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Fiction » General » Tes yeux sont sourds comme ton coeur est aveugle font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Lunathelunatique
Fiction Rated: K - French - General/Humor - Reviews: 5 - Published: 01-19-07 - Updated: 04-19-08 - id:2306828

Note de l'Auteure: Pathétique que l'histoire de mon retard... parce que j'ai fini la première partie du chapitre depuis ... trois semaines,mais la deuxième n'en est qu'au trois-quart écrit alors que retaper le tout par ordi ne me tente pas du tout,lol... Alors je vou laisse la première partie, et la deuxième devrait suivre durant la semaine de relâche en mars- soit dans deux semaines.

Bonne lecture!


Le Bonheur

"Tes yeux sont sourds comme ton cœur est aveugle."

Chapitre 10: Boule de neige et ...(Partie 1)

Je ferme les yeux. Quand je les entrouvre finalement- j'ai réussi la tâche ardue de m'asseoir à l'aveugle- Noémie me fixe calmement alors que ma mère nous avertit d'un oubli très opportun de sucre pour son café- sans blague, elle ne supporte pas la caféine, elle ne boit que du thé sans sucre avec une goutte de lait- et nous quitte très rapidement. Vraiment crédible son histoire, mais au moins je sais qu'il n'y aura pas de témoins gênants durant notre "conversation".

La porte claque et le bruit du moteur nous parvient de l'extérieur, de plus en plus lointain. La voilà partie que je tente une entrée en matière:«

- Euh… Ça faisait longtemps que t'étais pas venue, No..émie.

L'intéressée semble d'ailleurs soudainement très fascinée par la couleur de ses bas dépareillés. Elle boit une gorgée de chocolat chaud- plus très chaud vu le temps passé- puis repose sa tasse. La sienne, celle qu'on avait peint toutes les deux à nos six ans, avec des petits lapins roses et bleus. On dirait vu la ferveur avec laquelle elle continue à fixer ses pieds que la réponse au mystère de l'univers s'y trouve.

Ouais.

Bon. Enfin.

Un ange passe, puis deux et trois finalement.

Je me racle la gorge. Mon chocolat fini, je me lève pour mettre l tasse dans le lave-vaisselle. La tension dans la pièce est si lourde que j'ai l'impression qu'on y a annoncé la mort de quelqu'un. La mienne en l'occurrence.

- Et puis, ça va bien?

- Ouais, ça va, me répond-t-elle d'un ton vague.

Incertaine, je me demande si je devrais continuer à essayer d'engager la conversation. Peut-être que tout est fini, déjà. Peut-être est-il trop tard? Peut-être est-elle venue simplement pour me dire que ce que je ferai maintenant ne la touchera plus, parce que je ne suis plus son amie? Qu'elle n'a pas de place pour moi, dans son cœur?

Une boule se forme dans ma gorge. La sensation désagréable, la même, à chaque fois qui revient, le malaise, il est là.

- Tu, tu, je… Je suis contente que tu sois venue.

-… C'est ta mère qui m'a appelé ce matin. Elle était inquiète pour toi, dit-elle d'un ton calme.

- Alors, elle, elle t'a appelé? Elle... ma voix se brise.

Ça ne sert strictement à rien. Rien de rien. Je sens la boule grossir dans ma gorge, elle remonte de plus en plus. J'ai l'impression de ne plus pouvoir parler, respirer comme avant.

- Ouais. Et je… je suis là.

Je ne réponds pas. Qu'y a-t-il à répondre?

- T'aurais pas dû venir, elle s'inquiète trop, comme d'habitude, je dis, la voix anormalement rauque.

La boule est là, mais je force pour parler. Je ne veux pas qu'elle reste. Je ne veux pas qu'elle me voie pleurer.

- Non. Il fallait que je vienne. Il le fallait. Parce que si tu te sens mal… même si, même si tu veux plus me parler, moi, je suis là. Pour t'écouter.

Je ne réponds pas. Ma gorge est toujours aussi nouée. Elle monte toujours, elle est maintenant dans mon œsophage, tout prête à sortir. Je ne veux pas. Je ne veux pas.

Je ne veux pas.

- Parce que tu es…

Trop tard.

- Parce que je suis la moitié d'un tout, d'une amitié éternelle, rien ne la brisera, je sais No, mais…je l'interromps, me rappelant ces paroles qu'elles me disaient toujours quand j'étais triste.

Cette fois, c'est elle qui me coupe en me prenant dans ses bras.

