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Epilogue
« Loin des yeux, loin du cœur, proverbe bien menteur, car malgré la distance, c’est à toi que je pense ».
« Salut Matty ».
Mathias se retourna pour voir arriver Clarisse, toute souriante, Marion dans les bras. Il tendit les siens pour l’attraper et regarda la mère s’asseoir à son côté, au troisième rang, côté du marié.
« Stéphanie n’est pas là ? » Demanda-t-elle après avoir jeté un coup d’œil autour d’elle.
« Au téléphone avec Johan. Ça à l’air d’aller toi, dis moi ».
Elle hocha la tête, repoussant ses cheveux -lissé pour l’occasion- derrière son épaule.
« Ça s’arrange avec Andréas ? ».
« Pas vraiment, non. Mais ça n’a plus beaucoup d’importance maintenant… ».
« Vraiment ? » Il chercha le concerné des yeux et le trouva au premier rang en pleine discussion avec son jumeau.
« Je suis enceinte… Dès que j’aurais accouchée, je divorce. Au moins Marion ne sera pas fille unique et j’aurais une raison de me lever le matin… ».
« Il est au courant ? ».
« Tu crois que ça l’intéresserait ? C’est à peine s’il sait que sa fille est née… Je suis chez ma sœur en ce moment, pour tout dire » Elle montra d’un coup de menton une femme plus âgée qui discutait avec un inconnu.
Mathias hocha la tête, ne sachant quoi dire. Il regarda le petit bébé qui dormait dans ses bras et lui sourit.
« Et toi ? Toujours pas décidé à te marier ou à te trouver quelqu’un ? Elle est charmante cette Alice, non ? ».
« Si, très charmante, mais d’un, Alice est une amie, qui de plus, est engagée et de deux, je suis heureux comme je suis ».
« Tu parles ».
Clarisse et Mathias tournèrent à l’unisson, un regard las sur Lena, un rang devant, qui venait de se retourner, demandant à Aurélie, sa fille, de jouer avec ses petits cousins dehors.
« Bonjour Lena » Fit Mathias avec une sympathie forcée.
Elle haussa les épaules et regarda autour d’elle, sans jamais poser le regard sur Marion.
« Matty, je peux te la laisser cinq minutes ? » Demanda Clarisse.
« Bien sûr ».
Mathias la regarda partir d’un pas pressé. Depuis la naissance de Marion, Clarisse évitait du plus qu’elle pouvait sa belle-sœur : Lena lui avait rendu la vie infernale à l’hôpital, la reprenant sur tous ses faits et gestes envers sa fille. Plus encore depuis son retour en Allemagne, à ce qu’il avait entendu dire de la part de Mario.
« Et que me vaux le plaisir ? » Ironisa Mathias.
« Oh arrête, je sais bien que tu me détestes, pas besoin de faire le faux cul ».
« T’es pas assez importante pour que je t’attribues ce genre de sentiments… Cela fait bien longtemps que je ne te hais plus, tout comme tes frères ».
« Oh vraiment ? ».
Elle se désintéressa de la conversation, cherchant sa fille des yeux. Puis elle reporta son regard sur le témoin de son frère.
« Alors, tu arrives à donner le change ? » Il leva un sourcil interrogateur « Faire croire que tu aimes le célibat, dire que tu ne veux pas d’enfants et tous le tralala… C’est pathétique d’avoir tellement honte de sa situation au point d’en mentir à son entourage ».
Il la regarda avec un léger sourire.
« Eh ouais, je suis pathétique » Concéda-t-il « Est-ce que je viens de rendre ta journée plus belle ? ».
Lena le toisa du regard, ne comprenant pas le sens de sa pensée, qu’il se fit un plaisir d’éclaircir :
« J’ai compris que tout comme les jumeaux, tu dois être bien malheureuse dans ta vie pour toujours prendre plaisir à essayer de détruire le bonheur des autres… Après tout, tu as tout pour être heureuse, non ? Un mari, des enfants, pas de boulot… Mais non, tu es toujours là à essayer de faire mal à tout le monde… Je ne te hais plus, je te plains… Maintenant, si tu m’excuses, ta belle-sœur est de meilleure compagnie ».
Mathias se leva et rejoignit Clarisse qu’il savait dehors, près de Stéphanie.
« Je dois te rendre Marion, la cérémonie va commencer, je dois rejoindre Mario. Si t’es avec Stéph, Lena ne t’emmerdera pas. On se retrouve au banquet, on est à la même table ».
