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Bonjour!
Alors voici un mini OS sans grande prétention qui, j’espère, arrivera à vous arracher un léger sourire. Je tiens à remercier Youkai Yuy pour sa relecture et ses commentaires constructifs. D’ailleurs, ce court texte lui est entièrement dédié.
Sur ce, je vous souhaite une agréable lecture.
Des pas résonnaient dans l’étroit escalier accolé au mur du salon. Des pieds chaussés de grosses pantoufles en forme de lapin bleu apparurent, suivis de deux jambes recouverts par un bas de pyjama orange, puis vint finalement le reste du corps d’un adolescent affichant une mine aussi fraîche qu’un zombi assommé.
D’un pas mécanique, Noah bifurqua vers la cuisine, guidé par une alléchante odeur de croissants et de biscuits au noix de pacane. Ses cheveux caramel, ébouriffés et pointant dans des directions opposées, encadraient un visage hâlé serti de deux yeux turquoise mis-clos. Des marques d’oreiller étaient même encore présentes sur l’une de ses joues.
- Ah, je rêve du jour où tu viendras m’apporter gentiment mon déjeuné au lit, lança-t-il en entrant dans la cuisine.
- Ben c’est ça, continue de rêver, lui rétorqua une voix moqueuse.
Le propriétaire de la voix, répondant au nom de Xavier, se retourna, les bras chargés de sachets de pâtes et de pots de sauce bolognaise. Il déposa le tout avec plus ou moins de délicatesse sur le comptoir, repoussa d’un geste agacé l’une de ses mèches brunes qui obstruait ses yeux mordorés.
Noah s’installa sur une des chaises bar, piocha dans le plateau à croissants et mordit avec délice dans l’une de ces pâtisseries préparées avec amour pas son cher et tendre.
D’ailleurs, ce dernier s’affairait à sortir nombres d’ustensiles, de casseroles et d’assiettes. Il remplit une grande marmite d’eau froide, le mit sur le feu et commença à dévisser un pot de sauce.
- Qu’est-ce que tu fais, Xavie? demanda Noah.
- D’après toi?
- Je vois bien que tu prépares du spaghetti, mais pourquoi si tôt?
- Ce n’est pas tout le monde qui a une notion du temps aussi retardée que la tienne, mon cher. Il est près de midi.
- Ah bon.
Noah haussa les épaules, pas plus ébranlé que si on lui aurait révélé que les canards faisaient « coin, coin ». Il entreprit de mieux s’empiffrer de croissants et de biscuits, ignorant les remontrances de Xavier qui lui disait que le dîner serait pour bientôt.
- Tu ne pourrais pas m’aider au lieu de te préparer à faire une indigestion? s’exaspéra Xavier.
- Tu sais aussi bien que moi que je cuisine comme un singe manchot, répliqua Noah en engouffrant un autre biscuit.
- Un singe manchot aveugle et handicapé, ajouta l’autre avec un sourire moqueur. Tu ne croyais tout de même pas que je te demandais de m’aider à cuisiner, j’espère. Autant appeler tout de suite les pompiers!
- Hey! C’est pas gentil de te moquer d’un singe infirme.
- Ouais, c’est ça. Tu pourrais dresser la table, placer les couverts, faire un peu de ménage, non?
- Et puis quoi encore, je ne suis pas ta bonne!
- Peut-être, mais tu te souviens que mon père et ma mère viennent manger chez nous?
En entendant cela, Noah lâcha son biscuit. Oh non, il avait complètement oublié ce dîner! Qu’est-ce qu’il allait faire, mais qu’est-ce qu’il allait faire?!
- Et tu attendais quoi pour me réveiller? Qu’il pleuve des pingouins?! s’exclama Noah qui se leva d’un bond en s’essuyant les mains sur son chandail.
- J’allais le faire, de toute façon, répliqua Xavier en levant les yeux au plafond. J’arrive pas à le croire, tu as encore oublié!
- Mais c’est pas de ma faute, t’avais juste à me le rappeler! répliqua Noah, de mauvaise foi.
- Que crois-tu que j’ai fait, hier soir? Un peu plus et j’allais t’enregistrer l’annonce de la venue de mes parents sur une cassette! Et même là, je doute que ça s’imprègne dans ton cerveau de gruyère…
Ignorant les sarcasmes de Xavier, Noah jeta un coup d’œil à l’horloge situé au-dessus de la tête de son ami. L’heure tardive fit croître davantage sa panique. Ah là, là, il ne voulait pas que les parents de son petit ami le voient dans cet état! Il ne voulait absolument pas faire tache dans le tableau!
- Oh mon dieu! Rien ne sera prêt à temps! Et puis, j’ai l’air de quoi, moi, habillé comme ça?! Et l’appart’ qui est dans un état pas possible!
Il arpentait la pièce en jetant des coups d’œil découragés autour de lui. Contrairement à Noah, Xavier était d’un calme digne d’un moine tibétain, remuant de temps à autre sa sauce et surveillant les spaghettis qui ramollissaient dans l’autre marmite.
- Primo, tu arrêtes de capoter, tu vas nous faire une crise d'hyper ventilation, là, énuméra Xavier. Deusio, tu vas gentiment dans notre chambre te chercher de quoi te vêtir décemment. Tercio, tu redescends et tu dresses la table. Tu veux que je le répète plus lentement?