Les yeux brillants de larmes contenues, elle me serre contre elle comme si sa vie en dépendait. Mais celle la mienne qui est en jeu, j'ai l'impression. Et moi, je réponds à son appel, sa demande.

- Tout va bien, je murmure dans ses cheveux.

- Parce qu'on est ensemble, finit-elle en m'enlaçant de plus belle.

Nous restons ainsi, une éternité peut-être, ou alors une minute infinie. Puis, tout doucement, elle se sépare de moi, et nous nous regardons.

Dans ses yeux, je revois l'étincelle qui caractérise mon amie. Pourtant ses yeux sont un peu ternes, comme tristes.

- Tu, tu m'en veux?

Timidement, comme pour ne pas blesser quiconque, je lui demande.

Elle ne me répond qu'avec un sourire. Triste, mais un sourire quand même.

- Alors…je commence, une main essuyant maladroitement les larmes qui coulent sur mes joues, l'autre crispée sur la télécommande.

-C'était, c'était, woah, j'avais encore jamais vu un film aussi… pourri! Je pensais pas pouvoir autant rire en 1 heure et demie, s'esclaffe Noémie entre deux éclats de rire.

Ouais, je dois dire que ma mère a une de ces chances avec ses choix de film. Toujours des navets. Toujours, je vous dis. Quand elle est revenue à la maison, ce n'est pas avec un sac de sucre. Mais deux sacs de chips au ketchup et BBQ, une bouteille 2L de boisson gazeuse et un film incroyablement mauvais. Et bien entendu, elle n'est pas restée regarder ça avec nous, non. Madame est sortie, un autre de ces partys de Noël.

- Ce film, c'était vraiment quelque chose, c'est cool que ta mère l'ai pris, ajoute-t-elle en haussant les sourcils.

Cette mimique… Je sais déjà ce que ça veut dire:« ta mère a encore fourré son nez dans tes affaires, mais bon, je suis contente qu'elle l'aie faite parce qu'on peut enfin se parler toi et moi.»

Oui, c'est long pour un message non-verbal , mais je connais Noémie: ses regards parlent beaucoup plus qu'elle.

- Donc, qu'est- ce que tu veux faire maintenant?

Je me prends une poignée de popcorn que j'engouffre d'un seul coup.

- Ben, je sais pas, mais on pourrait couper mes cheveuc? propose mon amie en passant sa main dans ses cheveux…bruns.

- Qu'est-ce qui est arrivé à tes cheveux? je m'exclame, à moitié étouffée par ma bouchée de pop-corn. Je veux dire, ils sont trs beaux comme ça, mais je pensais que t'allais tenir tête à tes parents plus longtemps que ça! je plaisante.

C'est vrai: depuis notre entrée au secondaire, Noémie n'a encore jamais eu les cheveux d'une couleur, et bien, naturelle. À moins que bleu électrique ou rose bonbon soient dans les choix. À chaque fois c'est pareil: Noémie revient avec une nouvelle couleur- très souvent voyante- et une nouvelle coupe pour énerver son père. Celui-ci dramatise tellement à propos de cela que c'en devient hilarant de le voir tenter des plans "d'interventions" des rencontres avec les psy, une conversation père-fils, etc. Pour sa mère, c'est correct, je veux dire en tant que maître en yoga, elle est plutôt "vivre et laisser vivre" bien que lorsqu'il s'agit de décision familiale, elle fasse front commun avec son conjoint. Malgré cela, Noémie n'a jamais changé de couleur, alors le fiat qu'elle l'ait fait, et de son propre gré… c'est déconcertant.

- J'en avais assez du bleu, et puis, je… avec l'attention que ça apporte.

Rien à dire. Je sais très bien que ce sont les amis de Sandrine, mes amis, qui l'ont harcelé. Et elle le sait aussi.

- En tout cas, j'accepte, d'ailleurs je pense savoir exactement ce qu'il te faut! Je m'exclame avec un peu trop d'enthousiaste.

- Bon, et qu'est ce que t'en penses?

- Ouais, et ben, c'est spécial…marmone mon amie.

Elle se dévisage dans le miroir de la salle de bain. Dans l'évier, des cheveux reposent par touffes. Ouais, je ne suis plus vraiment certaine maintenant. Peut-être qu'il ne fallait pas utiliser le vieux rasoir électrique… mais faire ça au ciseau, ça aurait été trop long, et moins bien fait.

- Tout de même ça a de la classe, finit-elle par annoncer.

Inconsciemment, je relâche mon souffle que j'avais retenu jusqu'alors.

