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Joyeux anniversaire Sofi
Chapitre 18 : Jules et Enzo
Jules ouvrit sa boîte aux lettres et regarda le gros paquet, intrigué. Ce dernier prenait toute la place, écrasant quelques factures et de la pub. Il sortit le tout et rentra chez lui. C’était pour lui. Il n’y avait pas d’expéditeur et cela l’intriguait. Après avoir ouvert et classé ses factures il observa de nouveau son paquet. Il était de forme cubique, avec une légère épaisseur sur le dessus, emballé dans du papier kraft. Il aimait faire durer les choses. Il ne recevait pas souvent de colis. Après avoir émis des hypothèses sur le contenu, il le déballa.
Le colis se révéla être un paquet cadeau. Comme dans les dessins animés. La boîte était blanche, recouverte d’un ruban rouge, large. Le couvercle n’était pas lié au reste mais comportait lui aussi un gros ruban rouge se terminant par un gros nœud.
Ce n’est pas mon anniversaire pourtant, pensa-t-il.
Il souleva le couvercle et prit l’enveloppe couleur ivoire qui reposait sur du papier de soie vert. Elle n’était pas scellée, juste fermée par le rabat plié. Il en sortit la carte et la lut trois fois :
Samedi 17 avril, Enzo et Carole se diront oui,
Venez vous joindre à eux pour ce grand pas.
C’était court, c’était simple. Au dos, il y avait l’adresse et les coordonnées des futurs mariés.
Enzo. Ce prénom ne lui était pas inconnu mais… Enzo, c’était le prénom de son camarade de collège, de lycée et d’université. Ils avaient été amis pendant si longtemps que maintenant encore, Jules se demandait comment ils avaient pu perdre si facilement le contact.
Dans ce carton, il y avait de quoi renouer des liens. Alors qu’il avait déménagé tant de fois, Enzo avait su le retrouver. Comment ? Pourquoi si tard ? Avait-il essayé avant ?
Jules reposa l’invitation et sortit le gros paquet du fond du carton. Il retira délicatement le papier de soie et sourit en voyant les vêtements : une chemise à manche longues, vert pâle, avec de fines rayures verticales, blanches, inégalement espacées, un pantalon marron chocolat avec les mêmes fines rayures couleur crème. Il n’avait pas besoin de regarder la taille pour savoir que ça lui irait à la perfection. Comment pouvait-il savoir ?
Un coup d’œil au cadeau et il put constater qu’il y avait encore un paquet dessous. Intrigué une fois de plus, il le sortit et contempla stupéfait la robe du même vert que la chemise sortie quelques minutes plus tôt. Manches trois quart évasées et fendues sur l'arrière, un col bateau et cintrée. Serrée sur la taille et qui s'élargissait ensuite jusqu'aux mollets.
Jules se demanda s'il s'était senti suivi ces derniers mois. Comment Enzo pouvait-il en connaître autant sur sa vie ? Et même sur sa copine ?
Dans le fond du carton, une autre enveloppe l'attendait. Rouge vif, cachetée par le tampon d'une entreprise dont il n'avait jamais entendu parler. Il n'eut pas le temps de l'ouvrir qu'Audrey fit son entrée. Elle s'arrêta, surprise de le voir avec une robe entre les mains et s'avança avec un sourire amusé.
« Tu m'as acheté un cadeau ? » Demanda-t-elle en prenant le vêtement et le tendant devant elle. « Elle est magnifique ».
Jules n'eut pas le temps de dire quoique ce soit qu'elle venait de partir vers sa chambre dans le but de l'essayer. Elle revint rapidement, tournoyant sur elle-même pour montrer la robe. Jules fut estomaqué. Comment ce vêtement pouvait-il aussi bien lui aller ?
« Elle est parfaite. C'est en quel honneur ? » Demanda-t-elle de nouveau en venant lui embrasser la joue.
Jules se mordilla la lèvre et recula de trois pas pour s'appuyer au dos de son canapé.
« Eh bien, pour un mariage ».
« Ce n'est pas trop... Très habillé, pour un mariage ? ».
« Il faut croire que non, puisque ce sont les mariés qui l'envoient. Avec ma tenue en prime ».
Audrey plissa les yeux et prit la carte ivoire qui trônait à côté du paquet cadeau.
« Enzo et Carole ? » Demanda-t-elle encore « De la famille ? Un ou une amie d'enfance ? ».
