pire, la dernière à ne pas être mariée… Stéphane et Alex sont en plein dans les préparatifs de leur mariage et Angélique voudrait convoler avec un homme qu’elle connaît depuis peu ? Stéphane s’apprête à prendre la parole mais Frédéric l’en empêche.
-Ils se connaissent depuis trois mois et sont en couple depuis presque autant. C’est un type sympa et cultivé qui me paraît assez tendre avec elle. En plus, il a un physique plutôt avantageux. Honnêtement, l’idée de voir ma petite sœur épouser un homme comme lui me séduit assez.
-Ouais. C’est vrai qu’il a l’air d’un chouette type. Tout ce que j’espère, c’est qu’Angélique saura se tenir ! Ah ! Voilà enfin Alex et son ventre !
Stéphane s’empresse de rejoindre sa compagne et nous la ramène tandis qu’Olivia vient déposer un baiser sur les lèvres de son mari avant de partir à la recherche de leur fille.

Pendant le repas, je suis dans un état second. J’ai beau me défendre de toute idée de relation stable, savoir qu’Angélique, la tombeuse par excellence, désire se marier m’a fait un choc. Je tente tant bien que mal de me concentrer sur les conversations entretenues autour de la table mais je suis ailleurs. C’est à peine si je fais honneur aux plats préparés par les doigts de fée de ma mère. Je n’ai plus faim…
Mon esprit s’égare peu à peu. Je crois… oui, je crois avoir mangé quelque chose hier soir… Je ne parviens pas à me souvenir quoi… Le parfum de ma mère me revient en mémoire. C’était quelque chose de sucré… du gâteau ? Des bonbons ?
Je pose mon menton dans la paume de ma main, observant distraitement ma nièce se dandiner sur les genoux de sa mère, jouant avec quelques mèches de ses longs cheveux ébène. Karine lâche soudainement les cheveux de ma belle-soeur et cesse tout mouvement, plongeant ses grands yeux marron dans les miens. Je ne romps pas le contact et la petite me tend son bras, essayant de se dégager de l’emprise de sa mère en avançant sa main autant qu’elle le peut vers mon visage.
Ah… je sais… c’était du caramel… Celui que Tara avait cuisiné… Une teinte mélangeant les cheveux blonds de Karine avec ses yeux marron… Une texture pâteuse, collante, et sucrée… Je souris. Je préfère le caramel salé…
« Moi aussi. »
Je sursaute, retrouvant brusquement pied dans la réalité.
-Quoi ?!
-Je te demandais si tu voulais du fromage !
Je lève les yeux vers ma tante et acquiesce vivement.
-Ah là là… Il faudrait que tu arrêtes d’avoir la tête dans les nuages Marion ! Les hommes n’aiment pas les rêveuses !

Bon sang. Elle ne pourrait pas arrêter ? Si elle doit me dire des choses pareilles à chaque fois qu’elle m’adresse la parole, qu’elle se taise ! Je croise le regard de ma mère. Je sais, je sais, tata Monique s’inquiète pour moi. Tu parles. Les deux jumelles mariées avec les deux frères. C’était facile. Je jette un coup d’œil à Arnaud, me demandant comment il peut supporter ça au quotidien et reçoit un regard amusé de mon oncle. Je me renfrogne. Ouais, je sais, elle ne veut que mon bonheur, mais elle pourrait faire plus dans la dentelle…
Je remercie ma tante de m’avoir servie, ne précisant pas que j’aurais pu le faire moi-même et mange ma salade avec le fromage, en silence.

