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Doux Rêve
Tombée sur la ville, la nuit se dépose sur le corps de la jeune femme, à moitié assoupie, devant son ordinateur veillant comme elle. Son visage rond, ses petits yeux ridés par la fatigue, et le faible sourire dessiné par ses lèvres sont éclairés par la piteuse lumière d'une lampe rouge et noir au design moderne.
De ses
yeux sortent quelques perles de pluie. Pourquoi fallait-elle qu'elle
vienne ici ? Dans ce monde-là ? Ici, elle n'a personne. Mais
dehors ? La vie lui paraît bien amère. Jugée
coupable d'un crime qu'elle n'a pas commit. Perdant des amis qu'elle
n'a jamais eut. Elle n'est pas innocente pour autant. Elle a joué
un jeu dangereux, et puis, la nuit est tombée. Sur la ville,
et dans son regard.
Elle pense que plus jamais elle ne sera
heureuse. Elle songe à lui. A ses bras. A son goût. Aux
jeux qu'ils se prêtaient, tous. Elle pense à eux, et
puis, elle songe simplement que c'est assez. Assez de vivre, assez
d'essayer de se justifier. Elle a commit un crime, elle est jugée
par les plus impitoyables juges, et demain, elle ira peut-être
au pilori.
Sur la fenêtre de l'ordinateur, il n'y a rien. Une feuille blanche, des mots de lui, qui se perdront le jour où l'ordinateur sera vendu, et les CD jetés. Des photographies qu'elle supprime. Elle le regrettera mais elle ne veut plus le voir. Elle ne veut plus y penser. Et elle sait qu'il est là. Que ses doigts glissent sur elle, qu'elle frémit, et qu'elle rit. Elle sait. Elle sait qu'elle se ment, aussi. Qu'il ne passera plus cette porte avec l'odeur des autres pour y mêler son parfum à Elle.
Il disait
qu'elle était belle. Elle ne l'est pas, mais elle y croyait.
Il disait aussi, qu'il aimait son corps d'enfant, où se
dessinaient les courbes des femmes. Et elle riait. Elle buvait ses
paroles, et n'en demandait pas plus.
Parfois elle avait mal. Elle
disait qu'elle n'était pas amoureuse de lui. Elle le disait,
tentait de se convaincre. Non, elle ne l'était pas. Elle
s'amusait de son propre désarroi, de n'être qu'un pion
dans un jeu, et le suppliait parfois, de ne pas y mêler
d'autres. Et puis, elle jouait avec lui, il devenait son pion, car
c'était la règle du jeu. Juste des corps, des envies,
et des sentiments. Rien d'autres.
Il venait
sur l'ordinateur, parfois, alors qu'ils étaient dans la même
pièce qu'elle, et ils parlaient. D'êtres qu'elle
n'arrivait pas à connaître. Elle était un peu
jalouse, elle le sera toujours un peu. Voir ses mains passer sur le
clavier, alors qu'elle demeure allongée dans son lit. Elle
soupire tristement, mais elle l'aime tant. C'est un ami, un ami
amant. Elle lui tire la langue, et il rit. Tu n'es qu'un enfant,
qu'il lui disait. Et elle riait avec lui, lui répondant qu'il
l'était tout autant. Des enfants jouant aux adultes.
Elle
cessa l'école. Elle s'y ennuyait. Quand elle y allait, elle
fixait les enseignants, se demandant si cet homme roux, savait serrer
dans ses bras les femmes comme lui le faisait. S'il aimait embrasser.
S'il préférait les frôlements, ou qu'on le mordre
directement. Elle n'écoutait rien. Ses amis l'indifféraient,
elle ne les écoutait pas. Elle les aimait pourtant, mais,
quand trop longtemps elle les regardait, elle s'imaginait les
toucher, voir la peau. La peau des femmes aussi. Alors elle craignait
d'être folle, et elle préférait s'échapper
de ce monde.
Elle
flânait dans les rues, et marchait le nez au vent. Elle
fréquentait les bars. Juste boire un verre, penchant la tête
sur le coté. Et puis, elle l'attendait. Ils s'amusaient à
taquiner ceux qui les avaient brisé. Difficile d'expliquer.
