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Auteur : Youkai Yuy
Résumé : Il existe, dans l’Au-delà, un Esprit envieux de posséder un corps, il sera alors à la recherche du plaisir qui lui donnera cette chair tant désirée. Et si un Humain croisait sa route ? Une relation serait-elle possible ? Quoiqu’il en soit, pour eux deux, un jour ordinaire a changé et s’est fini soudainement. OS & Yaoi
Le Plaisir Damné
Dans l’Au-delà, un Esprit errant entra dans le Département des Existences Définies. Il avait déjà vu faire, envieux, et savait qu’il fallait se placer dans l’hexagone aux lignes encore ternes.
Après avoir rejoint le centre de la figure, il laissa courir sa conscience jusque dans le système céleste et activa le magnétisme ; les lignes devinrent alors luminescentes et des étincelles blanchâtres s’en échappèrent.
L’entité spirituelle patienta jusqu’à ressentir de douloureux picotements qui devinrent seulement désagréables après un temps. Il pouvait sentir sa silhouette se dessiner bien qu’il ne put l’apercevoir à cause du nuage de fumée généré par les vives étincelles et qui l’enveloppait à présent.
Bientôt, sa vue se limita et il paniqua un instant en découvrant qu’il lui était maintenant impossible de voir à l’arrière sans avoir besoin de faire un quelconque geste de la tête, elle-même en cours d’être nouvellement créée. Des poussières s’étaient rassemblées afin de former chaque os qui configurait son crâne, il sentit la chaleur des muscles s’enroulant autour de chacun d’eux jusqu’à le recouvrir totalement. Et, suite à un intense étirement, une fine peau enveloppa le tout, une nouvelle couche s’y superposa pour la rendre plus résistante puis lorsque les pigments commencèrent tout juste à se mettre en action pour colorer sa peau, tout s’arrêta.
Un esprit malin de l’Au-delà venait de pénétrer le système et l’avait stoppé. Le rire grinçant qui se fit un chemin jusqu’à ses oreilles pour ensuite résonner dans sa boîte crânienne lui prouva également qu’il était parti prévenir les autorités de cette intrusion.
Une faiblesse vertigineuse s’était éprise de l’esprit encore présent et celui-ci ne put rester debout sur ces jambes qu’il ne se sentait pas capable de manipuler.
L’arrêt du système n’avait pas provoqué de dégâts sur son apparence à l’exception de l’étrange pâleur de sa peau qui laissait légèrement apercevoir quelques veines pulsantes. Mais ce dont il fut conscient, en portant son nouveau regard sur les informations exposées sur la palette plasmatique lui faisant face, c’était que l’espérance de vie de son organisme avait à peine eut le temps d’être programmée. Il fut chagriné de cet échec.
Il avait entendu dire que l’euphorie mettait en place la durée autorisée de mise en action du système nerveux et que seul le plaisir physique et moral, ressentis de manière simultanée et ce le premier jour de Nouvelle Lune, assurait une espérance de vie maximale et profitable même si elle n’avait encore jamais été totalement enclenchée jusque là.
Et l’esprit résidant dans ce corps savait que la réponse à son besoin se trouvait sur Terre parmi les contacts physiques entre les humains.
Alors il se força à avancer avant d’être repéré. Pour cela il dû ramper, tirer sur la force inhabituelle de ses bras et se hisser de nombreuses fois sur ses jambes à l’aide d’appuis environnants dans le but de faire fonctionner toutes les fibres encore inutiles de son corps. Mais cet effort fut réalisé de nombreuses fois en vain. Puis, finalement, il fut capable d’atteindre le portail spatial tandis que le signal d’évasion de la zone des ‘êtres non autorisés à exister’ retentissait une première fois. Il se répéta ensuite mais il fut incapable de l’entendre, ayant déjà franchi la barrière le séparant de ces humains inaccessibles.
Seulement, il avait oublié de craindre la réception et elle lui fit le privilège de révéler sa présence en se faisant brusque et douloureuse.
L’esprit dans ce corps d’homme s’en remit mais il ignorait où avait démarré sa chute et quel était l’endroit dans lequel il avait atterri ; c’était juste sombre et isolé, ce qui lui suffit.
Caché du regard de tous, il commença, tout d’abord, par tenter de tenir sur ses jambes, ce qui lui prit de son précieux temps. Et il profita des quelques heures qui s’étendaient devant lui pour apprendre à marcher selon le model humain dont il se souvenait lorsqu’il épiait les cours d’attitude civilisée organisés pour les esprits autorisés à rejoindre l’un de ces corps préfabriqué.
