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Fiction » Fable » Le conte des fleurs de muguet font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Nelja
Fiction Rated: T - French - Romance - Published: 05-17-07 - Updated: 05-17-07 - Complete - id:2363008

Ce conte contient du shôjo ai, à savoir de la romance entre jeunes filles. Si vous n'aimez pas ça, ne lisez pas !

Ecrit pour un défi sur la communauté "Yuri à tout prix", il s'agissait d'écrire une fic qui utiliserait, dans l'ordre mais séparés, tous les mots de ce couplet :

Le temps du muguet ne dure jamais
Plus longtemps que le mois de mai
Quand tous ses bouquets déjà seront fanés
Pour nous deux rien n'aura changé
Aussi belle qu'avant
Notre chanson d'amour
Chantera comme au premier jour

Les mots en question sont indiqués en italique dans le conte. Bonne lecture !


Il était une fois une petite gardeuse d'oies. Elle avait les cheveux châtain teintés de roux et rassemblés en deux couettes, le visage rond et garni de taches de rousseur, et un sourire si joyeux qu'il pouvait faire fondre le coeur des arbres et des animaux - mais pas de la pauvreté, dont le coeur est plus dur que le plomb.

Tous les jours, elle menait au pâturage son troupeau, choisissant les meilleures herbes pour eux ; mais de temps en temps, les oies levaient vers elle leurs beaux yeux. "Tu as le droit de t'amuser, parfois, aussi." disaient-elles muettement. "Nous n'allons pas nous enfuir, et si le renard vient, notre amour pour toi nous donne de la force, nous lui pincerons la queue !"

Alors la gardeuse d'oies marchait jusqu'à un recoin du bois voisin qu'elle était seule à connaître, dans lequel poussaient d'innombrables petites clochettes de muguet, en toutes saisons. Elle s'enivrait tellement de leur parfum qu'il lui semblait parfois apercevoir une très jolie jeune fille toute de blanc vêtue, aux cheveux pâles, aux yeux rouges, au large sourire satisfait. Puis elle clignait des yeux, et bien sûr, l'apparition disparaîssait, laissant la petite gardeuse d'oies toute confuse, et souriante, prise pourtant à la gorge d'une tristesse inexplicable.

La gardeuse d'oies ne voulait pas offenser la fée des fleurs, pourtant, il lui semblait parfois qu'elle avait le droit de cueillir une branche de muguet pour la mettre à son chapeau, et retourner trouver ses oies qui broutaient placidement.

Un jour, la princesse du royaume vint à passer près du champ dans son carrosse. Ce n'étaient pas ses itinéraires habituels, mais c'était une princesse capricieuse qui aimait la nouveauté et les surprises, aussi, d'une voix dure et sans réplique, elle avait imposé à son cocher de couper à travers champs, juste pour voir si cela pouvait changer quelque chose à sa vie.

Quand elle posa son regard sur la petite gardeuse d'oies, ce qu'elle remarqua en premier ne fut ni les reflets roux dans ses cheveux, ni son sourire de soleil, mais la petite branche de muguet à son chapeau.

"Je n'ai jamais, jamais vu ça en ces mois d'hiver !" s'exclama-t-elle. "Cocher, arrête-toi !" Et elle s'avança dans le champ pour aller parler à la petite bergère. Les oies la regardèrent d'un oeil circonspect, mais ne cancanèrent pas, ni pour l'accueillir, ni pour la faire fuir.

"Où as-tu trouvé cette branche de muguet ?" La princesse s'avança vers la gardeuse d'oies. "C'est une vraie." murmura-t-elle, "et elle sent si bon." affolant la pauvre jeune fille qui n'avait jamais rêvé de voir la plus belle jeune fille qu'elle ait jamais vu se pencher ainsi sur elle, ses doigts maintenant fermement et autoritairement son poignet, son visage presque dans ses cheveux, ses vêtements froufroutants et chers se mêlant à ses pauvres jupons.

"Dans ce bois, belle dame, il y a un bosquet de muguet qui fleurit en toute saison."

"Faut-il marcher longtemps pour y arriver ?"

