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Juste un petit mot là-dessus... C'est une histoire toute simple, une belle romance, mais le contexte historique n'est peut-être pas respecté.
Shonen-ai.
Avril. Rien qu'à entendre ce nom, j'en ai des frissons. Je lui ai toujours dit qu'il avait plutôt bien choisi ce pseudonyme, car son visage est un reflet de printemps, légèrement parsemé de tâches de rousseurs, blond comme les blés trop mûrs, la peau pâle sans être diaphane, pour moi, il ressemblait plus à une fleur qu'à un gamin des rues... Parce que gamin, ça il l'était. De toute la bande, il était le plus jeune avec ses treize ans, alors que moi je culminais à dix-sept (d'après nos dates de naissances approximatives).
Au moins, il était la personne qui me faisait oublier que je crevais de faim, de froid, et de soif...
Les coups de feu, les alarmes, les alertes constituent notre champ sonore journalier. Chaque morceau de nous dehors est en danger. On nous tue pour la simple raison que nous ne sommes plus d'accord, et que nous avons faim. Dehors, on scande la mort du roi, de la reine... Quoi que du peu que je puisse savoir sur cette reine, elle ne m'a jamais semblé néfaste. Certains disent qu'elle dévore tout l'argent de France et que c'est de sa faute si nous avons faim, et d'autres affirment qu'elle n'y est pour rien, qu'elle est arrivée trop jeune au statut de reine...
Moi, je n'en pense rien, ce n'est pas à cause d'une seule personne si les rues ne sont plus sures à cause de la famine...
Avril. Il est ce qu'on pourrait dire le rayon de soleil qui m'a sortit d'une torpeur. Au début, on l'avait trouvé dans un cul-de-sac...En fait, ce sont plutôt des cris qui nous avaient alerté. J'étais avec deux gars, à chercher un minimum syndical à se foutre sous la dent, et on a entendu une sorte de dispute suivit de cris de douleur. Bon, d'habitude, on est pas du genre sympa à aller défendre les inconnus, mais là, je ne sais pas vraiment ce qui m'a pris. Je n'aime pas les gens qui tuent de sang froid, sans raison apparente. Et là, je n'avais pas trouvé de raison apparente. Donc, dans mon élan de pitié, je suis allé à la rencontre de la personne qui allait y passer, alors que les deux gars avec moi gardaient précieusement le peu de pain qu'on ait pu trouvé. Et c'est dans un cul-de-sac que j'ai trouvé Avril, à moitié mort par terre, mais conscient. Je me souviendrais toujours de ce regard presque méchant qu'il m'a jeté et de cette expression de défi posée sur son visage. Quand il a comprit que je ne lui voulais rien de mal mis à part l'aider, il s'est évanoui. Ce qui a fait rire mes deux compagnons d'ailleurs. Je l'ai alors amené à notre repère, et n'ayant pas non plus un de ces hôtels de noble, il a séjourné dans mon lit. Ce qui a fait encore plus rire mes acolytes. Notre relation maintenant n'étonne personne, nous sommes peut-être des gosses de rues, mais pas des gens stupides non plus.
C'est après les divers soupçons de toute la bande, qu'Avril a du raconté son passé. Il nous expliqua donc qu'il était orphelin, qu'il avait servi auprès d'une grande dame de la Cour maintenant disparue, qu'il vivait dans la rue depuis trois ans, que pour survivre parfois, il se prostituait (cet aveu a laissé bouche-bée beaucoup d'entre nous, et le pauvre Avril était respecté grâce à ça). Je me suis trouvé tout de suite pris d'amour pour lui. Pauvre enfant perdu qui ne demandait qu'un peu de tendresse. Bien avant que nous annoncions notre semblant de relation aux autres, j'avais eu tout le loisir de parler avec lui. Jamais, il n'avait révélé son vrai prénom, il me raconta son enfance dans la servitude de Versailles, puis sa déchéance dans la rue, tout. Et malgré moi, je m'attachais à lui comme à un rêve. Il m'avoua aussi qu'il ne vivrait pas vieux, ayant les poumons trop fragiles, qu'il redoutait chaque hiver, et qu'il se demandait comment il avait pu tenir jusqu'ici. Trop d'innocence dans sa voix et moi, je capitulais.