Elle caressa le nœud de la boîte et attendit une réponse.
« Jules ? » S'inquiéta-t-elle après un long silence.
Elle s'approcha de son fiancé et lui caressa la joue pour le sortir de ses pensées. Il secoua la tête et l'observa.
« Elle est vraiment belle. Il a du goût. Il en a toujours eu ».
« Il ? Enzo, donc ? ».
Jules hocha la tête.
« Enzo, on se connaissait depuis les bacs à sable. On a fait toutes nos conneries de jeunesse ensemble, jusqu'à perdre notre pucelage avec la même nana. Pas en même temps, je te rassure. On a fait les mêmes études, bien que ce n'était pas ce qui l'intéressait. Juste après les examens, je suis parti en Norvège pour un contrat et lui du côté de L'Afrique du sud. Je n'ai jamais réussi à reprendre contact avec lui. Ses parents avaient déménagé pendant les années lycée et je ne connaissais pas sa dernière adresse, la fac n'a jamais voulu me la donner. Et puis les Dupond, il y en a trop en France pour en retrouver un en particulier. Ça fait presque plus de dix ans. Ça me fait bizarre d'avoir des nouvelles d'un coup comme ça, comme si on ne s'était jamais perdu de vue ».
Audrey lui sourit et lui caressa de nouveau la joue.
« Tu te rends compte qu'il nous invite à son mariage, nous fournit des vêtements qui nous vont parfaitement alors qu'on ne s'est pas vu depuis la fac ? C'est fou ! ».
« Oui, c'est fou » Acquiesça Audrey « Et c'est quoi cette enveloppe que tu tiens ? ».
Jules regarda sa main. Il l'avait oubliée. Audrey s'installa à côté de lui et le regarda l'ouvrir. À l'intérieur se trouvaient trois cartes de visite de grands magasins de la ville où ils pourraient trouver chaussures à leurs pieds, aux frais de la princesse.
« Il fait quoi ton ami dans la vie ? » Questionna Audrey « Ce sont pas des magasins très bon marché. Je n'ai même jamais osé mettre les pieds dedans ».
« Quand on était à la fac il parlait de haute couture. Avec ce qu'on a dans le carton... enfin, avec ce que j'ai dans le carton et ce que tu portes sur toi, je me dis qu'il a dû réussir... Il voulait être capable de créer des vêtements uniques. Que jamais tu ne croises quelqu'un avec la même chemise ou le même pantalon. Mais plus encore, il voulait que ce soit à portée de tous ».
« À portée de tous ? Mais c'est pas possible. Il ne pourrait faire aucun bénéfice... ».
Jules soupira et hocha la tête en même temps.
« Qu'il ait réussi ou non... Je sais que ce que tu portes est de lui. C'était une de mes préférées parmi tous ses croquis ».
Audrey le laissa repartir dans ses souvenirs et retourna à sa chambre se changer. Elle observa la robe avant de la glisser sur un cintre. Ce vêtement était de très bonne qualité. Et magnifique avec ça. Les coutures étaient faites à la main, se permettant de légères fantaisies lorsqu'elles étaient apparentes. Ce qui la surprenait le plus était que le vêtement était fait pour elle. C'était parfait. Elle voulut regarder la taille, qui aurait dû se trouver sous le nom de la marque, à la place ce qu'elle y trouva la rendit muette.
Elle retourna d'un pas pressé au salon où Jules était toujours absent, perdu dans ses pensées.
« Est-ce que je peux savoir comment ton ami, si tu ne l'as pas vu depuis plus de dix ans, connait mon nom et mon prénom ? » Demanda-t-elle énervée en agitant le vêtement sous le nez de son futur mari.
Il attrapa le vêtement pour qu'elle arrête de le secouer et regarda à son tour l'étiquette. En effet, c'était bien son nom et son prénom. Comment pouvait-il en connaître autant ?
« Je ne sais pas chérie. Je n'en ai aucune idée » Il secoua la tête en signe d'impuissance.
Audrey se calma instantanément, réalisant que Jules n'y était pour rien et qu'ils auraient bien des réponses s'ils se présentaient au mariage.
« Il y a un coupon réponse, j'imagine, non ? Pour dire si on vient ou pas ».
« Regarde dans l'enveloppe ivoire » Proposa Jules en se levant, prenant soin de poser la robe bien à plat sur le dossier du canapé.