- Ça va, j’ai pas trois ans, se renfrogna Noah.
Il se dirigea vers l’étage, s’arrêta cependant au pied des marches.
- C’est quoi les trois étapes déjà? demanda-t-il d’un ton innocent.
- Imbécile, va! sourit Xavier.
Noah redescendit quelques minutes plus tard avec un tee-shirt dans une main et une chemise dans l’autre. À son bras droit était accrochée une cravate violette rayée de bleu et il semblait drôlement embêté.
- Je portes quoi, Xavie? questionna-t-il en montrant ses trouvailles.
Son petit ami jeta à peine un coup d’œil à son linge, occupé qu’il était à goûter sa sauce.
- Prends le tee-shirt. Il sera super avec un jean et des baskets.
- T’es sûr? s’enquit Noah en regardant son chandail d’un œil dubitatif. Tu ne crois pas que la chemise et la cravate seront mieux?
- Ce sont mes parents qui viennent dîner, pas le premier ministre et sa femme, alors tu vas me faire le plaisir de jeter cette hideuse cravate loin de ma vue. Mets simplement ce que tu portes d’habitude.
Noah s’en alla avec toujours cet air incertain. Il voulait tellement plaire à la famille de son ami qu’il serait prêt à se déguiser en clown s’il le fallait!
Lorsqu’il se présenta pour la troisième fois de la journée devant Xavier, ce dernier faillit faire une attaque en voyant ce qu’il portait.
Vêtu d’un chandail sans manches aux contours effilochés, dévoilant un bras tatoué, et d’un pantalon de treillis troué, les cheveux dressés en une crête grâce à l’intervention du fixatif, un collier de cuir clouté enroulé autour du cou et des bracelets en caoutchouc multicolores accrochés au poignet, l’oreille gauche percée d’une rangée d’anneaux argentés, Noah était certes sapé comme d’habitude, mais…
- Ce n’est pas que je n’apprécie pas, mais mes parents vont sauter au plafond, dit Xavier, sincèrement.
Noah soupira exagérément avant de s’esclaffer.
- La tête que tu as fait, vraiment, ça en valait le détour! fit-il entre deux éclats. C’est toi qui m’as dit de rester naturel. Bon, qu’est-ce que j’enlève?
Xavier baissa le feu et s’approcha de son petit ami. Détachant le collier qu’il qualifiait de bijou pour chien, il profita de la proximité de Noah pour ravir ses lèvres. Ce dernier répondit aussitôt au baiser avec une fougue digne d’émouvantes retrouvailles après une longue séparation.
- J’allais penser que tu as oublié notre petit bisou du matin, murmura Noah sur les lèvres de son petit ami.
- Je te signale qu’on n’est plus vraiment le matin, rectifia Xavier. Et puis, tu n’avais qu’à ne pas faire la grasse matinée…
Noah ne put répliquer, car voilà que Xavier réclamait un autre baiser.
Une demi-heure plus tard, la table était dressée, les couverts sortis, la nourriture prête, et malgré tout, Noah triturait nerveusement sa serviette de table. C’était la première fois qu’il rencontrait les parents de son ami. Comme ils étaient séparés par des centaines de kilomètres, monsieur et madame Dupont ne rendaient visite à leur fils que très périodiquement, à leur plus grand désappointement.
Noah avait troqué son chandail quelque peu miteux contre un tee-shirt qui dissimulait son tatouage de dragon et avait rectifié sa coiffure pour une autre plus… naturelle. Toutefois, il n’avait guère réussi à les dompter convenablement, aussi les laissa-t-il tels quels, désordonnés et emmêlés.
Xavier, quant à lui, portait un ensemble très simple, chemise légère et jean, le tout lui donnant un style décontracté et sûr de lui. Il avait renoncé à ses bijoux, beaucoup trop voyant pour ses parents, et avait coiffé ses cheveux assez sommairement. Lui non plus n’avait pas tenu à batailler avec sa tignasse durant des heures.
À treize heures et demi pile, un coup retentit à la porte. Noah inspira un grand coup, se préparant mentalement à affronter ses « beaux-parents ».
- Hey, fais pas cette tête de condamné à l’échafaud, se moqua Xavier. Mes parents ne sont pas si terribles lorsqu’on sait par quel côté les prendre. C’est sûr qu’ils sont un peu excentriques et très portés sur la politesse et qu’ils n’aiment pas trop les inconnus, mais tu verras, tout va bien se passer!
- Est-ce que je suis censé être rassuré, là? marmonna Noah.
Xavier pouffa et vint serrer son petit ami dans ses bras. Il lui embrassa le front avant de lui murmurer dans l’oreille :
- Je te promet qu’il ne t’arrivera rien. Lorsque mes parents repartiront, avec un peu de chance, tu n’auras pas une seule égratignure.
- Dois-je comprendre que tes parents ont un certain potentiel de violence?
- Presque pas…
Xavier lui adressa un sourire narquois, puis saisit doucement son visage entre ses mains avant de déposer sur ses lèvres un baiser aussi léger qu’un papillon.
Ils sursautèrent lorsqu’on frappa une nouvelle fois à la porte. Avec tout ça, ils avaient presque oublié monsieur et madame Dupont sur le palier!
Noah se sentait toutefois plus serein qu’il avait été cinq minutes auparavant. Quoiqu’il arrive, avec Xavier à ses côtés, il serait prêt à braver des tsunamis.