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Fiction » General » Paule et Virginie font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Evilie
Fiction Rated: K+ - French - General - Reviews: 6 - Published: 03-29-07 - Updated: 04-17-07 - Complete - id:2340661

Cette fois-ci, Virginie releva les yeux, surprise et à moitié choquée par la phrase qu’elle venait d’entendre.

-Comment ça ? pourquoi ton cœur te manquera-t-il ?

-Parce qu’il va partir avec toi… si tu t’en vas, tu vas m’oublier. Qui me dit qu’après quelque temps, je serais toujours ton… amie ?

-Oui, évidement, mais je…

Paule ne lui laissât pas le temps de terminer.

-Tu reviendras ?

Virginie grimaça.

-J’essaierai. Je ne suis pas maître de ma destination, pas vraiment de moi, juste de mon appareil et encore …

Virginie soupira intérieurement. Evidement, elle reviendrait, ne serait-ce que pour Paule. Mais la vraie question était : quand. Elle pouvait revenir au bout d’un mois seulement, ou bien d’une dizaine d’année.

Bien sûr, elle n’oublierait pas la serveuse, son nom bizarre et ses sourires qui lui faisaient chaud au cœur.

Bien sûr, si elle pouvait, elle resterait sur Mars avec son … amie. Bien que leur complicité dépassait largement la simple amitié, elle s’en rendait compte maintenant.

Paule assimila peu à peu les informations qu’elle venait d’entendre.

Virginie partait. Pour son travail. Et elle reviendrait. Pour elle ?

Elle soupira, indécise sur la conduite à tenir.

-Dans trois jours ?

-Oui. Si je pouvais, je t’emmènerais, pour que tu puisses voir au-dessus des nuages…

Prise d’une impulsion, Paule passa la main dans les cheveux courts de la pilote et les ébouriffa. Virginie essaya de s’échapper, sans y arriver, avant de se lancer à l’attaque des côtes de Paule, ne voyant que cette solution pour faire lâcher prise à la jeune femme. La serveuse se tortilla dans tous les sens pour échapper aux chatouilles, sans pour autant arrêter d’emmêler les cheveux de Virginie.

-A…arrête ! souffla Paule, pliée de rire alors que Virginie lui pinçait vicieusement les bavettes. J’arrive plus à respirer !

Virginie renifla, les bras croisés sur la poitrine, signifiant d’un regard amusé que c’était la serveuse qui avait commencé, tout en restant très digne avec un nid d’oiseau sur la tête.

-Bon… on rentre ?

Le départ de Virginie complètement oublié, les deux jeunes femmes se dirigèrent vers l’arrêt des navettes, parlant de tout et de rien… Enfin, Paule monologuait alors que Virginie hochait de temps en temps la tête pour lui répondre. Leur « discussion » (monologue) continua jusqu’à ce que le spatio port soit en vue. Un silence confortable s’installa, leur permettant d’apprécier simplement la présence l’une de l’autre. Et aussi d’éviter les regards de tueurs des quelques spacers proches du coma éthylique qui voyageaient avec elles.

Arrivées devant le « Néo-Tech », une légère tension se fit sentir.

-Un dernier verre ? proposa Paule, grimaçant intérieurement à la signification trop souvent sous entendue de la phrase.

Virginie hocha simplement la tête, son tempérament timide et introverti reprenant soudainement le dessus. Paule entra en souriant dans le café, appelant bruyamment sa gérante. Virginie la suivit sans dire un mot, l’angoisse qu’elle avait abandonné à M6 revenant pulser douloureusement dans sa gorge. Marguerite les accueillit avec un café dans chaque main, un immense sourire sur le visage.

-Alors, c’était comment cette sortie entre copines ?

Les deux jeunes femmes se regardèrent, avant d’éclater de rire.

-Très bien ! Merci de m’avoir accordé ma soirée, Marguerite !

Paule la remercia en serrant son aînée dans ses bras.

-Oh là gamine ! C’est plus de mon age ces choses-là ! garde-les plutôt pour ton amie ! précisa la femme avec un sourire malicieux. De plus, je te devais bien ça ! ça fait cinq mois que tu travailles pour moi, et tu n’as jamais pris un jour de repos.

Elle repoussa son employée en riant, avant de se tourner vers Virginie. Cette dernière haussa un sourcil alors que Marguerite lui parlait.

-Quelqu’un est venu et a demandé le pilote d’EBE 8-4-89 quelque chose comme ça…

-6-7-891.

-Oui, c’était ça. Ne connaissant qu’un seul pilote de la « De la Tours Trans. », fréquentant assidûment mon établissement, j’en ai conclu qu’il devait vouloir te parler…

La pilote acquiesça. Ils avaient dû venir la chercher ici, avant de l’appeler. Cela lui rappela douloureusement son départ prochain.