Ma mère finit par amener les desserts. Des murmures d’admiration se font entendre.
-Ca m’a l’air très appétissant tout ça ! s’exclame mon frère.
-C’est peu de le dire ! Agnès a toujours été un cordon bleu, mais rien ne vaut ses desserts…
Un sourire étire mes lèvres. Oncle Henri était le cobaye favori de ma mère dans leur jeunesse…
-Je veux bien un peu de mousse au chocolat s’il vous plaît…
J’observe un peu ma voisine qui a fait cette demande d’une tout petite voix quand Stéphane, lui, a réclamé un énorme morceau de bûche glacée à sa tante, prétextant qu’en tant que plus jeune attablé, il devait être le premier servi.
-Bien sûr Alexandra ! Yves, donne-moi un bol s’il te plaît.
Mon père se lève et prend des coupes dans le buffet avant de les ramener à son épouse et de servir lui-même la jeune femme avec un clin d’oeil.
-Il faut que tu t’imposes, il est hors de question que Stéphane donne ses mauvaises manies à votre fille !
Alexandra lui répond avec un grand sourire, passant la main sur son ventre.
-Merci, mais ne vous inquiétez pas, je sais donner de la voix quand il va trop loin.
Je passe mon bras autour du coup de ma future cousine par alliance.
-C’est moi qui lui ai tout appris !
Mon père éclate de rire avec Stéphane et Alexandra.

Nous enchaînons quelques plaisanteries puis ma mère nous apprend que le café ne saurait tarder et propose un premier service en attendant l’arrivée des tourtereaux. Je me lève et l’accompagne jusqu’à la cuisine pour lui offrir mon aide. La pièce est encombrée de vaisselle sale mais reste étonnement propre ; ma mère est une maniaque du ménage et personne ne pourrait l’ignorer ! Une agréable odeur de café flotte dans la salle. Ma mère refuse mon renfort et me sert une tasse du breuvage avant de retourner vers la table, cafetière et tasses sur un plateau.
Je m’appuie sur le plan de travail pour profiter pleinement de cet arôme si corsé qu’est celui du moka. Maman répète souvent que, petite, je tournais toujours autour du café quand on le servait. Sa couleur noire pleine de reflets ambrés, son odeur si forte et pourtant si douce, son goût amer mais tellement appréciable… Je porte la tasse à mes lèvres et bois une gorgée du liquide avant de grimacer. Trop chaud !!
J’entends du bruit à côté. Des chaises que l’on pousse, une porte qui claque, des exclamations. Angélique doit être arrivée. Je vais attendre un peu, tout le monde leur saute certainement dessus à l’heure qu’il est !
Des rires, des embrassades.
Yann se met à crier après Susie.
J’entends Karine chantonner, elle doit être dans le couloir.
Je fronce les sourcils.
Cette fichue musique me revient en tête…
Je n’arrive pas à me souvenir du titre.

Je revois en revanche très bien le visage de Vince sur cette chanson, quand il s’est approché de moi, tout guilleret, pour me présenter un de ses amis qu’il venait de croiser.
Angélique rentre dans la cuisine, une cigarette à la main, et un sourire absent flotte sur mon visage alors que je vais la saluer. Voilà comment j’ai rencontré ce type, c’est Vince qui me l’a amené ! Je me souviens encore de ses paroles !
« Marion, je te présente… »
-…Alek!!
Je pâlis. Le petit ami de ma cousine pénètre à son tour dans la pièce et j’accroche ses foutus yeux vert d’eau. Merde. Comment ai-je pu oublier cette couleur ? Il me sourit. Quoi ? Il ne m’a pas reconnue ? C’est quoi ce sourire ?!! Sans m’en rendre compte, de façon automatique, je pose ma tasse, réponds à son sourire et lui tends ma main, qu’il serre sans que le contact entre nos regards ne se rompe.
-Je suppose que mes frangins t’en ont parlé !
J’acquiesce avec toujours ce sourire vide planté sur mon visage. Elle se tourne vers son… amant.
-Marion est ma cousine, la petite sœur de Guillaume ! Elle est entre Fred et Steph pour l’âge et c’est la seule célibataire du groupe !
Etais-tu obligée de préciser ce dernier détail… ? Je récupère ma tasse et la porte de nouveau à mes lèvres.
-Je crois que j’ai tout enregistré. dit-il avec un sourire charmeur.
Espèce de… !! Je manque de lui jeter mon café au visage. Je rumine intérieurement, lui balançant toutes sortes d’injures dont certaines que je ne me savais pas connaître. Le pire c’est que sa voix est horriblement grisante. Elle est basse, douce, grave et monstrueusement sexy. Je l’imagine beaucoup trop bien murmurer des mots d’amour. Qu’il se taise !

