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Fiction » Romance » Je t'aime, mais j'ai peur de le dire à cause des a font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Chat de minuit
Fiction Rated: M - French - Romance/General - Reviews: 16 - Published: 03-10-07 - Updated: 03-10-07 - Complete - id:2331294

Auteur : Chat de Minuit

Coucou à tous ! Voici une petite fic sans prétention que j’ai écrite il y a longtemps déjà. J’ai été absente pendant quelques temps (pour raisons de santé et de promotion temporaire dans mon travail ) qui me paraissent une éternité, et écrire m’a beaucoup manqué. Je reprendrai mon rythme habituel pour ma fic principale : Peut être avait-il rêvé à partir de la semaine prochaine ou celle d’après et je m’excuse de cette longue inactivité auprès de mes lecteurs réguliers.

Voilà de quoi me faire un peu pardonner en attendant.

J’ai hâte de refaire vivre mes persos, ils me manquent !

Bonne lecture à toutes et tous !

Je t’aime, mais j’ai peur de le dire à cause des autres

Je suis en train de courir dans la rue. Je cours comme un dératé, sans me soucier d’où je vais. J’ai des larmes plein les yeux et elles m’empêchent de cerner l’endroit où je me trouve, mais qu’importe. Mon seul but est d’échapper à cette personne qui me suit et qui me rattrapera fatalement dans quelques secondes. Oui, je sens que je suis à bout de souffle et que je vais ralentir malgré moi. Je n’ai jamais été un champion d’athlétisme à l’école et pour arranger les choses, j’ai de l’asthme.

Je cours encore. Décidemment, j’ai des ressources cachées, un potentiel en moi que je ne me connaissais pas. La peur fait parfois soulever des montagnes, dit-on. Je halète fort à présent, je sens mes muscles qui s’épuisent, qui se bloquent lentement. Mon sac à dos, que je portais négligemment sur une seule épaule, glisse doucement jusqu’à s’écrouler au sol. Je ne pourrai pas le ramasser, tant pis. De toute façon, il n’y a qu’un cahier ou deux et un vieux stylo usé. Il n’empêche que j’aimais bien ce stylo quand même, c’est lui qui me l’avait offert, celui-là même qui me poursuit.

Je voudrai jeter un coup d’œil derrière mais je n’ai pas le temps. Il me rattrape, je le sais. Il ne crie pas, ne m’appelle pas. Il me suit, c’est tout.

Moi, je ne veux pas le voir.

Pourquoi ? Je n’en ai pas le courage, tout simplement. Je m’effraye toujours d’un rien, alors lui parler de visu, ça n’est vraiment pas réalisable. Si je croise une fois de plus son regard, je suis perdu, c’est sûr.

Je commence à avoir une crampe qui me déchire le côté du ventre, ça fait fichtrement mal. Heureusement, mes jambes me portent encore ; j’esquive le poteau devant moi et saute le trottoir pour prendre de la vitesse. Ça ne m’aidera pas, il est le meilleur en sport de toute la classe, ça serait peine perdue que de vouloir courir plus vite que lui.

Je viens de me recevoir une goutte d’eau dans l’œil. Il pleut maintenant, il ne manquait plus que cela. Comme je l’avais prévu, je suis obligé de ralentir et même au terme de quelques secondes, de m’arrêter complètement. Je suis plié en deux et je m’écroule lentement sur le goudron mouillé, tombant à genoux. Je suis vaincu.

Il me reste une seul échappatoire : ne pas le regarder. Il faudrait aussi que je bouche les oreilles pour ne pas l’entendre, mais j’aurai l’air vraiment stupide.

J’entends ses pas s’arrêter à quelques mètres de moi. Il souffle beaucoup lui aussi. Il a beau être un champion, toutes catégories confondues, il n’en reste pas moins un être humain. C’est ce que je me force à penser après l’avoir tant idéalisé. Il est courbé par la fatigue et ses cheveux cachent son visage. Je le regarde sans le regarder, du coin de l’œil, mais très vite, je cache mon visage avec mes mains, préférant me noyer dans l’obscurité.