-Il parlait d’avancer le départ pour laisser quelques chose quelque part… je n’ai pas vraiment fait attention, en fait.

Les épaules de la pilote se tendirent.

-Avancer… le départ ? Comment ça ?

-Je ne sais pas… bon, moi, j’y vais. Je prends ma journée !

Paule regarda la femme s’éloigner, avant de tourner son visage vers son amie.

-Ça va pas ?

-Pas vraiment.

-Comment ça ?

-On a avancé mon départ. Je doute qu’il me reste encore trois jours. De plus, je dois vérifier que tout est prêt sur mon EBE. Je dois aussi faire les derniers réglages… ça me prendra au moins une journée…

-Donc…

-Donc, je pars tout de suite.

Paule resta muette.

Virginie fronça les sourcils avant de se décider à bouger. Elle parcourut la petite distance qui la séparait de la serveuse et se hissa sur la pointe des pieds. Paule ne réagit pas lorsque les lèvres de Virginie se posèrent sur les siennes. Elle la laissa approfondir le baiser. Leur échange sembla durer une petite éternité.

-Coutume mercurienne, lâcha Virginie en disparaissant.


La stupéfaction de Paule dura jusqu’à ce qu’un client ne lui demande si le café était ouvert. Elle lui répondit par l’affirmative, avant de le servir machinalement, sans faire attention à ce que lui racontait l’homme.

Celui-ci s’en rendit compte et se tu.

Le café crème servi, Paule allât s’asseoir à une table, pour réfléchir. Et analyser.

La douce chaleur qui s’était emparée d’elle lors de leur… baiser. Paule eut un léger sourire béat à son seul souvenir. Donc, cette drôle d’impression avait désormais disparu. Tout comme Virginie.

La jeune femme se prit la tête dans les mains. Elle se repassa en boucle leur première te dernière soirée, essayant de graver chaque seconde dans sa mémoire.

Elle soupira une énième fois, les derniers mots de Virginie résonnant dans son esprit.

« Coutume mercurienne ».

Elle eut un sourire désabusé.

-Coutume mercurienne ? Vraiment ?

Elle restât un moment comme cela, la tête enfouie dans ses bras pliés. Elle ne vit pas plus qu’elle n’entendit le siège devant elle être déplacé. Elle releva la tête lorsqu’elle sentit quelqu’un lui secouer doucement le bras. M. Café crème, apparemment.

-Tu vas bien, petite ? Tu pleures ?

La jeune femme se frotta rapidement les yeux, niant farouchement.

-Et bien, qu’est ce qui va pas, alors ? Ça fait bien une paire d’heure que t’es là sans bouger. Y a un grand black qu’est passé et qui s’est fait un café.

Paule répondit en reniflant.

-C’est Domingue.

Elle remercia M. Café crème pour le mouchoir en papier qu’il lui tendait.

-Et qu’est ce qu’il t’a fait, Domingue ?

-Rien ! c’est pas lui !

Elle inspira profondément pour calmer sa respiration hachée.

-Qu’est ce que t’as, alors ?

-Je suis…

Paule ouvrit les mains en signe d’impuissance, avant de s’avouer vaincue.

-Je suis… amoureuse. Enfin, je crois…

-Et bé ! c’est tant mieux, ma p’tite !! y’a rien d’mieux qu’l’amour pour le moral ! ouaip, c’est bon pour le moral ! Qu’est ce qui va pas, alors ?

-Je…je sais pas si c’est réciproque… même si j’ai des doutes…

Le vieil homme soupira et se cala plus confortablement dans son siège.

-Ah ces jeunes ! Tu lui as demandé ?

Paule reposa sa tête sur ses bras et marmonna sa réponse.

-Quoi ? je suis plus tout jeune, tu sais. J’entends moins bien maintenant… Avant j’étais dans l’écoute spatiale… c’était le bon temps, je pouvais entendre un…

-Pas eu le temps…

-Quoi ?

-Je n’ai pas eu le temps de lui demander…

-Pourquoi ?

-Sa compagnie lui a demandé, non, ordonner, d’avancer son départ. Je n’ai pas eu le temps de lui dire…

-Il est déjà parti ?

-Non, il en a pour une demi-journée, encore…

Elle ne fit pas attention au pronom employé.

-Et qu’est ce que tu es pour lui ? qui est –il pour toi ?

-Amie, dans les deux cas… mais… je voudrai… peut-être… plus…

-Et bien ! qu’est ce que t’attends ? le déluge sur Mars, tu risques d’attendre encore longtemps… Tu as bien dit qu’il ne partait que dans une demi-journée, non ? Va le rejoindre !

Paule ne répondit pas, courant déjà vers les hangars. Elle arriva complètement essoufflée devant le battant de métal. Elle n’hésita pas et poussa la porte, l’écartant en même temps que ses doutes.

-Virginie ?

Aucune réponse ne lui parvint. Une sourde angoisse lui comprima les poumons.

