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Fiction » General » Mattéo est tombé font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Evilie
Fiction Rated: K+ - French - General - Reviews: 2 - Published: 05-13-07 - Updated: 05-13-07 - Complete - id:2361118

Mattéo est tombé.

Tu regardes les bris de verre sur le sol. Tu regardes les gouttes de pluie qui trempent le sol, alors qu’il ne pleuvait pas ce jour-là.

Tu la vois, de noir vêtu. Pas que ça la change beaucoup, mais aujourd’hui est un jour différent des autres. Tu la trouves belle, dans sa petite robe noire, la même que pour Noël dernier, et pour le jour de l’an. Tu souris au souvenir du gui de la Saint Sylvestre. De ce baiser au goût de champagne rosé. Tu te souviens de la chaleur de ses yeux, que tu trouvais tellement tristes à votre première rencontre. Ses jolis yeux de suicidaire à la manque, comme tu aimais à la surnommée, et elle te tirait la langue pour te faire taire. Et elle te souriait. Alors tu l’aimais, parce que c’est la femme de ta vie.

Tu le vois, à côté d’elle, les cheveux plus courts que la dernière fois. Il a un bras autour de ses épaules, et tu es un peu jaloux, même si tu sais que ça ne veut rien dire. Il n’est pas du genre à voler la copine de son meilleur ami. Plus du genre à voler le petit copain de ladite fille. Un peu bizarre, un peu décalé, mais c’est ton meilleur pote. Celui avec qui t’a pris la cuite de ta vie. Celui qui t’a dit : c’est bête qu’on soit amis, et que tu sois hétéro. Celui que tu appelais en urgence le samedi soir quand ta copine essayait de se tuer à coup d’anti dépresseurs. C’est ton meilleur ami, et tu te dis qu’il est mieux les cheveux coupés, ça fait moins grunge. Tu l’aimais, parce que c’est ton meilleur ami.

Tu vois cette femme à qui tu ne parlais plus, le chignon serré et le tailleur sévère et les lèvres pincées. Elle a le dos tellement droit que tu te dis qu’elle doit avoir mal. Tu souris méchamment en lui disant : Balais dans le cul !. Elle t’entend et respire un grand coup. Tu te dis qu’elle ne t’a jamais aimé. Même avant, quand elle te prenait dans ses bras et te racontait l’histoire terrifiante de vilain gnome dévoreur de lapins. Tu n’as jamais pu manger de lapin. Tu te souviens de votre dernière conversation, un peu brutale, pour ne pas dire violente. Mais c’est pareil à chaque fois, non ? Vous ne pouvez plus vous supportez, conflit de générations. Mais, c’est ta mère, alors tu l’aimais quand même.

Tu vois cet homme, les épaules voûtées, l’air un peu perdu, une main pas vraiment assurée sur le bras de cette femme. Il semble hésiter sur la conduite à tenir, la route à suivre avec cette femme. Il ne sait pas la cerner, il ne sait pas comment l’aborder. Il doute. Et toi, tu doutes de sa capacité à faire face à autre chose qu’à sa voiture. Il est fan de grosses cylindrées, même s’il n’a jamais eu les moyens d’en posséder une. Alors il reste tout seul le soir à parler à sa chérie, sa Mégane presque toute neuve, jamais sortie, toujours chérie. Tu en es venu à penser que cet homme préférait sa voiture à sa famille. Ce qui est peut-être vrai. Et même. Tu l’aimais parce que c’est ton père.

Tu vois les autres.

Tous ceux dont tu ignorais le nom il y a peu encore.

Tous ceux que tu adorais, parce que se sont de vieilles connaissances.

Tous ceux qui se demandent à quoi tu joues, tout seul alors qu’il y a tellement de monde autour de toi.

Et tu penses.

Tu penses à cette gamine que tous appelaient poussin. Tu penses à cette fille qui ne comprend pas, qui n’a pas vraiment réalisé c’est quoi la vie. Tu penses tellement fort que tu l’imagines. Même si ça fait des mois que vous ne vous êtes pas vu. Même si ça fait des semaines que vous ne vous êtes pas parler. Tu l’imagines, cette gamine paumée qui ne savait pas ce qu’elle était il y a quelques années. Et enfin, tu la vois. Assise sur le rebord de sa fenêtre, à fixer le béton sous elle. Et puis, tu te rends compte de ce qu’elle veut faire. Et tu sais à quoi elle pense. Elle se demande : Can I fly ?. Toi, tu veux lui répondre qu’Icare est mort.

Et enfin, elle lève les yeux, et te dit ce que tu sais déjà.

- Mattéo est tombé.

Puisque Mattéo, c’est toi.


Mattéo est tombé. Il a sauté avant nous. Il n'a pas tenu sa promesse.


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