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Ryo, Stéphane et Erwan se connaissaient depuis l'enfance. Ils avaient choisi en connaissance de cause le dûr métier de sapeur-pompier. Et ils venaient juste de faire face à un feu de forêt. Fort heureusement, l'incendie n'avait pas eu le temps de se propager et grâce à une intervention rapide, ce qui aurait pu tourner à l'enfer s'était résolu en quelques minutes. De plus, aucune victime n'était à déplorer.
-Bien joué les gars, dit le Capitaine Bellarosa. Rentrez à la caserne, nous allons vérifier qu'il n'y a pas d'autres sources d'incendie avec l'équipe.
Ryo, Erwan et Stéphane montèrent dans le camion après avoir renroulé la lance, et rentrèrent à la caserne.
-Bah, on a eu chaud ! soupira Erwan.
Stéphane le regarda, pendant que Ryo conduisait le camion.
-Erwan, soupira-t-il d'un air exaspéré, peux-tu me rappeler depuis combien de temps nous exerçons ce métier ?
-Euh... six ans, pourquoi ?
-En six ans, tu nous resors toujours la même vieille plaisanterie après un incendie : "on a eu chaud". J'avoue que je ne suis pas Einstein, mais ta blague, je l'ai comprise, depuis le temps.
-Ah, sourit Erwan. Alors elle a fait long feu...
Ryo ne dit rien, se contentant de sourire discrètement tout en conduisant.
Ces trois jeunes pompiers se connaissaient depuis la maternelle. Leur jeu préféré : les pompiers. Ils avaient traversé la cour de l'école un nombre incalculable de fois en criant "pin-pon". Stéphane courait devant, tenant les pieds de Ryo, et Erwan courait derrière, tenant Ryo par les mains.
Ils s'étaient promis d'être pompiers, dans leur petite ville, et de travailler tous les trois à la caserne. Quinze ans plus tard, ils avaient réalisé leur rêve. Tous trois travaillaient dans la caserne qu'ils avaient visitée au moins une fois par an lorsqu'ils étaient enfants.
Ryo, Erwan et Stéphane vivaient également ensemble. Célibataires tous les trois, il avaient préféré se partager les frais d'un appartement. Ils avaient chacun leur chambre, faisaient le ménage et les courses à tour de rôle, et leur colocation se déroulait très bien.
Erwan était le plus extraverti des trois. Déjà enfant, il était celui qui criait le plus fort "pin-pon". Il était toujours le premier à faire des plaisanteries, et rire était chez lui une seconde nature. Sa devise, dès qu'il eut appris à dire autre chose que "pin-pon" fut "une journée sans rire est une journée de perdue". Stéphane pensait qu'Erwan avait pris de l'avance pour au moins cent ans, mais ne disait rien.
Chatain clair, les cheveux bouclés coupés courts, les yeux bleus, et un éternel sourire aux lèvres, il était très avenant, et attirait immédiatement la sympathie. Il mesurait plus d'un mètre quatre-vingt et sa silhouette était fine, toute en muscles souples.
Stéphane était plutôt du genre grognon. Depuis la maternelle, il se faisait harceler par Erwan pour tenter de sourire. En vain. Sourire ne lui allait pas. Il fallait admettre que son enfance n'était pas propice aux rires, et Erwan le savait bien. Ses parents étaient morts lorsqu'il avait trois ans, dans un banal accident de la route. Il avait donc été élevé par des grands parents vieux, fatigués et austères. Sans ses amis, il serait devenu aussi austère qu'eux, même s'il n'était pas la joie de vivre incarnée.
De plus, ce qui n'égayait en rien son austérité, il était presque aussi grand qu'Erwan, bien que plus carré d'épaules. Il avait d'épais cheveux noirs, et des yeux de la même couleur.
Quant à Ryo, il était mi-français, par sa mère, mi-japonais par son père. Son père travaillait pour Sony, au Japon, et lors d'un déplacement en France, avait rencontré sa mère. Lors de son retour au Japon, il avait demandé à être muté chez Sony-France. Quelques mois plus tard, Ryo était né.
Son enfance avait été bercée d'histoires de dragons, de légendes toutes plus merveilleuses les unes que les autres. Et puisqu'il ne pouvait pas tuer de dragon, comme Susano-ho pour Kushinada, il décida au moins de lutter contre l'arme des dragons : le feu.
Ryo, bien que plus petit que ses deux amis, n'était pas en reste devant la gente féminine. Il possédait les cheveux noirs et les yeux bridés de son père, et les yeux verts de sa mère. Ce curieux mélange attirait bien des regards.
Les trois amis rentrèrent chez eux à seize heures ce jour-là, car ce soir, ils étaient de garde pour la nuit. La garde n'était en général pas très éprouvante. Il suffisait de patienter jusqu'à minuit, une heure maximum. Si à cette heure-là, rien ne s'était produit, il y avait peu de chances pour que quelque chose arrive durant la nuit, une fois toute la ville endormie.
Exténués mais heureux d'avoir, une fois de plus, accompli leur mission, ils se couchèrent.