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Auteur: Assaya
Titre : Les Innommables - Chapitre 9 : Une dernière prière
Petite Note : Et voilà donc le dernier chapitre des Innommables ... Désolée d’avoir été longue à l’écrire, mais j’ai eu beaucoup de mal à l’imaginer et à la transcrire comme il le fallait ...
Sofi : Non, les Démons ne sont pas assexués. Keyralt est un Mâle, un vrai ! mdr
Obscura : Merci pour ton petit mot ! Vu ton enthousiasme, j’espère que tu ne vas pas être déçue !
Bonne lecture, et laissez-moi un petit commentaire !
Une jeune femme se détacha de la foule pour grimper quatre à quatre le grand escalier de pierre blanche, et le rejoignit. Les joues rosies par sa précipitation, elle demanda à Edris de venir se joindre à la fête. Il refusa tout d’abord, peu enclin à s’amuser avec insouciance comme le faisaient tous ces gens.
Mais la jeune femme insista, et, à force d’arguments, Edris finit par accepter. Il avait beaucoup de mal à lui refuser quoi que ce soit. Non seulement parce qu’elle adoptait souvent un petit air suppliant auquel il était difficile de résister, mais aussi parce que c’était elle qui avait pris soin de lui, lorsqu’on l’avait trouvé agonisant aux abords du village. Une amitié doublée d’une certaine complicité s’était tissée entre eux. Sa présence et sa bonne humeur chassaient tous les soucis qui assombrissaient parfois le visage du jeune Sorcier.
Marie l’entraîna dans le grand esclier, puis tous deux se fondirent dans la foule qui dansait et riait. Les deux jeunes gens se mirent à danser à leur tour. Edris se devait d’être agréable avec sa jolie cavalière et de paraître un tant soit peu joyeux, même si dans le fond, il ne l’était pas vraiment ...
Cependant, Edris se laissa peu à peu emporter par l’allégresse qui régnait. Il fit danser son amie autant qu’elle le désirait, et plaisanta avec quelques hommes autour d’une chope. Pour eux, il n’était qu’un malheureux garçon qu’un Démon avait failli tuer et qui avait eu la chance de s’en sortir. Ils ne connaissaient de lui que son prénom et ne posaient pas de questions. Tout le monde ne pensait qu’aux Innommables qui avaient enfin disparu. Que pouvait-il y avoir de plus important ?
Son séjour dans l’Ancienne Cité, ses journées aux côtés de Keyralt, les douloureux combats dans l’enceinte du Sanctuaire ... Tout cela ne semblait être rien de plus qu’un lointain cauchemar. Edris n’avait pas revu le Démon qui avait été son allié depuis son réveil dans cette ville, et cette absence accentuait encore davantage cette impression. Peut-être avait-il rêvé, peut-être ces monstruosités n’avaient-elles pas eu lieu ...
Pourtant, la marque qu’avait laissée Keyralt sur son cou était encore visible, et cette liesse qui transportait les habitants de ce village, et sans doute de bien d’autres de part le monde, prouvait bel et bien que le combat contre les Innommables et son dénouement étaient bel et bien réels.
Les Innommables avaient enfin disparu ... On était resté dans le doute, craignant qu’ils reviennent. Mais les Sorciers avaient en grand nombre rejoint l’Ancienne Cité, et ils avaient constaté que les créatures des ténèbres étaient de nouveau scellées derrière la Porte. On ignorait quel héros avait eu le courage et la force nécessaire pour accomplir un tel prodige, mais beaucoup pensaient qu’il en avait perdu la vie. Les non-initiés avaient accueillis les paroles des Sorciers avec soulagement et joie. Si les Sorciers garantissaient qu’il n’y avait plus rien à craindre, alors c’en était bel et bien fini des Innommables !
Edris était resté allité plusieurs jours, d’abord inconscient, puis agité par une forte fièvre. Il avait perdu la notion du temps, et c’est grâce aux récits de Marie qu’il avait pu se tenir au courant des évènements. Il n’avait rien dit sur le fait qu’il soit mêlé à la disparition des Innommables ... Qui l’aurait cru de toute manière ? Et puis ... On lui aurait certainement posé des questions. Il n’avait rien dit et il n’avait pas l’intention de le faire. Virevoltant au milieu de ces inconnus qui portaient leurs plus beaux atours, au bras de cette jeune femme qui riait, Edris tentait de tout oublier. Et pourtant ...
Son regard se figea instantanément et il interrompit sa danse, suscitant l’étonnement chez sa cavalière. C’était peut-être le fruit de son imagination ? Pourtant, là-haut, sur la plus haute marche de l’escalier se découpait une silhouette élancée vêtue de rouge. Une longue chevelure sombre ruisselait sur ses épaules.
