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Author: Letenastare
Fiction Rated: T - French - General/Drama - Reviews: 1 - Published: 03-07-07 - Updated: 03-07-07 - Complete - id:2330081

Elle part en fumée

Chaque matin c’est le même « train-train ». Au lever, la première épreuve est de se regarder dans le miroir, de se dire qu’une autre journée a encore commencé. S’habiller en vitesse, préparer le petit-déjeuner, pour soi, pour les enfants. Les réveiller doucement en s’assurant qu’ils vont vraiment se lever, et laisser la porte entrebâillée : l’odeur les attire toujours dans la cuisine. On affiche un grand sourire, on les encourage, on discute. On mange surtout, le plus dur viendra après. La tête occupée par des pensées qui se bousculent, on vérifie son sac en pensant à autre chose. Ne pas oublier ceux des enfants. On ouvre (alors), on farfouille, mais mieux vaut poser la question : comment contrôler un cartable d’écolier quand on ne sait pas ce qu’il doit contenir ? On garde la tête sur les épaules et on se dit qu’on fera mieux demain.

Allez ! on y va ! Manteaux boutonnés, cartables fermés, on grimpe dans la voiture. Maman va être en retard ! Le chemin habituel est bien connu, mais il est presque toujours encombré. On klaxonne, on s’échauffe, mais il faut garder son sang froid. Les enfants ne doivent pas voir ça. Arrivé(s) devant l’école on en finit plus d’être pressé et on les expulse presque du véhicule. Un bisou appuyé sur chaque joue, on souhaite une bonne journée et on se remet rapidement en route. Au feu rouge on ne peut se retenir de respirer à fond et d’éviter de regarder la boîte à gants. Au suivant, on cède à la tentation et on va même jusqu’à ouvrir celle-ci. Pffff… soulagement. Elles sont là.

Jusqu’au parking de l’agence on se dit que ce soulagement est anormal, qu’on est idiot, qu’on ne devrait pas attacher autant d’importance à ces meurtriers objets de consommation. On se fait des promesses, on décide d’arrêter… Plus tard. Pour l’instant la boîte à gants est grande ouverte, le paquet de cigarettes (en) a été vivement retiré par des mains accoutumées à l’exercice : les doigts engourdis tournent et retournent le cruel instrument dont de dégage déjà une effluve de tabac. Ces actes déshumanisés sont ancrés profondément dans le quotidien… Et procurent ironiquement un bien être démesuré.

Une fois à l’intérieur, les collègues ne cachent pas leurs sourires narquois en me voyant arriver. La scène doit probablement être drôle car certains ne dissimulent même pas leurs rires. Mais comme à chaque fois, j’entre dans mon éternel refuge : mon bureau. Je me pose tranquillement et j’essaie d’oublier les remarques, les regards en biais, de ne pas penser à la tête lamentable que je dois présenter. Comme par dérision, j’ouvre la fenêtre et avale un chewing-gum. Mais ‘y a du pain sur la planche, alors mieux vaut ne pas traîner.

La soir c’est la même rengaine : je range mes affaires et prend mes clés, prête à décamper. Du bout du couloir je les entends encore palabrer à propos du déjeuner : « Toujours la même qui quitte la table avant d’avoir fini de manger. – la cigarette du midi, c’est sacré ». Et assise dans la voiture, énervée, la solution semble sauter aux yeux. La boîte à gants a vite fait d’être à nouveau vidée, et, laissant s’échapper la fumée par la vitre baissée, les idées noires du matin délaissées reviennent à l’assaut.

La tête renversée dans les mains, je suis assaillie. J’entends déjà Mr André qui réclame l’argent du loyer, je me vois recevant les mensuelles factures plutôt salées ; qui sait si je n’aurais pas un coup de fil du banquier ? Interrompue par une longue quinte de toux, j’en reviens à penser aux enfants. En rentrant, ils seront sûrement excités par leur journée de classe et ils parleront tous en même temps. C’est fou tout ce qu’ils peuvent trouver à raconter. J’aurai droit aux descriptions les lus variées.

Je recommence à tousser alors qu’un collègue traverse le parking. Ah, leurs regards de pitié… Le paquet est remis à sa place, enfermé. Finies les lamentations, c’est pas le moment de flancher.

Quand on réalise le mal qu’on a causé, la plupart du temps il est déjà trop tard. On tente en vain de laisser tomber, mais c’est en vous, c’est bien accroché. On fume pour sentir qu’on vit, se dire qu’après tout on survit, mais on ne fait que s’enterrer à petit feu.

Ma vie s’est mon œuvre : je choisis la chute ou l’ascension. Pour le moment, j’ai juste l’impression qu’elle part en fumée.

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J'ai écrit cette courte histoire à la demande d'un ami. Ca ne reflète pas forcément ce que je pense de la cigarette ni des fumeurs, mais j'ai saisi un fragment de vie et j'ai tenté de le retranscrire. Je suis preneuse de tout commentaire car j'en ai eu très peu sur ce texte.



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