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Fiction » Romance » MoscouVladivostok font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Milenaz
Fiction Rated: T - French - Romance/Humor - Reviews: 3 - Published: 02-25-07 - Updated: 02-25-07 - id:2325244

Titre : Moscou-Vladivostok
Auteure : Milenaz
Genre : Romance / Humour
Rating : T
Résumé : Mateo en a marre de son copain, de Paris, du chômage, alors, sur un coup de tête, il se tire, direction : Vladivostok. Le Transsibérien. Six jours de train. Pendant lesquels, il rencontre Maximilien...
Note : Relations homosexuelles sous-entendues pour ce premier chapitre. Si ça vous gène, z'avez qu'à pas lire. Non mais.


Quelle idée stupide… Franchement, me tirer presque sans bagages pour Vladivostok sur un coup de tête, c'est quand même absurde. D'autant plus que je ne parle pas un mot de russe. Mais bon, maintenant que j'ai mes billets, et, accessoirement, que je suis dans le train direction Vladivostok, autant assumer et essayer de profiter du voyage. Mais ça, c'est encore plus facile à dire qu'à faire, surtout avec les gamins déchaînés qui courent partout dans le compartiment. Ils crient, hurlent, rigolent et se chamaillent. J'ai les tympans en compote, et la tête en vrac. Le pire c'est que je peux même pas leur demander de se la fermer, parce qu'ils comprendraient rien.

Alors je m'enfonce dans mon siège et glisse les écouteurs de mon baladeur dans les oreilles. Forcément, je mets la musique trop fort, mais quitte à ce que je devienne sourd, autant écouter une chanteuse à la voix harmonieuse que des gamins braillards. Ca me laissera une meilleure impression de l'ouie.

Les couleurs vives des vêtements des mômes commencent aussi à m'agacer sérieusement. Et comme je suis partie précipitamment, j'ai pas de bouquin. C'est bien moi ça aussi. Six jours de train, et je pense même pas à embarquer de quoi m'occuper. A côté de ça, je parie que j'ai plein de trucs inutiles dans mes affaires, comme de la crème solaire et un maillot de bain. Alors qu'il doit faire moins quinze dehors.

Le temps est long, et comme je m'ennuie, je commence à regarder le paysage dehors. Tout est recouvert par au moins un mètre de neige. C'est beau, c'est blanc, et ça me semble tellement paisible, à côté des couleurs criardes des salopettes des bambins. Je plisse les yeux parce que forcément, je suis un peu ébloui par la clarté qui émane de la neige. On dirait presque qu'elle illumine le reste. C'est comme si elle brillait d'elle-même. Chose rare, je reste sans voix.

Et un type qui me semble imbu de lui-même profite de mon instant d'égarement pour s'installer en face de moi, posant le sac à bandoulière par terre (alors que je l'avais posé sur le siège faisant face au mien dans le but d'être tranquille). Il manque pas de culot, celui-là. Même pas foutu de demander s'il peut. Au lieu de ça, il me fait un sourire charmeur et se met à allumer une cigarette.

Foutu réflexe qui me vient de mon ex (qui ne le sait pas encore, il faudra que je lui écrive, une fois arrivé). Je lui arrache la cigarette avant qu'il n'ait eu le temps de tirer sa première bouffée et je l'écrase. J'ai horreur de l'odeur de clope. Et ce train est non fumeur. Je le lui fais d'ailleurs aimablement savoir en désignant l'icône accroché au-dessus de nos têtes. Il me sourit à nouveau et s'excuse… en français.

Malheureusement, avant de me rendre compte que je suis en train de faire une bourde, je lui réponds qu'il ferait mieux de se renseigner la prochaine fois. Et son sourire de dragueur s'élargit. Je l'entends penser d'ici. Tiens, il est français aussi celui-là, si j'en profitais. Et je regrette un peu plus de pas avoir eu de bouquin dans lequel plonger le nez pour bien lui montrer à quel point il m'indiffère. Je me contente donc de me contempler les ongles d'une main d'un air faussement absent, tandis que de ma main libre, j'augmente encore un peu le volume de mon baladeur.

Et Monsieur Sans-gêne m'ôte les écouteurs des oreilles, et me dit d'une voix rauque et chaude que puisqu'on est deux compatriotes coincés dans le même train en direction de Vladivostok et qu'on a rien de prévu, on peut discuter un peu. Je réponds que non merci et que je lui serais gréé de bien vouloir me rendre mon bien, mais il sourit encore, et une fossette se dessine dans sa joue gauche. Il m'agace. De cette même voix aux intonations chaleureuses, il me dit que ça serait dommage de ne pas en profiter. J'espère que le clin d'œil suggestif qui a ponctué cette phrase n'était qu'un effet de mon imagination.