"Un peu moins d'une heure, peut-être..."

"He bien laisse tomber ces oies, et mène-moi céans !"

La gardeuse d'oies s'inclina ; non pas que l'idée de désobéir lui fit peur, mais une étrange ivresse lui assurait qu'elle ne désirait pour l'instant qu'escorter cette jeune dame aux boucles sombres, aux robes de soie, sur le chemin qui était jusqu'ici son secret le plus cher, puis jusqu'où il lui plairait, pendant des heures, des jours, des mois, des années.

Alors que la gardeuse d'oies prenait soin de ne pas déchirer ses jupes ni s'écorcher les jambes, la princesse avançait sans offrir aux ronces l'hommage d'une révérence. Sa robe était déchirée, mais n'en avait-elle pas des centaines au château royal ? Ses jambes étaient écorchées, mais qu'était-ce devant la promesse d'un lieu magique où régnait un éternel mois de mai ?

"Pourquoi voulez-vous tant voir ces brins de muguet, princesse ? N'avez-vous pas toutes les fleurs exotiques que vous voulez ?"

"Parce que personne n'a jamais entendu parler de muguet en hiver !" s'exclama la princesse, "et que je déteste tout ce qui est ordinaire."

La gardeuse d'oies regarda son tablier ordinaire, ses sabots ordinaires, pensa à son visage ordinaire et ses oies ordinaires, et poussa un grand soupir.

Quand elles rejoignirent la petit clairière, les rayons du soleil y jouaient de façon plus riante que jamais. La gardeuse d'oie chercha la fée du muguet, ne la vit pas, et décida toute seule que c'était une autorisation, car elle voulait plaire à la belle dame.

"Princesse, prenez le plus beau brin que vous trouverez." dit-elle en s'inclinant.

"Pourquoi le plus beau ?" demanda la princesse. "Je les veux tous ! Crois-tu que j'ai marché à travers la forêt pour un seul brin ?"

Elle commença à en remplir ses poches, ses mains.

"Princesse, princesse, la clairière sera dévastée !"

"Je m'en moque ! Je les prends avec les racines, tu vois. Je les replanterai chez moi."

La princesse égoïste, à qui tout le pays appartenait même les pauvres clairières, noua des bouquets dans ses cheveux, et les clochettes blanches cascadant sur ses joues la rendaient plus belle que jamais.

"Ah, princesse, n'en prenez pas à la bouche ! Ce sont du poison, comme les colchiques !" Même si le jardin secret de la gardeuse d'oies était dévasté, elle n'arrivait toujours pas à souhaiter qu'il arrive du mal à la princesse.

"Toutes les cloches sont du poison, comme celles du mariage !" riait la princesse, cruelle et victorieuse. Quand elle eut fini, elle emplit toute sa robe à volants de fleurs, avant de demander "He bien, pouvons-nous déjà repartir ?"

La gardeuse d'oies, le coeur lourd, la guida jusqu'au carrosse, où la princesse la quitta sans même lui dire au revoir, trop hâtive de replanter ces belles fleurs là où elle pourrait les observer chaque jour. Les meilleurs jardiniers du palais emménagèrent dans un boudoir près de sa chambre une serre où l'eau et le soleil étaient soigneusement dispensés.

"Tous les intrus qui entreront dans ma chambre au muguet seront décapités !" s'exclama la princesse, qui semblait trouver l'idée très drôle.

Ces bouquets, malgré tout le talent avec lequel ils avaient été replantés, arrosés, illuminés, auraient dû se retrouver fanés en quelque jour, pensaient les jardiniers. Des fleurs de muguet en hiver, ce n'est pas possible ! Et inquiets, ils se demandaient lequel d'entre eux aurait la tête tranchée en premier pour avoir manqué à son devoir.

Pourtant, les muguets vivaient encore, et la princesse passait dans sa nouvelle chambre la plus grande partie de ses journées ; elle observait les clochettes blanches, respirait leur odeur plus douce et plus violente que celui de tous ses parfums couteux à base de muguet. De temps en temps, elle allait pour en mettre un brin à la bouche, pour embrasser les clochettes. Mais alors un souvenir désagréable lui revenait en tête, celui d'une petite gardeuse d'oies qui la suppliait de ne pas s'empoisonner.