L’esprit corporel finit, à force d’observer la foule environnante, par découvrir l’habit et, sans hésitation, il s’engagea à attraper un humain au hasard et à l’amener à part dans une rue adjacente pour lui ôter sa tunique et les deux bandes de tissus enroulées qui recouvraient ses jambes –constituant un pantalon d’après l’affiche luminescente de publicité pour les soldes. Il se rappela la façon dont l’homme, maintenant inconscient, les portait et fit de même, fier de sa trouvaille.
Son esprit étant forcé à l’intelligence et à la mémoire instantanée concernant les bases de la vie humaine, il copia dans son esprit chaque mot qui lui parvint. Mais la fonction limitée de son ouïe le déçu et l’énerva bien qu’il soit reconnaissant envers ces sons plus distincts qu’il avait été habitué à entendre en résonné, auparavant.
Il se décida à sortir de sa ruelle déserte pour aller à la découverte des rues utilisées plus habituellement. Et, alors qu’il marchait sur ses jambes encore instables, il croisa un Humain au détour d’une rue. Ce dernier ne lui porta qu’une infime attention comme il le faisait pour d’habituelles rencontres futiles mais le simple fait qu’il ait dirigé son regard sur l’Esprit fit l’effet à celui-ci d’être reconnu et il sentait qu’il devait le suivre, sa curiosité face à ce regard le lui criait. Alors il fit demi-tour, arrangea l’équilibre précaire de ses jambes et copia ses pas sur ceux qui le précédaient.
L’Humain, de son nom Hesrel, ne remarqua tout d’abord rien. Il se contentait de suivre sa route, ayant pour destination les galeries marchandes.
Arrivé à celles-ci, il dû se frayer un chemin entre les passants pour accéder à l’entrée et la dépasser.
Puis, alors qu’il regardait quelques vitrines présentes sur son chemin, étant à la recherche d’achats occasionnels, il lui sembla qu’une présence désagréable et continuelle se trouvait non loin de lui.
Il entra dans une grande librairie et, baissant le regard car n’osant pas le tourner directement vers cette présence, il aperçu des pieds nus proches des siens, il sursauta à cette vision déplacée et plus proche qu’il ne l’aurait pensé.
Reprenant contenance, il passa alors rapidement dans un rayon, puis dans un autre, rusant, afin d’apercevoir la silhouette de l’inconnu entre deux étagères, ne voulant pas avoir à se retourner grossièrement même s’il ne savait pas que cela ne dérangerait pas cet inconnu qui ignorait tout des politesses humaines. Il put même voir son visage pâle suffisamment longtemps pour graver ses traits dans sa mémoire, l’ombre dans leur marquage les rendant presque simiesques. Et tout cela avant que l’intéressé ne puisse le rejoindre devant ce nouvel étalage.
Visiblement, il persistait et continuait de le suivre sans se poser aucune question sur le comportement fuyard du concerné. Ce dernier fut alors dans l’obligation de déployer toute sa volonté pour tenter de semer ce garçon. Pour cela, il dû changer de magasin à plusieurs reprises, espérant le perdre. Mais ce fut seulement sur le chemin du retour, où il se mit à courir –ayant remarqué l’instabilité de l’autre et y prenant avantage –que Hesrel pensa être parvenu à son but.
Ceci fait, il rentra plus calmement dans son bâtiment, escaladant les marches le menant jusqu’au seuil de son appartement qu’il pénétra après avoir jeté un dernier coup d’œil vers la cage d’escaliers vide.
Il retira tout d’abord ses vêtements d’extérieur d’un geste habituel. Il se rendit alors compte que son cœur battait plus vite qu’il ne l’aurait pensé mais il était vrai que se faire suivre avec autant de détermination était assez effrayant. Toutefois, il s’autorisa à prendre quelques temps pour se calmer et récupérer son souffle qu’il avait perdu lors de sa course.
Il était près de midi et Hesrel pensa à se préparer de quoi déjeuner mais il voulait d’abord préparer ses affaires pour ses cours de l’après-midi, ce qu’il fit alors.
Pendant que les feuilles, qu’il réorganisait dans sa pochette, défilaient sous ses yeux, il en profita pour réviser quelques notions.
Tandis qu’il terminait son rangement et que son sac était fin prêt pour les prochaines heures d’enseignements à suivre, il entendit la sonnerie résonner, indiquant une présence de l’autre côté de la porte.
Il se dépêcha alors d’atteindre l’entrée pour ne pas faire attendre cette personne dont il ignorait l’identité et il actionna la poignée avec nonchalance et sans méfiance. Il découvrit alors l’étrange inconnu le suivant plus tôt lui faisant face, ses grand yeux noirs vitreux le fixant.
