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Petit one-shot sans prétention, écrit pour un concours….
Auteur : Greynono
Genre : Yaoi, romance
Apparences
Jun s’empara de son tablier qui pendait au mur et le passa maladroitement. Il avait toujours détesté cette horreur, mais son patron l’obligeait à le porter, prétextant qu’un bon serveur se devait d’être habillé d’un tablier aux couleurs de l’établissement pour lequel il travaillait. Et évidemment, les couleurs du « Fashion » étaient loin d’être ses préférées.
La porte s’ouvrit soudain sur un jeune homme brun, légèrement plus âgé que Jun.
- Ah bonjour Yuki !! s’exclama Jun. Tu me rendrais un fier service si tu pouvais m’aider à accrocher cette horreur, j’ai un mal fou à faire le nœud.
Il tourna le dos au nouvel arrivant, attendant qu’il s’exécute. Il pu sentir bientôt les mains de Yuki prendre les deux bouts du tablier pour les nouer derrière lui et il profita de ce moment d’intimité en silence. Il savait que ce serait le seul de la soirée, aussi apprécia-t-il chaque seconde passée à sentir le souffle de Yuki dans sa nuque, en laissant son imagination vagabonder.
- C’est bon.
La voix grave de Yuki le fit sursauter, l’extirpant violemment de ses pensées. Il se retourna, les joues un peu rouges.
- Merci beaucoup.
Le jeune homme acquiesça et partit s’habiller à son tour sans un mot. Jun le regarda s’éloigner en soupirant, un peu déçu, comme chaque jour depuis son arrivée.
Le patron sortit brusquement de la cuisine du restaurant en criant :
- Mais c’est pas possible ça ! Vous n’êtes pas encore prêt vous deux ?
- Mais si patron, vous voyez bien, j’ai même mon uniforme !! s’exclama Jun, la voix teintée d’ironie.
Le patron, un petit homme d’une cinquantaine d’années, les rares cheveux gras qu’il lui restait plaqués sur le crâne, restes d’une époque révolue, lui lança un regard noir avant de se tourner vers Yuki qui était déjà à son poste, derrière le bar.
- J’ai remarqué qu’il ne restait plus de rhum hier. Enfin, Yuki, c’est ton travail, tu aurais dû me prévenir ! Heureusement que j’en ai toujours de côté… La prochaine fois, tu viens m’en parler avant que je ne le constate moi-même, compris ?
Le brun acquiesça en s’excusant.
Jun retint difficilement un pouffement ironique : Yuki, parler ? Bah, autant demander la lune, au moins cela paraissait réalisable…
Il est vrai qu’une des qualités premières demandée à un barman était de savoir écouter les malheurs des clients, et pour cela, Yuki était imbattable. Il était capable de rester des heures à vous regarder parler, sans même hausser un sourcil ou tenter un bâillement. Jun en savait quelque chose : à son arrivée au Fashion, il avait dû lui raconter sa vie de long en large une bonne centaine de fois, et le jeune homme ne s’était jamais découragé.
Mais pour ce qui était de parler… La deuxième qualité des barmans, c’était de donner les conseils appropriés aux clients perdus, et à ce niveau-là, Yuki était loin d’être à la hauteur. C’est à peine si Jun avait la chance d’entendre une dizaine de mots dans sa journée de travail. Le patron pourrait attendre longtemps avant que Yuki ne vienne lui parler…
Jun se dépêcha d’ouvrir la porte du restaurant, et aussitôt les gens affluèrent à l’intérieur. Il sourit : il faisait si chaud à l’extérieur que la climatisation du lieu attirait les clients comme un pot de miel attire les abeilles.
Il glissa de tables en tables pour prendre les commandes, les rapportant fidèlement à son patron à la cuisine, ou à Yuki au bar. Il faisait un sourire aux clients en guise d’attente, puis courait à la table suivante. Il aimait ce rythme affolant, il lui permettait au moins d’oublier ses soucis actuels, même s’il devait encore les affronter de face chaque fois qu’il allait au bar donner la commande d’une table. En courant partout, il lui arrivait parfois d’oublier que l’objet de tous ses fantasmes se trouvait derrière le bar…
Voilà pourtant longtemps qu’il avait oublié l’idée même de décongeler ce glaçon de Yuki. Mais ce n’est pas parce que l’on sait que c’est impossible que l’on renonce à ses rêves, c’est même toute la beauté de la chose.