Elle lui parlait de son père, de l'amour de fille qu'elle
avait pour lui, et de l'amour d'homme qu'il avait pour elle. Elle lui
disait doucement, qu'elle avait peur. Peur de devoir rester toute sa
vie la maîtresse de son père, peur d'avouer le crime de
l'homme et de le voir aller en prison : car il ne le méritait
pas. Il lui faisait mal, mais il ne le faisait pas exprès.
Il
lui parlait, des hommes de cette nuit-là. De son père à
lui. Il lui disait qu'il ne se souvenait pas de tout. Juste de ses
propres cris, de ses propres larmes. Il me disait que dans son
village, on disait qu'il était l'enfant du diable. Il me
disait aussi, que ses parents n'avaient pas couchés pour
l'avoir. Que ses parents étaient liés par un sang, et
un ADN Si proche, qu'il était fou par naissance et par
envie.
Et elle riait. Et il riait. Ils jouaient. Au chat, se
léchant, avec un visage coquin. S'embrassant comme des
adultes. Se baisant comme des étudiants en adultes. Il la
prenait comme une femme, longtemps, jusqu'à ce qu'elle ferme
ses yeux, et qu'elle le supplie de cesser. Alors il riait mêlant
ses cheveux blonds à ses cheveux noirs. Il lui parlait de cet
homme qu'il avait aimé, mort d'un accident de la route.
Il
lui parlait de cet homme, qui était si semblable à
l'amant officiel de son ami. Et elle souriait. Elle n'était
pas jalouse, de lui. Elle voulait savoir son goût, elle aurait
aimé y goûter. Il riait, lui reprochait d'être
jaloux d'une fille qu'il n'a jamais vue, et d'être indifférente
à ses autres amants. Il ne comprenait pas. Elle était
jalouse des mots qu'il lui disait. Du temps qu'il passait avec elle.
Il lui disait de passer ses études. Elle répondait qu'elle aimerait couché avec son enseignant d'histoire. Ils faisaient le pari. Elle le gagna. Il lui dit, qu'il pourrait aussi y arriver. Il le perdit, mais eux le frère. C'était un jeu. Un simple jeu. On pouvait la nommée salope, conasse, pouffiasse. On pouvait penser qu'elle était mauvaise, mais elle s'en foutait.
Il disait
qu'elle était une enfant. Et elle aimait l'entendre dire qu'il
l'aimait. Il le disait. Souvent. Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime, ma
chérie. Je t'aime. N'écoutes pas les autres,
écoutes-moi, je t'aime.
Il avait un drôle d'accent,
qui roulait sur la gorge. Il avait aussi des rêves étranges.
Il rêvait d'une femme qu'il n'avait jamais vue. Il murmurait
que cette femme était divine, parfaite, pour ses doigts pour
son corps. Eux, ils riaient. Elle aussi. De le voir rêver d'une
femme, impossible à atteindre.
Il lui
passait ses doigts sur ses yeux, et lui murmurer lentement. "Rêve
qu'il est là, ton …, rêves qu'il a vraiment exister ….
Sens ses doigts." Et il faisait glisser ses doigts sur la jeune
fille, qui tremblait. Et puis, il le fit avec tous, avec les femmes
avec qui elle parlait sur le net. Elle avait son préféré.
Elle aimait imaginer qu'il était elle. Et il avait son
préféré, il aimait penser qu'elle était
lui.
Ils prenaient leurs noms. Ca les faisaient rire … Elle
riait. Il riait.
Il lui disait qu'il se tuerait, et qu'elle le suivrait. Il lui disait qu'elle le suivrait partout. Et elle disait oui, promis, partout !
Et puis,
il partit.
Simple journée d'Août 2006.
L'ordinateur
est devenu noir. La main de la jeune fille secoue la souris, et son
corps se brise sous les larmes.
Non. Elle n'était pas
amoureuse de lui …
Si elle l'avait été, elle
l'aurait suivit.
Elle l'aurait suivit.
Elle aurait du le
suivre.
Sans courage, ainsi elle était.
Et elle
rêve encore de lui.
Et parfois, d'elle.