Ils ressortent tous les deux de la cuisine et moi à leur suite. Les questions se bousculent dans ma tête, sensées ou non. Pourquoi a-t-il trompé sa fiancée ? Est-ce la première fois ? Comment ai-je pu agir de manière aussi inconsidérée ?! Se souvient-il de moi ? Oui, je suis sûre qu’il m’a reconnue ! Non, peut-être pas… Et puis comment cette soirée a-t-elle pu sortir de ma tête ?!! Au fait, j’étais dans une maison à mon réveil ! Est-ce chez lui ? Où était Angélique ? Ils ne vivent pas ensemble ?
Je laisse mon regard errer sur le couple. Ma cousine est superbe dans sa robe prune, mais lui… il est carrément à fondre… Il porte un jean moulant et une chemise noire qui le mettent particulièrement en valeur. Il me tourne le dos, je me souviens de la cicatrice… Je secoue la tête et la relève pour croiser le regard de Stéphane qui me fait un grand sourire. Je m’approche de lui.
-Alors, qu’en penses-tu ? Elle n’arrête pas de le vanter ! Un avis ?
-… Il est pas mal physiquement parlant. Mais pas sûr que sa tête soit aussi pleine qu’elle est bien faite.
Il me regarde d’un air surpris.
-Eh ben… Tu es sévère je trouve ! Attends de le connaître !
Il s’éloigne de moi.

Non, je ne veux pas le connaître, surtout pas. Je veux hurler au monde entier que ce n’est qu’un sale type !!! Mais je ne peux pas décemment faire ça… Rah… L’idéal serait de m’expliquer avec lui pour l’instant. Et pour ça, nous devons être seuls. Bien sûr, à un repas de famille. Je soupire. Mais s’il ne se souvient pas de moi ? Je ne me rappelle pas comment la bouteille de Whisky s’est vidée… Je pousse un autre soupir et mon frère me rejoint alors que je vide ma tasse.
-Qu’est-ce qui t’arrive ?
-Hm ? Rien voyons ! Je vais me resservir du café.
Guillaume hausse un sourcil.
-C’est quoi le problème ?
Je sens mon exaspération monter en flèche alors qu’il me suit jusqu’à la table.
-Rien, puisque je te le dis !!
-Ma-ri-on.
Je baisse les yeux sur Karine qui m’agrippe la jambe. Je pose ma tasse sur la table et soulève ma nièce pour l’installer dans mes bras.
-Que veux-tu ? Hm ?
Je souris à la gamine et Guillaume me sert une nouvelle dose de liquide opaque.
-Merci frérot.
-De rien… Je vais te débarrasser si tu veux.
Il récupère sa fille qui lui tendait les bras et je m’assois, observant de loin l’évolution du « nouveau couple ». Une véritable masse s’est agglutinée autour d’eux, à commencer par ma mère et ma belle-sœur, dévorées par la curiosité.

Je ne vois pas ma tante s’approcher de moi.
-Si tu t’en donnais la peine, toi aussi tu serais fiancée.
J’avale la gorgée de café que j’avais dans la bouche de travers. Elle s’assoit à côté de moi et regarde l’amas d’humains. Je ne réponds pas.
-Je suis sûre que tu pourrais te trouver un charmant jeune homme et combler ta mère.
Ah… d’accord. Ma mère s’inquiète. Monique se tourne vers moi.
-Tu ne veux pas essayer ?
J’ai la gorge sèche. Je reprends un peu café.
-Essayer quoi ?
-De laisser sa chance à un homme ?
-Sa chance ?
-Oui, de t’approcher. Pas physiquement je veux dire, une chance de toucher ton coeur.
Je regarde le fond de ma tasse. Elle est déjà vide. Je me lève et attrape la cafetière. Ma tante ne perd pas un seul de mes gestes. Elle reprend la parole.
-Marion… Tu es belle, intelligente, charmante. Je suis certaine que plusieurs hommes ont déjà tenté leur chance et que tu les as repoussés.
Je reste muette et elle pousse un soupir, fermant ses yeux quelques secondes. Les rouvrant, elle dirige de nouveau son regard vers le petit groupe qui s’est formé autour d’Angélique et… Alek. J’ai envie de lui dire quelque chose, un mot gentil. Je ne trouve rien, absolument rien… Je reste enfermée dans mon mutisme. Je suis impolie et désagréable. Je sais bien qu’elle ne pense pas à mal. Elle se contente de dire tout haut ce que ma mère pense tout bas. Comme toujours. Monique se lève et je n’ai pas dit un mot. Elle s’éloigne et aucun son ne sort de ma bouche. J’avale une gorgée de café.