Un jour, alors qu'elle avait respiré leur odeur plus longtemps qu'à l'ordinaire, elle vit apparaître une délicate jeune fille aux cheveux pâles, à la robe blanche.

"Qui es-tu ?" demanda la princesse.

"Je suis ces fleurs de muguet." répondit la jeune fille. "Pourquoi nous as-tu arrachées à notre forêt ?"

"Parce que vous êtes si belles !" répondit la princesse. "Je ne voulais pas être séparée de vous ! Je vous ai amenée dans ce palais, j'ai deux cents jardiniers à mes ordres et ceux que vous préfèrerez ne s'occuperont que de vous, vous aurez autant d'eau et d'engrais que vous le voudrez !"

"Probablement devrions-nous te récompenser..." dit la fée du muguet, et la princesse se sentit très heureuse à cette idée ; le sourire de la fée avait perdu l'innocence qu'il avait dans la clairière, était devenu cruel, mais elle ne l'avait pas connue à l'époque et ne remarqua rien.

Et quand la fée aux cheveux pâles se pencha vers la princesse pour l'embrasser, cette dernière oublia définitivement tout ce qu'une certaine gardeuse d'oies lui avait dit à propos du danger des fleurs de muguet.

Quand la princesse réapparût en public, sa peau était plus pâle que des pétales de fleur, elle avait des cernes bleutées comme l'ombre dans les sous-bois, et sa tête été penchée sur son cou fin comme des clochettes de muguet sur leur tige. Pourtant, sa beauté n'était pas altérée par cette aura de mort autour d'elle, qui la faisait ressembler au plus troublant des fantômes.

"Je suis amoureuse." annonça-t-elle au peuple, "et je suis malade. Si un médecin, magicien, quel qu'il soit, me permet de vivre pour que je puisse rester à jamais avec mon amour, je lui donnerai mon royaume, car je n'en aurai plus l'usage. S'il essaie et qu'il échoue, il aura la tête tranchée."

Le défilé des médecins commença ; et le défilé des têtes coupées avec lui, car nul ne pouvait guérir la princesse des douceurs vénéneuses qu'elle buvait avidement aux lèvres de la fée du muguet. Et même si elle faisait peu de promesses, préférant garder sa liberté, elle tenait scrupuleusement chacune de celles qu'elle avait énoncées.

Dans le petit village où vivait la gardeuse d'oies, rien ne semblait changé. Les messagers de la princesse étaient encore moins nombreux à venir d'occuper des affaires du royaume, mais de la part d'une demoiselle aussi capricieuse, cela n'étonnait personne.

Puis un jour, un colporteur passa au village, apportant, en plus de ses jouets et de ses remèdes, le message de la princesse.

"Pourquoi n'y allez-vous pas ?" demanda avec respect une des vieilles dames venue lui acheter une pommade contre ses rhumatismes. Mais le colporteur avait toute sa tête ; he, il était suffisamment heureux comme ça pour ne pas risquer sa vie sur quelque chose d'aussi aléatoire qu'une guérison, même en échange d'un royaume !

Personne au village ne fut donc troublé par l'avis royal, sauf la gardeuse d'oies, qui se rappela la jeune fille belle et cruelle qu'elle avait rencontrée un matin d'hiver. Et même si elle pensait avoir oublié le bien et le mal, son coeur saigna à l'idée qu'elle allait mourir - et aussi à l'idée qu'elle aimait, car la gardeuse d'oies, pour être humble, n'en pouvait autant éviter toute jalousie.

La lendemain, comme d'habitude, elle descendit ses oies se nourrir à la prairie, et resta auprès d'elles ; bien sûr, elle ne pouvait plus retourner à la clairière au muguet, comme avant. Les quelques fleurs que la princesse n'avait pas prises avaient été piétinées, et n'avaient plus jamais repoussé.

