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Author: lilouche007
Fiction Rated: K+ - French - General - Reviews: 1 - Published: 02-23-07 - Updated: 02-23-07 - Complete - id:2324225

Au fil des mots

Tout s’embrouille dans ma tête, j’ai besoin d’air… J’ouvre la fenêtre mais la pollution m’étouffe. Seule solution : aller se balader. J’enfile mon vieil imperméable gris et sors, la tête rentrée dans les épaules. Dehors, un crachin humide m’accueille. J’ai besoin d’un bon café, espérons que le Père tranquille est ouvert, au moins, là-bas, on peut fumer. Purée, quel froid…Ouf, il est ouvert ! Pourvu que ma table soit libre ! C’est bizarre, mais il n’y a qu’ici que je trouve l’inspiration. D’écrire parmi les gens, ça ne me dérange pas, ça m’aide plutôt. Quand je n’ai plus d’inspiration, il me suffit de lever la tête pour trouver mille sources.

J’entre dans le café.

Sylvain, le barman, me demande de son ton typiquement pressé :

- Alors, Julie, comme d’habitude ? T’as de la chance, ta table vient de se libérer.

D’un pas décidé je me dirige vers elle, la plus reculée du café. Un coin tranquille, près de la fenêtre, un peu sombre, mais la lumière du jour m’éclaire juste assez. Le coin idéal pour passer incognito tout en restant dans la masse. Je m’assois, allume une cigarette et me remets au travail. Où est-ce-que j’en étais ? Ah oui, Monsieur Dupont …

« Âgé d’environ soixante-dix ans, Monsieur Dupont habitait dans le petit village de Lacougotte Kadoul . Un petit village perdu au milieu de nulle part mais pas dépourvu d’animation : une épicerie, un café, un club de tricot et bien sûr l’école, l’église et la mairie. De quoi distraire les quelques deux cents habitants. Beaucoup de personnes âgées avec tout de même quelques jeunes couples. On voyait parfois leurs enfants jouer aux billes sur la place.

Tous les dimanches, on repérait Mr Dupont la démarche fringante mais quelque peu maladroite : ses pas l’entraînaient vers le café où il retrouvait Emile et Félix, ses partenaires de belote et de bridge. Quel pitre ce Fernand Dupont ! Un véritable boute-en-train. Il paraissait peut-être vieux physiquement, mais le bleu vif de ses yeux trahissait une jeunesse intacte. Doté d’une finesse d’esprit et d’une intelligence presque inaltérée, il était fin joueur de bridge, comme bon nombre des habitants du vill … ».

- Satané stylo ! Encore à sec, juste quand j’étais bien partie !

Je secoue furieusement le bic qui me cause tant de soucis. Encore un produit de consommation de masse ! Rien ne vaut un bon vieux stylo à plume, au moins, on peut changer la cartouche, alors que les bics, niet, nada, que dalle.

Je sors en prenant soin de bien étaler mes affaires sur ma table, signifiant clairement qu’elle était prise, et file vers la papeterie la plus proche.

L’odeur si caractéristique des vieux livres, un peu flétris par le temps, m’enveloppe dès que je franchis le seuil de la boutique. Des rayonnages entiers de beaux cahiers reliés de cuir me font de l’œil : « Viens, regarde-moi, touche mes belles pages… ». C’est presque hypnotique. Lorsque que je commence à chercher un stylo à plume, mon choix devient cornélien : ils sont tous plus beaux les uns que les autres. Tantôt fins, tantôt dodus, ouvragés ou sobres, il y en a des milliers, et pour tous les goûts. Enfin, il est là, bien sage parmi ses compagnons. D’un noir de velours, il est ciselé de fines arabesques dorées. Mais ce qui m’attire le plus, c’est un mot, niché là, au cœur de ces volutes d’or. Je n’arrive pas bien à le distinguer, et dois m’approcher pour essayer de le déchiffrer.

C’est du latin ! Je savais que j’aurais dû prendre cette option au lycée ! Le petit papy là-bas pourra peut-être m’aider.

- Pardon, Monsieur, pourrais-je avoir un renseignement, s’il vous plaît ?

- Ben, j’vais essayer, parrrdine ! Me répond-il en roulant les « r ». Il se retourne et me fait un aimable sourire.

- Je cherche à savoir la signification de ce mot, est-ce du latin ?

Il me prend doucement le stylo des mains et l’approche, l’éloigne, le rapproche, l’éloigne à nouveau, tentant de l’adapter à sa presbytie.

- Sacrrré nom dé diou, j’ai oublié mes yeux !

Je ne peux m’empêcher de sourire. Cela fait du bien de croiser un jeune papy ! On en croise rarement, encore une espèce en voie de disparition…

- Si ce sont vos lunettes que vous cherchez, elles sont sur votre tête !