Il n'y avait rien dans l'enveloppe ouverte mais Audrey en trouva une troisième fixée au dos du couvercle de la boîte.
« Il aime les enveloppes ton copain » Fit-elle remarquer en l'ouvrant. Elle la lut avant de se tourner vers Jules « Est-ce que tu sais que tu es son témoin ? » Termina-t-elle en montrant la carte où une jolie calligraphie avait pris place.
Jules sourit. C'était bien son genre. Il avait hâte d'être au mariage pour avoir des réponses. Comment après tant de temps, Enzo pouvait-il être aussi sûr de lui ? Et en savoir autant ?
OoO
Jules tira sur son col de chemise, ferma sa portière, fit le tour de la voiture et ouvrit à Audrey. Cette dernière se hissa hors du véhicule et ensemble ils se dirigèrent vers l'église. Ils avaient pris de l'avance, n'étant pas sûrs de trouver le village. En fin de compte il s'avérait que le village était un lieu-dit et l'église, une petite chapelle qui n'en avait plus que le nom. Un instant, ils se demandèrent s'ils ne s'étaient pas trompés. Il y avait deux adultes devant et le couple s'avança vers eux pour confirmer leur présence. Jules reconnut tout de suite les parents de son ami d'enfance.
« Oh, Jules ! Mais quel plaisir de te revoir ! Ainsi donc vous avez garder le contact ? J'en suis ravie » S'extasia la femme en l'embrassant chaleureusement « Et qui est donc cette charmante jeune femme ? ».
« Ma fiancée : Audrey. Nous allons nous marier fin août ».
« Eh bien c'est donc un plaisir de rencontrer une si belle demoiselle. Quand je pense que Enzo n'a même pas eu la décence de nous présenter cette... » Elle se tourna vers son mari pour trouver le prénom.
« Carole, chérie. Sa future femme s'appelle Carole. Bonjour Jules, c'est un plaisir de te revoir et en si charmante compagnie, qui plus est ».
Audrey rougit sous le compliment. L'homme était si chaleureux alors que sa femme était si... Non pas froide, mais malgré son grand sourire et sa gentillesse apparente, elle était glaciale en parlant de sa future bru. N'avait-elle pas sous-entendu qu'elle ne l'avait jamais rencontrée ?
Un nouveau couple arriva et vint saluer les parents d'Enzo. Après leur avoir dit bonjour, Jules et Audrey s'éloignèrent.
« Si la mère d'Enzo a pu te paraître bizarre c'est qu'ils ont une relation assez complexe. Je suis un des rares amis d'Enzo que ses parents apprécient. Et maintenant qu'elle a fait la remarque, ça ne m'étonne même pas de lui qu'il ait juste envoyé un faire part à ses parents pour annoncer son mariage... Sa mère aurait forcément désapprouvé... Il ne voulait sûrement pas contrarier Carole ».
« Mais quand même... Ce sont ses parents ».
« Oui, mais c'est Enzo... ».
« Est-ce que les vêtements de ses parents sont aussi d'Enzo ? ».
« Il y a de fortes chances, oui ».
« Il fait vraiment de jolies choses ».
Plus le temps avançait et plus le devant de la chapelle se remplissait. La plupart des personnes présentes devaient être de la famille plus ou moins proche. Enfin arriva le marié, qui, après avoir salué ses parents, s'avança vers Jules, serrant des mains au passage.
« Jules » Fit-il simplement.
« Enzo » Répondit Jules de la même façon.
« C'que ça m'fait plaisir de te revoir, toi ! » S'écria-t-il finalement en prenant son ami dans ses bras « J'avais une trouille bleue que tu m'en veuilles et ne viennes pas ».
« J'pouvais pas te faire ça, je suis ton témoin quand même ».
Enzo lui sourit et se détacha, observant Audrey de la tête aux pieds.
« Exactement comme je l'imaginais » Se murmura-t-il pour lui-même « Audrey je présume ? Enchanté, Enzo ».
« Tout le plaisir est pour moi. Félicitations. Et merci pour la robe, elle est vraiment... Magnifique ».
Jules et Enzo restèrent côte à côte dans le silence. Il y avait tellement de choses qu'ils voulaient se dire, se demander mutuellement. Mais ce n'était pas le moment. Enfin, quand le clocher du village voisin annonça 15 heures, un homme arriva en scooter pour ouvrir les portes de la chapelle et inviter les convives à prendre place. À droite les invités d'Enzo, à gauche ceux de Carole. Jules s'installa temporairement sur une chaise de la première rangée de droite, Audrey sur un genou.