Je me fais pitié, je vais rentrer. Je regarde ma montre.
-Merde…
Il n’est que 17h… Bah, tant pis. Je n’ai qu’à prétexter une tonne de travail. Je finis ma tasse et me lève. Je cherche ma mère du regard. Elle n’est plus aux côtés d’Angélique. Je récupère tranquillement mon sac et ma veste et trouve ma mère dans la cuisine, discutant avec mon père.
-Ah ! Marion, as-tu discuté avec Alek ? C’est un jeune homme très sympathique !
Mon père me mime une exaspération totale et elle lui met une légère claque sur l’avant bras. Il rit et je sens mes lèvres s’étirer. Je m’approche d’eux.
-Non, désolée, je n’en ai pas eu le temps, ce sera pour une prochaine fois !
Ils me fixent brusquement, semblant comprendre.
-Oh non, Marion, pas déjà ?
-Tu ne restes pas dîner avec nous ?
Je leur adresse un sourire désolé.
-Je passerai cette semaine, promis ! J’ai pas mal de boulot à faire ce soir, j’ai un dossier qui doit être bouclé pour demain matin.
Ils ont l’air déçus, et en plus je leur mens… Elle est pas belle la vie ?
-Bon… si tu as tant de choses à faire… Je vais leur dire que tu pars plus tôt…
-Ah ! Non ! Pas la peine de les déranger !! Tu leur diras quand je serais partie ! Ils sont tous occupés par la nouvelle attraction qu’est le fiancé d’Angélique !
Je refuse de dire au revoir à ce sale type. Et puis, je ne suis pas sûre d’être capable de regarder ma cousine dans les yeux…
-Si tu insistes…
Maman me prend dans ses bras et me fait la bise.
-Tu nous appelles pour nous dire quand tu viens hein ?
Papa m’embrasse sur les deux joues et ébouriffe mes cheveux. J’émets une sorte de grognement qui les fait sourire. Je sors par la porte de la cuisine en leur envoyant un baiser puis leur fait un signe de la main en passant devant la fenêtre.

Je pousse un long soupir. C’est enfin fini.
Bon, que vais-je faire quand je les reverrai ? Jouer l’indifférente, celle qui a tout oublié de la nuit qu’elle a passée avec cet inconnu ? Briser leur couple en apprenant à ma cousine que j’ai couché avec son fiancé ? Ou plutôt, non, qu’il a couché avec moi ! Ouais, ça revient au même… Mes pas crissent sur le gravier. Qu’est-ce que je peux… ?
-Hé !
Je m’arrête. Merde. Je reprends ma marche.
-Marion.
Je pivote sur moi-même, me retrouvant face à cet homme. J’ai un mouvement de recul ; je ne le pensais pas aussi près ! Quand s’est-il approché de moi ? Je fronce les sourcils.
-Quoi A-L-E-K ?
Il sourit. Mon dieu… c’est vrai qu’il est beau…
-Content de voir que tu as retenu mon prénom.
-Je te renvoie le compliment. Qu’est-ce que tu veux ?
Il a l’air surpris, voire gêné. Quoi ? Il ne se souvient vraiment pas de moi… ? Il passe sa main dans ses cheveux et ramène une mèche en arrière. J’observe son geste, il me semble s’effectuer au ralenti.
-C’est juste que… je pensais que tu resterais plus longtemps.
-Eh bien tu avais tort.