Hesrel resta figé et sans réaction. L’autre garçon en profita alors pour entrer et regarder tout l’intérieur avec curiosité, saisissant par-ci par-là des objets afin de les tâter et de les regarder de plus près. Puis il s’intéressa à Hesrel, le regardant sous tous les angles, semblant l’analyser. Le sujet de ses pensées était mal à l’aise bien qu’il ait trouvé, plus tôt, des manières adorables chez cet inconnu lorsqu’il inspectait les divers objets. Mais il sentait des sueurs le parcourir tandis que ce même inconnu touchait, sans hésitation, son visage, recommençant ses gestes fait avec les autres objets. Il lui souleva ensuite quelques mèches de cheveux châtains comme pour découvrir ce qui se cachait en dessous mais, n’apercevant que de nouvelles parcelles de peau ou encore d’autres cheveux, il parut déçu.
Hesrel se surprit à sourire, amusé par ce spectacle bien qu’il n’y comprenait rien ; il avait complètement oublié l’incongru de cette situation.
Il secoua pourtant la tête dans le but de remettre ses idées en place et commença à poser les questions prioritaires.
« Qui es-tu ? »
L’adressé s’interrompit dans ses actions alors qu’il était entré dans le salon et s’approchait de la télévision.
« Une forme existante. Eist.»
Il se regarda un instant dedans, les yeux curieux devant les contours de son visage déformés par le léger renflement de l’écran. Il s’en éloigna et se dirigea ensuite vers la cuisine.
Hesrel fronça les sourcils devant le début de sa réponse, la trouvant incompréhensible bien qu’un sens devait sûrement exister pour cet Eist, il ne retenu d’ailleurs de cette réponse que le nom. Il s’engagea alors à le suivre jusque dans la cuisine pour le garder à l’œil et quémanda une nouvelle fois des informations sur lui.
« D’où viens-tu ? »
Eist commença à toucher aux boutons parcourant la cuisinière mais Hesrel, le voyant faire, se précipita et retira ses maigres mains des plaques. Ne s’offusquant pas devant ce geste, il répondit toutefois.
« De loin. Quelque part là haut. »
Il leva les yeux au plafond. Surpris de ne pas rencontrer le ciel, il les rabaissa et continua.
« Ou peut-être quelque part ailleurs, je ne sais pas… je ne sais plus. »
Il reporta son regard mélancolique sur Hesrel.
« J’ai tout oublié…je crois. ».
Une justification à ce comportement et qui serait liée à ses paroles vint alors jusqu’à l’esprit d’Hesrel: il était certainement amnésique.
« Sais-tu pourquoi tu es là ? » Voulut-il tout de même savoir, hésitant et choisissant ses mots.
Eist continua à le fixer, sans gêne.
« Oui. J’en ai une vague idée.»
Hesrel l’incita, d’un signe de tête encourageant, à en dire davantage, ce qu’il fit.
« Pour me créer. »
« Je ne comprends pas. Pourquoi es-tu venu vers moi ? » Murmura alors le garçon châtain comme s’il se parlait à lui-même.
« Pour que ce soit toi qui me crées. » Avait-il répondu, comme si c’était une évidence.
« Moi ? » S’interloqua aussitôt Hesrel. « Mais de quelle création parles-tu ? »
« Je veux devenir un être constitué de chair. »
Il eut un regard perdu devant cet étrange amnésique aux paroles si incompréhensibles et sur un fond particulièrement malsain.
Qu’est-ce qui le poussait à prononcer ces paroles ? Que signifiaient-elles pour lui ? Hesrel voulait savoir tout cela. Cet Eist l’intriguait un peu trop. Et il ne semblait pas vouloir lui en faire savoir davantage sur lui et ses intentions. Mais il ne savait pas quoi faire de lui. Seulement le garçon agissait déjà comme s’il était chez lui et un sourire en coin montrait qu’il était heureux bien que son regard soit anxieux.
Soudain, il le vit ouvrir un placard au hasard, semblant s’émerveiller de son ouverture, et prendre un paquet de biscuit maladroitement, faisant en tomber d’autres. Il le porta à son oreille et le secoua. Satisfait de ne pas le savoir vide, il chercha ensuite un moyen de voir ce qu’il y avait à l’intérieur puis, résolu, il finit par l’éventrer. Hesrel le regardait faire, quelque peu inquiet. Ceci dit, cela n’empêcha pas Eist de prendre un gâteau, le retournant tout d’abord entre ses doigts, pour ensuite en croquer un bout. Il sembla surpris en en sentant le goût dans sa bouche. Mais ce ne fut pas assez pour occuper son attention et il reposa le biscuit entamé. Décidant d’arpenter le reste de l’appartement, il laissa tout en plan.