- Merrrci, mademoiselle, les p’tites habitudes, vous savez ce que c’est. Alorrrs, ce stylo : je crois qu’y a marrrqué : « scrrriberrre ». Ça veut dire écrrrire en latin. Fascinant, je crrrois que vous avez le stylo qu’il vous faut, appuyant cette dernière remarque d’un clin d’œil.

Perplexe, j’observe le mot de plus près, et quand je relève les yeux, plus de papy ! Envolé ! Comment a-t-il fait pour se déplacer si vite à son âge ? C’est incroyable. Je n’ai même pas eu le temps de le remercier.

Retour au Père Tranquille.

«…village. Justement, Félix Tercier se dirigeait vers le café pour retrouver son ami Fernand.

- Salut, les filles ! lança Félix à la cantonade.

Les quelques vieilles dames en robe du dimanche gloussèrent de plaisir. On entendait chuchoter.

- Quel charmeur, ce Félix, il n’a pas changé pour un sou !

En effet, Mr Tercier avait la réputation d’avoir été un Don Juan dans sa jeunesse ; il nourrissait encore sa flamme et s’en régalait. Loin d’être prétentieux, il était simplement flatté de ne pas avoir perdu son charme. Doté d’un regard digne de Clint Eastwood, agrémenté d’un goût prononcé pour la musique jazz et d’un swing « salvadorien », Félix était encore bel homme. Assez bon chanteur, il poussait parfois la chansonnette au café, devant un parterre de mamies pâmées d’amour.

Une fois installé à sa table à côté de Fernand, il lui lança :

- Alors, mon vieux, prêt à êt’ battu à plate couture ?

- C’est toi qui le dit, celui qui perrrd y paie le porrrto, boudu !

Après une partie pleine de rebondissements et de suspens, Félix, avec un sourire de gagnant, se tourna vers la table des dames.

- Qui c’est qu’Ferrrnand invite à boirrre un petit porrrto ? C’est sa tourrrnée, hein mon vieux, lui dit-il en lui décochant une bourrade dans l’épaule et roulant les « rrr » d’un air taquin.

- Avec plaisir, dit l’une, habillée d’une charmante robe à fleurs bleue ciel.

- Volontiers, répond sa voisine, souriant de tout son dentier. Dites, Félix, ne pourriez-vous pas me chanter une petite chanson, avec ça ? demanda-t-elle rouge comme une pivoine.

- Pour vos beaux yeux Marinette, je chanterais jusqu’à la fin de mes jours, roucoula Félix.

Marinette détourna les yeux, tandis que Madame en robe à fleurs bougonnait :

- Marinette, gnagnagna, toujours Marinette, y’en a que pour elle! ».

Je relève les yeux vers l’horloge : 19 heures 30. Déjà ! Je ne vois pas le temps passer avec ces habitants. Puis, je félicite comme il se doit ma nouvelle plume, mon petit scribere…

Sylvain, témoin de mes débordements affectifs pour mon stylo, me lance d’un air narquois :

- Va falloir y aller ma p’tite Julie, on va fermer !

Trempée jusqu’aux os, j’arrive enfin à mon appartement. Moumine, ma chatte, me ronronne dans les jambes, se dirige nonchalamment vers sa gamelle, puis lève ses beaux yeux émeraude vers moi, implorant ses croquettes.

- Ah, heureusement que je t’ai, au moins je sais pourquoi je rentre…T’aime les gratouilles, hein, ma belle.

Pour ma part, encore un dîner de célibataire en perspective ! Il est bien loin le temps des dîners aux chandelles. Je fourre une crêpe au fromage dans le four à micro-ondes, et m’effondre, dépitée, sur le canapé.

Un coup d’œil rapide au désordre qui règne dans la pièce finit de m’achever. Mais qu’est-ce que je fous là ? Il n’y rien à faire dans cette ville, je préférais encore vivre à Lacougotte Kadoul, je suis sûre que c’est plus animé qu’ici.

Je m’adresse à Moumine :

- C’est décidé, on se carapate d’ici, ma Moumi’! Une bonne nuit de sommeil, et demain, en route pour l’aventure, on dé-mé-na-ge !

- Miaou ! me répond Moumine. Soit elle me comprend, soit elle connaît la chanson !

A l’aube, je me lève surexcitée à l’idée de changer ma vie.

Petit déjeuner : mes toast sont cramés ! Quelle poisse ! Ma conscience, avec son insupportable voix snobinarde me sussure : « Et ce matin, au menu de madame, toasts carbonnisés accompagnés d’un café lyophilisé tiède . » Bon appétit !

Reprends ta plume, ma belle, ça ira mieux.

Ce petit espoir fut de courte durée… Je me rends compte, avec horreur, que le texte est presque illisible.

- Moumine, espèce de salle minette incontinente, la prochaine étape, c’est la couche, allez, dehors !

En disant ces mots, je lui flanque un bon coup de pied dans l’arrière-train, histoire de joindre le geste à la parole.