Je fais demi-tour et reprends ma progression. L’homme reste quelques secondes sans bouger avant de me rattraper et d’agripper mon poignet. Il me tire en arrière et me colle au mur.
-Je peux savoir ce qui te prend ? me souffle-t-il.
Je suis furieuse ; de quel droit fait-il ça ? Je me débats rageusement mais sans élever la voix.
-Lâche-moi espèce de…
-Non.
Je lève un regard stupéfait sur son visage. Il a l’air déterminé… à quoi, je ne sais pas, mais je ne tiens pas à rester dans le coin. J’évite soigneusement ses yeux. Même courbé, ce type est plus grand que moi… c’est rageant.
-Pourquoi ?
-Parce que je pense qu’il nous faut avoir une petite discussion.
-Entre adultes ?
-Oui.
-Alors lâche-moi.
Je suis passablement énervée, qu’il desserre son emprise, vite. Il soupire.
-Non.
-Quoi ?!
J’ai crié. Je m’excuse en bafouillant. Je ne sais même pas pourquoi je m’excuse. Je veux partir d’ici. Son corps est beaucoup trop proche du mien ! Je peux sentir son odeur ambrée dans l’air qui m’entoure.
-Laisse-moi m’en aller, j’ai du travail à faire !!
-Alors c’est ça. On dit que les hommes ont besoin de « tirer un coup », mais les femmes ne valent pas beaucoup mieux.
J’arrête immédiatement de me débattre et plante carrément mon regard dans le sien. Qu’est-ce qu’il raconte ? Il se fiche de moi ?!!
-C’est toi qui est fiancé, pas moi !
-Fiancé ?
Ne prends pas un air aussi ébahi !! Son parfum est entêtant, je le retrouve à chacune de mes inspirations, de mes expirations…
-Oui !! Avec Angélique !! Vous jouez aux petites voitures peut-être ?
-Pas vraiment... dit-il avec un sourire en coin, mais nous ne sommes pas fiancés ! Qui t’a dit ça ?
-Elle dit qu’elle veut t’épouser !
Ecarte-toi !! Cette fragrance va finir par m’obséder!! Je ne veux plus respirer.

Il a lâché mes poignets. Il passe une main sur son visage et pousse un nouveau soupir.
-C’est n’importe quoi… On se connaît depuis à peine trois mois. On ne vit même pas ensemble.
Alors c’est ce qu’elle veut mais elle n’en a pas touché mot à son amant ? Question stupide, ça ne change rien…
-Tu l’as tout de même trompée.
Il recentre son attention sur moi et je me noie à nouveau dans ses yeux. Non, ce n’est pas bon du tout. Je dois me ressaisir !
-C’est vrai mais…
Il dépose les paumes de ses mains de chaque côté de mon visage et se rapproche de moi pour chuchoter la fin de sa phrase.
-…je l’ai appelée ce matin pour lui dire que je désirais rompre.

Je me fige quelques secondes et sonde son regard pour n’y trouver qu’un puit sans fond. Je perds soudainement mon sang-froid. Il faut que je dégage mon corps de la prison qui l’enferme ! Dans mon dos, le mur est froid, de part et d’autre de ma tête, les bras de cet homme et face à moi, son corps, sa peau dont il me semble connaître chaque parcelle alors que je l’ai à peine effleurée.
Je me débats, je crois même que j’en viens à l’insulter. Je lui demande pourquoi. Pourquoi est-il venu à ce repas s’il voulait rompre avec Angélique, pourquoi voulait-il la quitter d’ailleurs ? Pourquoi m’a-t-il retenue, pourquoi me retient-il encore ?!
Prêcher le faux pour avoir le vrai ? Le pousser à bout ? Je me tais pour reprendre mon souffle devenu court, mes joues sont en feu, je manque d’air. Il ouvre la bouche avec l’évidente intention de répondre à mes questions. Mon regard se voile.

Il n’a rien vu venir. Ma main est partie toute seule et je crois avoir inconsciemment mis toute ma force dans ce geste. La gifle a été violente et résonne quelques instants en écho à un silence de mort.
Plus aucun son. J’ai honte. J’ai ramené ma main désormais fermée sur ma poitrine et fixe sa joue rougie par le soufflet. J’ai droit à son profil puisqu’il n’a pas esquissé le moindre mouvement pour redonner à sa tête sa position initiale. Des mèches de cheveux tombent sur ses yeux ; je suis incapable de deviner ce qu’il pense.
D’une légère poussée des mains, l’homme s’éloigne du mur, laissant tomber ses bras le long de son corps. Il ne bouge toujours pas sa figure, ne dit pas un mot. Voilà, j’ai eu ce que je voulais, je peux partir. Une simple gifle… c’était tellement facile… pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ?
Je décolle mon dos du mur et m’éloigne pour retrouver ma voiture. Je m’installe au volant et démarre. Je ne le regarde pas, je n’en ai pas besoin. Je sais qu’il n’a pas bougé. C’est étrange de pouvoir certifier une chose pareille… présumer des actes d’autrui… Pourtant, je suis absolument certaine qu’il n’a pas fait un seul mouvement alors que mon véhicule passe le portail et s’engage sur la chaussée.