Et l'automne arrivait doucement. J'aurais pu aussi lui donner le nom d'Octobre, ce mois lui allant si bien. Il m'expliqua aussi qu'il avait choisi de s'appeler Avril, simplement parce qu'il était né le premier avril. Et moi je renchérissais sur sa ressemblance avec le printemps. Pour la première fois, je l'entendis rire. C'était beau, très beau. Grâce à ça, je suis littéralement tombé amoureux d'un ancien serviteur, d'un prostitué, d'un gamin des rues. Et je lui ai dit. Clairement, sincèrement, sans aucune honte. La seule femme avec qui j'ai vécut, était une serveuse dans une auberge miteuse. Je devais avoir six ou sept ans. Et la seule chose que cette femme a pu m'apprendre (car, il faut avouer qu'elle ne pouvait pas vraiment m'élever avec son peu de revenu, et aussi par le fait qu'elle me cachait aux yeux de tous pour qu'il ne m'arrive rien dans ces années de faiblesse), c'est de ne jamais refouler ses amours et passions, car elle l'avait trop fait et se trouvait donc à travailler dans un endroit aussi pourrit que notre époque, sans enfant, sans amis et sans époux.
Comment a t'il répondu ? J'ai cru d'abord qu'il allait rire, qu'il allait m'insulter, ou disparaître...Mais non, rien de tout cela. Il a répondu d'un baiser. Je n'y aurais jamais cru et même encore maintenant. C'était un baiser d'enfant, je l'ai tout de suite sentit. Dans toute sa pudeur, et sa retenue. Juste une légère caresse, un effleurement, un souffle. On peut dire que ce geste a tout enchaîné. Nos amours, nos disputes, nos pleurs. J'ai tout fait pour le protéger, les autres s'en foutant légèrement que nous soyons amis ou que nous partagions le même lit à autre fin que celle de dormir. J'ai découvert un flot de sentiments et de sensations juste avec lui. J'ai eu peur, j'ai aimé, je l'ai aimé. Je passais même plus de temps avec lui sur les toits que dans la rue à chercher de quoi manger, la Révolution étant terminée, je ne me rendis pas compte de l'été qui venait de passer, de l'automne qui se terminait et de l'hiver qui arrivait dangereusement.
J'avoue ne pas aimer cette saison, mais en sachant que je risquais de perdre Avril à chaque jour qui se faisait, je me démenais pour l'empêcher ne serais-ce que de mettre le nez dehors. Gérer une bande d'orphelins, et un malade était assez difficile, j'avoue même qu'à certains moments, j'aurais voulu disparaître. Mais non, car il y avait un jeune garçon qui comptait sur moi, et tout une bande de malheureux aussi. Et je me mis à détester encore plus l'hiver qui fut particulièrement rude, à croire qu'on me mettait au défi. Avril tomba malade malgré mes attentions, et j'eus beau supplier tous les médecins des alentours, les guérisseuses, les apothicaires, aucun ne voulut me donner leur aide. Après tout, un gamin de moins est une bouche de moins à nourrir...et les services gratuits n'étaient pas leur fort non plus...
Je m'efforçais donc de garder Avril vivant jusqu'au printemps, après j'étais certain que tout irait de nouveau mieux. Ce qui arriva. En Mars, il respirait la bonne santé et son sourire était radieux. Mais au fond, je ne savais pas qu'il me mentait, qu'il faisait semblant d'être guéri pour que je cesse de m'inquiéter. Il ne me le dira qu'après...
Avril. Nous vivions de nouveau normalement. D'amour, d'eau fraîche et d'une faim qui commençait à s'apaiser. Je me découvris une passion pour la poésie, et je m'amusais à lui lire les vers des divers recueils que nous avions volé chez un libraire. Et lui s'éteignait doucement sans que je le vois. Nous approchions d'Avril, et je voulais lui offrir le plus cadeau du monde. Bien qu'il voulut m'empêcher, me répétant que tout ce que j'avais déjà fait pour lui était déjà la meilleure chose qu'on pouvait lui offrir... Alors je décidais de lui écrire un poëme. Oui, j'étais peut-être un orphelin, mais je savais lire, écrire, et penser...Je n'étais pas non plus un paysan de bas étage !
Et dans mon amour aveugle, je ne remarquais pas que son corps se flétrissait comme toutes les fleurs les plus belles, que ses yeux perdaient leur éclat espiègle. Il gardait le silence sur un éventuel retour de maladie. Il ne me disait rien mais m'aimait toujours. Sans le dire avec des mots, je ne le connaissais que trop...Son naturel timide ne pouvait se permettre d'avouer de pareilles choses.