Le grincement de la porte d’entrée de l’immeuble m’annonce l’arrivée du facteur : il doit être onze heures moins le quart ! Je descends les escaliers quatre à quatre et récupère mon courrier après un rapide et bien rôdé « bonjour-merci-au revoir-joyeux noël-et bonne année !». Facture, facture, impôts, pub, Editions du Midi !

Ah, voilà ce que j’attendais…

- Et mmm...mercredi ! Encore un manuscrit refusé. J’aurais mieux fait de rester au lit…

Gardons notre motivation : dé-mé-na-ger. Allons voir les petites annonces sur le net. me propose des tas d’offres immobilières intéressantes, dont une qui attire tout particulièrement mon attention :

Dans petit village charmant, particulier loue maisonnette 3p avec jardin, 350 euros, charges comprises.

- Ça m’a l’air très bien, je vais appeler, croise les pattes, Moumine !

Après deux minutes trente de conversation avec la propriétaire, ma décision est prise : je loue la maison. Dans l’après-midi mes cartons sont faits. Il ne me reste plus qu’à mettre Moumine dans son panier. Un logement payé au « black » permet heureusement quelques libertés !

Je m’engouffre dans ma « quatre ailes » toussotante qui refoule du pot, passe devant le café, salue de loin Sylvain, et m’embarque pour cinq heures de voyage.

Vitesse moyenne : 45 km/h.

Une bonne dose d’insultes aux automobilistes entremélées de quelques feux rouges, et j’arrive enfin à destination.

Me voilà sur la place de « Montbrun Bocage ». Sur ma gauche, la petite église dresse fièrement son clocher vers le ciel. Je tourne la tête et aperçois une épicerie, « Chez Gégé ». Un peu plus loin, une charmante boulangerie arrondie telle une brioche porte le nom appétissant de « La Croustillante ». Jusque-là, ça a l’air sympa. Maintenant, allons découvrir notre maison.

En arrivant à ma nouvelle demeure, je suis agréablement surprise de son apparence. Malgré un aspect décati, elle a tout le charme des maisons d’antan, patinée comme un vieux meuble. Des rosiers grimpants font office de rideaux et leur parfum délicat me flatte. Je monte les quelques marches qui mènent à la porte d’entrée. Celle-ci , gonflée par l’humidité est un peu dure à ouvrir .Quand j’y parviens enfin, je découvre un intérieur quelque peu dénudé mais néanmoins accueillant.

- Je sens que je vais me plaire ici ! Regarde, Moumine, tu as un jardin pour te dégourdir les pattes !

L’installation faite, je décide d’aller faire un tour du côté de « la Croustillante ». L’odeur du pain cuit au feu de bois me chatouille les narines.

Qu’est-ce que je vais choisir ?

Après quelques instants d’intense réfléxion, mon choix s’arrête sur un gros pain au levain bien dodu, croustillant et moelleux à l’intérieur. Le bonheur, comme un début de vacances…

- Bonjour Madame, je voudrais ce gros pain au levain, s’il vous plaît, ainsi qu’une part de pizza et une chocolatine.

- De passage ? rétorque la jeune fille aux nattes blondes.

- Un peu plus, je l’espère.

- Bonne journée !

- Merci, de même.

Munie de mes paquets, je me retourne pour sortir et tombe nez à nez avec le petit papy poli de la papeterie, accompagné d’un grand-père assez bel homme.

- Ça alors, bonjour Monsieur …

- Dupont, ma petite demoiselle !

- Quelle coïncidence, vous vous souvenez de moi, la fille au stylo !

- Bien sûrrr, j’suis pt’èt vieux mais j’ai ma mémoirrre intacte : le brrridge, ça aide !

- Et on ne peut pas oublier une jolie fille comme vous ! me lance son acolyte tout en me regardant intensément.

- Vous habitez ici ? me demande Mr Dupont.

-Oui, depuis ce matin, dans la petite maison là-bas, juste au bout du chemin.

- Ah, la maison aux rrroses ! Il était temps qu’elle trrrouve des locatairrres, ça me fendait le coeurrr de penser qu’à forrrce, elle tomberrrait en rrruine. Et votre « scrrriberrre », il marrrche bien ?

- On ne peut mieux, une vraie source d’inspiration !Moi ne sachant quoi dire tant cette rencontre me surprend, je m’enfuis en disant : Je dois vous laisser, ce fut un plaisir !

- Au revoirrr, à la prrrochaine, et écrrrivez bien surrrtout, m’encourage Mr Dupont avec un sourire attendri.

- Merci, j’y compte bien. Au revoir Monsieur…

- Tercier, pour vous servir, mademoiselle Julie !

- Eh bien, au revoir, messieurs.