J’essaye de réfléchir très vite à ce que je pourrai faire. Me reposer quelques secondes et repartir. Oui, sans doute. Il ne faut pas qu’il me voit dans cet état.

La pluie tombe de plus en plus fort, soudainement. Ma mère m’avait dit de prendre un parapluie, mais comme d’habitude, je ne l’ai pas écouté. De toute façon, mon sac est tombé, cela n’aurait servi à rien. Pourquoi ai-je donc des pensées stupides comme celles là qui me traversent l’esprit ?

Je sens quelque chose de léger me tomber dessus. Je tâtonne sans bouger d’un millimètre mes doigts et reconnait mon cartable. Pourquoi l’a-t-il ramassé ? Vraiment, il n’avait pas à le faire.

Je pleure encore, mais de façon silencieuse, sans larmes ni bruit. C’est mieux ainsi, il mais ça fait mal quand même. Je sens sa main qui m’agrippe le bras et me relève sans douceur. Il n’a jamais fait parti des gens délicats, il est plutôt rustre au contraire. Je l’entends dire quelque chose que je ne comprends pas, peut être se parle t-il à lui-même.

J’ai baissé la tête et je reste concentré sur le sol et mes chaussures, de vieilles baskets qui me portent depuis plus de deux ans. Ma mère me dit toujours que je peux mettre les nouvelles qu’elle vient de m’acheter, mais ce n’est pas de ma faute, je ne me sens bien que dans celles-ci.

J’ai l’impression qu’il s’impatiente un peu, pourtant, il ne dit toujours pas un seul mot en ma direction. Il tourne autour de moi, fait des vas et vient qui me stresse encore plus que je ne suis déjà. Diable ! S’il continue encore, je vais vraiment finir par mourir ici, en plein milieu du trottoir.

Soudain, il s’arrête et se positionne juste devant moi. Il fait exactement ma taille, donc je n’ai pas de chance puisqu’on se retrouve les yeux dans les yeux. Je veux tourner la tête et fuir du regard comme je me l’étais dit, mais sa main agrippe mon menton pour m’obliger à affronter ses deux aigue- marine.

Il écarte du bout des doigts le dernier rempart qui cache encore la moitié de mon visage, mes longs cheveux roux. Je tremble de tous mes membres en me maudissant d’avoir eu cette idée saugrenue, celle de lui avoir ouvert mon cœur.

Je n’ai eu le temps que d’entrapercevoir sa réaction quand je lui ai annoncé cela. Il s’est figé d’un seul coup et m’a regardé, stupéfait. Je me suis alors retourné pour fuir ce regard qui me jugeait, qui me posait des questions auxquelles je n’avais pas envie de répondre. Je me suis pris une chaise au passage et je me suis relevé maladroitement tandis que j’ai entendu rire devant moi. J’avais pensé être seul dans la salle de cours mais malheureusement pour moi, ils étaient là. Quatre garçons de la classe. J’en ai bousculé un au passage qui m’a copieusement insulté.

J’ai couru, couru, couru jusqu’à ce que la fatigue achève mes ultimes forces. Je n’avais pas prévu de courir autant longtemps, je ne savais pas qu’il allait me suivre.

Et maintenant, je suis confronté à lui. J’ai honte, mon dieu ! Je me mords la lèvre pour ne pas pleurer pour de bon, cette fois-ci. Il me secoue comme un prunier, j’accuse le coup. Ses doigts font drôlement mal sur ma peau. J’aurai sans doute une trace rouge sur mon bras car je marque très vite quand on me touche.

Il ouvre la bouche, ô malheur ! Il va parler pour me dire plein de trucs horribles, c’est évident. Il voit que mon bras a l’air de me faire mal et me lâche tout d’un coup, en grommelant quelques excuses.

Il prend sa respiration. Frayeur numéro deux.

Mais cette fois-ci, c’est la bonne. Je vais m’en prendre plein la face.

