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Sans-Corbeaux
J'avais
surnommé cette ville “Sans-Corbeaux”,
Paramé
ou bien Saint-Malo,
Intra-Muros,
cité corsaire, les pieds dans l'eau,
où
vibrent les cris des oiseaux.
Nous
n'habitions pas loin du bord de la mer.
Nous
traversions une rue
et
nous quittions pour quelques heures la terre
pour
naviguer sur flots et nues.
La
plage du Sillon tendait ses bras dorés ;
sable
gris sous les pluies d'automne.
Sable
blond et brûlant sous les soleils d'été
sur
lequel la mer grogne.
Je
n'avais alors que sept ans et très souvent
nous
allions à la Passerelle :
bar au
pianiste grisonnant
qui
s'ingéniait à jouer des merveilles.
Je
demandais toujours un chocolat viennois ;
gourmandise
ou péché mignon,
la
tasse brûlait délicieusement mes doigts.
Le
soleil noyait l'horizon.
J'ai
oublié ce que ma mère me racontait ;
semble
persister le pianiste.
Toujours
vêtu de noir, toujours il chantonnait
des
morceaux vraiment très tristes.
Par la
fenêtre, nous regardions la mer,
blotties
dans la douce chaleur.
Cette
fois-là, ce devait être un hiver.
Nous
attendions là des heures.
Je
suis parfois retournée dans ce piano-bar ;
il a
perdu cette magie...
La mer
s'obscurcissait quand arrivait le soir.
Le
vieux pianiste était parti.