Hesrel le rejoignit sans attendre alors qu’il était déjà entré dans la salle de bain.
Il regarda un moment les alentours, sursautant en se découvrant dans cette plaque capable de refléter les gens. Puis, habitué à son physique, il ignora son double et entra sans se poser de questions dans un endroit étroit. Se dressaient alors devant lui deux robinets. Il avança sa main, puis hésita, le rouge ou le bleu ? Il aimait le bleu, c’était de la même couleur que les yeux de Hesrel alors il appuya fortement sa main dessus… mais rien. Il s’empressa aussitôt de tirer, de tourner dans un sens puis dans l’autre et, sans que le propriétaire de ces yeux bleus n’ait pu intervenir et lui faire savoir la désagréable chose qui allait arriver, un jet d’eau glacée se projeta sur lui. Pensant à une attaque, il fit un bond et voulut s’en débarrasser à l’aide de ses mains mais rien, ce liquide paraissait invincible alors il tenta de s’en dégager mais un pan de mur le repoussa. Et il paniqua parce que ce lieu ne voulait pas de lui.
Hesrel éteignit rapidement l’eau et le retira, ignorant ses cris de protestations en pensant à un nouvel agresseur. Ils en tombèrent à terre sous les gesticulations et Eist connut la chaleur que produisait le contact humain, il voulut en avoir davantage mais Hesrel l’avait séparé de lui en l’entravant d’un long tissu blanc et épais.
« Garde cette serviette sur toi. » Précisa-t-il.
Ce bref échange de contact fut suffisant pour rappeler à Eist la raison véritable de sa venue : il était à la recherche d’une vie.
Mais, avant que Hesrel ait pu lui demander de retirer ses vêtements et de se sécher un minimum, il était déjà parti gambader dans le couloir adjacent, un bout de serviette à la bouche, ignorant sa fonction et ne sachant pas quoi en faire d’autre.
Alors Hesrel ne put que regarder et suivre de loin cet étrange garçon, accompagné de son sourire un peu fou. Il ne pouvait s’empêcher de penser à toutes ces bizarreries qu’il faisait comme s’il ne connaissait plus rien de tout ce qui faisait ce monde.
Ignorait-il alors tout de la vie ? Quel évènement avait été capable d’entraver à ce point sa mémoire ?
Il vit alors le garçon s’arrêter et il stoppa sa marche aussi, par réflexe. Eist se retourna, saisissant son ventre, apeuré, il en avait lâché sa serviette. Hesrel s’inquiéta de cet air jusqu’à ce qu’un grondement venant du ventre d’Eist s’éleva dans les airs. Ce dernier s’était aussitôt plaqué la main sur la bouche comme s’il cherchait à camoufler ce son en le gardant en lui. Mais son impuissance le terrifia lorsqu’il entendit un nouveau bruit semblable au précédent. Il tourna la tête dans tous les sens pour chercher s’il venait d’ailleurs mais son attention se reporta instinctivement sur Hesrel lorsqu’il le surprit à rire doucement. La formation de sa bouche et le son irrégulier qui en sortit plurent à Eist bien que le regard bleuté fuyait sa présence. Il dit cependant :
« Il me semble que tu as faim. »
Eist se rappela alors que se nourrir était vital pour des êtres humains tandis que Hesrel espérait qu’il n’ait tout de même pas oublié jusqu’à la signification des mots. L’Esprit fit la moue, déçu de devoir respecter cette obligation.
L’Humain ne se formalisa pas de son expression et lui dit :
« Il faut d’abord que tu te changes et ensuite je te ferai de quoi manger. »
Il s’avança jusqu’au garçon aux cheveux couleur charbon et commença à lui soulever sa tunique dans le but de la lui ôter, sans pudeur aucune. Mais Eist poussa un cri offusqué et horrifié devant cet acte, se dégageant aussitôt de ces mains trop familières. Il ne se sentait pas encore à l’aise lui-même avec ce corps et refusait alors, par devoir improvisé, que quelqu’un d’autre le touche si tôt, ce contact entre deux peaux le surprenant à chaque fois.
Hesrel avait fait un bond en arrière sous le soudain geste de rejet, il n’en fut pas vexé mais était embarrassé face aux conditions de ce jeune homme intouchable.
Puis Eist agit, après un nouvel accord avec lui-même, comme si de rien n’était, repartant dans ses activités sans but. Mais il n’oublia pas le passage par la cuisine où il attendit le propriétaire des lieux dans l’espoir qu’il s’occupe de son estomac. L’attendu s’était résolu à ne pas contredire la volonté du garçon et préférait garder ses distances vis-à-vis de son corps à présent collé par ses vêtements mouillés.