-Alors comme ça, tu m’aimes ? Me dit-il d’un ton provoquant comme s’il voulait me faire réagir. Ce disant, il garde ses yeux bleu clair fixé sur ma personne qui n’en mène vraiment pas large.

Je hoche la tête de haut en bas pour me faire comprendre. Les faits sont là et je suis fait repérer, alors à quoi bon nier ?

-Tu sais que le dire en classe, ça craint vraiment ?

Qu’il arrête de me poser des questions stupides, s’il connait la réponse ! Je continue à faire oui de la tête, juste pour la forme. Autant ne pas l’énerver, car je sais que qu’il est plutôt bagarreur.

Il soupire et s’éloigne un peu de moi. Je sens de l’air revenir dans mes poumons et je respire soudainement un peu mieux, mais bon, ce n’est pas encore vraiment ça.

-Tu sais, je n’ai rien contre les homos, j’en suis même un moi aussi.

Quoi ? Est-ce que j’ai bien entendu ou est-ce que mon imagination me joue des tours ? Il vient de m’avouer que…

Non !

Pas lui ! Ce gars, aux antipodes de moi, homo ! Je n’en crois pas mes oreilles !

Il se met à rire.

-Quoi ? ça te fait bizarre qu’on soit du même bord toi et moi ? Il n’y a pas que des gays refoulés ou mal dans leur peau dans ce bas monde…Je le vis plutôt bien…

-Mais…

-J’ai pas les stéréotypes des homos ? Bien sûr que non ! Je tiens à ma dignité d’homme, non mais ! Je suis un homme qui aime les hommes soit, mais un homme quand même, alors porter un sac à main et du rouge à lèvres, très peu pour moi…

-Ce n’est pas ce que je voulais dire…

Tiens, miracle ! Je viens d’articuler une phrase entière. Peut être cette révélation inattendue va m’enhardir, qui sait.

-Non bien sûr…Me répond il. Mais tu sais…Toi non plus tu n’as pas l’air homo.

-Ah bon ?

Je suis surpris. Mon miroir le matin me mentirait-il alors ? L’image qu’il me renvoie serait-elle erronée ?

-Tu es tellement mal dans ta peau que tu as peur d’être découvert ? Tu passes ton temps à te cacher derrière tes lunettes et tu en oublies de vivre, pas vrai ? Tu trembles à chaque fois que les gars en classe font une réflexion sur les homos et tu te crispes, tu crains qu’on ne te regarde soudainement, toi, le premier de la classe ? Je te rassure, tout le monde se fout de ta sexualité, personne ne te juge.

-Comment peux-tu dire ça ? Je m’exclame tout à coup. Tu ne vois pas, dans la société, les gens nous martyriser, nous montrer du doigt tels des parias, des pestiférés ?

-Ces gens ? Ah ! Mais tu y portes attention ? Qu’importe le regard de ceux là, ils sont étroits d’esprit et ne voient que leur propre petit monde. Ça les dérange bien sûr mais si tout d’un coup ils deviennent invisibles pour toi, tu verras que rien ne pourra t’atteindre.

-Mais comment fais-tu ? Les garçons, dans la classe…Ils se sont bien mis à rire tout à l’heure !

-Et ça va t’empêcher d’y retourner demain ? C’est pour ça que tu t’es enfuit de moi aussi ? Crois-moi, ils vont y penser pendant quelques temps et puis ils oublieront très vite. Tu vis pour eux ou bien pour toi ?

-Mais ils vont me martyriser maintenant, j’ai peur…Toi tu as de la chance, ils ne savent pas que tu es…

Il se met à rire et me coupe dans ma phrase. Décidemment, ce garçon est vraiment spécial dans son genre.

-Tu veux que je fasse une annonce demain dans la classe, demander au professeur s’il est possible qu’on puisse aborder le sujet, parler d’homosexualité sans tabou, ça te rassurerait ?

-Tu ne ferais jamais ça !

-Tu veux parier ? De toute façon, je serai là demain pour te secourir…

Son sourire est éclatant et ses yeux malicieux. Je comprends soudain mieux pourquoi je l’aime. Il est tout simplement stupéfiant de courage et plein d’assurance ; Je deviens rouge et mon regard s’échappe de sien.

