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Tout est à moi. Ça fait vraiment un choc de l’écrire, c’est étrange mais pas déplaisant. Il s’agit de ma première originale alors soyez compréhensifs.
Genre : angst et yaoi
Rating : M, sans concession.
Ce rating n’a pas été choisi sans réflexion. Même s’il n’y a rien de véritablement graphique, l’ambiance et le milieu sont suffisants pour justifier le « M ».
Note 1 :
Un léger retard et un chapitre assez long… J’espère que vous me pardonnerez.
Note 2 :
J’ai longtemps hésité à poster cette fiction tant le sujet me tient à cœur. Un sujet difficile que je tente de traiter avec humanité.
Je vous demande de le prendre en considération, avec assez de recul pour ne rien y voir de plus.
Note 3 :
Je voudrais remercier trois lecteurs (lectrices ?) à qui je n’ai pas pu répondre par mail (j’espère juste que vous lirez ce chapitre). :
Amélie (C’est définitif, tu as pris l’habitude de laisser une review, je ne vais pas m’en plaindre. Merci pour tout, surtout d’être fidèle, ça me touche plus que je ne peux l’exprimer en quelques phrases.), Ptigrain (je ne sais plus si je t’ai répondu donc dans le doute je te remercie une nouvelle fois de tes encouragements. ), Mizu Senzo (J’ai bien reçu ta dernière review mais un problème de net m’empêche de te répondre comme tu le mérites, dès que je rentre de vacances tu recevras de mes nouvelles)
Merci à vous pour vos reviews.
Pensée :
Pour ma « Mama » à moi qui m’a quittée trop vite. Je ne t’oublierai pas.
Bonne lecture
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LE MONDE DE DEMAIN
Tranche d'Anicroche
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-v-
Mardi 6 mars 2007, en soirée
-
Un œil.
Un autre.
J’émerge pour directement le regretter. Le sommeil m’a apporté l’oubli. Là, ma tête se rappelle à moi.
Putain de bordel de queue !
J’ai maaaaal…
Je me sens mal aussi.
Très.
-
Alors que mes neurones se reconnectent difficilement, je me souviens.
De tout.
De mon humiliation.
De mon désir.
Du plaisir fugace aussi.
Je me souviens…
Trop.
-
Avec un grognement digne de mon statut d’asocial en période d’hibernation affectif, je me retourne. Nouveau regret, le sang bat douloureusement à mes tempes. J’halète.
Il faut que je trouve suffisamment de force pour me lever afin de prendre un cachet. Je le dois ou mon cerveau va griller, c’est une certitude, je sens déjà un odeur de porc à la broche tout-à-fait caractéristique. Elle m’enveloppe, je dois me dépêcher.
Courage, Côme, courage, ta survie est à ce prix.
-
Je me retourne vers le mur de ma chambre, m’entortillant un peu plus dans les couvertures jusqu’à ressembler à un saucisson ardennais. Les couleurs m’environnant me donnent la nausée, je n’ai que deux solutions pour m’en sortir sans haut-le-cœur : faire volte-face et, cette fois c’est sûr, finir étouffé par mes propres draps, ou fermer les yeux dans l’espoir un peu vain que le ton jaunâtre ait miraculeusement disparu à la prochaine ouverture de mes paupières.
Bordel, qu’est-ce qui m’a pris de partir en vacances en acceptant que ma mère en profite pour « rafraîchir » ma chambre ?
Je la vois encore toute pimpante me déposer chez mes grands-parents pour les vacances de Pâques l’en dernier, une étincelle de plaisir dans le fond de ses prunelles quand je lui assure pour la vingtième fois que, oui, ça me ferait plaisir de changer de décor. Après coup, je me dis que c’était un dialogue de sourd puisque je ne peux que constater que nous n’avons décidément pas le même référentiel.
J’ai mis plus d’une semaine avant de réussir à m’endormir entre le plafond zébré de vert pomme pour symboliser la nature reposante, et les murs flashy histoire d’égayer mon humeur. Super façon de me remonter le moral, il m’a fallu plusieurs mois avant de dormir sereinement. Quoi qu’il en soit, la capacité d’adaptation de l’être humain est saisissante : actuellement je ne les remarque plus, sauf quand je déprime.
Là, ma chambre, sensée d’après les livres de psycho de ma mère, être l’antre de l’adolescent en plein crise identitaire dans laquelle les parents se doivent de ne pas intervenir (il suffit de jeter un coup d’œil par la porte pour s’apercevoir que c’est foiré), se transforme en un endroit de cauchemar dont je me sauve pour me vider l’esprit.
Merci Maman.
-
C’est le juron qui retentit soudain dans ma chambre qui me fit prendre conscience de mon statut de bipède.
A peine sur mes jambes, je tombe en arrière et bénis la présence de mon matelas. Des taches noires devant les yeux, je patiente le temps que le monde reprenne de la consistance avant un nouvel essais. Il me laisse hors d’haleine, la tête à l’envers et l’estomac dans le fond de la gorge. Je suis debout.
La douleur qui pulse dans mon petit orteil me fait baisser mes yeux. Entre le pied de mon lit et mon orteil le combat a été acharné. Un coup a suffi pour agresser les nerfs de toute ma jambe et mon orteil vire maintenant au bleu.