Je ne prends pas l’autoroute ; je veux profiter du paysage et rallonger autant que possible le trajet qui doit me ramener chez moi. J’ai envie d’être libre ; libre de penser tout mon saoul. Les petites routes se suivent, se croisent et se séparent. Les décors s’enchaînent les uns après les autres, modifiant la toile au fil de ma progression et de mes envies. Je longe le bord de mer. Je m’arrête et sors de la voiture en claquant la portière. Je cours au milieu des herbes, jusqu’à atteindre ma destination. Le sable, l’eau, enfin.
Je m’accroupis et reste à contempler l’infinité de l’océan. Les minutes s’égrènent. Les vagues lèchent consciencieusement les grains de sable dans de continuels flux et reflux. La mer étend ses bras jusqu’à l’horizon dans le vain espoir d’enlacer le ciel, amant éternel, éternellement insaisissable.

Je me souviens avoir discuté avec Alek. Il m’a paru sympathique, séduisant. Je me rappelle l’instant où il m’a proposé d’aller chez lui ; celui où j’ai accepté également. Nous avons continué à parler un certain temps, savourant l’alcool que contenait la bouteille, jusqu’à…
Les nuages s’amoncellent, toujours plus sombres. Le vent se lève, balayant le sable sur son passage. Je remets machinalement en place une mèche de cheveux qui s’échappait.
Je me demande ce qu’il a ressenti quand je l’ai giflé. A-t-il été blessé ? Dans son amour propre ? Sa fierté masculine ? … ailleurs ? Pourquoi ne lui ai-je pas donné cette claque plus tôt ? C’était pourtant tellement simple ! Si simple…
-Merde…
Des larmes roulent sur mes joues. Je n’avais pas envie, c’est tout… J’enfouis mon visage dans mes bras.

Le ciel pleure cette mer qu’il ne peut atteindre… Quelques gouttes de pluie s’écrasent sur mon pare-brise. Je suis déjà dans le centre-ville. Je trouve rapidement une place et m’y gare puis je cours jusqu’à l’immeuble où je vis, mon sac au dessus de la tête dans un espoir de protection face à l’eau qui tombe, de plus en plus forte et insistante.
Arrivée à quelques mètres de l’entrée, je baisse ma besace et la fouille fébrilement à la recherche de mes clefs. La porte du bâtiment est sécurisée par un code mais pour mon appartement, c’est une autre histoire ! J’ai déjà été cambriolée et les verrous abondent désormais…
Je m’arrête brusquement et laisse tomber sac et clefs au sol.

Il est là. Il est adossé au mur, à côté du clavier digital, les mains dans les poches. Il est trempé, la chemise noire colle à sa peau, des mèches de cheveux lèchent son visage. Il me fixe. Il ne sourit pas, son regard est froid. Il sort sa main droite de la poche où elle était et me fait signe d’approcher.
J’obtempère. Je ne sais pas pourquoi. Je ne récupère même pas les objets qui se noient peu à peu dans une flaque grandissante. Je suis devant lui, beaucoup trop proche de lui.
L’homme passe son bras dégagé autour de ma taille et me colle à lui, achevant de tremper mes vêtements. Il libère son autre main et la glisse doucement sur mon visage, décollant une mèche de cheveux pour la passer derrière mon oreille.
Je ne réagis pas, je l’observe. Je me laisse griser par sa présence, oubliant que je ne devrais pas.
Il laisse sa main gauche continuer son trajet, jouant avec mes cheveux d’un air absent. Il effleure ma nuque et je frémis imperceptiblement. Il plonge son regard dans le mien et je me perds à nouveau. Il rapproche nos visages et je sens nos lèvres entrer en contact. Il approfondit l’échange et j’en profite quelques secondes, lâchant un nouveau frisson alors que sa main quitte ma taille pour descendre sur mes fesses, possessive. Je savoure le contact avant de prendre conscience de son absurdité ; je repousse l’inconnu brutalement, me dégageant de son étreinte.