Yuki était un beau rêve… Mais juste un rêve, rien de plus.
Il ne comptait plus les fois où il avait essayé de percer sa carapace, toujours en vain.
- Yuki, il me faut trois diabolos menthe pour la table 3 !
- Tiens, mais c’est notre cher Jun !! s’écria soudain un homme assis au bar.
- Masa… grinça le jeune homme entre les dents, l’accompagnant d’un sourire pitoyable.
- Tu tombes à pic, c’est le moins qu’on puisse dire ! Il faut absolument que tu m’aides : essaye de convaincre Yuki de sortir avec moi au moins une soirée, et tu feras mon bonheur !
L’homme était un habitué du Fashion, mais Jun savait très bien qu’il ne venait que pour le barman du restaurant, et la jalousie qu’il éprouvait pour l’individu l’avait rendu très vite antipathique à ses yeux. Qu’il l’aide à sortir avec celui sur qui il fantasmait depuis deux ans ? Il croyait au Père Noël celui-là !
Il lui adressa le sourire le plus mielleux qu’il avait dans sa réserve et lui répondit :
- Je suis un très mauvais entremetteur tu sais… Le mieux serait que tu demandes directement à Yuki.
Et il repartit entre les tables, un sourire collé aux lèvres.
Masa courait au suicide, c’était assuré. Jun n’avait jamais rencontré un mec aussi peu ouvert que Yuki. Il savait d’avance qu’il allait refuser, de la manière la plus sèche et la plus rapide.
Il l’avait vu tant de fois refuser de nouer le moindre lien avec quelqu’un d’autre qu’il n’avait même pas pris la peine d’essayer lui-même. Ce qui au fond lui brisait le cœur… Parce que les mots que lui inspiraient ses sentiments lui brûlaient les lèvres à force d’être contenus. Il mourrait d’envie de les lui dire, mais il savait que Yuki le rejetterait comme tous les autres avant lui, et il avait peur de cela.
Comment pouvait-on refuser tout contact humain ? Yuki était comme une huître : séduisante certes, mais irrémédiablement fermée. Comme tous les rêves : tellement attirant, mais impossible à atteindre…
Comme prévu, Jun vit Masa sortir rapidement du restaurant, le visage rouge. En revenant au bar, il ironisa :
- Encore un malheureux Yuki ?
Le jeune homme lui renvoya un haussement d’épaule en guise de réponse, comme si cela lui importait peu. C’était exactement cela qui faisait peur à Jun : si Yuki recevait sa proposition de la même façon, il ne pourrait plus jamais le regarder en face.
…
La journée passa rapidement : ils ne savaient plus où donner de la tête tellement il y avait de clients, et le temps leur fila entre les doigts sans qu’ils s’en rendent compte. Lorsque les deniers clients partirent, il leur fallu encore nettoyer la salle.
Alors qu’il passait un chiffon sur une table, Jun avisa Yuki qui s’occupait de son bar. Le silence devenait étouffant, il fallait qu’il parle, quitte à dire n’importe quoi…
- Je ne te comprends pas Yuki… Il était pourtant mignon Masa…
D’accord, il n’en pensait pas un traître mot, s’avoua-t-il intérieurement, mais c’était un moyen comme un autre d’essayer de comprendre Yuki.
- Ça ne m’intéresse pas… répondit calmement le jeune barman.
- Comment peux-tu dire ça ? Tout le monde a besoin d’avoir une vie sentimentale, tu ne fais pas exception !
- Je n’en veux pas.
Jun arrêta son chiffon et se redressa, un peu énervé. L’attitude de Yuki était si bornée…
- Tu comptes vivre en moine toute ta vie ?
Yuki le regarda et haussa les épaules, indifférent. Ce fut le détail de trop qui excéda Jun. Il lâcha son chiffon et se précipita sur le bar.