Je m’éloigne de quelques pas et m’arrête, interdite. Les derniers mots de Mr Tercier me résonnent encore aux oreilles. Il m’a appelé Julie ! Comment connaît-il mon nom ? Il me dit quelque chose cet homme-là… Ce ton charmeur… cette façon de bouger… il faut que j’en aie le cœur net ! Je rentre chez moi presque en courant, pose distraitement mes paquets sur la table et relis mon manuscrit.

« …flatté de ne pas avoir perdu son charme…regard digne de Clint Eastwood…swing « salvadorien »… ».

Ce n’est pas possible, ce Mr Tercier c’est le même que dans mon histoire ! Je commence à chauffer de la cafetière, j’ai dû mal comprendre son nom. Tout en y réfléchissant, je croque machinalement dans la part de pizza. Mmm, quel délice…

Je me remets au travail.

« Au même moment, une belle jeune femme d’environ vingt ans faisait son entrée au village. Sa cape de velours noir flottait gracieusement derrière elle. Sa démarche féline avait quelque chose de royal. On aurait pu croire qu’elle marchait sur un coussin d’air. Regardant sans cesse derrière elle, elle semblait inquiète.

Estella Dessieux avait fuit l’opulence et le luxe dans lequel elle avait toujours vécu pour tenter de renouer avec les éléments de la nature qui lui étaient chers. Elle en avait assez de toutes ces courbettes et autres niaiseries de la haute société. Combien de fois avait-elle entendu sa mère lui dire :

« - Estella, voyons, ma chère enfant, cesse toutes fariboles d’herboriste ! Une jeune fille comme toi doit songer à faire un mariage digne de notre situation plutôt que de courir dans les champs et de gambader sous la lune ! ».

Elle avait envie de vivre une vraie vie, et arrêter de se complaire dans des mensonges tous plus fallacieux les uns que les autres. Elle n’avait d’une riche héritière que le langage, la beauté et le nom ,mais elle voulait qu’on l’apprécie pour elle-même et non pour sa fortune. Elle désirait sa liberté, chose impossible dans son contexte social.

Un jour où elle en avait vraiment assez, elle s’était risquée à se confier à sa mère :

- Mais vous ne pouvez pas me traiter normalement, Maman ? je suis votre fille ! J’en ai assez d’être enfermée dans une cage dorée ! Je veux me marier par amour, pas pour faire bonne impression ni pour faire fleurir les affaires de Papa ! avait-elle dit en s’effondrant en larmes.

Le lendemain aux aurores, elle décida de fuir définitivement cette vie qui l’oppressait.

Après plusieurs jours de voyage, elle arriva dans un petit village qui semblait lui tendre les bras. Le panneau indiquait « Lacougotte Kadoul ».

Se sentant faible, elle passa péniblement la porte de la boulangerie « La Gourmande », trébucha et se rattrapa non sans peine au comptoir.

- Pardon, auriez-vous l’amabilité de…me…donner cette chocolatine…Je n’ai…rien mangé ce matin…

- Ma pauvre demoiselle, vous n’avez pas l’air bien, je vous apporte ça tout de suite, voulez-vous vous asseoir en attendant ? lui dit le jeune homme derrière le comptoir. Il attrapa prestement la plus grosse chocolatine de la vitrine et la lui mit entre les mains. Sans attendre, Estella en croqua un morceau et laissa le goût du chocolat la ressusciter. Elle leva la tête pour remercier son sauveur et rencontra deux beaux yeux bruns qui la regardaient avec une tendresse infinie. À la franchise de son regard, elle sut qu’il avait commencé à la voir, elle, tout simplement.

- Ce chocolat est l’un des plus délicieux qu’il m’ait été donné de déguster ! Vraiment, je vous en remercie.

- Ce n’est pas moi qu’il faut remercier c’est mon père qui les fait, je suis juste son fils, Loïc. Je l’aide un peu à la boutique les jeudis, c’est le jour de congé de Lucie, notre vendeuse…Je suis ravi que son chocolat vous plaise, il y travaille beaucoup, dit-il, intimidé.

- Estella, je m’appelle Estella, ravie de vous rencontrer, Loïc.

- Vous méritez bien un si joli prénom.

- Je…

- Excusez- moi si…

- Non, non, ne vous excusez pas, c’est…

D‘un geste délicat, elle rabattit sa cape, laissant ses cheveux d’un noir de jais tomber en cascade sur ses épaules. A cet instant précis, Loïc perdit définitivement contenancee. Il restait là, la regardant les yeux pleins de promesses. Quelques instants après, ils se séparèrent, en se jurant silencieusement de se retrouver.

- Je crois qu’on a très bien travaillé ce soir, mon petit scribere…

Moumine me saute sur les genoux et se met à ronronner .

- Regarde tout ce que j’ai écris, moi qui était en panne d’inspiration ! Sainte Marie, Mère de Dieu, merci de m’avoir fait tomber ce stylo entre les mains !

- Miaou !

