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-1AMOUR ANCIEN
A l'aube où mon regard se perds dans les nuages, je sais que rien ne va plus. Ni le ciel doux et bleu, ni le vent frais et presque tendre, ne s'attardent, les nuages filent aussi vite que le vent les pousse. Il va bientôt arriver, je le sais et je le sens.
Presque déjà vaincu avant l'approche du combat, je resserre un tant soit peu la lanière qui retient mes cheveux soigneusement coiffés. Ses pas se rapprochent, je les entend derrière moi, bien avant que ne me parvienne son odeur et sa voix. L'épée est à ma garde, et je sais m'en servir, mais qui me laisseras le temps de choisir? Ni mon père, ni mon frère ne m'ont laissé le choix. Et maintenant, il est là. Sa voix, grave et saisissante, me cueille brutalement.
-Te voila Kelewan. N'en as-tu point assez de toujours prendre le large? Je finirais pas ne plus te laisser sortir sans quoi tu partiras et je devrais, comme présentement, venir sans cesse te chercher.
-Comment as-tu retrouvé ma trace?
-Seule une personne telle que toi peut venir dans un pareil lieu, et un pressentiment a guidé mes pas à travers les champs jusqu'ici. Allons, viens à présent, tendre Kelewan. Tu n'as plus rien à faire ici.
Je pose la main sur la garde de l'épée, peut-être la dégainerais-je réellement, mais il sait que je ne peut point le faire contre lui, car il me connaît aussi parfaitement que je connais les étoiles du ciel nocturne. C'est un rire bref qu'il laisse s'échapper, mais qui s'arrête soudainement, il ne montre que rarement plus d'un court instant de joie.
-Allons, Kelewan, reprends tes esprits et ton sérieux, et reviens avec moi. Ta place est dans notre manoir, et non auprès du cimetière des paysans.
-J'aurais tant voulu...
-Je le sais, mais tes rêves de libertés s'arrêtent là. Ni ton père ni ton frère n'ont accédé à ta demande et tu as échoué dans ma demeure presque sur leur ordre. Ta vie est tracée ainsi. Viens à présent.
Comme si il sentait que je ne voulait pas, il passe sa main à ma taille et me force à me retourner. Je contemple son visage calme et serein aux yeux de braise qui se consument lentement, alors que le vent souffle. Ancrés, nos regards se battent, alors que nous ne bougeons pas, l'immobilité demeure, mais bientôt je dois avouer ma défaite. Je cille et dès lors il a gagné. Serrant avec possessivité ma taille, il m'oblige avec douceur et fermeté à aller avec lui. Même si là où il m'amène ce n'est pas un paradis, je sais bien que c'est ce qu'il y a de mieux pour moi, un simple fils d'un famille de noble forcé à partir au loin pour survivre sans famille.
-Ecoute moi, pour une fois, Kelewan. Je ne te veux point d'autre mal que celui que tu connais déjà. Laisse toi guider par ton cœur et ne t'attires pas ma colère.
-Oui Hokani, je sais déjà tout cela.
-Alors viens.
Il m'attire contre lui et me prend dans ses bras. De loin, on nous prendrait pour un couple banal, tant je suis frêle et féminin et lui reste viril. Il est un seigneur renommé et moi un noble déchu...
Et même après tant d'années, notre amour a survécu.