Arrivé dans la cuisine, il comprit rapidement le désir d’Eist. Il prépara donc un rapide repas composé de mets divers afin de lui faire re-découvrir le goût des différents aliments. Il en profita pour se sustenter également. Il dû même attendre que Eist finisse, ce dernier ayant pris beaucoup de temps pour découvrir chaque produit qui lui faisait face, d’abord sur le plan physique puis sur le goût. Il en recracha d’ailleurs certains, n’aimant apparemment pas les choses acides car elles le faisaient sangloter tandis que leur acidité lui piquait la gorge. Lorsque tout fut fait de son point de vue, il s’apprêta à partir sans un regard sur les dernières victuailles éparpillées sur la table ni sur Hesrel qui se retint de lui saisir le bras dans le but de l’arrêter dans son action et qui se résigna alors à le suivre tout en lui parlant.
« Écoute, je dois sortir pour assister à des cours, que comptes-tu faire ? »
« Attendre la Nouvelle Lune »
Hesrel le regarda en coin, une note suspecte dans la voix.
« Tu ne te souviens de rien mais tu es au courant que la Nouvelle Lune est ce soir ? »
La tête d’Eist fit un rapide tour sur elle-même pour fixer le garçon de ses yeux davantage exorbités qu’auparavant. Partout dans sa tête ses pensées faisaient résonner la même phrase « Tout doit être fait ce soir, tout doit être fait ce soir, tout doit… ». Mais il ne répondit pas à la question de Hesrel. Ce dernier savait dorénavant que la lune avait un rôle dans les intentions du garçon mais ce fut sa seule pensée claire du moment et il ne lui était jamais venu à l’esprit le doute que tout soit planifié et que les décisions futures d’Eist pourraient être en sa défaveur.
Hesrel regarda sa montre et se força à se détacher de l’autre individu pour ne pas risquer de rater les cours préparatoires aux partiels.
Il lui demanda néanmoins :
« Vas-tu rester ici ? »
« Tu t’en vas ? »
Hesrel adopta un ton faussement exaspéré.
« Je t’ai dit que je devais partir » Devant l’air inquiet de son interlocuteur il ajouta « Mais juste pour quelques heures ».
Ceci dit, Eist restait soucieux, ne sachant pas ce que représentaient des heures et à quel instant l’absence de Lune serait officielle.
« Quand pourrais-je le savoir ? »
Hesrel se gratta le haut du crâne, cherchant à comprendre sur quoi portait cette question.
« Quand est-ce que je rentrerai ? » Tenta-t-il.
Mais ça ne parut pas être la bonne supposition vu qu’un regard agacé et énervé lui fut envoyé, montrant ainsi qu’il lui en voulait de ne pas comprendre assez vite.
« Non ! Je te parle de la Lune. »
« Oh. »
Hesrel ne put d’abord dire que cela, déçu de ne pas être le sujet de ces inquiétudes et trouvant réellement étrange cet intérêt pour la Lune.
« Et bien, quand il fera nuit. »
Eist sembla peu satisfait de la réponse alors il voulut visiblement en savoir plus et Hesrel ne put s’empêcher de se demander à quoi servait cette Lune pour qu’il sollicite tant de précisions à son sujet.
« Mais comment serai-je au courant de son absence ? Où dois-je porter mon regard ? »
Hesrel était amusé de ces naïves questions et de l’empressement d’Eist à connaître leurs réponses. Il réfléchit un instant, cherchant le meilleur moyen de lui répondre.
« La Lune est du genre à ne jamais te délaisser si tu prends soin de regarder le ciel noir, alors s’il t’est impossible de croiser sa lueur c’est qu’elle ne sera pas là pour veiller sur chacun cette nuit. »
« Tant mieux si elle ne veille sur aucun de nous deux. Je ne souhaite pas de témoins. »
Quel était le sens réel que cette phrase renfermait ? Ce fut avec l’arrivée de cette question en tête que Hesrel commença sérieusement à s’inquiéter mais, cette fois, de son propre sort. Que lui réservait ce garçon ? Et pourquoi se sentait-il incapable de l’éloigner volontairement de lui jusqu’à ce que ces yeux d’une noirceur malsaine ne puissent plus se poser sur lui ? Il se reflétait, dans ce regard, des projets connus de lui seul et qui effrayaient Hesrel.
Il se dégagea finalement de l’aura inquiétante d’Eist et l’abandonna à lui seul dans l’appartement, se disant que l’heure de ses cours ne saurait être retardée.