- Ah non, mais je veux une réponse, que je ne perde pas mon temps en vain !! s’énerva-t-il.
- Mais qu’est-ce que tu racontes ? s’étonna Yuki en fronçant les sourcils.
- Parce que figure-toi que moi aussi j’ai des sentiments pour toi. Je sais, ça peut paraître étonnant, mais c’est la vérité ! Si je ne t’en ai jamais parlé jusque là, c’est à cause de toi, uniquement de toi Yuki. Tu refuses toutes les propositions, tu ne t’ouvres pas au monde, en te moquant royalement de ce que cela peut faire aux autres. Tu n’es qu’un égoïste Yuki, le pire que je connaisse !!
Yuki était devenu blanc devant cette tirade dite sur le ton de la colère. Effectivement, Jun lâchait tout ce qu’il avait sur le cœur, expulsant sa colère et tout ce qu’il avait retenu depuis trop longtemps. Il ne se rendait même pas compte qu’il criait, emporté par ses paroles.
- Pourquoi tu refuses toute relation Yuki ? Tu te crois si supérieur que cela ? Les autres n’ont aucune valeur à tes yeux ? Pourquoi tu n’en « veux pas » ?
Il s’était arrêté à quelques centimètres de Yuki. Ce dernier chercha un appui sur le bar pour ne pas tomber et il s’assit lourdement sur une chaise, posa ses coudes sur le comptoir et y enfouit son visage. Ce changement d’attitude calma un peu Jun qui se recula.
Qu’est-ce qu’il lui avait pris ? Pourquoi avait-il dit tout cela à Yuki ? Il aurait dû se douter que cela arriverait un jour ou l’autre de toute façon…
Mais c’est quand il vit les épaules de Yuki trembler légèrement qu’il comprit qu’il était allé trop loin. Il avança sa main pour s’excuser, mais il n’osa pas la poser sur l’épaule du jeune homme.
- Je ne peux pas… murmura soudain Yuki, la voix secouée de sanglots.
- Pardon ? Qu’est-ce que tu dis ?
Le jeune homme releva son visage et Jun pu voir les larmes qui coulaient de ses yeux.
Il avait fait pleurer Yuki…
Cette révélation le laissa sans voix et il dû s’asseoir à son tour, déstabilisé. Il ne s’attendait pas du tout à ce que le glaçon dégèle sur place, et encore moins devant lui et à cause de lui. Il s’était montré si méchant ? En même temps, cela le soulageait un peu : Yuki n’était donc pas aussi insensible qu’il avait pu le croire.
- Ce n’est pas que je ne veux pas Jun… C’est que je ne peux pas… répondit faiblement Yuki.
Il y eut un petit silence pesant avant que Jun ne reprenne :
- Je ne comprends pas Yuki. Comment ça, tu ne « peux pas » ? Tu as déjà quelqu’un, c’est ça ?
- Non. Ce n’est pas ça.
- Qu’est-ce qui t’empêche alors d’avoir une relation ?
Il parlait doucement, ses nerfs enfin calmés, essayant d’apaiser Yuki. Quelque part au fond de lui, il se sentait très mal de l’avoir fait pleurer.
- Yuki ?
Les pleurs du jeune homme avaient redoublé et il fit un immense effort pour articuler la phrase suivante.
- Je suis condamné…
Jun n’avait jamais eu l’impression que le temps pouvait se figer, et pourtant, dans l’instant qui suivit, tout s’arrêta. Jusqu’à son propre cœur qui manqua un battement. Ses poumons qui ratèrent une respiration. Ses yeux qui virent blanc durant quelques secondes.
Il y avait quelque chose qui n’allait pas, il le sentait, mais il n’arrivait pas à mettre la main dessus…
- Condamné… ? Tu…
- Oui. Il me reste au mieux quelques années à vivre… J’ai une maladie du cœur incurable, répondit Yuki un peu plus calmement, soudain libéré d’un énorme poids.
Comment avait-il pu garder cela pour lui depuis tout ce temps ? Par quel miracle arrivait-il même à vivre en sachant cela ?
Jun tombait de haut, de très haut.