Maintenant, je suis plutôt fière de moi. Ouais, j'aurais de la carrière en coiffure je pense.

L'ensemble est assez réussi. J'avais d'abord essayé de faire une coupe transversale, une sorte de petit mohawk mais je suis contente de ne pas avoir eu le cran de raser aussi rapidement. Maintenant Noémie se retrouve avec une petite coupe garçonne, assez courte sur la nuque, avec deux longues mèches de chaque côtés en dégradé et une légère frange que j'ai d'ailleurs hésité à changer en petit toupet. Mais dans l'ensemble, ça en jette, surtout que la coloration part doucement et qu'on voit ici et là des touches de blond brillant.

- J'aime vraiment ça, merci Magda, c'est, woah!

Elle me serre dans ses bras et je réponds à l'étreinte, fière de moi.

- Bon, il est quelle heure maintenant?me demande Noémie en commençant à rammasser ses cheveux dispersés un peu partout.

- Huit heures et demi,le temps a passé vite… Faudrait penser à…

- Woarghh…

Mon estomac a répondu à la question.

- Pizza?

- Pizza!

- Commande, moi je rammasse, d'accord? Je propose à Noémie.

Elle acquiesce et sort de la toilette.

Je regarde la pièce: un peu partout, des cheveux, le sol mouillé par le shampoing que je lui ai fait, le miroir embué et sale… Oh non, j'ai du travail moi.

- Enfin fini! Je soupire, en descendant l'escalier menant au rez-de-chaussée. Ouais ben, c'est pas comme si j'avais deux escaliers aussi…

En repensant à la soirée, je ne peux m'empêcher de sourire: Noémie est de retour. Et puis ce film… vraiment pitoyable. C'est la première fois que j'écoute un film d'horreur- Je sais qui m'a tué pour information- et que je ris autant. Juste à cette pensée, je revois l'actrice principale chercher son amie qui était morte, et le tueur qui la suit, mais d'une manière si grotesque qu'elle se retourne et s'aperçoit de sa présence avant de courir pour finir par l'assommer grâce à l'aide de l'amie pas si morte que ça. Lindsay, tu peux faire mieux quand même.

Je ris encore en entrant dans la cuisine. Noémie est là, servant du Coke dans deux verres. J'ajoute un peu d'eau dans le mien et m'assois sur un chaise.

- Ding dong!

Je me fige, le rire m'ayant quitté. J'ai un mauvais pressentiment. Pourtant, je me lève, et je suis Noémie qui rigole toujours, m'ayant suivi dans mon rire.

- Tu penses que c'est la pizza ou le tueur? Ou alors un tueur qui en a après notre pizza? Habituellement, ça prend un peu plus de temps. Je crève de faim.

- Ouais. Je sais, je réponds.

- On va quand même pas s'en plaindre. Oh pizza à la croûte dorée ,avec cette merveilleuse garniture que sont les anchois…

- Je suis pas du même avis à propos de cette merveilleuse garniture, je rétorque nerveusement. Et puis, on a choisi deux pizzas medium hawaienne, je…

La sonnette m'interrompt.

- Bon, assez parlé, ouvre cette porte, j'ai trop faim.

Mais Noémie avait raison. Il est trop tôt pour la pizza. Ce n'est pas la pizza, c'est… je ne sais quoi.

Je vois ma main s'avancer vers la poignée et débloquer la porte. J'ai l'impression qu'une voix à l'intérieur de ma tête me crie: cours Magda, cours avant qu'il ne soit trop tard!» Seulement c'est stupide. Mais j'ai toujours cette mauvaise impression.

- Vas chercher une, un…couteau, je murmure à l'attention de Noémie.

Arme. C'est ce que je voulais dire, mais je me suis retenue. De toute façon, depuis que j'ai abandonné la crosse, il n'y a plus d'objet contondant dans cette maison alors un couteau de boucher- ou à steack dans mon cas- reste la meilleure défense contre les fous dangereux.

Seule à présent, je tremble un peu. Un peu de courage que diable! Je tourne la poignée. Tire la porte vers moi.

-INVASION À DOMICILE!!!

Je referme brusquement la porte, la bloquant d'une main tremblante.

- Hé, qu'est ce qui se passe, c'était quoi ce cri?

Je sursaute. La main de Noémie toujours sur mon épaule, je tente de retrouver mon souffle. Mon cœur bat à la chamade. Mes mains sont moites. Mon front est luisant de sueurs froides. Un long frisson me parcourt le dos.

J'ai peur.

- Je, je… quelqu'un de l'autre côté de la porte, je murmure, bredouillant un peu.