Mais, sur le chemin menant jusqu’à l’université, il eut une nouvelle pensée à propos de cette phrase. Si Eist attendait si impatiemment la venue de la Nouvelle Lune et aucun autre moment était-ce parce qu’il avait tellement peur d’elle et que ses projets étaient tellement mauvais qu’il préférait les cacher à cette inquisitrice ? C’était étrange.
A quelques mètres de l’entrée du bâtiment universitaire, il souffla puissamment pour dégager son esprit de pensées extérieures et imposa sa présence dans ce lieu.
†
Quant à Eist, il était tout d’abord resté immobile, donnant l’impression d’attendre que quelque chose se passe, peut-être était-ce aussi pour se remettre du soudain retrait de l’Humain ? Il se sentait furieux face à cette action alors qu’il aurait voulu en savoir plus afin de préparer la soirée qu’il prévoyait. Et il aurait souhaité pouvoir confirmer sa présence si indispensable pour ne pas risquer de retourner dans l’oubli simplement parce que la Lune n’avait pas été la seule à oublier de faire acte de présence.
A présent seul, Eist devait envisager une association entre chaque instant de sa soirée et ses actions pour amener Hesrel jusqu’à lui. A partir de là, il ferait en sorte de révéler une touche de désir afin d’être en moyen d’user tout d’abord de timides caresses abusives menant aux gémissements osés et ensuite de faire naître d’intenses contacts qui finiront par éclater sur une jouissance incontrôlée. Ceci fait, il en résultera alors une existence réellement intacte et sur longue durée pour lui.
Il ne savait rien des relations humaines et encore moins intimes bien qu’il ait surpris les ‘êtres amenés à exister’ se renseigner sur ce fait en visualisant des scènes retranscrites et légendées sur les écrans plasmatiques réservés à cette théorie. Mais il ignorait tout de la pratique, il savait seulement que le plus de contact possible était nécessaire pour un meilleur résultat de transfert. Il savait aussi que ce transfert ne se faisait que dans un unique sens, dans une unique position, c’était pour cela qu’il se devait d’obtenir la place dominante nécessaire au type mâle. Ceci dit, il ne lui vint pas en tête qu’il fallait plus de temps à un humain pour accepter de coucher avec un inconnu, notamment pour Hesrel vis-à-vis d’Eist, et que c’était pour cela que Hesrel ne serait certainement pas consentant lors de cette relation et qu’il était donc peu probable qu’il cherche à dominer, il aurait bien assez à tenter de se défaire de son étreinte.
Eist repassa en tête les différentes préparations nécessaires à la pratique. Il était apparemment impératif de ne pas les oublier auquel cas il y avait eut énonciation d’une certaine douleur chez le dominé.
De plus, certains disaient qu’un endroit confortable était préférable mais lui n’y voyait pas d’importance. Les choses devaient juste se passer, il n’y avait donc pas besoin de perdre du temps en s’encombrant de ces détails.
Il passa tout le reste de temps réservé au soleil dans ce ciel encore trop bleu, à se déplacer en pensant à tout ce qu’il se devait de faire dans la soirée, qu’importe où qu’il aille dans cet appartement, il lui fallait attendre que les « quelques heures » passent.
Quelques heures, quelques heures…il ignorait tout de cette mesure du temps et il s’impatientait, surtout qu’il était persuadé que la lumière du jour avait décliné.
Il s’était collé à l’une des fenêtres, guettant le ciel qu’il tentait d’obscurcir de son regard bien qu’il craignait justement que cela arrive trop rapidement, juste au moment où Hesrel serait encore il ne savait où mais loin de lui. Et cette distance entre leur deux corps le frustrait, il ne faisait plus que penser au moment où il lui faudrait s’introduire, puisque tout s’activait à partir de là.
Il avait cligné un instant des paupières, mais ce fut assez pour que la nuit se fasse un peu plus présente, d’après lui.
Il continua d’attendre. Cette attente si insoutenable l’amena à se cogner la tête contre la vitre, d’abord doucement puis il donna un grand coup, poussé par son énervement. Il fit alors la découverte de la douleur. Il fronça les sourcils d’agacement puis ils se surélevèrent d’eux-mêmes au bruit d’un cliquetis provenant de la porte.
Eist courut alors jusqu’à l’entrée et un grand sourire vint orner ses lèvres lorsqu’il fut convaincu que c’était bien son humain qui venait de le rejoindre dans l’appartement. Il semblait euphorique rien que par cette vision, ce qui étonna grandement Hesrel à qui il faisait penser à un adorable mais surexcité gamin devant une surprise qu’on lui faisait.