Putain, mais quel abruti !
-
Marre…
J’en ai marre.
Littéralement.
Je le sens dans mes tripes.
Mon pied est douloureux, je suis là, comme un con, debout au milieu de ma chambre, et j’ai les larmes aux yeux, un sanglot dans la gorge, le corps à la limite de l’explosion pour un sujet futile.
J’ai mal et je suis ridicule.
J’en ai marre.
-
Je suis debout.
Bien.
Mais je vais gerber.
Pas bien.
-
Sans trop comprendre, je me retrouve la tête au-dessus de la cuvette. Les haut-le-cœur vont finir par éjecter mes tripes, je les sens qui cognent derrière ma glotte, cherchant par tous les moyens à se frayer un passage vers la lumière. Ma gorge est serrée, mon sang stagne dans mon cerveau.
Rien.
Pas un morceau de ma tartine du matin à moitié digérée ou un zeste du goût de mon ice-tea de la pause de dix heures qui reviendrait réveillé mes papilles gustatives. Je n’ai pas souvenir d’avoir ingurgité autre chose aujourd’hui.
A moins que ce soit déjà « hier » ?
-
Chaque relent est douloureux. Rien n’apparaît si ce n’est quelques gouttes de salive qui glissent le long de mes lèvres pour finalement tomber et former des halos dans l’eau des chiottes. Génial.
Je veux vomir ! Et je ne peux me décider à plonger deux doigts afin de dégager le passage. C’est au-dessus de mes forces.
Mal.
Terriblement.
Plus de résistance, mes yeux brûlent, mes larmes dessinent des formes multiples et arrondies dans l’eau stagnante.
-
Haletant, je finis par m’adosser à la porte de la douche. La fraîcheur contre l’arrière de mon crâne calme un rien les pulsations, me permettant enfin de me traîner vers la pharmacie.
Daphalgan 500.
Deux.
Un troisième après réflexion.
Petites pilules blanches qui me plongent dans la contemplation de la paume de ma main et ses volutes de veines. Si mon visage suit le même chemin, Yoda n’aura plus rien à m’envier, la couleur jaunâtre de mon teint doit se marier à la perfection au bleu de mon système veineux pour donner un vert stupéfiant.
-
Une gorgée d’eau et je serre les dents pour ne rien recracher. Ce n’est plus le moment de vomir, il ne reste que deux comprimés sur la plaquette.
Je me tiens à corps perdu au lavabo.
Ne pas tomber.
Pas maintenant.
Pas tant que je ne me serai pas débarrasser de ces putains de lentilles !
-
Je me fourre le doigt dans l’œil et laisse échapper un juron. Un mouvement malheureux et la seconde m’échappe pour se perdre dans le siphon. Adieu soussous… Vais me faire trucider par ma moeder.
M’en tape, je les remplacerai avec ma paie avant qu’elle ne se rende compte de quoi que ce soit.
-
Glissade le long du meuble les yeux fermés.
Ça tourne.
Ça pulse.
Je veux mourir.
-
Il m’a fallu du temps avant de me reprendre. Avant d’ouvrir les yeux pour observer mon environnement psychédélique de taches mouvantes. Avant que le monde retrouve de la consistance pour enfin exister sous mes mains, mes fesses, mon dos. Avant que mes muscles répondent aux injonction de mon hypophyse.
Il m’a fallu du temps avant que ma volonté soit plus forte que mon malaise. Quelques secondes ? Des heures ? Aucune idée.
Une certitude : je me souviens et je veux oublier.
Seule solution : que je me fasse troncher.
Mama.
-
Ma chambre, plus précisément ma garde-robe, m’appelle. Lycra ? Taille basse ? Aucune importance, j’attrape les fringues les plus suggestifs que comprend mon armoire. N’importe quoi fera l’affaire ce soir, je n’ai aucune obligation, si ce n’est de les ôter avec diligence.
Coup d’œil aux alentours. Je ne trouve pas mes lunettes mais aperçois mon gsm. On a vainement tenté de me joindre. Qui ? Facile. Nic. Tarek. Bizarrement Gilles à qui je n’ai pas souvenir d’avoir donné mon numéro ni d’avoir enregistré le sien. J’aimerais en avoir un de Davies mais je crois bien que c’est un peu trop exiger après ce qu’il s’est produit devant l’école.
Je ne suis plus juste épuisé soudain, je suis éclaté, comme si à la fatigue s’ajoutait le poids de l’accablement, fardeau invisible qui vient appuyer directement sur les cervicales, entraînant la nuque vers le sol, les épaules en hauteur, la tête vers les bas-fonds.
Dépression…
-
Son visage danse devant mes yeux. Son regard écoeuré, sa haine, son rictus… Je ne peux me débarrasser de l’impression désagréable que j’en suis responsable. Je ne le supporte plus. Je ne me supporte plus.
Je me donne envie de vomir.
Je ne veux plus y penser, plus réfléchir.
-
Vérification du nombre de capotes, de mes clefs, de mes clopes et je me barre.
-
- Qu’est-ce que tu fous, Côme ?
-
Agression de l’éclairage trop vif de la cage d’escalier. La lueur orangée des lampadaires se devinent par les fenêtres. Elle m’appelle, m’indiquant une donnée dans mon espace-temps aléatoire : nous sommes en soirée. Il fait noir dehors. Chat gris dans la nuit, l’anonymat m’attire.