Premier Avril. Avril. Je ne le trouvais pas. J'avais beau fouiller le repère de fond en comble, il avait complètement disparu. Ses affaires n'étaient plus là non plus, et personne ne l'avait vu sortir. Un sanglot lourd m'emprisonnait... Fallait-il qu'il choisisse un tel jour pour mettre les voiles ? Sans un au revoir, rien... Il me restait les toits... Nous avions passé des nuits entières sur les toits de Paris, alors dire sur lequel il pouvait être m'était complètement impossible. Mais je partis dans cette recherche. Je grimpais de toits en toits, les ménagères m'hurlaient dessus, les chats miaulaient de rage quand j'atterrissais à quelques centimètres d'eux. Je fis les beaux quartiers, ceux où nous rêvions généralement, les quartiers pauvres, Montmartre, et toujours rien. Je fis un tour des cimetières où nous nous étions déjà promener. Et toujours rien. J'arrivais devant Notre-Dame quand une mélancolie amère s'empara de moi. Il était partit, c'était son droit. Je m'asseyais sur les marches froides devant la cathédrale et essayait en vain de chercher un endroit où il pouvait être. Je n'osais même pas approcher les bordels... Et là, j'eus le souvenir qu'il avait toujours voulu visiter cette cathédrale...Un espoir presque douloureux me gonfla la poitrine et je m'élançais vers le lieu sacré. Je me jetais à l'intérieur tel un fou furieux, accrochant un homme d'église au passage, demandant s'il ne l'avait pas vu, et rien, mais je ne pouvais m'empêcher de chercher, je pris les escaliers menant aux clochers et donc aux toits. Je savais qu'il adorait les vues de Paris, et la sensation grisante de la hauteur. Je grimpais les marches quatre à quatre, et c'est essoufflé que j'arrivais en trombe sur le toits d'un des clochers.
Avril. Il était là, un baluchon à ses cotés. Je l'entendais respirer difficilement. Quand il me vit, c'est un sermon que je reçus, je ne devais pas être là, je ne devais pas voir... Voir quoi ? Sa mort, m'avait t'il répondu. Et à ses mots, je compris tout. Pourquoi il était là, sur le plus haut toit où nous pouvions allé, avec ses affaires, et quelques unes à moi, pourquoi il s'éteignait doucement. Je ne pus retenir mes larmes. J'allais le perdre, et à cause de quoi ? De moi et de mon amour aveugle. C'est dans ses bras frêles que je suis allé me réfugier. Lui parfaitement serein à cette approche de la fin et moi perdant tout moyen. Malgré tout, je lui souhaitais un bon anniversaire, et il me répondit qu'il ne pouvait pas rêver mieux. Et je lui déversais dans mes mots tout mon amour. Je me sentais déchiré, mort, prêt à tomber dans le néant. Il arborait toujours ce magnifique sourire calme. Une quinte de toux le prit, et j'eus l'impression qu'il se déchirait les boyaux. Du sang macula sa main, et j'essuyais celui qui s'était échoué sur sa bouche. Je n'arrivais presque plus à percevoir cette respiration sifflante et faible qu'il avait. Il murmura quelques mots, me faisant signe de me pencher. Je lui demandais son nom, son vrai nom. Il articula difficilement que le plus beau nom qu'il pouvait avoir était celui que je lui donnais. Puis, reprenant le peu d'air que son corps lui laissait prendre, il souffla ces mots que jamais je n'avais espéré entendre. Ceux qui sont si difficiles, et qui pourtant valent le monde entier...
Avril. Son regard éteint se posa sur moi, et il me quémanda un baiser, comme le premier... Coma, coma, coma. Je ne pouvais m'empêcher de vouloir pleurer. Je lui offris cette dernière caresse, un effleurement, un souffle. Il articula encore quelques mots, qui firent battre mon cœur plus vite. Il se lova contre moi, comme il aimait à le faire, et me sourit. De nouveau, il fut prit d'une toux dévastatrice, et j'entendis un craquement sec. Ses yeux se fermèrent doucement, et là je compris que c'était terminé. Avril était mort.
Vingt ans après, je n'ai plus jamais aimé personne. J'ai dit adieux à la bande de garnements qui croyaient en moi, et je suis partis vivre seul dans les vieux coins de Paris. Mourant de faim, de froid et de soif... Mais plus à cause de la Révolution, c'est un choix personnel. Je me garde au seuil de la mort, pour que le souvenir d'Avril reste. J'ai écrit son histoire, et je garde au fond de moi la notre.
Il s'appelait Charles, comme un de ces poètes que nous aimions tant, on l'appelait Avril, il était beau, et il était mon Printemps.
Août 2006