« Qu’est-ce que tu as, Edris ? »
La jeune Marie tentait en vain de comprendre ce qui attirait ainsi le regard de son cavalier, au point de le paralyser sur place de la sorte.
« En haut des marches ... Souffla Edris. »
Sa voix était quelque peu étranglée par la surprise.
« En haut des marches, il n’y a rien ! Remarqua Marie, perplexe. Allons, dansons ! Reprit-elle joyeusement, le coeur à la fête. »
Mais le Sorcier ne bougea pas. Son regard n’avait pas quitté la silhouette qui se tenait immobile. C’était lui, il en était certain. Il se trouvait exposé à la vue de tous. Et pourtant, personne ne semblait remarquer sa présence ...
« Je vais me reposer un peu. Dit finalement Edris. Je te rejoins dans quelques instants, je te le promets. »
Inquiète pour la santé du garçon à peine rétabli, et soucieuse de le ménager, elle ne broncha pas. Elle le laissa s’éloigner, pensant qu’il avait peut-être envie d’être seul.
Edris fendit la foule à grands-pas. Le soleil avait presque totalement disparu derrière l’horizon. Et pour la première fois depuis longtemps, la nuit ne serait pas une menace.
Parvenu au pied du grand escalier, Edris leva son regard vers le Démon, qui s’était approché de quelques pas. Silencieux, la gorge un peu serrée pour une raison qu’il ne parvenait pas à comprendre, le garçon monta les marches. Il se trouvait encore à bonne distance de Keyralt, mais pourtant, il sentait déjà son aura chaude et tranquille, reconnaissable entre toutes.
À mesure qu’il s’approchait, il détailla le corps du Démon. Plus aucune blessure, plus aucune trace de fatigue n’entachait son allure noble et fière. Vêtu avec élégance de rouge et de noir, son visage était figé en une expression pleine d’assurance. Ses yeux félins étaient braqués sur le nouvel arrivant, et un discret sourire satisfait étirait lèvres. Il semblait encore plus indimidant que dans ses souvenirs. Edris se sentit gagné par la gêne, comme à chaque fois qu’il se surprenait à penser à Keyralt d’une autre manière que le ferait habituellement un homme ...
Edris parvint finalement aux côtés du Démon. Il dissimula sa gêne derrière une grimace agacée :
« Tu n’as pas trouvé de moment plus approprié pour venir me voir ? Il y a plus discret qu’une fête de village. Remarqua-t-il d’une voix chargée de reproches.»
« Ils ne peuvent me voir. Toi seul à ce privilège. Répliqua Keyralt, amusé. »
« C’est trop d’honneur ... »
Keyralt laissa échapper un rire, face à l’air contrarié qu’affichait le jeune Sorcier.
« Ne t’inquiète pas, je ne t’importunerai pas longtemps. Je suis simplement venu te faire mes adieux. Je pensais que nous devions marquer la fin de notre alliance, maintenant que notre tâche est accomplie. »
Le visage d’Edris se décomposa au fil de ses paroles. Cependant Keyralt poursuivit :
« Je te remercie pour le sang que tu m’as offert. Il m’a probablement sauvé la vie. C’est pour te remercier que je t’ai laissé la vie sauve et conduit à ce village pour qu’on te soigne. Alors, j’espère que nous sommes quittes ? »
« Que nous sommes quittes ? »
La voix du Sorcier avait littéralement explosé.
« Alors c’est tout ? Fin de notre alliance, nous sommes quittes, et adieu ? »
Keyralt pencha un peu la tête sur le côté, l’air joueur, et les anneaux d’argent qu’ils portaient à ses oreilles tintèrent doucement.
« Qu’attendais-tu d’autre ? »
Edris se sentit désarmé, autant par ses paroles que par son air espiègle. Comment lui avouer qu’il avait espéré ... qu’ils restent encore un peu ensemble ? Ne serait-ce que quelques jours de plus ... Quelques jours de plus, comme lorsqu’ils vivaient dans leur tanière, dans l’Ancienne Cité, et que Keyralt veillait sur lui ... Pourquoi ? En fait il ne savait pas vraiment ... Tout était si confus et inavouable ...
« Est-ce que tu aurais aimé qu’on reste ensemble encore quelques temps ? S’exclama Keyralt, comme s’il lisait ses pensées. »
Son ton moqueur semblait vouloir dire que cette idée était tout bonnement stupide.
« Pourquoi faire ? Reprit-il de plus belle, acide. Je ne vois pas pourquoi nous devrions nous supporter plus longtemps. À moins que ... Tu aimerais jouer avec moi ? »
Le regard gourmand du Démon écoeura Edris. Il n’avait donc pas de coeur ? Pas de sentiments ?