Après quelques gratouilles, je me lève et pose délicatement ma minette sur le canapé. Elle se roule instantanément en boule, ferme les yeux et s’endort.

Nuit paisible.

Je me lève pour un petit déjeuner qui, cette fois, est juste parfait. Pendant que Moumine se dégourdit les pattes, je retourne à mon manuscrit.

Je lis donc à haute voix les passages écrits la veille au soir. Pourtant plongée dans mon histoire, quelque chose sans cesse me ramène à moi. Ma concentration me joue-t-elle des tours ? Qu’est-ce qui cloche ?

«…Il attrapa prestement…Sans attendre, Julie en croqua… »

- Julie ?

Eberluée, je me rends compte que toutes les fois où devait se trouver le mot « Estella », mon propre prénom apparaît.

- Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Je ne me souviens absolument pas avoir écrit Julie à la place d’Estella, je devais être fatiguée hier soir ! Le changement d’air sans doute…

Néanmoins, je réprimande scribere, faute d’avoir Moumine sous la main, ou qui que ce soit d’autre, et m’attache à corriger ces balivernes.

- Là, on raye le « Julie », là encore, là à nouveau. Où est mon blanco ? Ah te voilà, Mr Serge, on se réveille, on a du travail !

« Quelques jours après son installation, Estella décidait d’adhérer au club de tricot du village, pour avoir une activité et pour appréhender quel genre d’habitant y était domicilié. Elle se rendit vite compte qu’elle se trouvait en compagnie des maîtresses du ragot.

Mme Lavieux, reine incontestée de la calomnie était présidente de ce club. Elle portait on ne peut mieux son nom de famille. Raide comme un balai, sèche et osseuse, Mme Lavieux, Cunégonde de son prénom, n’avait rien de la mamie qui cajole ses petits-enfants. Sorcière des temps modernes, elle arborait fièrement une verrue poilue au menton, piquant tel un porc-épic les gens qui se risquaient à lui faire la bise. Dire qu’elle était la reine de la calomnie était un faible mot : tout ce qu’elle voyait et entendait nourrissait les rumeurs les plus ridicules. Plus les ragots étaient sordides, plus elle s’en régalait. On ne pouvait pas dire que Mme Lavieux avait des amis, mais un public, ça oui.

- Vous savez, Mme Pilva, celle qui soi-disant est presque aveugle, eh ben moi, je l’ai vu conduire l’autre jour ! On n’a pas idée de prendre les gens pour des imbéciles, je suis sûre qu’elle n’est pas aveugle, je la vois dans le village aller chercher son pain ! Elle ne se cogne nulle part, elle n’a pas de canne blanche : elle y voit comme vous et moi !

Estella eut un haut-le-cœur en entendant ces insanités. Mais Mme Lavieux pérorait de plus belle :

- Et vous ne connaissez pas la meilleure ! J’ai vu la Marinette au bras de Félix Tercier ! Je suis sûre qu’il y a quelque chose entre eux. On ne reste pas boire le thé pendant trois heures !

- Ça, c’est sûr, renchérit avec véhémence Germaine, accoutrée de son éternelle robe à fleurs bleue. De toute façon, pour lui, y’a qu’elle qui existe!

- Si c’est pas malheureux ! Moi aussi je le trouve charmant, ce Félix, mais bon, il m’a toujours ignoré ! Sauf le jour où j’ai fait ma couleur, là il me regardait, avec insistance même ! J’ai dû lui faire de l’effet !

Certes, ce jour-là, elle lui avait fait forte impression. Sur un coup de tête, elle avait décidé de se teindre les cheveux elle-même. Sur la boîte était écrit : « reflets bleutés, discrétion et élégance assurée ». Ne réalisant pas qu’il sagissait d’un produit de nouvelle génération, elle laissa poser trois bonnes heures sa lotion, pour plus d’efficacité, pensait-elle.

Le résultat était saisissant : elle se promenait fièrement dans le village en exhibant sa cheveulure bleue électrique à qui voulait la voir. Pour parfaire sa toilette, elle s’était appliquée un rouge à lèvres brun, avec un pochoir semble-t-il, un peu trop de blush. Un fard à paupières vert soulignait son regard porcin.

C’était certain, elle ne passait pas inaperçu. Elle prenait les regards insistants des passants pour autant de marques d’admiration. Mais ce n’était pas tout : cette femme avait une prédisposition certaine pour le commandement. C’était un véritable général en chef !

- Maille à l’endroit, maille à l’envers, on passera, bien au chaud l’hiver ! Allez les filles, du nerf ! criait Cunégonde, exaltée, en mimant les gestes, sans tricoter pour autant.

Estella priait silencieusement que tous les habitants du village ne soient pas comme elle...

Non loin du club de tricot, les maris respectifs des adhérentes se livraient à leur réunion des « Alcooliques Déclarés ». Le maître de la bouteille était sans conteste Gérard Pignol, surnommé « Lagoutte », épicier de son état. Avec sa finesse légendaire, il avait baptisé son établissement : « Chez Pignol », officiellement épicerie, officieusement bar « des amis ».