-Ne jamais baisser les yeux, jamais ! Sauf bien sûr si tu as fait une grosse bêtise, mais tu ne dois pas en faire souvent je présume…C’est une bêtise d’être homo, tu crois ?

-Je ne sais pas, je réponds en réfléchissant. Peut être qu’on ne devrait pas tout simplement, que ce n’est pas comme ça que ça doit se faire.

-Se faire ? T’es un marrant toi ! Tu penses tout de suite de façon très concrète, j’aime bien !

Je rougis une nouvelle fois. Ce n’est pas ce que je voulais dire et il le sait bien mais je me suis fait avoir par les mots. Ça m’arrache un sourire qu’il remarque tout de suite.

-Tiens ! C’est la première fois que je te vois sourire !

Là, je suis vexé pour le coup. Comment peut-il me dire une chose pareille, bien sûr qu’il m’arrive de sourire et de rire, et même souvent ! Mais en classe…pas vraiment, c’est vrai.

-Ne te mets pas en colère pour ça, voyons ! Je veux juste te dire que tu es tellement renfermé et désireux de garder intact ton secret que tu en oublies même de sociabiliser avec les autres…Ne me dis pas le contraire, je suis dans ta classe depuis le début de l’année et tu ne m’as adressé la parole que deux ou trois fois, n’est ce pas ? Et encore, ajoute t-il en riant, juste pour me demander de me prêter une gomme ou bien un effaceur !

-C’est vraiment pas sympa de te moquer !

-Tu avoueras que c’est vrai, quand même…Mais je me demande pourquoi tu m’as dit que tu m’aimais aujourd’hui si tu as tellement peur du regard des autres. Tu devais savoir que tu prenais un risque en faisant ça, non ?

-Tu étais seul dans la classe et je me suis lancé…On dit parfois qu’il y a une chance sur mille que ça marche ce genre de déclaration…

-Il y a plus d’une chance sur mille de tomber sur un gay en tout cas. Il faut croire que c’était ton jour de chance…

-Tu appelles ça de la chance ? Demain, tout le lycée va me tomber dessus et…

-Je croyais qu’il t’importait plus de m’avouer tes sentiments que de te préoccuper de ta réputation…A moins que tu ne m’aimes pas vraiment…

Exaspérant. Il est complètement exaspérant.

-Je pense que tu ne m’aimes pas comme il faut, continue t-il en me regardant d’un air moqueur. Tu ne serais pas parti avant d’avoir entendu ma réponse sinon…

-Mais ces garçons…Et puis tu ne…

Je m’arrêtais d’un coup net, à bout d’arguments.

-Tant pis alors, fait-il, ironique. Je me serai peut être laissé tenté par une aventure avec toi, mais tu ne me laisses pas le choix. Il est hors de question que je sorte avec quelqu’un qui n’est pas sûr de ses sentiments.

-Quoi ! Je m’écrie en colère. Mais je t’aime pour de bon, moi ! Tu crois que ça a été facile de me déclarer ? C’est quand même un comble !

Je suis énervé pour le coup. Il me regarde en souriant.

Il fait presque nuit maintenant et je commence à avoir un peu froid. Il s’aperçoit que je frissonne et me tend sa veste que je refuse en secouant la tête.

Il me la met quand même sur les épaules, alors je l’enfile de mauvaise grâce. Je vois ses bras maintenant. Il est bien drôlement bien fait, contrairement à moi qui suis bien trop fin de corps et de visage. Il a même un tatouage sur l’épaule mais je ne vois pas bien à la lueur des lampadaires.

Je boude quelques secondes et mes yeux reviennent malgré moi sur son sourire qui l’illumine tout entier et je me lance :

-Tu penses que personne ne l’avait remarqué alors ?

-Quoi donc ?

-Que je suis gay…

-Bof…Non. Je suis gay moi-même et je n’y ai vu que du feu. C’est pas marqué sur ton front non plus.