Le bébé dans les bras de sa mère, Mathias fit le tour de l’église pour passer par une porte et rejoindre le futur marié qui câlinait Matéo tout en parlant avec son plus jeune frère. Lukas lui sourit : ils ne s’étaient pas vus depuis une semaine car il était parti avant, à la demande de sa mère. Mathias et Stéphanie étaient arrivés dans la matinée.
« Alors, voilà le fameux Matéo ».
« Oui. Content de te voir, Matty, tu viens me raser ? ».
« Si seulement il y avait quelque chose à raser, je me ferais un plaisir… Comme au bon vieux temps ».
Il prit le bébé avec délicatesse. Matéo avait de grands yeux noirs et des cheveux châtain clair. Il gazouillait en battant des pieds. Il le garda quelques minutes puis passa le relais à Lukas qui sortit rejoindre sa famille sur les bancs.
« Pourquoi tu n’as pas pris ton frère comme témoin ? ».
« Il ne voulait pas. Comme il est déjà parrain de Matéo, il dit qu’il préfère céder la place a quelqu’un qui ne pouvait pas être le parrain ».
« Quelqu’un comme moi ? ».
« Entre autre. Puis je ne voulais pas de Tobias ou Andréas, je ne me sens pas assez proche d’eux, et puis bon, c’est toi qui m’as rasé pendant neuf mois, alors… ».
Mathias lui donna une accolade, lui resserra son nœud de cravate et s’appuya contre le mur.
« Matéo, c’est le fils de qui ? ».
« Je sais pas ».
« Tu sais forcément ».
« Non. Et Katia non plus… » Mathias haussa les yeux et Mario reprit « Elle voulait un gamin depuis longtemps, mais ne reste jamais assez longtemps avec un garçon pour construire quelque chose, alors elle est passée par une insémination artificielle… Moi, je suis arrivé un peu avant et ce gosse, je l’aime déjà ».
« Je sais que tu feras un très bon père de famille, c’est pas ça qui m’inquiètes… T’es réveillé depuis à peu près quoi ? Neuf mois… Comment tu sais que tu vas passer ta vie avec elle ? ».
Mario soupira et regarda son ami.
« Je le sais. On a laissé passer notre chance y’a 6 ans, quand je suis sorti avec sa cousine, Nathalie. Ont n’étaient pas sûrs de nous. Je suis certain que maintenant, on l’est… On sait où on va ».
Deux coups à la porte et le prêtre entra dans la pièce.
« La cérémonie va commencer, si vous voulez bien venir ».
Matthias fut surpris de l’entendre parler en Français. Ils étaient en Allemagne après tout.
« Les Allemands présents parlent Français, les français présents ne parlent pas Allemands… Le choix n’a pas été dur » Fit Mario avant de passer par la porte pour se rendre à l’autel.
Mathias hocha la tête. Il avait honte de sa condition. De toute l’Europe, les français étaient les pires pour ce qui était d’apprendre les langues. Lui-même, après 7 ans de collège et lycée ne savait pas dire une phrase d’anglais correcte. Alors que les Allemands, eux parlaient le français comme s'ils y avaient toujours vécus… C’était une honte et il aurait acquiescé à n’importe qu’elle personne lui faisant la remarque.
OoO
Ils devaient être une centaine au bas mot. Pour le vin d’honneur, il y avait eu des jeunes en plus, de la famille éloignée, des amis perdus de vue et retrouvé quelques mois auparavant. Mais pour le repas, il ne restait plus que la famille proche et deux ou trois amis intimes des mariés.
Stéphanie était à trois places de Mario, encadrées par Lukas et Clarisse. Mathias tout juste à gauche du marié, en tant que témoin, assisté par Lukas qui tenait son nouveau neveu sur un bras et sa nièce sur l’autre. Le côté de la mariée était assez silencieux. Stéphanie jeta plusieurs fois un œil sur l’assemblée qui ne semblait pas trop dans son élément. Les parents de Katia ne pouvaient s’empêcher de regarder à droite et à gauche, nerveusement. Nathalie ne prêtait aucunement attention à son copain qui parlait tout en montrant quelque chose, et les enfants étaient plus bruyants que toute la salle réunie. Côté Laumer, c’était différent. La mère de Mario discutait avec beaucoup d’entrain avec les jumeaux, tandis que le père essayait de faire comprendre à Lena quelque chose ; Lukas jouait avec Matéo et Marion ; Clarisse, d’un air absente, contemplait le plafond et Stéphanie, suivait comme elle pouvait, la discussion entre Mario et Mathias.
Lorsque le couple ouvrit le bal avec la première danse, Stéphanie sentit comme un poids en moins. Elle se laissa guider par Matthias sur la piste et dansa avec lui.