Son élixir, comme il l’appelait, était en fait du Fernod. Il en buvait tellement que son nez avait viré de couleur et de forme : d’un rouge soutenu, il ne cessait de gonfler se rapprochant un peu du mollusque.

- Il faudrait soigner votre nez, Mr Pignol !

- Mais qu’est-ce qu’il a mon nez, je sais, il est rouge, et alors ? Ça lui donne du caractère !

Il appuyait souvent ses phrases d’un reniflement prolongé et sonore. Toujours la goutte au nez, c’est ce détail qui lui avait valu son surnom.

On le voyait tanguer dangereusement derrière le comptoir de son épicerie. Cette dernière était petite, sale et glauque. Trois étagères en bois mal dégrossi accueillaient quelques malheureuses boîtes de thon, du cassoulet Myriam Porin, quelques bouteilles de piquette, des paquets de pâtes « Zizani », et autres produits de première nécessité. Ce poste le gonflait d’orgueil. Malgré son ivresse, il avait encore la force de se tenir droit comme la justice et de dire à qui voulait l’entendre : « l’épicerie, c’est le poumon du village ! ». Auprès d’une bonne partie des habitants, son hypocrisie passait pour de la sagesse.

Un jour, un groupe de jeunes gens en fauteuil roulant s’arrêta à l’épicerie. Ils inspectèrent les rayons, pensant que c’était une boutique de souvenirs.

- Pas beau ! Pas cadeau ! s’exclama un garçon en faisant de gros yeux à « Lagoutte».

- Excusez-le , il a l’habitude de dire ce qu’il pense, rattrapa l’éducateur.

- C’est pas grave ! et s’adressant au jeune garçon, mais-c’est-que-tu-es-tout-mignon-toi, dit-il d’un ton mielleux, en articulant exagérément. Je suis désolé mon bon monsieur, mais il n’y a pas de magasin de souvenirs, ici !

- Allez, on continue la balade, Léo !

- Super, balade, balade, on va promener, répondit Léo, un grand sourire illuminant ses yeux.

Une fois le groupe sorti de son épicerie, Gérard retourna en titubant derrière son comptoir, but une gorgée de Fernod, et lança aux quelques piliers présents :

- On n’a pas idée de faire des gosses comme ça ! Ils sont complètement tarés et en plus, ça nous coûte des sous ! C’est eux la raison du trou de la sécu ! ».

Ouf ! la Lavieux et le Pignol m’ont vidé, sortons un peu voir ce village de plus près... J’enfile un gilet léger, le temps est au beau fixe. Je déambule tranquillement dans les

rues du village. Etrangement, il semble un peu désert. Même l’épicerie paraît tout d’un coup triste et morne, sans son habituel brouhaha.

Plongée dans mes pensées,je tombe littéralement, à l’angle de la rue, sur une belle jeune femme qui avait l’air aussi enchantée que moi de prendre l’air. Confondue d’excuses, je lui explique mon arrivée récente et mon envie de découvrir le village. Un banc se trouvant non loin, elle m’invite à m’asseoir à ses côtés quelques instants.

- Il est vraiment charmant ce petit village ! continuai-je.

- Oui, c’est sûr, à part quelques individus…on ne peut plus caricaturaux !

- Ah bon ? c’est-à-dire ? demandais-je, intriguée.

- La patronne du club auquel je me suis inscrite est une véritable harpie ! C’est vraiment à vous donner la nausée…

A mesure que la conversation avance, je remarque dans les yeux de la jeune fille la rêverie caractéristique de celles dont le cœur est conquis. Elle continue de parler :

- … si la moitié des habitants du village ne sont pas très sympathiques, il y aussi des gens très aimables ! J’ai déjà rencontré quelqu’un de charmant ! C’est une personne adorable mais très timide, remarquez, ça rajoute à son charme.

Embarrassée par sa confiance, je me trouvais à dire que :

- Je suis ravie pour vous.

- Tenez, justement, le voilà qui arrive ! dit la jeune fille avec un sourire rayonnant.

- Bonjour Mesdemoiselles, navré de vous interrompre en pleine conversation, mais nous allons être en retard à notre goûter, ma petite étoile ! Marinette nous attend.

- Bon, ben, j… je veux pas vous retarder… au revoir…bégaie-je.

Un étrange frisson me parcourt en entendant prononcer le nom de Marinette. A cet instant précis, une petite voix en moi hurle : « ce n’est pas possible, c’est DINGUE !».

Arrivée chez moi, je pousse la porte à moitié essouflée et pantelante, et me laisse tomber sur le canapé. Je reprends fébrilement mon manuscrit, et au moment où je me lance à la recherche de ce qui m’obsède, je remarque, abasourdie, qu’une suite s’est ajoutée.