Le charme est rompu, la réalité a repris ses droits.
Nous nous affrontons. Je m’éloigne pour récupérer mes affaires désespérément immergées.
-Je suis venu au repas car elle refusait de rompre et d’écouter mes explications.
Je m’arrête. Je reprends ma progression. Je passe ma main sur ma bouche. J’ai encore son goût sur mes lèvres, ma langue est toute imprégnée de sa saveur.
-Je voulais rompre car je l’avais trompée.
Je suis arrivée à mon sac. Je m’accroupis pour le soulever et voir de l’eau en couler. Je dépose un regard vide sur mes effets. Qu’il continue de parler… pitié…
-Je t’ai retenue parce… parce que je l’avais trompée.
Sa voix faiblit, elle est rauque. Mes yeux s’embuent. Ces foutues clefs n’ont plus d’importance, je ne les vois même plus. Je tourne toujours le dos à cet homme. Je me rappelle le goût de sa peau… je ne pensais pas qu’on pouvait garder ce genre de souvenir…
-Je ne voulais pas que tu partes, c’est tout…
La pluie couvre presque sa voix. De quand parle-t-il ? Du repas ? De ce matin ? Des deux ? Je ne sais pas. Je ne suis pas sûre d’avoir envie de savoir. Je me mords la lèvre jusqu’à avoir un goût de sang dans la bouche. Là, c’est mieux. Je ne veux plus de sa saveur.

Je ne veux plus rien de lui. Je n’ai jamais rien voulu. Je me relève, sac et clefs en main. Je me retourne et m’approche de lui. Mon regard est déterminé, mon ton dur, plus que je ne l’aurais voulu peut-être…
-Tu ne voulais pas que je parte ? Et comment m’aurais-tu retrouvée si je n’avais pas été la cousine d’Angélique ?!
Il a l’air déstabilisé, semble ne pas comprendre. Ce sont ses yeux qui paraissent se perdre cette fois. Et le voir ainsi me rend horriblement mal à l’aise. Quelle hypocrite je fais… Je m’amuse à le détruire alors que je… Merde… C’est hors de question, je ne faiblirai pas.
-Je… j’avais ton adresse avant de savoir que…
-Quoi ?!
Là, c’est moi qui ne comprends plus rien ! Comment a-t-il eu mon adresse ? C’est vrai ça ! Je vois mal Angélique la lui donner ! Est-ce que je serais en train de me faire avoir à mon propre jeu ? Je lève les yeux sur lui. Il me regarde toujours. Je sursaute. Il a l’air plus sûr de lui, comme si… comme s’il avait… compris ? Il soupire.
-J’ai appelé Vincent ce matin…
J’écarquille les yeux. Merde. Vince !!! Quelle abrutie je fais ! C’est lui qui nous a présentés !
-Tu sais, si je te dégoûte totalement, tu peux me le dire, je te laisserai tranquille.
Me dégoûter… ? Toi?! Absolument pas ! C’est vraiment bizarre d’ailleurs… Il a trompé ma cousine, avec moi de surcroît, mais je ne parviens pas à y voir du mal. Peut-être parce que m’en rendre compte m’a plus écoeuré de moi-même qu’autre chose…