Eist ne voulait plus attendre car, par la faute de cet horaire d’hiver, la nuit était soudainement tombée. Il tira alors Hesrel par la manche, ce dernier voulut l’arrêter, ne comprenant pas ce qu’il lui prenait.
« Que se passe-t-il ? »
Eist soupira, nerveux mais pressé, et voulut saisir une nouvelle fois l’habit de l’autre garçon mais celui-ci avait anticipé le geste et avait éloigné son bras au même moment.
« Je ne sais pas ce qu’il te prend mais il te faudra attendre car je n’ai que peu de temps, et je dois faire à manger maintenant. »
Eist se renfrogna.
« Je n’ai pas envie de cela ! »
Hesrel ressentit sa colère, il se força alors à rester calme pour ne pas la nourrir, redoutant ce que pourrait faire le garçon.
« Et bien, si ce que je fais ne te satisfait pas, j’aimerai savoir ce que tu veux réellement. »
« Juste toi ! Ou au moins ton corps, peu m’importe que ta conscience soit présente ou pas. »
Hesrel, les yeux écarquillés et à la lueur scandalisée, se détacha vivement d’Eist à cette phrase. Il prit des distances en rejoignant le salon mais l’autre garçon vint vite le rejoindre, ne comprenant pas sa réaction et se disant simplement qu’il agissait ainsi dans le seul but de le faire attendre dans son envie et ainsi l’énerver.
« Il ne me plaît pas d’attendre davantage, Humain ! Alors je te prierai de te coucher, là. »
Il avait énoncé son ordre calmement tout en désignant le sol d’un vague geste de la main.
Le concerné fut horrifié devant cette situation, il ne parvenait pas à y croire tellement il trouvait cette réalité absurde de par son incompréhension. Et il se reprocha sa trop grande confiance en Eist alors qu’il ne le connaissait pas, surtout qu’il lui avait paru douteux dès le départ mais qu’il avait oublié ce fait dès que l’étrange garçon avait pénétré son appartement. Il avait toujours fallu qu’il s’attache trop rapidement aux gens, quelque soit leur caractère ou leur apparence, et il ne parvenait jamais à les blesser mais maintenant c’en était trop, et il regrettait sa naïveté.
Il se sentait comme pris au piège entre ces deux pans de murs tandis que Eist s’approchait de lui bien trop rapidement à son goût. Il déglutit devant le reflet morbide des yeux du garçon. Il tenta un rejet verbal, seul moyen de défense à disposition.
« Je t’interdis d’aller plus loin, quelles que soient tes intentions. »
Eist s’arrêta quelques secondes, interloqué devant ces paroles auxquelles il répondit, reprenant de nouveau sa marche.
« Je ne comprends pas ton comportement. Ne souhaites-tu donc pas m’aider ? »
« Mais de quelle aide parles-tu ? N’énonces pas ce que comptes faire comme si c’était un besoin vital ! »
Hesrel s’affolait de plus en plus au fur et à mesure que la distance entre lui et l’autre garçon s’amincissait.
« Je ne compte rien te donner, Eist ! Et certainement pas ce genre d’aide ! »
Eist s’arrêta finalement devant lui, ses paroles n’ayant pas suffi à l’arrêter avant. Il le regarda de son regard malicieux.
« Pourquoi ressens-je une telle panique chez toi ? Est-ce la venue de l’excitation qui t’effraie ? »
Hesrel ne pouvait pas croire ces paroles, et pour renforcer cette conviction il ferma ses yeux fortement, noyant sa vue dans le noir. Il lui sembla alors que tout venait de disparaître aux alentours ainsi que la présence silencieuse de Eist mais le rire de ce dernier effaça cette impression de solitude latente.
Hesrel ouvrit brusquement les yeux lorsqu’il sentit quelque chose l’effleurer. Et, en effet, il s’agissait de la main de Eist. Il frissonna sous cette main si maigre qui le caressait. Un haut le cœur le prit, ce dégoût ressentit sembla lui donner suffisamment de courage pour le toucher afin de le repousser loin de lui. Il se dégagea aussitôt du coin dans lequel il s’était vu enfermé mais son opposant était loin d’en avoir finit avec lui et se précipita pour retourner à ses côtés, ce qu’il parvint à faire quand Hesrel perdit du temps à vouloir contourner un fauteuil et, ainsi, il fut projeté sur le tapis –il avait éviter de peu d’entrechoquer sa tête et le bord de la table basse à ses côtés.
Eist le dominait complètement, l’enveloppant de sa noirceur à l’en faire suffoquer. Il n’aurait pas dû ignorer les tremblements de terreur parcourant le corps crispé de Hesrel, tandis que celui-ci sentait des larmes de détresse venir inonder ses yeux, rendant ainsi sa vue floue, ce dont il fut reconnaissant, ne voulant plus voir Eist et sa langue qu’il approchait dangereusement de son visage.