Je pourrai sortir une fois que j’aurai évité l’objet contendant qui encombre le couloir.
-
- Je crois t’avoir posé une question, Côme.
- Dégage.
-
David hausse un sourcil, ne bougeant pas d’un poil.
Connard.
-
- Il est plus de 19 heures, où comptes-tu aller ? On va manger.
- Ça ne te regarde pas, laisse-moi passer.
-
Si ma chambre ressemble à s’y méprendre à l’antre d’un créateur fou, les couleurs du couloir se doivent d’être reposantes afin de permettre une compréhension mutuelle et un respect de chaque membre de cette famille… C’est râpé, Maman.
Là, les pastels des murs et des portes commencent à se mêler dans un désir évident de se rapprocher d’une peinture surréaliste, la tête de mon frère adoré comme un éclat de Pop Art. Putain, pourquoi n’ai-je pas retrouvé mes binocles ?
Il s’approche, je le repousse. J’étouffe. Il faut que je sorte. Vite.
Il ne bouge pas.
-
- Tu comptes continuer longtemps à déconner ?
- Barre-toi, bordel !
-
Une main sur mon épaule, je suis encastré dans le mur. Ma tête cogne. Mes tempes vrillent. Mes oreilles ont du mal à enregistrer.
Il se penche.
-
- Je n’ai pas parlé aux parents de ton… scandale à l’école. J’ai même calmé le jeu avec le pion, il paraît que tu es légèrement dépressif et excusable ces derniers temps. Tu as intérêt à adopter cette histoire car, si tu continues à me faire chier et à détruire ma réputation par tes gamineries, je n’hésiterai pas. Tu sais ce qu’il en résultera, n’est-ce pas ?
-
Il se retourne, descend. Je peux observer ses épaules raidies par la contrariété. Le fils parfait n’aime pas qu’on désapprouve ses décisions, il ne peut même pas le concevoir. Pauvre con.
Je l’observe, les mains sur la rambarde, imprudemment penché dans le vide de la cage d’escalier. Au rez-de-chaussée, il disparaît dans la salle à manger.
Je tremble.
Juste un peu.
-
Inspiration.
-
Rien à kicker. Là, ses états d’âme, il peut se les fourrer profond. M’en fous si son p’tit cul serré fini en pastèque.
Pas que ça me touche particulièrement d’habitude mais pour l’instant je veux juste me perdre, oublier et me faire enculer, encaisser l’allée et retour d’une bite, profondément, sans douceur, sans tendresse, sans passion, juste du vidage de couilles pour me sentir empli.
Mama.
-
J’achève ma descente des marches. Une après l’autre. Doucement… Je ne vois pas grand chose et il ne faudrait pas que je tombe. Pas ce soir.
J’ai des difficultés à passer ma veste. Mes gestes sont lents. Ou trop rapides. Saccadés.
-
- Côme ?
-
Le minuteur a joué parfaitement son rôle, le hall est noir comme dans un trou d’cul. La silhouette de ma mère en contre-jour, je n’ai aucune idée de son expression. La porte ouverte permet aux relents de porcs grillés de m’envelopper. Cette odeur n’était donc pas une hallucination, pas plus qu’il ne s’agissait de mes neurones en train de griller, mais la conclusion logique des essais culinaires de ma mère. Elle ferait mieux de se concentrer sur les recettes au lieu de s’éterniser sur la page « psychologie » du dernier Gaël, on aurait moins envie de vomir.
Moi, j’en ai l’eau à la bouche. Avant qu’on ne me la mette, je veux la prendre, jouer de ma langue, de mes lèvres, et sucer, fort, jusqu’à ce que ça me gicle au fond de la gorge, jusqu’à en gerber.
Mama.
-
- Ton frère m’a prévenue que tu sortais, c’est hors de question. Tu as cours demain et même si tes résultats étaient moins catastrophiques que prévus lors des derniers examens, ce n’est pas avec cette attitude que tu réussiras ton année. Tu dois te concentrer sur tes études afin de pouvoir suivre, quand comprendras-tu que tu n’as pas les capacités de David ?!
-
La fermeture éclair de ma doudoune se bloque à mi-parcours, le tremblement de mes doigts ne m’aide pas à m’en sortir. Shit !
Je veux sentir des mains qui glissent sous mes fringues pour les déchirer afin de toucher la peau plus hâtivement. Les mains qui me tiennent pendant que l’on me saute. Mes mains serrées sur le tissus du coussin prêt à se déchirer.
Mama.
-
- Tu m’écoutes, Côme ? Il faudra que l’on discute une fois que ton père sera rentré, il ne va pas tarder. Tu me semble un rien troublé ces derniers temps, tu sais que tu peux tout me raconter, n’est-ce pas ? Je sais bien que l’adolescence peut être une période délicate, je suis passée par là, moi aussi. Mais cela n’excuse pas tout. Je tiens à ce que tu saches que, malgré que ça ne nous fait absolument pas plaisir, il s’agit du rôle des parents de placer certaines limites, alors ferme la porte et viens manger, on parlera avec ton père.
- Ta gueule.
- Pardon ?
- J’ai dit : ta gueule, Maman. Je sors. Que ça te plaise ou non, c’est le même tarif.