Il n'attend pas ma réponse et commence à me raconter sa vie. Il s'appelle Maximilien, a trente-trois ans, une femme et un fils, et il quitte le domicile conjugal parce que sa chère et tendre monte son fils contre lui, et dans le même temps, partage leur lit avec un autre. Et il me dit tout ça d'un ton léger et plein d'une ironie froide. Ca, ça m'en bouche un coin. Il hausse un sourcil pour me demander "et toi ?". On est visiblement passés au tutoiement. J'ai dû rater une étape.

Et je sais pas pourquoi, mais la vie pathétique de ce mec me donne confiance en lui. Il pourrait me raconter des bobards, j'en ai tout à fait conscience, mais quelque chose me pousse à lui faire confiance. Alors je lui raconte. Mateo, trente ans depuis deux jours. Comme cadeau d'anniversaire, je me suis fait virer de mon boulot, et je ne peux plus blairer mon futur-ex. Alors je me tire en douce. J'ai acheté les billets sur Internet hier soir, et me voilà dans le train, avec un aller simple pour un pays dont je ne connais rien, à part ce qui est écrit dans les livres d'histoires. Et je conclus en disant que, bien évidemment, je n'ai absolument aucune idée de pourquoi le Moscou-Vladivostok, encore moins la Russie, et surtout pas en cette saison alors que je suis frileux.

Ah, et bien évidemment, je n'ai aucun complexe à lui dire que je quitte mon homme. Et lui n'a pas l'air de s'en offusquer. Tu m'étonnes, manquerait plus que ça, vu comment il me fait limite du plat depuis avant. J'imagine que c'est pour prendre une revanche sur sa femme. Genre "Ah, elle couche avec un autre ? Bah moi aussi. Et avec un homme, histoire d'enfoncer le clou". En fait, j'en sais rien, mais vu le personnage, ça m'étonnerait qu'à moitié.

Mon histoire l'amuse, il me chambre. Selon lui, si je compte quitter mon copain, c'est parce que ce dernier ne me satisfaisait plus, et il se propose gentiment de me montrer ce qu'est un homme, un vrai. Je lui réplique que c'est lui qui aurait plutôt des leçons à prendre vu que sa femme couche avec un autre. Ca lui cloue le bec, et il me fout la paix jusqu'au prochain arrêt. J'aurais dû descendre. C'aurait été le milieu de nulle part (pour rester poli), un bled paumé où personne ne parle ne serait-ce que l'anglais, il aurait fais moins vingt, j'aurais été en jean et gros pull dehors, mais au moins, je n'aurais pas eu ce présomptueux de Maximilien (tu peux m'appeler Max) sur le dos.

Il se remet à jacasser, me demande pourquoi je quitte mon homme. Selon lui, je n'ai pas été assez explicite. Je commence à me demander s'il connaît le terme "vie privée", mais vu comment il m'a déballé la sienne, ça doit être un concept assez abstrait pour lui.

Patiemment, je lui dis que je n'ai aucune envie d'en parler, et surtout pas à lui, mais il insiste tant que je finis par lui raconter. Mon copain, Arthur, est un pauvre type intéressé uniquement par sa propre réussite et sa petite personne. Forcément, pour une relation durable, c'est moyen. Etant donné que ça faisait un an qu'on vivait sous le même toit, j'aurais supposé qu'il aurait été là pour me soutenir durant mes premiers jours de chômage, mais que d'alle. Au lieu de ça, il se plonge dans ses papiers, me demande comment s'est passé ma journée au boulot alors que je reviens de l'ANPE. Je raconte à Maximilien-appelle-moi-Max que quand j'ai le culot de demander un peu d'attention au prétendu homme de ma vie, je n'ai droit qu'à du mépris et des remarques cinglantes.

Bizarrement, ça lui passe l'envie de rire. Il se met à me consoler, me dit qu'Arthur-c'est-bien-ça-hein n'est rien qu'un pauvre imbécile qui ne me mérite pas, que je suis une perle à côté d'une bouse de vache, et que j'ai bien fait de me tirer. Bien entendu, c'est du baratin de drague, mais ça me fait du bien, parce que c'est ce que j'ai envie d'entendre. Le train s'arrête à nouveau, les mômes descendent (ouf), et l'envie de les suivre ne me prend même pas. Je vais rester dans le train, avec Maximilien, jusqu'à Vladivostok, et me faire consoler. Après, je lui donnerai mon numéro à Paris, et je ne le reverrai jamais. Mais là, aujourd'hui, j'ai juste envie de me sentir soutenu. Même si lui ne le fait que parce qu'il a une idée derrière la tête. Et puis je suis lucide, alors il n'arrivera pas à ses fins.



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