Un sanglot dans la gorge, Hesrel fut incapable de respirer plus tandis que le garçon s’approchait de lui, satisfait de le voir à sa merci. Mais il ne voulait pas de cette langue poisseuse le goûtant.
Un instant, il voulut crier mais il se retint, craignant que son agresseur mortuaire ne profite de l’ouverture temporaire de sa bouche.
Un bout de langue vint caresser sans douceur sa tempe et il voulut, instantanément, se dégager de cette violente étreinte, il fit alors de brusques gestes dans le but de désarçonner son vis-à-vis, lui ouvrant ainsi une issue pour lui échapper. Mais Eist, par réflexe, saisit rapidement ses deux poignets pour les poser sèchement au dessus de sa tête, accentuant ainsi sa soumission involontaire.
Des doigts qui lui paraissaient répugnants à présent commencèrent à détacher chaque bouton à disposition et empêchant un accès immédiat à la peau. Mais il s’agaça de leur trop grand nombre sur sa chemise et passa rapidement au vêtement renfermant ce qu’il désirait.
Hesrel paniqua davantage si possible en sentant son jean s’ouvrir au niveau de son entrejambe. Il bougea alors ses jambes pour gêner Eist dans son action mais l’effet ne fut pas celui voulu.
Finalement, il laissa échapper son sanglot qu’il avait gardé jusque là.
Eist s’arrêta, il lui sembla qu’il venait de se rendre compte qu’il fallait qu’il s’occupe également de lui alors il souleva le bas de sa tunique et ouvrit de sa seule main disponible la braguette de son pantalon qu’il avait mis tant de temps à comprendre comment fermer. L’écoeurement de Hesrel ne fut que plus fort lorsqu’il se rendit compte qu’aucun sous-vêtement n’avait été mis sous cet habit. Il voulut alors détourner son regard le plus possible, impuissant, mais il fut attirer par un détail considérable concernant l’entrejambe d’Eist et que celui-ci parut remarquer également puisque son regard horrifié ne cessait de fixer l’endroit. Profitant de ce désintéressement soudain pour lui, Hesrel tenta de libérer ses mains. La poigne les renfermant étant moins forte, il parvint à en ressortir la gauche et, tandis que Eist reportait son attention sur lui et s’apprêtait à l’immobiliser de nouveau, il saisit le pied de la table et, de toute la force qu’il put, il la fit basculer. Celle-ci tomba alors violement et dans un grand bruit sur le dos et la tête d Eist. Le choc que reçu cette dernière sembla en perturber le fonctionnement.
Hesrel s’empressa de quitter sa position, Eist s’étant écroulé sur lui de tout son poids mais ne le retenant plus.
Le sordide garçon cligna rapidement et de nombreuses fois des yeux tout en fronçant les sourcils jusqu’à ce que ses paupières ne parviennent plus à s’ouvrir.
Et jusqu’à ce moment là, une vérité le harcela : il était entré en possession d’un corps asexué.
L’inconscience le submergea alors et elle dura, dura, si bien que la nuit de la Nouvelle Lune fut remplacée par un jour éclatant et rassurant pour un jeune homme traumatisé par les dernières heures. Mais ce qui le mena réellement à la folie fut l’absence de corps sous la table basse cassée qu’il découvrit le lendemain matin. Tout ce qui le composait s’était volatilisé, devenant ainsi aussi invisible que des photons.
†
Hesrel ne put jamais comprendre ce qu’il se passa ce soir là tout comme Eist avait toujours ignoré le fait que cette vie qu’il espérait tant gagner ne venait pas de nulle part et ce parce qu’il ne naît jamais quelque chose à partir de rien.
Et c’était pour cela qu’après le transfert de vie fait entre les deux, il n’aurait resté plus rien de Hesrel.
Et puis, il aurait été improbable que Eist puisse seulement être attristé devant ce pantin désarticulé qui lui ferait alors face car, même s’il était parvenu à mener une vie comme les autres êtres humains, il n’aurait jamais été doté de sentiments puisque ce n’est pas quelque chose que l’on apprend en copiant sur les autres.
Si personnels et si hors d’atteinte pour un personnage si peu profond, ayant pour seule envie celle d’exister. Et ce, sans jamais ressentir.
Quelle tristesse pour un être si seul et sachant uniquement penser.
…Fin…
Voilà un nouvel One Shot pour lequel j’apprécierai vraiment d’avoir vos avis.
Je vous embrasse bien fort.