-
J’ouvre la porte de la rue avant de me retourner. Le teint Tchernobyl que donnent les lampadaires orange complète merveilleusement l’air ahuri qu’affiche ma mère à l’instant. Je réprime un sourire.
J’hésite à accepter le premier venu à plein tarif ou choisir un type qui me plait pour une bouchée de pain. Je ne crois pas que j’aurai de la patience ce soir, surtout que j’aurais intérêt à ne pas déconner si je ne veux pas me prendre un gnon de la Vieille. Comme elle le dit si bien, les poings sur les anches et les seins proéminents, la maison ne fait pas de rabais.
Mama.
-
- C’est hors de question ! Tu entends, Côme ?!
-
Ce soir, mon prénom sera « Benjamin », Maman. Mais ça, tu ne le sauras jamais, nous n’en discuterons pas. Pas plus que nous discuterons une fois que Papa rentrera. Le dialogue n’est pas fait pour nous, Maman, il serait temps que tu t’en rendes compte, ça ferait moins de conflits.
A force d’acharnement, ma tirette finit par céder et se ferme à moitié. Petite victoire qui met du baume au cœur.
-
- J’aimerais que tu me regardes quand je te parle, Côme !
-
Encore deux pas. Deux tout petits pas et je serai dehors, et je pourrai fermer cette porte, et je ne l’entendrai plus.
Deux pas.
Un…
Deux…
-
- Côme ?!
-
Je ne la vois plus, la porte est refermée. J’ai refermé la porte. Je n’en reviens pas. J’ai osé… Putain qu’est-ce que ça fait du bien… Prochaine étape, mettre un maximum de distance avec cet endroit.
Un sourire en coin, le cœur un rien plus serein, je peux enfin m’élancer et négliger cette sensation d’étouffement. Je remonte la rue d’une traite, entendant vaguement les appels de ma mère. Elle n’a pas dû quitter le pas de la porte pour s’époumoner ainsi, c’est mon frère qui sera ravi de cette publicité.
C’est avec un ricanement que je tourne le coin de la rue.
Connard.
-
Le trajet en métro me semble se dérouler comme dans un songe, quelque chose d’éthéré avec peu de prise avec la réalité. Pourtant, la vitre contre mon dos et la senteur plus que explosive d’un mélange hétéroclite, me permettent de garder un pied dans la réalité.
Soupir entraînant une profonde inspiration. Etranglement peu discret. Toussotements dans le vain espoir de nier le relent de fragrance de parfum mêlé à l’odeur de sueur et de corps mal lavés. Je sers les dents et ferme les yeux afin de calmer une nouvelle vague de nausée. Beuh…
A ma station, les portes se sont tout juste entrouvertes que je fonce, courant comme un dératé vers la sortie la plus proche. Mon épaule rencontre de temps en temps une surface à demi molle et les cris de protestations m’apprennent le sexe de la personne qui vient de subir une prise de catch bien involontaire de ma part. Je ne ralentis pas, je suis pressé et ils n’ont pas à se placer au travers de mon chemin s’ils ne veulent pas se ramasser un bleu. Mon royaume pour de l’air pur !
Le boulevard m’accueille avec la même luminosité orangée. Les branches encore nues des platanes semblent se pencher vers moi dans la nuit, comme pour me souhaiter la bienvenue. Un sourire sur les lèvres, je me sens mieux, un poids s’est enfin ôté de ma poitrine. Ici, sur ce trottoir, je trouverai la solution de tous mes maux.
-
- Hello, Benjamin, tu viens nous voir chéri ?
-
Un appel par dessus les voitures. Deux voix féminines en parfaite synchronisation. Impressionnant.
Je dépasse les jumelles avec un bonjour de la main. Pas envie de taper la causette, plus vite j’arriverai à mon emplacement, plus vite je pourrai me mettre au travail.
-
- Benjamin, mon fils, ta mère ne t’a jamais appris à fermer convenablement ton manteau ?
-
Aussitôt dit, aussitôt fait, de minuscules mains brunes s’occupent de ma doudoune et la tirette se laisser faire comme par magie. Saloperie.
-
- Safia, comment tu veux que je ferre un poisson atiffé comme l’as de pique ? On n’est pas en Afghanistan, bordel !
- Surveille ton langage si tu veux pas que je te rappelle les bonnes manières. La santé est plus importante que le regard des hommes.
-
Le dos cambré pour tenter d’éviter que son doigt professoral ne finisse dans ma narine droite, je louche, incapable de faire le point d’aussi près. Pourquoi diable n’ai-je pas cherché mes lunettes de manière plus approfondie ?!
Rien à foutre, c’est autre chose que je voudrais approfondir ce soir.
-
- Safia…
- De tout façon, tu feras tourner toutes les têtes. Tu es beau, mon fils Benjamin.
-
Et v’la-t-y pas qu’elle me pince les joues à deux mains pour appuyer son élan de fierté.
Je m’échappe dés que je le peux, c’est-à-dire à la fin des politesses d’usage. Heureusement que Josiane et Safia ont leur emplacement juste à côté du nôtre, je ne risque plus de me faire alpaguer par une autre chieuse emplie de toutes les meilleures intentions du monde. J’ai trop traîné, le manque revient puissance mille avec une idée en première ligne : me faire défoncer le plus rapidement possible.