« Aimée de tous, Estella fut invitée à l’anniversaire de Marinette Minotte...

Je réalise soudain que cet anniversaire est celui-là même, où se rendait tout à l’heure le jeune couple. Intriguée, je continue ma lecture.

C’était la plus énergique mamie du village. Elle avait convié tous ses amis, même Germaine Fleurie, qui l’avait prise par les sentiments. A seize heures précises, Estella et Loïc franchissaient donc la porte de la charmante maisonnette de Mme Minotte.

Loïc était un jeune homme d’un naturel discret, doté d’une beauté poétique et touchante. Etant un peu solitaire, son passe-temps favori, en dehors de la boulangerie, était d’écrire. Il pouvait aussi rester des heures à lire devant un bon feu de cheminée. Cela lui venait de l’enfance. Tandis que son père travaillait, il avait développé un goût prononcé pour le silence, et savait le faire parler.

L’odeur qui les accueillit était celle d’un gâteau aux pommes fait par Mr Doré, le père de Loïc. A la place d’honneur siégeait Marinette. Vêtue d’une délicate robe lilas, son sourire était mis en valeur par un subtil brillant à lèvres couleur pêche que l’on devinait à peine. Ses joues parcheminées étaient colorées d’un léger blush. Ses cheveux, très joliment coiffés, étaient d’un blanc neigeux. Ses yeux brillaient d’émotion. A côté d’elle, l’éternel crooner de ces dames : Félix Tercier. Ses yeux verts pétillaient d’une tendresse malicieuse. Face à Félix, Fernand Dupont faisait ses pitreries habituelles, déclenchant le rire cristallin de la reine de la fête.

Attablé avec eux se trouvait le maître boulanger du village : Gustave Doré. D’un naturel bon vivant, il plaisantait avec Félix, et son rire tonitruant faisait trembler sa moustache rousse.

- Viens t’asseoir près de nous avec ta chère et tendre, Fiston, lança le boulanger, tâchant d’être aussi romantique que son fils. « Chère et tendre », c’est bien ce que tu dirais, non ?

Les deux tourtereaux rougissants s’installèrent à la table des festivités, aux côtés de Mme Lavieux et de Gérard Pignol, qui ne cessaient de se faire des politesses.

- Vous reprendrez bien un peu de café, ma chère Cunégonde !

- Avec plaisir, Mr Pignol…

- Mais appellez-moi donc Gégé !

- Si vous insistez, « Gégé », répondit-elle en battant des cils.

Et ces minauderies continuèrent une bonne partie de l’après-midi. Heureusement, les autres conversations allaient bon train, ce qui permettait à Estella et Loïc de ne pas entendre ce genre de niaiseries.

Fernand et Félix échangèrent un clin d’œil.

Fernand Dupont monta sur la petite scène improvisée au fond de la salle, pendant que Félix s’éclipsait.

- Et maintenant, Mesdames et messieurs, en l’honneurrr de notrrre chèrrre Marrrinette, le rrrube…euh, parrrdonnez moi, le tube de notre starrr à nous : Félix Terrrcier !!! Applaudissons-le bien forrrt !

Le rideau se leva sur un Félix en smoking et noeud papillon. D’un geste charmeur, il désigna Marinette du doigt et lui dit d’une voix grave :

- It’s forrr you, darrrling.

Marinette fut prise d’un petit rire gêné mais ravi, tandis que Germaine, croyant avoir été désignée, hurlait comme une véritable groupie hystérique.

Les premières notes s’élevèrent et la voix suave, mais quelque peu tremblotante de Félix, se fit entendre :

« Quelque fois, si douce,

Quand tes yeux me touchent,

Comme ta bouche,

Alorrrs si douce.

Quelque fois si belle,

Au parrrfum cannelle,

Comme l’hirrrondelle,

Ton prrrintemps m’appelle.

Marrrinette, je t’aime,

Marrrinette, je t’aime,

Je ne connais pas l’temps facile,

Avec toi c’est moins difficile,

Moins difficile,

Moins difficile… »

Quand Félix termina sa chanson, des applaudissements tonitruants retentirent, mêlés des cris de Germaine, toujours aussi excitée.

Marinette, tombant en pâmoison, articula silencieusement un « merci ». Ses yeux disaient le reste.

Une fois remise de ses émotions face à la déclaration si tendre de Félix, et encore avec les larmes aux yeux, elle décocha un coup de coude en plein dans les côtes de sa voisine. Elle lui dit, sur un ton agacé que l’on ne lui connaissait pas :

- Tu me perces les oreilles à crier comme ça ! J’en ai assez ! C’est pour moi qu’il a chanté et non pour toi ! Débouche-toi les oreilles, c’est « Marinette, je t’aime », pas « Germaine je t’aime » ! Ah vraiment ! tu n’es pas mieux que cette harpie de Lavieux. »

Le texte s’arrête là.