Il s’arrête et continue :

-Qu’est ce que ça peut faire que les autres le sachent maintenant ? Le monde va s’arrêter de tourner subitement parce que quelques personnes vont savoir que tu n’aimes pas les filles ?

-Presque, je fais en soupirant.

-Tu es premier de la classe et pourtant si stupide ! Qu’importe, je te laisse à tes réflexions ! Je n’ai rien à faire avec quelqu’un qui baisse les bras à la moindre occasion.

Je reste bouche bée pendant qu’il tourne les talons et s’éloigne petit à petit, et je reste debout tout seul et bêtement.

Je me sens complètement dérouté par son comportement. Je savais qu’il n’était pas quelqu’un de timoré et qu’il n’avait pas peur de dire les choses en classe. Il est de ceux qu’on admire silencieusement de ne pas se laisser faire, de parler quand il veut dire ce qui lui semble être juste. Moi je suis de ceux qui se taisent même quand ils sentent qu’ils doivent se réveiller. Je me réveille en silence pour moi-même mais les gens, eux, ne m’entendent jamais.

Je cogite toute la soirée à savoir si je vais à l’école le lendemain. J’ai la trouille mine de rien. Les gars qui m’ont entendu ne sont pas des enfants de cœur.

En fait, c’est lui qui a tout faux. Il est plein de belles paroles mais il n’en mènerait pas large si toute la classe se liguait contre lui. C’est facile de parler quand on n’est pas la cible.

Pfff. Ça n’a pas de sens tous ces trucs, la tolérance et tout le tralala. Je ne suis pas dans la norme c’est tout, ça craint et je le sais. Mais qu’on ne me dise pas que les gens acceptent de voir deux homos, main dans la main dans la rues. C’est bien beau de dédramatiser la situation mais demain c’est pas lui qui va se retrouver montré du doigt.

Non, en y réfléchissant il n’y a pas d’issue. Je suis peut être défaitiste mais au moins je suis réalistes. Et comment rendre les gens invisibles ? Non vraiment, c’est nul.

Nul, oui.

Mais je l’aime quand même. Il a presque réussi à me convaincre ce crétin. Ses paroles dépourvues de sens m’ont atteint, c’est le signe que je suis amoureux pour de bon. Misère !

C’est pas de ma faute, je le trouve vraiment attirant. Ses yeux m’ont fait craquer la première fois que je les ai croisés et je n’ai pas pu me raisonner.

Il a des cheveux sombres et aux épaules. Il a une voix grave et quand il parle, tout le monde l’écoute dans la classe. On dit que ça s’appelle le charisme, non ?

Le jour de la rentrée, je me suis dis que j’aimerai lui ressembler. J’ai commencé par le trouver cool et beau, sûr de lui mais néanmoins modeste. Il a pris tout de suite le « commandement » de la classe puisqu’il est devenu notre délégué. Il a plein de bons conseils pour tout le monde et il est près à aider quiconque le lui demande. Non, vraiment, ce gars n’a pas de défaut, sauf celui de croire que l’on peut vivre sans se préoccuper des autres. En tout cas, moi je saurai pas le faire.

Le lendemain, je vais quand même à l’école. Je serai bien resté au lit mais ma mère m’y envoie sans que je puisse dire un mot et me glisse un parapluie dans les mains avant que je sorte. Je soupire en voyant le temps clair dehors mais le place quand même dans la poche avant de mon sac.

En arrivant, j’essaie de me faire tout petit mais je suis immédiatement repéré. J’entends chuchoter devant et derrière moi tandis que je m’installe à ma place habituelle.

Je serre les dents et ferme les yeux, me forçant à les rendre invisible mais sans succès. Il faudra que lui dise que sa technique ne marche pas.

Les remarques se font plus fortes, plus méchantes aussi. J’entends fuser des insultes et même si je me concentre sur le livre que je tiens entre les mains, je ne les entends que trop bien.

Il avait dit qu’il serait là, il l’avait dit…J’ai même ramené sa veste.