« Mario est vraiment heureux ».
« J’espère bien ».
« Il a ouvert un nouveau bar, à Munich. C’est sa grand-mère qui lui a donné la propriété. Il l’a appelé « Fresh Eire ». Il aimerait qu’on reste jusqu’à l’ouverture, ou alors qu’on revienne pour celle-ci ».
« Et c’est quand ? ».
« Il sait pas encore, alors, je pense qu’on reviendra ».
Stéphanie se concentra sur les derniers pas et laissa volontiers sa place à Clarisse. Elle rejoignit Lukas qui surveillait Marion dans le landau.
« Tu danses pas ? ».
« Tu m’as déjà vu danser ? Sérieusement je me préfère en baby-sitter ».
Stéphanie retira ses chaussures et partit danser avec Mario qui lui faisait un signe de loin. Lukas refusa énergiquement de la tête, pointant les deux landaus sur lesquels il avait la main.
« Comment va Matty ? » Demanda Mario en prenant la main de son amie.
« Très bien, comme tu peux le voir ».
« Il a laissé Monseigneur à l’appartement ? ».
« Non, c’est Alice qui le garde ».
« Il se passe quoi avec cette fameuse Alice ? ».
« Rien. Ils sont amis. Ils ont fait connaissance à l’hôpital par le biais du chat et se voient une fois par semaine et se rendent de menus services ».
« Ils sortent pas ensemble ? ».
« Je crois qu’elle est lesbienne ».
« Il a le chic pour trouver ce genre de fille ».
« Il les cherche pas. Elles lui tombent dessus. Et comme il le dit : il est bien en célibataire, et je le crois ».
« Et il vit tout seul en ce moment ? ».
« Depuis le départ de ton frère. Il vient manger chez moi la semaine. Il ne se sent pas trop seul. Monseigneur lui prend beaucoup de temps… Johan te passe le bonjour et te félicite pour ta femme et pour ton fils ».
« Je suis désolé de ne pas avoir pu l’inviter ».
« Ne t’en fais pas. Je ne suis pas sûre qu’il serait venu et puis, je crois que pour ce genre d’occasions… Je préfère être accompagné de Matty ».
OoO
« Je vais y aller, Mario » Fit Clarisse alors que tout le monde enfilait son manteau pour partir vers un bar.
« Déjà ? ».
« Oui, c’est déjà tard pour Marion… Je ne voudrais pas abuser, puis je suis fatiguée ».
« Bien. Tu vas à l’hôtel ? ».
« Oui, c’est plus près. Merci pour tout, embrasse Katia pour moi ».
« J’y manquerais pas ».
Clarisse enfila son manteau, couvrit sa fille et quitta le vestibule. Elle s’approcha de Matthias et Stéphanie.
« Bonne fin de soirée. N’abusez pas trop ».
« Dors bien et réfléchis surtout ».
« Je te remercie Matty et il se pourrait que je te prenne au pied de la lettre ».
« Tu m’en verrais ravis ».
« Mais faudra que tu arrêtes de fumer » Termina-t-elle avec un clin d’œil.
Elle attacha sa fille et monta en voiture. Matthias termina sa cigarette et l’écrasa avec les autres. Il jeta un coup d’œil en arrière pour voir où en était le jeune marié : Mario discutait avec son frère.
« J’ai proposé à Clarisse de prendre la chambre de Mario » Répondit-il à la question muette de Stéphanie.
« Sérieusement ? ».
« Ouais. Ça me fera de la compagnie et pour elle, un loyer moins cher voir inexistant ».
« Tu crois qu’elle va accepter ? ».
« Elle a déjà accepté. T’aurais du voir ses yeux quand je le lui ai dit ».
« Ça va pas plaire à Andréas, ça ».
« Rien a foutre d’Andréas. S’il s’occupait plus de sa femme que de Clém, il n’en serait pas là. Puis ça vaut mieux pour les gosses ».
« Les gosses ? ».
« Elle est enceinte… Elle va en avoir un deuxième ».
« Je savais pas ».
« Pas grand monde le sait. Je suis même pas sûr qu’Andréas le sache lui-même ».
Stéphanie regarda les jumeaux qui étaient assis dans un coin reculé et fumaient en discutant. Ils ne s’étaient pas quittés de la soirée. Andréas en voulait à Stéphanie d’être présente ce soir, alors qu’elle n’avait pas daigné venir à son mariage. Il était même venu le lui dire en face. Ce qui lui avait valu une réplique cinglante de bien des personnes, telles que Matthias, Mario et Stéphanie elle-même.