Soudain, elle entendit de multiples voix : "Ô, toi, notre gardienne, pourquoi ne vas-tu pas au château sauver ta princesse ?"

Elle regarda autour d'elle avec surprise et une sorte de crainte. Bien sûr, elle adorait ses oies, et avait parfois l'impression de comprendre leurs regards, le mouvement d'une plume, elle avait écouté leurs cancanements dissonants qui lui semblaient une douce chanson, mais jamais elles ne lui avaient parlé d'une voix humaine.

"Si vraiment c'est de l'amour que tu ressens pour elle, ne veux-tu pas au moins tenter de la sauver ?" et la gardeuse d'oies sut qu'elles avaient raison. Elle savait qu'elle mourrait si elle échouait, et qu'elle se ferait rejeter pour quelqu'un d'autre si elle réussissait, mais elle souhaitait tout de même essayer, de toutes ses forces.

On vit alors le plus étrange cortège faire route vers le château. La gardeuse d'oies avançait tout droit, et les oies autour d'elle, comme autant de gardiens, cacardaient pour éloigner toute créature qui aurait voulu lui faire du mal.

Elle marcha longtemps, ne s'arrêtant que pour dormir ; et alors les oies lui apportaient de l'eau, des baies pour manger, et des herbes pour lui servir de couche.

Au bout de plusieurs jours de marche, elle arrivèrent finalement au château, mais les oies, au lieu de l'emmener à l'entrée principale, guidèrent ses pas vers un endroit où le mur qui protégeait le jardin s'était éboulé. Personne ne s'était occupé de la réparer, tellement la princesse ne se souciait plus d'autres fleurs que de celles qui buvaient sa vie. L'interstice était minuscule, mais la gardeuse d'oies creusa, se faufila, et réussit à passer.

Elle traversa d'un pas décidé les jardins désertés, avant d'atteindre les fenêtres de la princesse. Elle se dirigea vers la plus grande et la plus belle d'entre elles, pensant qu'elle pourrait la voir, lui parler au moins ; mais elle s'était trompée, la plus belle d'entre elles était bien sûr celle de la chambre au muguet.

Personne ne la gardait, parce que la princesse était dans ses appartements, malade et somnolente il est vrai, mais le regard suffisamment assuré pour savoir parfaitement à qui il faudrait couper la tête si elle le surprenait ici.

La gardeuse d'oies pénétra dans la chambre, et y vit la fée du muguet, qui coiffait nonchalamment ses cheveux.

"C'est ici que tu étais !" souffla-t-elle à voix basse. "Pourquoi es-tu venue ?"

"Parce que mes fleurs y sont." lui répondit la fée. "Parce que nous ne nous déplaçons pas à notre gré comme vous autres humains. La princesse m'a emprisonnée ici, et en retour j'ai empoisonné son corps et son coeur. Bientôt, elle mourra.

"S'il te plait, non !" s'exclama la petite gardeuse d'oies. "Ne la tue pas ! Je vais essayer de te ramener."

"Ce n'est pas possible, maintenant. J'ai été empoisonnée par l'air, l'eau, et la cruauté des humains ; je ne pourrais plus vivre dehors et le rossignol ne chantera plus pour moi. Il n'y a plus que ma vengeance. Et d'ailleurs, qui es-tu pour oser me parler ainsi ? C'est toi qui m'a livrée !"

"Je ne savais pas..." bafouilla la gardeuse d'oies, les yeux plein de larmes.

"Tu m'a aimée, pourtant." murmura la fée du muguet, d'un ton monotone et envoûtant comme le bruit d'un ruisseau. "Beaucoup de filles m'aiment, et il en est même parfois que je laisse me voir pour m'adorer plus, mais tu ne méritais pas d'être de celles-là ! On dirait que tu ne m'aimes plus. On dirait que tu préfères cette princesse. Elle est aussi cruelle que je le suis, pourtant. Tu sais que tu pourrais la sauver en arrachant toutes mes fleurs ? Mais tu ne le feras même pas. Tu es trop gentille. Alors c'est moi qui vais te tuer. Ou plutôt, non : je vais appeler ta princesse, et c'est elle qui va te tuer. N'est-ce pas une bonne idée ?"

