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TYPE BAC FRANCAIS, eh ouais.
Corpus : Réécritures du roman d’apprentissage.
Sujet : écriture d’invention ; Une ouverture de roman d’apprentissage.
Un jeune homme arrive dans une grande ville, avec l’intention d’y réussir : c’est le début d’un roman d’apprentissage moderne. Vous en rédigerez la première page, en jouant sur les attentes du lecteur - pour cela vous ferez des références aux romans d’apprentissage du XIXe siècle - et sur son besoin de nouveauté.
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A cet endroit, au milieu d’une rue aux pavés gris mêlés de bitume délavé et suintant, la terre s’ouvrait en une gueule noire qui déversait non loin d’un kiosque à journaux un flot ininterrompu de voyageurs aux visages fermés. Le spectacle avait quelque chose de véritablement effrayant, mais les yeux clairs de Gerulf ne pouvaient s’en détacher. Ce n’était pas tant cette inexorable masse humaine sortie des entrailles des souterrains parisiens qui le fascinait, mais plutôt l’étrange aile de libellule qui surmontait une arcade de fer forgé verdi, marquise improbable dans la jungle urbaine. Les élégantes lettres signalaient avec toute la banalité dont elles faisaient preuve depuis quelques décennies l’entrée du métropolitain.
Pour n’importe quel parisien averti, la pancarte jaunâtre ne présageait que d’interminables couloirs aux odeurs âcres, mais pour un jeune homme n’ayant jamais quitté son Cotentin natal, l’indication prenait un caractère légendaire et inattendu. Gerulf se savait naïf et ignorant quant à la vie parisienne. Il ne pouvait s’empêcher de s’assimiler à ces héros candides de Balzac qui découvraient la capitale, leur baccalauréat en poche, pleins d’espoirs et d’ambition, mais qui n’allaient guère tarder à déchanter. Le jeune étudiant n’avait cependant pas besoin d’attendre le chapitre trois ou de trouver une étrange peau d’onagre pour comprendre que son existence était sur le point de se compliquer singulièrement.
Le TGV l’avait entraîné dans un rugissement sonore jusqu’à la gare Saint Lazare. Désorienté, Gerulf avait suivi la vague mouvante des voyageurs, précipité par cette marée colorée sur la Place du Havre. Solitude soudaine. Sortant de son sac un post-it gribouillé par sa mère, il relut ses instructions affectueuses. Prendre le métro, s’arrêter station Notre-Dame des Champs, s’installer au cinquième et dernier étage d’un immeuble, rue Joseph Bara (en face du Bar des Facultés, précisait la note), rencontrer les propriétaires, attendre une semaine avant de commencer les cours à l’Institut des Langues Étrangères, rentrer dans le train-train quotidien.
C’était la raison de l’immobilité temporaire du jeune homme devant les escaliers qui semblaient s’enfoncer vers les neufs enfers dantesques. Alors il plonge. Dédale labyrinthique de corridors crème et verts, symboles cabalistiques couverts de numéros bariolés, serpents de métal qui se faufilent en sifflant dans les tunnels. Après une heure d’épopée périlleuse, Gerulf parvint tant bien que mal à descendre à la station recherchée. Il avait manqué se perdre une petite dizaine de fois, avait égaré son ticket de métro pour finalement retrouver le petit bout de papier violet coincé entre son trousseau de clefs et une bouteille d’eau dans son sac. La valise qu’il traînait derrière lui lui paraissait de plus en plus pesante, alourdissant ses mouvements, se coinçant dans les marches des trottoirs grisâtres. Le jeune homme était au supplice, ses pieds dans ses espadrilles envoyant des ondes de douleur à chaque nouvelle enjambée. Les Klaxons gémissaient, les voitures affolées zigzaguaient au travers des carrefours, terrifiant les piétons inattentifs ou inconscients. L’étudiant était de ceux-là, il n’avait pas l’habitude de cette assourdissante cohue automobile, à ces immenses boulevards noirs d’humanité. Les rues semblaient interminables et s’étiraient infiniment entre les vieilles bâtisses du sixième arrondissement. Plus loin, pieu planté au-dessus des habitations, la Tour Montparnasse prit le rôle d’un phare pour l’originaire de la Normandie. Les lueurs solaires qu’elle renvoyait la nimbait d’un halo angélique, et indiquait la route à ne pas suivre. « Infâme naufrageuse en vérité, » Gerulf songea en se découvrant un talent de poète insoupçonné, « je dois lui tourner le dos et partir au large… Ah enfin ! Rue Joseph Bara ! ».
Le jeune étudiant sentit une bouffée d’espoir lui soulever la poitrine, comme la brise du littoral gonfle les voiles des bateaux qui arrivent à bon port. Les choses sérieuses commençaient vraiment. Il s’agissait maintenant de jeter l’ancre au numéro 2, cinquième étage, et de préparer l’hivernage.
Nouvelle déception. L’appartement promis n’avait rien d’un palace. Le terme de mansarde, aux sonorités certes très romanesques, correspondait désastreusement bien à la réalité. Quelques mètres carrés, un sommier ayant connu des jours meilleurs, un semblant de cuisine qui pouvait sans doute se transformer en salle de bain.
Les voix criardes des locataires des étages inférieurs perçaient l’apparente tranquillité que Gerulf avait espéré trouver dans l’immeuble. Les jours prochains promettaient d’être tout sauf reposants.