Je relève la tête et regarde l’inconnu qui me fait face. Il semble attendre que je lui réponde, d’une manière ou d’une autre. C’est l’occasion de l‘envoyer promener définitivement. Oui, définitivement…
-Je…
Merde. Je n’arrive pas à le dire. Pas à lui, pas en le regardant dans les yeux ! C’est pourtant la moindre des choses !! Ses yeux cherchent les miens qui se font fuyants. Non, non, non ! Je dois me ressaisir ! Mais tous mes devoirs semblent se perdre avec cet homme…
Il prend ma main vacante entre les siennes et l’embrasse. Il est brûlant… Il va attraper la mort trempé comme il est ! Je me demande s’il est ici depuis longtemps…
-On va monter à mon appart’, il faut que tu te sèches ! Tu vas tomber malade si ça continue !
La surprise s’affiche sur son visage. Je veux taper le code sur le clavier mais il arrête mon geste.
-Non.
Je tourne la tête vers lui, cherchant à comprendre.
-Je veux une réponse. C’est très charitable à toi de vouloir me protéger de la pluie mais je crois qu’il ne vaut mieux pas.
Charitable ? Je reste figée. Il a raison, c’est vraiment stupide de ma part. Je rougis mais il ne s’en aperçoit pas, tout occupé qu’il est à observer l’eau tomber sur la chaussée. Il éternue. Je ne peux quand même pas le laisser comme ça !! Les secondes passent et je garde le silence, tiraillée entre les diverses solutions qui s’offrent à moi. Son attention est revenue sur moi. Au bout de quelques minutes, il pousse un soupir.
-C’est bon, j’ai compris Marion.
Je tressaillis et relève brusquement la tête vers lui. Il me tourne le dos, il s’éloigne. Oui, c’est mieux comme ça, je n’ai même pas eu besoin de parler…

Je repense à Monique. Que vient-elle faire dans ma tête ? Je me souviens sa mine triste, mon désir de lui dire un mot gentil. C’est exactement pareil, je n’ai rien dit. Je n’ai fait que le blesser ! Aucun mot ne me vient à l’esprit ! Angélique me revient en mémoire. Il l’a blessée !! Il doit l’être à son tour !!
De l’eau perle sur mes joues. Ce n’est que de l’eau de pluie, rien que de l’eau de pluie… Alors pourquoi est-ce que mon regard s’embue… ? Le rideau de l’averse me sépare de lui, mes yeux fixent son dos de plus en plus loin alors que mon esprit se perd encore une fois.
Je n’ai pas envie qu’il parte !!
J’ai envie de le toucher, de caresser sa peau, son corps, jusqu’à en connaître chaque parcelle !
J’ai envie de le regarder, de dévorer son visage encore et toujours, à ne jamais m’en lasser !
J’ai envie de l’écouter, de boire sa voix, ses mots, mon prénom dans sa bouche !
J’ai envie de le respirer, de retrouver son odeur sucrée autour de moi à chaque seconde !
J’ai envie de le goûter, de savourer ses lèvres, sa bouche, sa peau !
J’ai envie de lui ! Je le veux tout entier, je ne veux pas qu’il parte, surtout pas !!
Reste, je t’en prie, ne t’en va pas...

Je l’ai rattrapé. Je suis accrochée à sa chemise, le souffle court. Je sanglote. Quand me suis-je mise à courir ? Je suis dans ses bras, j’ai chaud malgré la pluie glaciale. J’enfouis ma tête dans son cou en essayant d’étouffer mes pleurs. Je sens sa peau contre la mienne. Je vois, non, je regarde cette peau, essayant d’en dissocier les différents grains. Je l’écoute chuchoter des mots pour me calmer. Je respire son parfum que la pluie n’a pas totalement effacé.
J’appuie l’arête de mon nez contre sa gorge. Il se tait. Je ne pleure plus. Il resserre ses bras autour de ma taille, comme s’il avait peur que je ne prenne la fuite. Je relève la tête et m’approche doucement de son visage. Il se penche vers moi. Je l’embrasse.
Je goûte sa saveur… Je glisse mes mains sur son torse et passe mes bras autour de son cou. Je savoure cet instant. Nous le faisons durer…
Nos lèvres se séparent finalement et nous reprenons notre souffle. Je le dévore du regard. Il me semble faire de même. Nous éclatons de rire. Sans raison, juste… nerveusement peut-être.
Il ne pleut plus. Je ne sais pas à quel moment la pluie a cessé…
Nous repartons en discutant timidement vers mon immeuble et je descends ma main que j’ai mise dans son dos. Je repense à la cicatrice. Je me demande d’où Alek la tient…

Fin

Oui, je sais, j’ai honte ! XD ; Je n’arrive pas à croire que j’ai écrit ce texte… ôo ;;
Je trouve le résultat vraiment étrange, inégal aussi ! ; Argh… -fuit à toutes pattes-
/me revient
Vous savez... faut pas hésiter à laisser une petite review hein... X3 -angel-



Return to Top