Alors son parfum s'éleva plus fort et plus énivrant que jamais ; et dans la pièce voisine, on entendit la princesse qui levait son corps faible, parce que sa fleur l'appelait, qui marchait d'un pas lent, ses pieds sans chaussons endoloris par le carreau froid.

Mais alors, toutes les oies se jetèrent sur les brins de muguet, et commencèrent à les dévorer, sauvagement, cruellement, dans le silence le plus absolu ; et même la fée du muguet, qui devenait de plus en plus transparente, de plus en plus éthérée, ne pouvait plus faire le moindre bruit, et la gardeuse d'oies, paralysée par l'horreur, ne pouvait plus leur dire ni de cesser ni de continuer.

La princesse ouvrit la porte de la chambre ; elle vit son tapis de muguet disparu, recouvert d'oiseaux morts, et la gardeuse d'oies qui se nouait les mains, pleurant à chaudes larmes.

La princesse, raide comme un cadavre, lui offrit sa main, de l'autre côté du tapis de plumes. "He bien, piétine les cadavres de tes amis et de celle que j'aimais, et rejoins-moi. N'es-tu pas venue pour ça ?"

"Je suis venue pour vous sauver !" cria la gardeuse d'oies.

La princesse laissa retomber sa main, constata d'une voix neutre : "Si tu l'avais prise, je t'aurais fait tuer. Maintenant pars, laisse-moi dans le monde sans fées et sans rêves que tu m'as laissé. Si je te revois, tu mourras."

Puis elle s'évanouit, s'écroula à terre, et la gardeuse d'oies se mit à appeler de toutes ses forces, pour que quelqu'un vienne la sauver.

Elle resta à son chevet pendant des jours et des jours ; les quelques médecins qui restaient au château étaient, nécessairement, des gens prudents, aussi, ils ne prirent pas l'initiative de la faire partir, ni de lui demander de rester. Après tout, même si la princesse ne se réveillait pas, il n'était pas certain qu'elle aille si mal, son pouls plus régulier même que pendant sa maladie.

Le premier jour, les yeux noirs et terribles de la princesse s'ouvrirent sur cette jeune fille qui lui serrait convulsivement la main, à genoux devant son lit.

"He bien, m'as-tu entendue ? N'as-tu pas peur de mourir ?" demanda-t-elle brusquement, sa voix ayant déjà retrouvé sa fierté.

La gardeuse d'oies secoua la tête. "Non, non !"

Et la princesse, au lieu de faire appeler ses gardes et ses bourreaux, inclina la tête : "J'ai été comme toi, avant."

Puis elle se rendormit d'un sommeil de plomb et de poison.

Le second jour, elle ne dit rien, mais serra la main de la petite gardeuse d'oies pendant longtemps, peut-être assez pour lui faire un peu mal, mais pas beaucoup.

Le troisième jour, elles se firent des confidences sur à quel point elles avaient aimé la belle et terrible fée du muguet, et la princesse avoua à sa nouvelle amie qu'il n'y avait rien d'ordinaire, pour une princesse, à sentir la chaleur du soleil dans le sourire d'une gardeuse d'oies, et qu'elle la priait de rester près d'elle pour toujours.

A ce moment, il y eut un tourbillon de plumes ; c'étaient toutes les oies mortes qui avaient ressuscité, et qui acclamaient les jeunes filles de leurs cacardements criards. Elles les menèrent jusqu'à l'ancienne salle que la princesse avait aimée plus qu'elle-même, où avait repoussé un unique brin de muguet. La fée n'était visible nulle part, même en le respirant très fort, même en fermant les yeux.

Si elles l'avaient utilisé pour orner à une des robes qu'elles portèrent le jour de leur union secrète, elles auraient été maudites jusqu'à la fin de leurs jours.

Mais la princesse se laissa persuader à regret de retourner le brin de muguet à la forêt d'où elle venait ; aussi, la gardeuse d'oies et sa princesse capricieuse vécurent heureuses pendant longtemps. Peut-être pour toujours ; personne ne peut le dire.



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