Mario et Lukas sortirent enfin et montèrent dans le taxi, appelé quelques heures plus tôt. Tous les quatre, ils partirent en ville boire un dernier verre avant de retourner à l’hôtel, rejoindre la mariée qui s’était retirée une heure plus tôt avec ses amies.
Stéphanie et Matthias entrèrent dans la chambre de la mariée en compagnie de Mario. Celle-ci discutait avec sa cousine, tout en allaitant Matéo. Elles interrompirent leur conversation et sourient aux nouveaux arrivants. Mario vint embrasser sa nouvelle femme sur la tempe et pris l’enfant pour le coucher.
Nathalie embrassa sa cousine, Mario, salua Stéphanie, Matthias puis partit. Mario invita Matthias à venir fumer une dernière cigarette sur le balcon de l’hôtel. Stéphanie en profita pour s’installer près de Katia.
« Tout à l’air d’aller pour le mieux, non ? ».
« Oui… Une fois que la maison sera plus emménagée on pourra s’y installer et ce sera plus facile de gérer le bar de là… ».
« Et… Mario s’est engagé chez les pompiers ? Il m’en avait parlé après son réveil ».
« Il a voulu, mais je lui avait dit qu’il serait refusé. Même s’il retrouve peu à peu toutes les couleurs, il n’a plus aucune chance… Et puis, même si c’est égoïste, ça me rassure ».
« De quoi tu parles ? C’est quoi cette histoire de retrouver les couleurs ? ».
« Je pensais que tu le savais… Suite à son coma, Mario a eu un problème avec les couleurs. D’abord, il ne voyait plus le vert, le rouge et le bleu. C’était des nuances de gris… Puis c’est revenu petit à petit. Mais je suis sûre que si tu lui montres deux couleurs pâles, proches, il ne sera pas te dire laquelle est quoi… ».
Stéphanie ouvrit la bouche et regarda vers le balcon. Est-ce que Mathias savait ça ? Et Lukas ? Est-ce qu’ils s’en étaient rendus compte ? Elle se rappela la fois dans sa salle de bain où elle lui avait donné sa brosse à dent. Il l’avait mis à l’envers dans le gobelet… Elle comprenait pourquoi il était méfiant aux carrefour : rien à voir avec son accident. C’était juste les couleurs des feux… Et aussi pourquoi il avait donnait son avis sur des boucles d’oreilles sans mêmes les regarder. Maintenant, elle comprenait… Ce n’était pas de l’indifférence, mais de la ruse… En quelques sortes. Et cela la rassurait. Katia venait de répondre à pas mal de ses questions en quelques phrases. Ce n’était pas que Mario n’aimait plus le shopping avec elle, mais simplement qu’il ne voulait pas se trahir. Ce n’était pas non plus la flemme qui lui faisait mettre deux chaussettes différentes.
« De quoi vous parlez les filles ? » Demanda Mario en prenant un fauteuil près de sa femme.
« De tes yeux » Répondit Stéphanie sans le quitter des siens. Elle voulait le voir réagir.
Mario lui sourit et la fixa un petit moment.
« Tes boucles d’oreilles bleu turquoise te vont très bien, en tout cas ».
Mathias observa tour à tour Katia, Mario et Stéphanie qui semblaient être les seuls concernés par la remarque qu’il ne comprenait pas. Il s’appuya contre le fauteuil de Stéphanie et l’encouragea à se lever pour rejoindre leur propre chambre. La brune ne se fit pas prier. Elle se leva, enfila son manteau et quitta la chambre des mariés pour se rendre dans la sienne et se coucher près de son ami. Juste avant, celui-ci remarqua que ses boucles d’oreilles n’était pas bleu turquoise mais verte.
Fin
Note 1 : Aux Compagnons avec qui j’ai passée de supers soirées. Entre autre Bourguignon, Provençal et Toulousain. Et plus particulièrement à ma sœur, Aunis.
Note 2 : Voici enfin la fin du périple. J'espère que vous aurez aimé. Merci tout particulier à Aceituna et Milii pour les reviews et la présences. Merci aux fantômes aussi. A bientôt j'espère.
Note 3
Pour ceux qui se poseraient la question, voici un rapide récapitulatif des familles.
Gardon : Dimitri 32, Gwenaëlle 31, Gabi (qui en aurait 25) et Stéphanie 24
Laumer : Lena 34, Mario 27, Andreas et Tobias 25, Lukas 18
Hyanes : Dorian 36, Mathias 31, Evelyne 21
Biz
Cerb