- Et puis?

- C'est, c'est… un violeur/voleur/maniaque sexuel/psycopathe/malade mental/fou à la hache…

- Calme-toi, calme-toi Magda… Shh, ça va aller.

Je remarque que j'ai vraiment peur. Une peur que je n'ai pas ressentie depuis l'époque du monstre en dessous du lit.

Pourtant je l'ai entendu cette menace, cette voix. Il y a quelqu'un derrière la porte, qui ne me veut aucun bien.

La sonnette retentit de nouveau.

Noémie s'approche de la porte.

- N'OUVRE PAS!

Elle me regarde, me rassurant d'un regard et me montre l'œillet de la porte. Elle va regarder, c'est sans danger, je crois.

Après un instant, elle se tourne vers moi et me demande d'un ton coquin:

- Alors tu connaîtrais pas un beau blond un peu timide toi?

- Oui, je, Ben, mais…

Elle ouvre la porte, empoigne Benoît par l'épaule et referme brusquement la porte.

-…n'ouvre pas, je finis en un murmure.

Benoît.

Benoît rougissant, qui me regarde.

Et puis Noémie qui observe, et me fait un clin d'œil. Qu'est ce qu'elle va s'imaginer?

- Alors, là si j'avais su que tu t'étais trouvé un chum pendant ce temps… on a beaucoup de choses à se dire, me lance-t-elle.

Je lui jette un regard noir. Non, elle ne comprend pas.

- C'est pas mon chum. Il, il n'est pas pour moi. J'insiste sur ces mots, comme pour lui dire que je ne suis plus dupe.

Benoît ne smeble pas comprendre. Il me lance d'un ton banal:

- Hier on s'est pas vraiment vu alors, je voulais te souhaiter un joyeux Noël. Et à Noémie aussi, dit-il dans un sourire.

- Non, on s'est pas vu. Plutôt tu m'as pas vu. Je…

Je me stoppe. Est-ce que je peux lui lancer tout ça dans la figure? Toute mon incompréhension, ma colère, mes doutes face à notre amitié, ma tristesse? Je ne sais pas.

- Et puis, je suis ravie de rencontrer enfin Noémie. Au fait moi c'est Benoît.

Il se présente.

- Charmante ta coiffure, dit-il en pointant la tête de Noémie.

- Super ton foulard, répond-t- elle en souriant narquoisement face au beau foulard rose qu'il porte.

- Euh, c'est celui de ma mère, j'étais pressé, explique-t-il.

- Ah et, puis sinon, où t'as connu Magda? demande Noémie, intéressée.

Il allait se lancer dans la longue narrative de notre rencontre quand je vois rouge. Rouge comme un suçon, celui qui est maintenant distinct sur sa peau blanche, dans son cou.

- Vas t'en Benoît, je murmure en fermant les yeux.

- Je me trouvais par terre, complètement knock-out si l'on veut et…

Il ne m'entend pas.

Je répète, un peu plus fort:

- Vas t'en Benoît.

Cette fois, il se retourne, étonné. Il ne comprend pas, lui non plus.

- Qu'est-ce qu'il y a Magda?

Mon nom dans sa bouche me blesse.

- Vas-t'en, tout de suite de chez moi Benôit.

Il me regarde, perplexe, cherchant son erreur.

Noémie me regarde, étonnée. Je dois être blême. De colère, de ma fausse peur?

- VAS T'EN! VAS T'EN BENOÎT!

Il me regarde maintenant blessé. Très lentement, il remet son foulard et enfile son manteau. Il ouvre la porte et me jette un bref regard. Mais moi, j'ai les yeux fermés.

- Vas t'en, je supplie.

Il s'en va, tout simplement. Pourtant de le voir comme ça, dans la rue, si triste, alors qu'il a osé me faire ça, à moi, me rend furieuse. Je sors de ma maison, et remonte l'allée devant chez moi.

- T'as-tu compris Benoît? J'veux que tu t'en ailles, parce que j'ai mal à cause de toi. À cause de toi.

Je tombe par terre, en pleurs. Encore. Lui, s'arrête. Il est encore tout près, mais si loin. Il me lance un sourire triste. Un dernier?

J'amasse de la neige entre mes mains gelées. Une boule.

Très vite, elle entre en contact contre son dos. Il ne s'arrête pas. Alors je continue, jusqu'à ce qu'il ait tournée le coin, de longues minutes après.

Noémie vient me rejoindre. Elle est inquiète, je le sais. Elle ne me comprend pas. Moi non plus.



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