Même avec ma vue vachement diminuée, je repère le lycra au loin. Il est solitaire, je ne la dérangerai pas en plein accord avec un client.
Ma main gauche se lève dans une parodie de salutation à la romaine tandis que la droite s’échine déjà à ouvrir ma doudoune afin de me rendre présentable à la vente. Ne pas perdre de temps. La publicité doit prendre en compte le public cible, lui offrir ses désirs sur un plateau afin de l’appâter et ce malgré les aléas climatiques. Le temps s’est à peine réchauffé, on reste en hivers et, bien que ça me fasse mal de le reconnaître, Safia a raison, je risque un refroidissement.
Qu’importe, la veste sur le bras, je me dirige résolument vers mon petit bout de trottoir.
-
- Benjamin ?
-
Ce minuscule filet de voix chuintant ne peut appartenir qu’à une personne. Une personne qui ne perd pas de temps pour me foutre la main au cul tout en se collant à moi.
Je déteste cette familiarité mais ce soir, je me tairai. Rien ne me fera perdre mon but de vue.
-
- Comment vas-tu, Teddy ? ça fait longtemps que tu n’es pas passé me voir.
-
Un bref coup d’œil à la Gosse qui prend directement de la distance. Elle claque la langue pour montrer son dégoût face au bonhomme mais ne fera aucun commentaire, je le sais. J’ai le choix d’accepter ou de refuser le client, elle restera à portée de voix afin de vérifier le respect de ma décision.
Je me retourne pour me pendre au cou de ce petit homme sec au pitoyable fascié affligé d’un sourire saumâtre. Je le connais, un brin violent, il fera parfaitement l’affaire.
A peine mes doigts ont-ils effleuré ses cheveux rares que ça ne rate pas, son souffle s’accélère, ses mains agrippent fermement mes hanches pour me rapprocher de son corps.
Il me fait mal.
Il s’en fout.
Moi aussi.
-
- Tu es chaud ce soir, Benjamin. J’allais voir Yasmine mais je crois que j’ai ferré une meilleure prise.
-
Mon gloussement accompagne son murmure.
Il aime les poules qui se laissent faire. Rien qui ne me posera de problème en somme.
-
- Alors qu’est-ce que tu attends pour m’entraîner ?
-
Souffle humide et désagréablement chaud qui s’accélère dans mon cou. Ses ongles lacèrent mes flancs alors qu’il cherche à rejoindre ma peau entraînant une contraction musculaire.
Bien.
Il ne lui faudra que peu de motivation extérieure pour me baiser comme un sauvage.
-
- Cô… heu… Benjamin ?
-
BORDEL ! On ne peut donc jamais se faire tirer en toute quiétude ?
-
Fermer les yeux.
Très fort.
Et ne jamais les ouvrir à nouveau.
-
Teddy a dû sentir ma brusque tension car il n’en faut pas plus pour que ses lèvres quittent ma clavicule gauche.
-
- Dégage gamin, j’étais là le premier.
-
Je rigole. C’est plus fort que moi.
J’ai reconnu sa voix, je peux me l’imaginer à travers mes cils : grand, costaux et roux, une belle gueule d’ahuri qui ne peut concevoir qu’une demi-portion lui tienne tête sans même lui jeter un regard. C’est cela le lot des forts : oublier que les neurones ont une importance capitale dans toute relation sociale, même la plus légère et la moins désirée.
Je laisse ma tête retombée en arrière avant d’entrouvrir les paupières. Les nuages orange se dessinent entre les branches nues de mon platane favori. Des arabesques légèrement esquissées pour le plus grand plaisir des romantiques… qui ne me font ni chaud, ni froid, cela va sans dire.
-
Un coup de dent contre la carotide.
J’inspire difficilement entre mes lèvres serrées.
Je déteste ces putains de cons qui se prennent pour de simili vampires à deux balles ! Comme si la douleur pouvait être un aphrodisiaque pour le commun des mortels. « Mordre » n’a pas la même signification, et encore moins le même effet physique, que « mordiller ». Enfin, il semblerait que j’aurai ce que je désirais, n’est-ce pas ? Un barbare qui me prendra avec force sans aucune compassion pour mon corps.
-
Une langue dessine le contour de mon oreille.
Je referme les yeux.
Je connais la suite logique du programme, il va finir par barbouiller mon lobe de salive jusqu’à réussir à pousser sa langue le plus loin possible dans mon conduit auditif et il me faudra niquer une boite entière de cotons-tiges avant de me sentir plus ou moins clean.
-
Puis, plus rien.
Plus de langue bavant librement.
Plus de corps pressé et pressant.
Plus d’odeur de naphtaline et de graisse.
Plus de mains impatientes et emportées.
Plus de susurrements vulgaires.
Rien que le vide dans mon dos.
Le vide qui s’insère entre mes fringues par le moindre interstice.
Le vide qui fait frissonner ma peau.
Le vide qui se répercute dans ma cage thoracique.
-
Je serre mes bras autour de mon torse en un vain mouvement de défense contre le froid.
Putain, enfoiré !
