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Histoire trop normale d’un couple anormal.
Il s’appelle Martin. Elle s’appelle Soledad. Il a 27 ans, elle 31, mais la différence d’âge ne les dérange pas.
Ils se sont rencontrés il y a quelque temps, au mariage d’un ami commun. Lui était le témoin, elle, une connaissance de fac. Rien n’était prévu au départ. Un premier verre, au bar. Une marguarita pour lui, un « blue lagoon » pour elle.
Ils se sont donc rencontrés, et ils ont fait connaissance. Elle lui plaisait bien, lui était intéressant. C’est son accent espagnol qui l’avait attiré, et puis son attitude aussi. Il n’irait pas jusqu’à dire que c’était la superbe robe rouge, mais presque.
Ce sont ses yeux verts qui l’avaient accroché, son maintient, peut-être, mais surtout, son sourire fier. Elle n’irait pas jusqu’à dire que c’était le jean noir moulant, mais presque.
Ils sont ensemble depuis quelques années déjà.
Ils sont ensemble, mais ne sont pas amoureux. Non. C’est autre chose. Un sentiment aussi, presque similaire, mais ce n’est pas de l’amour.
Ils en ont parlé un jour.
Ils sont parvenus à la conclusion que ce n’était pas de l’amitié. C’était plus.
En fait, ce n’est pas de l’amour, mais presque.
Le mot qui s’en rapprochait le plus, qui correspondait le mieux à ce qu’ils ressentaient, c’était bien « amour », tout en n’étant pas ça.
Ce n’était pas de l’amour, mais presque.
Martin a donc défini ça comme un « presque amour ». Soledad a dit oui, même si parfois, elle aimerait que Martin la regarde avec autre chose dans les yeux que du « presque amour ».
Elle pense ça lorsqu’elle le voit parler avec d’autres qu’elle.
Lui aimerait qu’elle arrête de voir d’autres que lui, au nom de leur « presque amour ».
Soledad aimerait avoir un enfant. Elle n’en a pas parlé à Martin car elle a peur.
Son presque amour à elle s’est transformé, peu à peu. Sans qu’elle ne s’en rende compte. Sans que lui n’en tienne compte.
Elle voudrait un enfant pour pouvoir lui donner ce qui sépare leur « presque amour » de ce qu’elle ressent. Lui donner ce trop plein qui lui fait mal.
Lui donner, à cet enfant, ce que lui ne ressent pas pour elle. Donner à un autre ce que lui a défini comme « presque ».
Et aussi oublier.
Oublier ces soirs où il l’appelle pour lui dire : «ne m’attends pas, je reste au boulot. »ou « je vais avec des potes, bonne nuit ! ».
Pour tous ces soirs où elle l’entend crier un nom qui n’est pas le sien, alors qu’il n’y a personne avec elle dans leur lit.
Martin n’a jamais voulu s’engager. Elle non plus, avant.
Avant ce trop plein. Alors elle a fait avec. Et lui fait sans elle.
Martin lui manque. Ses sourires au réveil, les « bien dormi ? » au saut du lit, les bisous goût dentifrice qui lui faisaient faire la grimace.
Ils sont toujours ensemble. Mais Soledad se sent seule.
Un matin, Soledad s’est sentie mal. Martin lui a demandé si ça allait d’une voix endormie, mais elle ne pouvait pas lui répondre. Son ventre lui faisait mal, et elle avait la nausée. Martin s’est rendormi, parce qu’ils se sont rencontrés il y a quelques années déjà. Soledad est restée enfermée dans la salle de bain toute la matinée. C’était un dimanche matin, elle est sortie lorsqu’elle a entendu Martin se lever.
Les matins suivants furent identiques. Au bout de quelques semaines, Martin a commencé à s’inquiéter. Soledad avait peur depuis quelques mois déjà.
Martin, elle le savait, avait un presque amour pour elle.
Elle, elle le savait aussi, avait plus que ça pour lui.
Soledad, lui ne le savait pas encore, avait un ventre qui allait s’arrondir.
Mais Martin n’avait qu’un presque amour pour Soledad. Rien de plus. Il ne pouvait rien avoir pour ce que Soledad attendait.
Soledad avait peur que ce presque amour ne suffise plus. Ne suffise plus à leur « ensemble ».
Soledad avait raison.
Un mot sur l’oreiller à côté d’elle le lui a prouvé.
« Ce n’était qu’un « presque amour ». Je suis désolé. Martin. »
Alors, quand l’enfant que voulait Soledad est arrivé. Quand sa fille est née. Soledad l’a regardée, et lui a dit.
- Je t’aimerai à sa place…