« Tu te rends compte qu'il a fourni les tenues pour tout le monde ? » Souffla Audrey en observant l'assemblée.
Il n'y avait pas deux tenues identiques. La plupart des couples étaient assortis, ce qui faisait un peu penser aux bals d'autrefois. Jules ne répondit pas, mais n'en pensait pas moins. Il avait hâte que la cérémonie se termine pour pouvoir rattraper le temps perdu avec son ami. À 15 heures 30, la mariée fit son entrée. L'assemblée se tut tout de suite, observant le vêtement qu'elle portait, qui n'avait rien de traditionnel.
« Oh mon Dieu ! » Laissa échapper Audrey « Jules, c'est la créatrice du groupe Corail. Elle fait fureur en ce moment dans le monde de la mode. Elle vient de créer des robes de mariées pour trois stars qui se sont vendues à des millions ».
Jules n'avait pas entendu les paroles de sa copine, il se leva et vint se placer derrière le marié qui était tout souriant. Il observa à son tour la futur femme de son ami qui avançait lentement pour permettre à une petite fille de trois ans environ de lancer des fleurs devant elle, dans la courte allée. Sa robe, de couleur rose pâle et vif à la fois, commençant en bustier, descendait jusqu'à ses pieds qui étaient cachés, s'enroulant autour de son corps à la manière d'une spirale.
« Lucky man » Souffla Jules à l'oreille de son ami.
« Je sais ».
Enfin, Carole tendit sa main à son futur époux et tourna un visage radieux vers le prêtre.
« Bonjour à tous, vous êtes ici pour accompagner Enzo et Carole dans le début de leur voyage. Voyage qui... ».
Jules fit de son mieux pour écouter les paroles du prêtre mais n'arrivait pas à défaire son regard d'Audrey. Bientôt, ce serait leur tour. Il refit face à la réalité juste à la fin du sermon pour tendre les alliances à Enzo. Celles qu'il lui avait remis peu avant l'entrée de la mariée. Il regarda l'échange des anneaux et applaudit comme tout le reste de l'église lorsque les mariés s'échangèrent le baiser.
Ils quittèrent la chapelle sous une pluie traditionnelle de riz et rejoignirent la voiture qui les attendait, non pas une limousine ou une quelconque voiture de marque, mais une dodoche repeinte, sans aucun doute, pour l'occasion.
« Ton ami n'est pas commun » Souffla Audrey alors qu'ils se rendaient aux voitures.
« Enzo a toujours été assez... original dans ses choix... Mais là, je pense sincèrement que c'est plus de Carole que de lui. Bien que je ne la connaisse pas ».
Au village voisin, ils s'engouffrèrent tous dans une salle des fêtes séparée en deux : d'un côté les tables et le buffet, de l'autre une piste de danse avec un DJ. La cérémonie avait duré un peu plus de quarante cinq minutes et pour la plupart des convives il était grand temps de se mettre à table. C'est pourquoi, en moins de cinq minutes, ils furent tous installés, couverts en mains, attendant avec impatience les premiers plats.
« C'est limite s'ils n'ont pas noué leurs serviettes autour de leurs cous » Marmonna Jules à l'attention d'Audrey, en prenant place aux côtés du marié.
OoO
« Je lève mon verre à la santé d'Enzo et Carole. Je ne peux pas faire plus long étant donné que je revois Enzo pour la première fois depuis dix ans. J'espère simplement qu'il a toujours l'humour qu'il entretenait à la fac et qu'il donnera à sa femme la fidélité qu'il a su garder à mon égard. Santé ».
OoO
Il était presque deux heures du matin et la plupart des convives étaient partis. Audrey et Carole dansaient une mazurka ensemble, faute d'avoir réussi à motiver un seul homme.
« Je suis vraiment ravie que vous soyez venus, tu sais » L'informa Carole « C'était tellement... Important pour Enzo ».
« Je ne comprends pas pourquoi il a mis si longtemps à reprendre contact ».
« Il avait honte... Ou peur. Depuis deux ans que nous sommes ensemble, il n'a jamais cessé de me parler de Jules. Je ne comprenais pas pourquoi il ne l'appelait pas tout simplement. Il me répondait que c'était tard. Trop tard. Que Jules lui en voudrait sûrement de ce long silence ».