Ce n’est pas moi qui ait écrit cela, je n’aurais jamais pu, Marinette n’est pas comme ça, elle est si… et pourtant…

Je me surprends à défendre mon personnage, comme trahie, et prends rageusement mon scribere.

Témoin de mon agitation, Moumine me regarde fixement.

« Cunégonde horrifiée se jeta sur sa voisine. Félix descendit de scène, tentant d’arracher Marinette des mains de Mme Lavieux. Cette dernière sollicitait ardemment l’aide de Pignol, qui, tenant à peine debout, entra dans la mêlée. Alors le poing énergique de celui-ci vint s’abattre en plein sur le nez de Félix qui, déséquilibré, tomba sur Marinette en envoyant valser le gâteau sur le parquet fraîchement ciré.

Estella se précipita aux côtés de Félix et, tout en l’aidant à se relever, elle lui essuya le sang qui avait coulé de son nez.

D’une voix rassurante, elle lui dit :

- Surtout ne faites rien, je m’occupe de votre nez. Serrez les dents, ça va faire peut-être un peu mal, mais je vous promets que dans deux minutes, il n’y aura plus rien.

En disant ces mots, elle passa doucement les mains sur le nez de FélixMalgré la sensation de chaleur intense sur son visage, il restait digne et stoïque .

-Parbleu, c’est vrai, je sens plus rien ! Vous êtes une magicienne, ma parole, merci beaucoup ma p’tite .

Elle avait hérité du don de sa grand-mère

Pendant ce temps, Loïc s’entretenait d’un ton houleux avec Gérard :

- Le Fernod, le Fernod, c’est toujours le Fernod ! Faites appel à votre bon sens ! Félix ne vous a rien fait, que je sache, il essayait simplement de calmer les choses.

- Oui, c’est vrai, grommela l’ivrogne, le coup est parti tout seul. Y mérite des excuses.

Une fois les larmes de Marinette séchées par Félix, les excuses acceptées et le gâteau remplacé par Mr Doré, la convivialité se réinstalla à peu près parmi les invités. »

Quelle histoire de fou !

Quant à cette suite inattendue, on verra demain, la nuit porte conseil.

Mais j’émerge péniblement de cette nuit agitée par le son strident du réveil, qui me sonne dans les oreilles.

- Oui, oui, ça va, je me lève! dis-je d’une voix empatée.

Après une rapide toilette pour me rafraîchir les idées, et un succulent petit déjeuner expédié en quatrième vitesse, je saisis mon manuscrit, frémissante d’impatience mais quelque peu effrayée.

Une autre plume que la mienne avait encore contribué à écrire mes mots.

« Voyant que la bonne humeur était finalement revenue, Loïc et Estella profitèrent d’un moment de brouhaha pour s’éclipser dans le petit parc, juste à côté de la maisonnette. Il faisait beau et une brise légère annonçait l’arrivée prochaine du printemps. Ils s’installèrent sur un banc, sous un magnifique cerisier presqu’en fleurs.

Voyant qu’un silence gênant s’installait, Loïc ouvrit la bouche et se risqua à articuler :

- Oh…les belles fleurs !

Estella rit intérieurement et se dit : il faut que je l’aide à faire le premier pas, sinon il va rester toute sa vie assis sur ce banc !

Elle lui prit doucement la main pour l’encourager. A son contact, Loïc releva la tête, rouge comme une tomate mais rassuré.»

Le texte s’arrrête là, mais je remarque en bas de page une phrase fine et légère.

« Merci de votre aide, Julie, tout le village est soulagé ! ».

Perdant pied, je sors dans l’idée que l’extérieur reste ma réalité et que mes repères sont là-bas. Mais déjà la boulangerie n’est plus la Croustillante mais la Gourmande, et l’épicerie arbore un « Chez Pignol ». Le couple de tout à l’heure, tendrement enlacé, passe devant moi me saluant amicalement.

Je prends mes jambes à mon cou et cours comme je n’avais jamais couru, en proie à une peur quasi surnaturelle.

Arrivée chez moi, je prends mon manuscrit et mon fidèle scribere pour écrire : « STOP ARRÊTEZ ÇA !!! ».

- L’ai-je seulement écrite, cette histoire …?

- Pourtant oui…

Une fois mon adrénaline redescendue, je me sens tout d’un coup fatiguée, comme si je ne pouvais pas tenir une minute de plus sur mes jambes. Marchant péniblement, j’arrive jusqu’à ma couette et m’écroule sans un long sommeil sans rêves, juste hanté par cette phrase qui tourné en boucle : « mieux vaut vivre ses rêves que de rêver sa vie »

Les mains tremblantes, je me saisis précautionneusement de l’ouvrage intitulé :« Au fil des mots ». Tiens, chouette titre ! Je reste là un bon moment, juste à l’admirer, effleurant la couverture des doigts.

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