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Jeremy ne fut pas dupe, il avait très bien
remarqué de Daniel ne dormait pas. Toutefois, il se dit qu'il devait
avoir ses raisons pour faire semblant, et fit comme s'il n'avait rien
remarqué. Il se dévêtit et se coucha contre le dos de son amant,
enroulant un bras autour de sa taille.
Le lendemain, Daniel était déjà parti lorsque Jeremy se réveilla. Et il rentra très tard, bien après que Jeremy se soit couché.
Cela
dura plusieurs jours. Lassé, Jeremy passa un coup de téléphone. Puis il
laissa un mot sur la table, le vendredi matin avant de partir en cours.
"Je serai absent tout le week end, je rentre lundi soir après les cours.
Bon week end à toi.
Jeremy"
Daniel
rentra ivre de fatigue, le vendredi soir. Depuis le début de la
semaine, il évitait sciemment Jeremy afin de le laisser tranquille avec
Laure. Du coup, il dînait dans un petit café miteux et rentrait quand
il tombait de fatigue, espérant que Jeremy serait couché. Toutefois,
l'adolescent lui manquait et il espérait bien lui parler au cours du
week end.
Quelle fut sa surprise lorsqu'il trouva le message en
plein milieu de la table. Sa surprise et sa déception... Jeremy était
sûrement chez Laure... Peut-être en ce moment-même goûtait-il aux
plaisirs hétérosexuels.
Impossible. Pas son Jeremy.
Son Jeremy ? Qui était-il pour se l'approprier ? Jeremy ne lui avait jamais rien promis.
Seul,
triste, le coeur en lambeaux, Daniel passa un week end complétement
pourri. Il tenta en vain de jouer à World of Warcraft. Mais il n'était
pas concentré et ses personnages passaient leur temps à mourir.
Difficile d'avancer dans ces conditions.
Daniel passa un vieux
jogging et alla faire ses courses. En moins d'une semaine, le brillant
homme d'affaires était devenu une vraie loque. Il ne se rasa pas, ne se
lava pas, ne bougea de chez lui que pour les courses, mais comme il ne
mangea pas, elles ne lui servirent à rien.
Il tenta d'appeler de vieux amis pour sortir et se changer les idées. Cependant, tous avaient déjà prévu quelque chose.
Après un week end brumeux, le lundi arriva enfin.
-Heureusement
que vous n'avez aucun rendez-vous aujourd'hui, se moqua Cindy. Avec
votre teint pâle et vos yeux cernés, vous n'auriez eu aucune chance de
conclure une affaire.
Daniel tenta de sourire, en vain.
Le soir,
le jeune homme rentra directement chez lui. Jeremy était là, installé à
la table, concentré sur ses devoirs. Toutefois, Daniel ne laissa rien
transparaître du bonheur qu'il ressentait.
-Salut, dit-il simplement en retirant sa veste.
-Salut Daniel.
Jeremy
feignit la concentration, ne sachant comment réagir. En réalité, il
avait déjà fait tous ses devoirs. Mais Daniel avait changé, depuis la
semaine précédente. Il ne parlait pas, ne souriait pas. Il était pâle.
Avait-il maigri ?
Daniel se dirigea dans la chambre avec sa malette. Jeremy rangea ses affaires et décida de briser la glace.
-Tu veux du thé ? demanda-t-il depuis le salon.
-Non merci.
-Un chocolat chaud ? un coca peut-être ?
-Rien.
Jeremy s'avança dans la chambre. Daniel étudiait un dossier.
-Et moi, tu me veux ? demanda l'adolescent.
Daniel leva les yeux de son dossier.
-Qu'est-ce que c'est que cette question ?
-Tu
m'évites depuis le début de la semaine. Et maintenant que nous sommes
ensemble, pas un mot, pas un baiser, pas un contact... Sommes-nous
redevenus des étrangers l'un pour l'autre ?
Jeremy maudit les larmes
qu'il ne parvenait pas à retenir. Daniel posa le dossier, se leva, et
il prit l'adolescent dans ses bras.
-Que nous arrive-t-il, Daniel ?
Il y a encore une semaine, tout allait bien. Et depuis cette stupide
réunion, tu ne me parles plus. Les professeurs ont-il dit que j'avais
de mauvais résultats, ou.
-Finallement, je boirais bien un thé.
-Je m'en occupe !
Jeremy alla faire bouillir de l'eau, puis apporta les deux mugs sur la table basse, devant le canapé.
-Jeremy, qui est Laure ? demanda Daniel.
-Une camarade de classe, comme je te l'ai dit.
Jeremy se demanda s'il devait avouer la vérité. Puis il se lança :
-Elle
est amoureuse d'un gars de la classe, et je crois qu'elle traîne avec
moi parce qu'elle essaye de le rendre jaloux. Je sais, c'est ridicule,
mais.
-Alors pourquoi es-tu allé passer le week end chez elle ?
-Hein ? Mais j'étais à Toulouse, ce week end !
-A... Toulouse ?
-Oui,
maman me manquait, ainsi que tous mes amis. Comme tu m'évitais, je me
suis dit que tu ne voulais plus me voir. Alors j'ai appelé maman
vendredi matin, elle m'a dit que je pouvais descendre. J'ai pris le
train vendredi soir après les cours, et j'ai fait le retour ce matin.
D'ailleurs, je suis arrivé en retard, mais il n'y avait pas de trains
plus tôt. Au fait ! Maman et tous mes amis aimeraient bien te
rencontrer.
-Tu as parlé de moi à ta mère et tes amis ?
-Pour ma
mère, Sébastien s'en était déjà chargé, répondit Jeremy avec un clin
d'oeil. Mais oui, mes amis sont impatients de faire ta connaissance.
Ils m'ont présenté leurs petites amies, enfin, ceux qui en avaient une,
alors je leur ai parlé de toi... Je n'aurais pas dû ?
Daniel serra
Jeremy dans ses bras et l'adolescent se sentit enfin revivre. Mais il
avait une question primordiale à lui poser avant de se laisser
complétement aller. Aussi, il se dégagea de cette étreinte chaleureuse.
-Daniel, pour quelle raison m'as-tu évité toute la semaine ?
-L'autre
jour, tu m'as parlé de ta curiosité à propos des relations
hétérosexuelles. Et puis lundi, ton professeur principal m'a dit que je
te pervertissais, que je ne te laissais pas le choix. Quand je suis
rentré, et que je t'ai vu avec Laure, j'ai décidé de te laisser le
choix.
-C'est pour ça que cette vieille bique de Mademoiselle Prince me regardait bizarrement.
Jeremy serra Daniel dans ses bras et il l'embrassa.
-Vieux crouton stupide, mon choix est fait depuis longtemps. Je t'aime Daniel.
Lorsque
l'adolescent vit les doux yeux gris s'embuer, il comprit quel martyre
avait vécu Daniel durant la semaine. Et il ne peut s'empêcher de
pleurer, lui aussi.
Daniel le serra à l'étouffer, mais Jeremy ne s'en plaignit pas, au contraire.
-Je t'aime, sale môme. Jeremy, mon Jeremy, je t'aime...