« Eh bien, je suis contente que tu aies forcé les choses. Nous nous marions fin août et Jules n'a toujours pas de témoin. Je me demande si inconsciemment, cette place n'était pas réservée à Enzo ».
Carole hocha la tête.
« As-tu déjà une robe de mariée ? Sinon je me ferais un plaisir de t'en faire une ».
« C'est très gentil » S'empourpra Audrey « Mais oui, j'en ai déjà une. Et quand bien même, je n'aurais pas les moyens de payer une de tes créations, aussi merveilleuses soient-elles ».
« Ne dis pas de sottises. C'est un cadeau. Si tu es d'accord, je t'en confectionne une sur mesure. Ça te dis ? ».
« L'offre me touche beaucoup, Carole, vraiment. Mais... J'ai déjà une robe ».
« Viens voir » Lui dit Carole en la prenant par le poignet.
Elles s'installèrent à une table débarrassée et Carole, après avoir fouillé dans son sac, sortit un feutre noir indélébile. Audrey s'attendait à la voir prendre une serviette comme support, pas la nappe, qui elle était en tissu. En l'espace de quelques secondes, Carole avait dessiné une mariée digne d'un conte de fée. Devant, la robe s'arrêtait au-dessus des genoux tandis que derrière elle descendait jusqu'au sol. Audrey regardait ébahie le vêtement se dessiner sous ses yeux. Comment Carole pouvait-elle approcher si près du but ? C'était quelque chose qu'elle avait imaginé porter mais qu'elle n'avait pas eu les moyens de s'offrir.
« Elle te plait, hein ? » Demanda Carole en souriant « J'ai l'œil pour ça. Ivoire, ça t'irait ? ».
Audrey ne put qu'hocher la tête alors qu'en son fort intérieur, une voix criait « non ». Elle réussit à faire connaître cette voix en retenant le poignet de Carole alors que celle-ci commençait à plier la nappe dans le but d'emmener le croquis chez elle.
« Ca... Carole... C'est très gentil et crois-moi, le geste me touche beaucoup, d'autant qu'on ne se connait que depuis quelques heures... Mais je ne peux pas accepter. C'est un cadeau trop précieux. C'est trop, tout simplement. D'autant que ma robe est déjà prête et... »
« Donne-moi le nom du magasin et je gère ça... J'insiste » Ajouta-t-elle alors qu'Audrey allait refuser une fois de plus « Tu ne peux pas savoir le sourire qui a illuminé le visage d'Enzo quand vous avez répondu oui. Il est souriant de nature mais c'est une habitude. Son sourire était immense et sur le coup je me suis dis que son bonheur était complet. Il a mis tout son cœur dans vos tenues pour vous le prouver. À mon tour, j'aimerais vous prouver ma gratitude pour ça ».
« D'accord » Accepta Audrey en souriant, à moitié au bord des larmes.
« Mais ma chérie, il ne faut pas pleurer » Paniqua Carole en la prenant dans ses bras « Ça te dérange tant que ça d'annuler ton ancienne robe ? Si j'y suis allée trop fort dis-le-moi ».
« Non » Fit savoir Audrey entre deux sanglots « C'est juste que... C'est vraiment un beau cadeau et vraiment... Ce dont j'ai toujours voulu ».
Carole serra plus fort la jeune femme dans ses bras et sourit à Jules et Enzo qui arrivaient.
« C'est rien, les hormones » Sourit-elle.
Les deux hommes attendirent que leurs femmes respectives se séparent pour les inviter à danser, Jules entraînant la marié et Enzo, la futur femme de son témoin.
« Carole est très enthousiaste » Dit-il en guise d'excuses.
Audrey sourit et secoua la tête.
« Ça m'a beaucoup touché... ».
« C'est nous que ça touche le plus, de vous avoir ici... Vraiment ».
« Pourquoi tu n'as repris contact avant ? Et comment tu savais tout ça ? ».
« Pas avant parce que j'ai passé cinq ans en Afrique du Sud dans un pays très pauvre où je n'avais pas vraiment de contacts avec le monde extérieur. Quand je suis revenu, je me suis fais embaucher par Carole Oui c'est ma patronne – et les premières années ont été très chargées. Il n'y a que depuis que je suis passé créateur que j'ai un peu le temps de souffler... ».
« Tu as réussi à créer des modèles uniques à la portée de tous ? ».