-
- Niiiiiiic…
-
Tout dans ma voix dénote d’un avertissement dont il n’a que foutre bien trop occupé à secouer mon (ex ?-)client, les doigts enserrant sa gorge. Teddy gargouille, les yeux révulsés, peinant à respirer. Il griffe les avant-bras de mon (ex ?-)meilleur ami en une tentative désespérée de lui faire lâcher prise.
Je ne lui donne aucune chance. Même sans binocles, je peux observer la lueur de folie furieuse dans le regard de Nic. Ses lèvres sont recourbées en un rictus qui n’est pas sans me rappeler Davies.
Mon dieu, mais qu’est-ce qui lui prend ?
-
- Mais fais quelque chose, Bout d’Chique !
-
Il ne me faut pas plus pour que Mama et moi, on se retrouve chacun pendu à un bras d’Hulk version carotte. La contre-attaque le prend par surprise, il lâche sa proie qui se carapate difficilement, la queue entre ses jambes vacillantes. Nic essaie vainement de se dégager. Tente toujours, coco, tu ne peux rien faire contre la prise du morpion et dieu sait qu’on s’y connaît en p’tits bêtes.
Mais bon, à force de se faire secouer comme des pruniers, on va finir par décrocher s’il ne se calme pas rapidement.
-
- PUTAIN, LACHEZ-MOI QUE JE LUI FASSE LA PEAU A CET ENFOIRE !
- Pas avant que tu te calmes, Nic, je HUMPH… !
-
Et ce qui devait arriver, arriva. Je me retrouve assis à terre, dos au mur, à me frotter le cuir chevelu dans le vain espoir de prévenir la bosse. Déjà que je m’en suis fait une sur le front ce matin… Vais finir comme le digne héritier d'Elephant Man.
-
- Oh, merde ! Côme, ça va ?
- Oui, oui.
-
Je jette un coup d’œil à travers mes paupières mi-closes, il s’est agenouillé à mes côtés, l’air penaud, ma veste à son bras. Quand l’ai-je perdue ?
-
- Tu peux être fier de toi, Gamin ! Un tel scandale sur mon trottoir… Non mais, tu réfléchis parfois ?
-
Ça ne rate pas, ses joues se métamorphosent en Pink Lady grâce à une belle couleur vermeille. Il n’est plus penaud mais pathétique, un grand con qui se fait gronder par une matronne. Mama ne cache pas sa fureur. Nic rétrécit devant ses sourcils froncés.
Bien fait pour sa gueule. Ça lui apprendra à me faire perdre mes clients.
-
- Putain, mais qu’est-ce qui t’a pris… Tu m’as suivi ?
-
Il a la prévenance de rougir un peu plus.
-
- Il… Il…
- Hum… ?
- Il avait… faisait…
- Mais encore ?
- Je.. heu…
-
Je lui arrache ma doudoune avant d'utiliser son épaule pour me redresser.
Appuyé contre le mur, je peux l’observer de tout mon saoul. Son embarras est un tel ravissement.
-
- Il me léchait, me suçotait la gorge et bandait contre mes fesses ? Huuuuummm… Je le sens encore.
- Putain, Côme !
- Quoi ? Il est monté comme un âne et n’a rien de pudique, ne me dis pas que t’as pas remarqué sa trique ? Je sais que tu n’as rien d’un observateur mais quand même…
- Passe-moi les détails, tu veux ?
-
Parfait.
Il commence à s’énerver.
-
- Ça y est, j’ai compris !
-
Il m’observe. Une leur d’incompréhension mêlée de crainte.
Prêt pour le coup de grâce ?
-
- Tu es jaloux.
-
Ahurissement. Bouche ouverte en dessous de ses yeux globuleux. Silence pesant. Il est soufflé, à croire qu’il ne respire plus. La tomate vivante est changée en statue.
Pas ce dont je m’attendais. J’escomptais les cris, les proclamations grandiloquentes d’une pureté sans faille, l’énervement de l’homme innocent qui se justifie sans fin devant mon sourire mesquin et moqueur. Pas à ce silence légèrement honteux et révélateur d’aveux.
Finalement, qu’il la ferme, je ne veux rien entendre.
Je suis veule et je compte le rester.
-
- Non.
-
A peine un murmure.
Je m’écarte prudemment de quelques pas, rasant le mur sans le quitter des yeux. Sait-on jamais.
-
- Côme…
-
Je secoue la tête devant sa gueule de chien battu.
-
- Pas toi, Nic…
-
Etonnement et compréhension se succèdent dans son regard.
-
- Hein ? Non, non, ça n’a rien à voir.
- NE T’APPROCHE PAS.
-
Il s’arrête à deux pas. S’il tendait la main, il pourrait m’effleurer.
Je tremble.
-
- Putain, Côme, arrête de faire ton hystérique ! Je suis hétéro et les planches à pain ne m’ont jamais intéressées.
-
Une image fugace d’Evelyne la Vache me traverse l’esprit. Effectivement, ce ne sont pas les pis qui lui manquent.
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- C’est juste que je m’inquiète. Je ne supporte pas de te voir dans cet état.
- Crétin, tu m’as foutu les boules !
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Un soupir de soulagement. Je laisse poindre un micro sourire. Il ne me le renvoie pas.
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- C’est juste que… Je ne peux pas. Je ne peux pas te voir ainsi… Tu n'es plus que l'ombre de toi-même, encore plus asociale que d'ordinaire.
