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In nomine tuo
Scribouilleuse
: Shakes Kinder Pinguy
Genre :
fantasy qui se prend pas au sérieux, si l'on excepte le titre qui se devait d'être en latin pour faire classe :p
Note : Ecrit en octobre 2006 pour l’anniversaire de Leippya. :)
Il faisait noir comme dans un four, les lourds rideaux rouge sombre avaient été tirés, mais la lueur de la petite Lune aurait été toute relative et Lapis-lazuli ne voulait de toute façon pas que l’on aperçoive de la lumière à cette heure-ci et dans cette bibliothèque. Après tout, il n’était pas censé connaître le sort de fermeture nocturne et si les Autorités Supérieures croyaient encore qu’une aussi simple manipulation du métal réussissait à le maintenir de l’autre côté d’une porte, c’était tout à son avantage.
Il referma derrière lui et prit soin de recréer le sort à l’aura prêt – celle de Maître Topaze, sans aucun doute, ce tremblement sporadique était assez caractéristique. Lapis savait qu’un chandelier était posé sur l’étagère juste à l’entrée ; il tâtonna un peu, s’en empara enfin et souffla sur chacune des bougies pour l’allumer, puis il se dirigea vers sa table habituelle après un coup d’œil de routine au fantôme de Maître Géranium qui dormait près de la fenêtre. Mort dans son sommeil plus d’un siècle auparavant, il ne s’était jamais réveillé pour le constater.
Lapis s’assit avec un dramatisme calculé (il ne maîtrisait pas encore tout à fait la manipulation d’air pour faire voler robes et manteaux, mais ce n’était qu’une question de temps) et croisa les mains face à lui. Il ne devrait plus tarder et ce serait de mauvais goût d’avoir l’air impatient.
« Bouh, murmura une voix à son oreille.
– Tu es en retard », déclara dignement Lapis.
D’abord une simple présence derrière lui, puis un visage et un corps à la lueur du chandelier (les mains vides, constata Lapis avec une horrible déception), Cyan répondit d’un ton moqueur :
« J’étais là bien avant toi. »
Cela pouvait être un mensonge, mais Lapis en doutait. Il fronça les sourcils, contrarié. Il n’avait jamais su et ne saurait jamais comment Cyan réussissait à entrer ici, les Voleurs avaient leurs secrets, et plus le temps passait, moins Lapis sentait sa présence. Il faudrait y remédier, d’une façon ou d’une autre.
« Tu devais m’apporter quelque chose.
– Tu parles de ça ? »
Cyan brandit un épais volume relié qui, Lapis en aurait parié son Œil Spirituel, ne se trouvait pas dans ses mains quelques instants plus tôt. Il essaya de contenir son impatience, haussa un sourcil (il avait passé tout une journée à mettre cette expression particulière au point). Cyan, un sourire insolent aux lèvres, lui tendit le livre avec lenteur. Incapable d’attendre plus, Lapis s’en empara.
« Tu as vraiment réussi ! dit-il avec une gratitude spontanée.
– Ouais, et ça a pas été facile », fit nonchalamment Cyan.
Il se rapprocha encore tandis que Lapis caressait d’un doigt tremblant le titre du livre.
« Je me fais payer cher pour ce genre de travail… »
Mais Lapis ne l’écoutait déjà plus. Il avait ouvert le livre à l’introduction et son regard volait de ligne en ligne.
« Je le savais, je le savais… marmonnait-il. C’était évident… »
Il leva des yeux brillants d’excitation.
« Comme s’ils pouvaient me faire croire que l’élémentologie était régulée ! Alors que si on réussit à isoler chaque molécule on pourrait créer des sorts qui mêleraient deux éléments opposés, cela décuplerait la puissance d’une incantation de base, que dire des autres ? Mais d’un autre côté est-ce que l’énergie nécessaire à l’isolation pourrait se renouveler d’elle-même… ? Si on est forcé de la maintenir…
– Qu’est-ce que tu veux faire avec ça ? Conquérir le monde ?
– Que ferais-je du monde ? répondit Lapis, dédaigneux.
– Des phénix en papier, bien sûr… Alors, pourquoi est-ce que j’ai risqué ma vie à m’introduire dans la Bibliothèque des Sacres ?
– La Connaissance, bien sûr, s’impatienta Lapis. Et la liberté d’exercer la magie. Grâce à ce livre, je vais pouvoir devenir assez puissant pour monter les échelons de leur stupide hiérarchie héréditaire, ils seront obligés de reconnaître mes pouvoirs, et une fois que je serai au sommet, je vais supprimer cette règle idiote de limitation magique, rendre à tous les mages leur véritable nom !
– Conquérir le monde, quoi. Alors tu reprendras ton vrai nom ? Et tu me le donneras ? »
Cyan avait posé la question d’un ton sérieux et Lapis se mit sur la défensive, incertain.
« Pourquoi est-ce que je te le donnerais ?
– Le mien t’appartient bien.
– Ça n’a rien à voir. Je t’ai sauvé la vie, c’est juste le contrat de la Dette de Sang. C’est normal que tu… que ton nom m’appartienne. »
Cyan ne répondit rien et Lapis, nerveux, baissa les yeux sur son livre, une main sur la première page, l’autre sur celle d’un carnet vide qu’il avait emporté avec lui. Le sort de protection anti-copie était fort mais pas impossible à contourner.
« Je… je vais copier ça vite, pour que tu le ramènes.
– Alors je te le volerai.
– Pardon ? »
Il y eut deux bras autour des épaules de Lapis, un murmure dans son oreille alors que la présence de Cyan s’effaçait déjà.
« Si tu ne me le donnes pas, je te le volerai. »
Puis plus rien. Lapis se retourna d’un coup.
« Cyan ! »
Mais il n’y avait déjà plus personne.
(fin)
dimanche 22 octobre 2006
En fin de compte j’aime bien cet univers alors je le travaille, avec l’espoir d’en faire quelque chose de plus long. Et comme on dit, l’espoir fait vivre… :p