« Malheureusement, non. C'était une idée utopique. À la place, je créé des robes de soirées pour mettre les belles femmes en valeur. Modèle unique, mais... Comme tu t'en doute, hors de prix. La seule chose que je peux faire c'est, comme pour aujourd'hui, offrir à mon entourage des vêtements uniques pour leur dire combien je suis content de les avoir près de moi ».
« Comment pouvais-tu connaître mes mensurations pour la robe ? Et mon nom et mon prénom ? ».
« J'aimerais te répondre mais vu que Jules m'a demandé en tant que témoin, je garderai ça secret jusqu'au moment de mon discours. Pour ton nom et ton prénom, j'ai fais une recherche en même temps que je cherchais l'adresse de Jules... Tout simplement ».
« Tout simplement » Répéta Audrey amusée. Il n'y avait rien de simple. Et pour être honnête elle ne comprenait rien « Et... Une question, si je puis me permettre... Pourquoi n'as-tu jamais présenté ta fiancée à tes parents ? ».
« Pas à mes parents, à ma mère » Corrigea Enzo « Et la raison est simple. Ma mère n'a jamais pu avoir de deuxième enfant et par le passé à toujours estimé qu'aucune femme ne lui arriverait à la cheville en ce qui concerne faire mon bonheur ».
« Pourtant Carole est parfaite ».
« Oui... Mais elle ne lui aurait pas pardonné le fait d'avoir un enfant d'un autre homme. La petite puce que tu as vu tout à l'heure, Corail, est sa fille. Erreur de jeunesse pour certains, pour Carole est moi c'est un vrai bonheur ».
Audrey hocha la tête. La mère d'Enzo avait l'air assez spécial.
« Et maintenant, tu penses qu'elle le lui pardonnera ? ».
« Eh bien, vu qu'elle n'est pas pour le divorce et qu'elle veut des petits-enfants, les miens s'entend, je pense qu'elle n'aura pas le choix. Et elle peut être très agréable quand elle s'en donne la peine... Ce qu'elle fera ».
« Je n'aimerais pas être ton ennemie ».
« Cela tombe bien car ton futur mari est mon meilleur ami. D'autre part, je ne traite pas ma mère comme un ennemi. Je lui fais simplement comprendre où sont les limites ».
Audrey hocha la tête et changea de partenaire pour la nouvelle danse. Elle avait hâte que la soirée prenne fin, elle n'avait plus de pieds. Pourtant, elle avait retiré ses chaussures depuis déjà une heure.
OoO
« J'aimerai porter un toast aux nouveaux mariés. Lorsque j'ai connu Jules, nous étions dans les bacs à sable. On s'est apprécié dès les premières minutes, trouvant amusant de nous rebeller contre la surveillante principale. Au collège nous avons toujours été dans les mêmes classes, créant bien des cheveux blancs à nos professeurs... Et à nos parents » Ajouta-il en pointant son verre en direction des parents de Jules « Le lycée puis la fac. Durant ces longues années de scolarités diverses, Jules ne cessait de me parler d'une fille. Pardon : LA fille. Je n'ai retrouvé Jules que quelques mois auparavant et je n'ai pas été surpris de trouver à ses côtés Audrey qui n'a rien à envier à LA fille, puisque c'est elle. À la seule différence qu'elle est réelle et présente. Aux amoureux ».
Il y eut des applaudissements et Enzo se rassit, trinquant avec Audrey, lui lançant un clin d'oeil. Oui, Audrey était la fille dont Jules n'avait cessé de lui rabattre les oreilles pendant huit années de collège, lycée et université. Il était vraiment heureux que son ami l'ait trouvée et qu'aujourd'hui, il en ait fait sa femme. La robe qu'Enzo avait créée avait été faite à l'image de ce dont avait toujours parlé Jules : une femme élégante, sérieuse, mais pas trop, avec autant d'humour que lui, n'ayant pas peur de s'engager. Audrey était l'image même qu'Enzo s'était fait dans sa tête en écoutant son ami rêver.
Fin
Note : Sofi, j'espère que ce texte t'auras plu. Il n'a pas de rapport particuliers avec quoique ce soit que tu m'es dis, mais ton anniversaire à été une motivation suffisante pour me le faire écrire en moins de temps que prévu. Encore un joyeux anniversaire et à bientôt.
Merci à tous ceux qui continuent de lire.
Biz
Cerb