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Son soupir à lui n’exprime aucune soulagement, plutôt comme une sorte de.. résignation. Oui, c’est exactement le terme. Il est résigné alors qu’il se pose contre le mur à mes côtés. Il frappe sans énergie dans une canette. Elle ricoche contre un platane et revient vers nous toute cabossée avant de s'immobiliser en pivotant sur elle-même.
Mama a disparu des environs, préférant nous laisser régler notre différend. C’est qu’elle est pudique, la Vieille. La connaissant, j’imagine qu’elle est restée à portée de voix. Ce ne serait pas son genre de me laisser sans défense alors que je ne suis pas au meilleur de ma forme. Mère poule, va…
Soupir à ma droite.
Stimulus - réaction.
Crampe au mollet droit.
Putain… Moi qui comptais arrêter la cigarette, ce sera pour une prochaine, le tabagisme actif est un bon remède pour les nerfs même s’il n’est que psychologique.
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J’ai du mal à extirper mes clopes de mon froc trop moulant. Il en choppe une. Sort un briquet. Commence par me l’allumer. Sa prévenance ne m’étonne pas. Sauf que d’ordinaire, il la réserve aux filles.
Nous fumons en silence, les yeux vers les branchages des platanes et les nuages orange.
Nous fumons en silence comme une trêve avant une sérieuse prise de bec.
Nous fumons en silence pour nous vider l’esprit et reprendre des forces avant l’affrontement.
Nous fumons en silence car nous savons que nous n’en ressortirons pas indemnes, il y a trop de non-dits.
Nous fumons en silence espérant que l’autre ouvre les hostilités.
Un soupir.
Encore.
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- Je ne comprends pas, Côme…
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Ce sera donc lui.
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Je tire une nouvelle latte.
Il me suit.
Nous expirons de concert.
Donnons-nous contenance.
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- Non, décidemment, je ne comprends pas. Et toi, tu te tais.
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Nouvelle latte.
La fumée prend vie sous les phares des voitures du boulevard. Elles roulent vite. Peut-être les conducteurs sont-ils attendus ? Veinards.
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- J’ai beaucoup réfléchi, au point de me donner mal à la tête.
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M’étonne pas, il ne t’en faut pas énormément pour arriver au court-jus.
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- Mais je ne t’ai trouvé aucune raison. Rien. Nada. Que dalle.
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Inhaler…
Souffler…
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- T’as une famille chiante mais pas trop, t’as vu mes parents ? Ils te filent de la tune, fouillent pas dans tes affaires, te laissent sortir, te prennent pas trop la tête avec tes résultats.
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Mouais… C’est vrai que ta mère ce n’est pas un cadeau.
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- Je sais bien que je ne suis pas une lumière, mais je me suis crevé les méninges et je ne comprends pas.
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Tu te répètes, mon grand.
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- Dis, tu comptes me répondre un jour ?
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Non.
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- A l’école, il n’y a pas de stress. Tout le monde t’aime bien… Enfin, avant tu-sais-quoi… Ou alors, ils te haïssent grave, mais tu t'en es toujours foutu. ça te plait bien en fait d'être teigneux.
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Ah bon ? Il s’est passé quelque chose ? Ahlala, je suis toujours le dernier au courant.
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Je vais finir par fumer le filtre si ça continue !
A moins d’en prendre une seconde ? Ce serait abusé mais bon, au point où j’en suis.
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- PUTAIN ! Réponds-moi, bordel !
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Sursaut. Ma clope m’échappe des mains pour rejoindre la canette à nos pieds. Pile-poile dans une flaque d’eau. Elle s’éteint avec un chuintement. Fait chier !
En même temps, il me surplombe maintenant, les mains de part et d’autre de mon visage. Ce n’est pas comme si je pouvais encore lui nier la gueule.
Soupir.
Je le rejoins dans la résignation.
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- Je ne sais pas.
- Tu ne sais pas quoi ?
- Je ne sais pas te répondre.
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Le retour de la tronche d’ahuri… Le crétinisme lui va siiii bien.
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- Je ne sais vraiment pas, Nic. Tout ce que je sais, que je sens, c’est que j’en ai besoin.
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Le scepticisme ne lui convient pas vraiment, cela sous-entend une once d’intelligence.
Comment lui faire capter ?
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- J’ai… besoin de me sentir désirer, de me sentir aimer…
- Putain, Côme ! On te paie pour du cul, où vois-tu de l’amour ?
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Evidemment, vu comme ça… il n’est pas près de saisir le concept.
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- C’est l’oubli que je recherche. Lorsqu’on m’encule, je suis plein, vivant, et rien d’autre n’a d’importance.
- …
- Tu comprends ?
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Il ferme ses paupières et reprend sa place à mes côtés, dos au mur, tête en arrière.
Devant sa main tendue, je tire deux cigarettes de mon paquet presque vide, les place entre mes lèvres, les allume et lui en tends une.
Une taffe dont les bienfaits calment le léger tremblement de mes doigts.
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- Mais pourquoi eux ?
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Je m’étonne moi-même du ricanement désabusé qui m’échappe.
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- Parce qu’ils ont besoin de moi autant que j’ai besoin d’eux.
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Argument bancale, j’en suis conscient.
Lui, il hoche du chef. En me concentrant, je suis certain de parvenir à discerner le roulement du petit pois qui lui tient lieu de cervelle.