Mes larmes silencieuses sont encore là. Je serre mon stylo préféré. C’est lui qui me l’a donné même s’il ne s’en rappelle probablement plus. Un stylo vieux et usé qu’il m’a dit de garder pendant un contrôle.

Une boulette de papier me heurte la tête.

Je dois me calmer. Le professeur va bientôt rentrer et je serai sauvé.

Mais mon sauveur a un autre visage. Celui de celui que j’aime.

Je me sens mieux tout à coup, sans savoir vraiment pourquoi. Je le connais à peine pourtant.

Il entre dans la salle, les mains dans les poches et s’arrête net en me voyant. Un instant, ses yeux deviennent tristes puis comme toujours, son visage s’illumine sous l’effet d’un sourire. Et ce sourire, il est pour moi.

Il s’avance, s’assoit en face et me chuchote :

-Rends les invisibles…Ils ne méritent pas que tu pleures…

-Dis pas n’importe quoi…Je pleure pas…

Je me concentre et lui renvoies maladroitement son sourire qui doit être malgré moi une bien vilaine grimace car je sens l’émotion me submerger.

Il me passe la main sur le dessus de la tête et m’ébouriffe les cheveux gentiment. Mais de nouveau, un objet me percute. Cette fois ci, c’est une règle et je sens passer la douleur sur le haut de mon crâne.

Je le vois ramasser la règle et la poser sur ma table.

Toutefois, il sourit toujours et j’ai presque l’impression qu’il échange un regard complice avec ceux du fond. Soudain je réalise que peut être tout ça n’est qu’une mise en scène visant à mieux se moquer de moi.

J’éclate en sanglots et sors précipitamment de la pièce. Je cours comme un fou et chose extraordinaire, il me suit de nouveau ! C’est incroyable, la scène se répète encore et il me rattrape comme la dernière fois.

Je tente de le frapper mais il pare mon coup et m’embrasse.

Je garde les yeux ouverts sous l’effet du choc et la colère est bien trop forte pour que je me laisse aller à sa bouche qui tente d’accéder à ma langue. Je le repousse en posant mes mains sur son torse pour l’éloigner.

-Tu n’as plus de doute maintenant, j’espère ! Me dit-il d’une voix forte. Je t’avais pourtant dit que t’enfuir n’arrangerait pas les choses !

Il me prend par la main et me ramène de force dans la classe. Je crie, me débas, mais rien y fait. Il est trop fort et ne me lâche pas .

J’ai le cœur qui bat à 100 à l’heure. Il m’a embrassé !

Une fois arrivé, il monte sur l’estrade et annonce devant le professeur dont il ne se préoccupe pas :

-Comme vous le savez tous maintenant et puisque les rumeurs vont bon train, ce garçon, Joshua Maréchal, est gay.

J’entends des rires dans la classe et le professeur qui proteste.

-Maintenant, je vais vous dire quelque chose d’autre que vous ne savez pas. Moi aussi je suis gay et à partir de maintenant je suis le petit copain de Joshua. Si ça dérange quelqu’un, qu’on vienne me voir pour le dire. Le prochain qui lui balance un truc sur la tête ou qui l’ennuie, j’le dégomme !

Ce disant, il balaye la salle d’un regard de tueur tandis que personne ne souffle mot. Moi-même je reste béa.

-Damien, allez vous assoir maintenant ! Grogne le professeur, qui sourit malgré tout et regarde, admiratif, son élève qui a fait preuve d’une telle sincérité et une telle audace.

Moi aussi je le regarde avec des petites étoiles plein les yeux. Mon sauveur !

La classe reprit son cours normalement et grâce à Damien que chacun respectait, personne ne m’a ennuyé ce jour là ni même les autres dans la classe.

A ce moment là et pour la première fois, je me sentis soudainement très fier et relevais la tête. La nouvelle s’ébruitera sans doute dans le lycée tout entier mais finalement je m’en fiche. Je sors avec Damien et rien ne pourra m’empêcher d’être heureux.

Il venait de me donner une belle leçon de courage et elle marquait aussi le début de notre histoire à tous les deux.

FIN



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