« Ne raconte pas n’importe quoi ! »
Edris pouvait cacher son trouble derrière sa colère ... Cette stupide créature ne comprenait vraiment rien. Pourtant, Keyralt reprit d’une voix sérieuse, inflexible :
« Notre alliance a pris fin, Edris. Nous sommes de nouveaux ennemis. Je reprends le cours normal de mon existence, et toi de la tienne. J’ai absorbé assez de sang et d’âmes humaines pour retrouver toutes mes facultés. »
Edris baissa les yeux. Cette simple déclaration lui faisait mal. Comment avait-il pu oublier que Keyralt était un Démon ? Que cet être, aussi attirant puisse-t-il être, se nourrisait de sang et d’âmes humaines ?
« Je vais enfin pouvoir rejoindre mon Seigneur et bientôt, la guerre pourra reprendre. »
« Quoi ? »
Edris espérait que c’était une plaisanterie. Pourtant, Keyralt semblait perplexe, comme si la réaction courroucée d’Edris le surprenait.
« Nous sortons à peine d’une bataille contre les Innommables, il y a eu de très nombreuses victimes, tant de gens ont soufferts ... et toi tu veux reprendre la guerre ? »
« Je t’ai toujours clairement laissé entendre mes plans, Edris. Remarqua Keyralt d’un air détaché, presque désinvolte. »
« J’avais pensé que tu y avais renoncé ... »
Un rictus déforma les traits du Démon :
« Pourquoi aurais-je changé mes plans ? »
« Ce qui s’est passé dans le Sanctuaire n’a donc eu aucune importance pour toi ? »
« J’ignore de quoi tu parles. Rétorqua Keyralt froidement. Nous faisions une bonne équipe, dommage que nous devions être ennemis. J’avoue m’être attaché à toi. Mais tu restes un Humain. Un Démon ne s’encombre pas d’êtres aussi faibles, aussi mignons soient-ils ... »
Il tendit la main vers Edris mais le garçon la repoussa froidement. Le malaise l’étouffait ... Son coeur cognait avec violence dans sa poitrine. Il se sentait vacillant ... Qu’avait-il fait ? Il avait sauvé la vie de celui qu’il aimait, c’est ce qu’il avait pensé ... Mais il avait en réalité sauvé la vie d’un meurtrier. D’un Démon qui avait tué et qui tuerait encore de nombreuses victimes ... Il avait donc, une fois encore, libéré un monstre ...
Il fallait qu’il s’en aille, qu’il s’éloigne de ce Démon dont il ne supportait plus la présence.
« Finalement, tout ça n’était qu’un jeu pour toi ... Dans ce cas tu as raison. Nous n’avons plus rien à nous dire. Reprends ta guerre si ça te chante. Mais si les Démons s’en prennent aux Humains, les Sorciers se dresseront de nouveau devant eux, et j’en ferai partie. »
Edris descendit quelques marches, et il entendit la voix de Keyralt derrière lui :
« Je ne sais pas si les Dieux existent vraiment, mais je prierai pour que l’on ne se revoie jamais, Edris. Car ce serait pour nous affronter. »
Edris s’immobilisa, et se retourna lentement pour détailler une dernière fois la silhouette du Démon. Le charme de cette créature surpassait sans doute celui de tout être Humain. Malgré sa nature, malgré ses actes, son seul regard suffisait à lui tordre le coeur. Edris reprit finalement son chemin, tournant le dos au Démon :
« Je prierai aussi. »
Lorsqu’il eut regagné la foule enjouée qui n’avait cessé ni ses danses ni ses chants, le Seigneur de Flammes avait déjà disparu.
Pas taper ! Pas taper ! Nan pas les tomates, j’ai appris à les esquiver ! Haha ! Nan pas le fouet !!!
Plus sérieusement ... Et voilà, c’est fini. Je sais que beaucoup attendaient une belle fin pleine de romance mais ... j’ai pas pu. Ah, j’ai essayé, mais rien à faire, je pense que ça ne pouvait pas terminer autrement. Nos deux héros sont bien trop différents, trop de choses les séparent ... Ou alors il aurait fallu que leur relation avance davantage durant leur « séjour » dans l’Ancienne Cité ( T’entends Key ? T’as pas été assez entreprenant ! ) Enfin, voilà une histoire qui se referme ... ça me fait un petit quelque chose. C’est si rare que je termine une fiction !
A bientôt peut-être pour une autre fiction ... Je n’ai rien de prévu, encore ... Enfin disons que j’ai beaucoup d’idées mais rien de concret. Je ne peux que vous conseiller de jeter de temps en temps un coup d’oeil à mon profil.
Merci à tout ceux qui m’ont lu ça fait teeeeerriblement plaisir, et merci encore plus à tout ceux qui m’ont laissé un pti mot, ça encourage, et c’est très agréable d’avoir un retour en ce qui concerne sa fiction. N’hésitez pas à me donner votre avis !