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- C’est important pour toi, n’est-ce pas ?
- Oui.
- Tu cherches l’oubli par le sexe ?
- Oui.
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Joli le résumé, c’est plus que je n’en attendais de ta part.
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- Alors, je le ferai.
- Quoi ?!
- Moi aussi j’ai besoin de toi, Côme, je ne veux pas te perdre pour une connerie. Je ne sais pas très bien comment ça fonctionne avec un mec, mais si tu en as tant besoin, je ferai tout mon possible pour te faire l’am…
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Ma main part.
Vite.
Pour le faire taire.
Le laisser abruti.
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J’hurle, je déverse ma hargne, ma douleur, mes poings frappant son torse comme le ferait une putain de grognasse hystérique. Je voudrais le blesser autant que je me sens déchiré. Lui faire mal, comme il vient de me meurtrir. Je voudrais et il ne bouge pas d’un pouce, tonne de muscles à la cervelle de moineau. Il me laisse le frapper sans un mouvement de recul, acceptant les contusions qui marqueront inévitablement sa peau pâle de vrai roux.
Du haut de son mètre 80, il m’observe, les yeux tristes, les bras englobant ma taille pour que je ne le fuie pas. Comme si ça pourrait m’effleurer l’esprit. Je suis trop loin. Ailleurs.
Moi, je répands ma rage, ma rancœur, ma haine pour ceux qui m’entourent, pour mes parents, David, Davies, Gilles… Pour ce qu’ils me font vivre, ce que j’endure, pour mes choix, pour mes besoins, mon mal-être, mes désirs et mes rencontres parfois heureuses souvent humiliantes. Pour le bien-être qui en découle aussi. Ces instants merveilleux d’oubli qui me sont tellement vitaux, qui me font revenir sur ces pavés. Pour mon silence et mon équilibre précaire. Pour parvenir à continuer de lui sourire.
Nic.
Je me débats et cogne encore et encore, jusqu’à ne plus sentir mes mains, jusqu’à encaisser la fatigue, jusqu’à me sentir vidé. Il ne fait que me tenir, me serrant un peu plus à chaque coup, jusqu’à ce que je sente les battements de son cœur contre mon torse, jusqu’à ce que je sente ses larmes le long de mon cou.
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- Putain, Nic…
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Ma voix se brise, bloquée au fond de ma gorge par une boule plus grosse qu’elle. Je réprime les sanglots comme je le peux. Comme je le dois. Ils montent mais ne vaincront pas ma volonté.
Je me crispe, serrant les muscles pour me donner la force de combattre.
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- Tu sais, Côme, je suis là…
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Non.
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- Je te l’ai déjà dit, je ne compte pas partir, je ne vais pas te quitter. Jamais.
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Non.
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- Tu peux pleurer…
- NON !
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Je m’arrache à son étreinte.
Il me dégoûte.
Il se dit mon « meilleur ami », mon plus ancien, mais ne me comprend pas, ne cherche même pas.
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Je recommence à crier. Je sens vaguement Mama à mes côtés qui disperse les putes accourues devant une possibilité de tromper leur ennui, de prendre la place des voyeurs. Je devine son corps massif enveloppé de lycra qui reste en retrait auprès de Safia et Josiane. Je perçois confusément sa tension, leur tension.
Rien ne me touche, toute ma concentration fixée sur Nic, ce grand dadais qui m’a toujours fait rire par sa bêtise congénitale, et qui m’horripile maintenant.
Je crie. Ma voix rauque et ma gorge douloureuse ne provoquent aucune atténuation de mon volume sonore. Que du contraire, je mets un point d’honneur à beugler encore plus, à lui jeter à la face avec toute la force que je peux rassembler que je ne l’ai jamais supporté, que je le hais, lui et son amour hypocrite, lui et ses idées à deux balles, lui et ses hormones dégueulasses. Lui, lui, lui, lui, … LUI !
Et je tiens le coup, je ne pleurerai pas, ma tête explosera bien avant. D’ailleurs je la tiens à deux mains essayant d’amoindrir les coups sourds de mon cerveau qui voudrait jouer à Alien.
Ce n’est décidément pas une bonne journée pour mes fonctions neuronales.
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- Tu devrais chialer, Bout d’Chique, ça te ferait du bien.
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Ma résistance s’effrite, je ne combats plus l’étreinte. Je suis trop épuisé. J’ai trop mal au crâne. Le monde a perdu de sa substance.
Je me raccroche à corps perdu au lycra de la Grosse, plongeant mon visage entre ses seins pour me protéger de la lumière. Le noir qui m’environne, finit par atténuer ma douleur.
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La tension s’efface.
Je me sens partir.
On me retient.
On me soulève.
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Je plonge…
Avec un sentiment de fierté.
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Je n’ai pas pleuré.
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A suivre…
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v--v
Informations à lire ou non
Moeder : « mère » en Néerlandais.
Pink Lady : Pomme toute rouge et très sucrée.
Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à m’en faire part.
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L’inconscience est une technique permettant de procrastiner avec facilité… A trop attendre, les explications en deviennent confuses. Bonne chance, Côme/ Benjamin.
Prochain chapitre : Heu… je n’ai pas encore de titre…
A dans un mois.
HLO