-Virginie !

-Tu arrives une heure trop tard…

Paule sursauta et chercha la propriétaire de la voix. Une silhouette pataude alluma les néons géants du hangar, illuminant le vide, là où aurait dû se trouver un EBE.

-…Elle est déjà…partie.

-Quoi ?

-Alors, c’est toi, « Paul » ?

Paule se tendit lorsque la silhouette s’avança en pleine lumière.

-Je me présente. Marie, mécano.

-Comment connaissez-vous mon nom ? demanda la serveuse, méfiante.

La mécanicienne éclata d’un rire sonore qui se répercuta sur les murs nus de l’immense entrepôt.

-Relax ! Take it easy ! J’suis la mécano de Virg’ ! c’est elle qui m’a parlé d’un certain « Paul »…

Paule se renfrogna, alors qu’elle hurlait de joie intérieurement.

-Mais apparemment, je me suis trompée. J’ai oublié un « e » quelque part !

-Et ?

-T’es pas causante, on dirait… tu dois bien t’entendre avec Virg’, alors. M’enfin, c’est pas mes boulons… Quand même… le « Paul » qui la faisait rêver était en fait une « Paule » ! qui l’eut cru ?

La mécanicienne remonta une des bretelles de sa salopette informe qui avait glissé durant son fou rire.

-Bref, là n’est pas le problème. Virg’ m’a demandé de donner une lettre à ce « Paul », justement. Mais peut-être n’es-tu pas ce « Paul »…

Marie tira sur une de ses tresses derrière son oreille en souriant d’un air chafouin.

-Je suis Paule.

-Ça, je m’en doutais ! répondit la jeune femme en lui tendant une feuille de papier pliée en quatre. Paule la lui arracha littéralement des mains. Elle commença sa lecture.

Paule,

Je n’ai pas vraiment le temps de m’étendre sur le sujet. Je rends quelques minutes avant de partir. Même si je n’ai pas vraiment réfléchi, je sais une chose. Je suis et resterai ton amie…

Le cœur de Paule se serra. Amitié. Complicité. Et tout ce qu’elle aurait aimé avoir… venait de disparaître. Elle reprit sa lecture, sans faire attention à le larme qui coulait désagréablement sur sa joue.

-Ça va Paul ?

Pourtant, ce n’est pas… une simple amitié. Je ne sais pas comment le dire (ou l’écrire). Je ne suis pas douée avec les mots. Je ne sais pas comment tu vas le prendre.Déjà, je ne sais pas combien de temps va durer cette mission. Un an au maximum. J’essaierai de te faire parvenir des nouvelles par l’intermédiaire de Marie.

Paule releva la tête et fixa la jeune femme noire devant elle.

Tu peux avoir confiance. Enfin, ce n’est pas ce que je voulais te dire. Tu m’as parlé de ton cœur, non ? Tu ne m’as pas laissé répondre. Tu me manqueras, et me manques déjà, plus qu’une amie ne le devrait. Ton cœur est peut-être avec moi, mais le mien est resté dans un café appelé « Néo-Tech », auprès d’une certaine serveuse en jupe froufrou. Ce que je vais te dire va peut- être te choquer, mais,

Je crois que je t’aime.

Encore une coutume mercurienne, paraîtrait…

Virginie.


L’année passa, rythmée par les messages d’une pilote attachée à une serveuse. Par les allées et venues d’une serveuse rêveuse, imaginant des histoires près des étoiles avec une mystérieuse cliente venue d’ailleurs.

Une seconde suivie, entre inquiétudes, excuses et sourires compatissants de deux femmes, l’une gérante d’un petit café, l’autre mécano dans un hangar solitaire.

Quelques mois passèrent encore avant que le message tant attendu n’arrive.

Je reviens, je t’aime,

Virginie.

La jeune femme active qu’était devenue Paule redevint l’espace d’un instant, une lolita goth new wave, surexcitée et amoureuse.

Elle courut jusqu’à la piste du spatio port, un immense sourire aux lèvres, impatiente.

Elle vit se profiler la carlingue grise dans le ciel rouge de Mars.

Elle imagina l’arrivée de sa pilote.

Elle n’entendit pas le message d’alerte venant de l’EBE 6-7-891.

Elle n’entendit pas les causes des avaries subies par l’engin lors d’une pluie de météorites près de la Terre.

Elle n’entendit pas les derniers mots de celle qu’elle aimait.

Elle vit juste l’immense gerbe de feu qui embrassa le ciel un instant.

Elle ne s’entendit pas hurler.

Mais il lui sembla entendre une voix lui murmurer.

-Paule ? Quel nom étrange… Il te va bien…

FIN.


Je n'ai qu'un mot à dire: Relax, take it eeeasy! (Mika addict).


© Copyright 2007 Evilie (FictionPress ID:525235).


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