- Tu comprends maintenant pourquoi je ne peux pas nouer de relation ? Je ne veux pas que quelqu’un vienne pleurer le temps perdu sur ma tombe. Je ne peux pas faire ça à qui que ce soit. Je n’en ai pas le droit.
Maintenant que Jun savait, les mots sortaient plus facilement pour Yuki. Pour la première fois depuis longtemps, il pouvait parler librement de ce qui le travaillait chaque jour depuis trois ans.
Il leva ses yeux sur son compagnon et quand il croisa le regard horrifié de Jun, il comprit qu’il avait commis une erreur de tout lui révéler. Il n’aurait jamais dû lui avouer cela. Le regard qu’il aurait sur lui changerait, cela avait déjà commencé, et il ne voulait pas de ça.
- Je… Je suis désolé de t’avoir ennuyé avec mes problèmes… Tu mérites mieux que moi Jun. Je suis sûr que tu finiras par trouver…
Il se leva rapidement, bousculant légèrement Jun au passage, et sortit en courant, les larmes aux yeux.
Pendant plusieurs minutes, Jun fut incapable de bouger, trop abasourdi par les révélations de Yuki.
Il était condamné… Les mots résonnaient comme une sentence. Comme si Yuki était en faute. Et il endurait cela depuis tout ce temps…
Tout d’un coup, l’ampleur de ce qu’il lui avait dit lui sauta aux yeux : il l’avait traité d’égoïste, le jugeant uniquement sur l’apparence. Mais le problème de Yuki n’était pas de ne pas vouloir, mais au contraire de ne pas pouvoir.
Yuki était sûrement l’homme le moins égoïste de tous ceux qu’il avait rencontré : il renonçait à faire battre son cœur pour protéger l’autre.
Jun pensait qu’il était hautain : en fait, il était trop gentil.
Toute la colère qu’il avait pu ressentir, tous ces ressentiments envers Yuki fondirent comme neige au soleil. Il ne pouvait plus en vouloir au jeune homme, pour quoi que ce soit.
Il l’aimait encore plus fort. Bon sang, c’était dingue comme il pouvait l’aimer…
Pourquoi ne lui avait-il pas dit ?
Reprenant pied avec la réalité, il bondit de sa chaise quand il se rendit compte que Yuki n’était plus là et, jetant son tablier au sol, il s’élança à l’extérieur du restaurant.
Le patron sortit son nez de sa cuisine quand il entendit la porte claquer et il comprit vite que ses deux employés l’avaient abandonné pour la soirée.
- J’espère qu’ils ont une bonne raison ces deux-là… maugréa-t-il entre ses dents.
…
…
Jun courait comme un fou en direction du quartier où habitait Yuki. Il l’avait suivi un soir et se souvenait exactement où il habitait.
Ce qu’il avait pu être stupide ce soir… Il fallait absolument qu’il répare son erreur.
Rien que de penser à l’état dans lequel devait être Yuki, il en avait mal au ventre.
Il arriva enfin devant son immeuble et s’élança dans son escalier. Les marches filèrent sous ses pieds tandis qu’il les grimpait deux par deux, impatient d’arriver enfin devant chez Yuki. Il ne prit même pas le temps de reprendre son souffle avant de frapper à la porte de l’appartement.
Il attendit quelques secondes, puis frappa de nouveau.
Aucun bruit.
- Yuki ? Tu es là ? demanda-t-il.
Devant le silence qui venait de l’appartement, il tomba à genoux devant la porte, la main sur la poignée, désemparé. Où pouvait-il bien être ?
Il sentit soudain que son genou était mouillé à l’endroit où il touchait le sol et il jeta un coup d’œil. Des traces de pas bien visibles entraient dans l’appartement. Il avait plu dans la soirée, la chaleur ayant provoqué un orage, et les chaussures de Yuki étaient restées mouillées lorsqu’il était rentré chez lui. Plus de doute : Yuki était là, malgré son silence persistant.
- Yuki ? Yuki, je sais que tu es là !
- …
- Je t’en supplie, réponds-moi !!
- Laisse-moi… répondit une voix à l’intérieur, si faible qu’il cru un instant avoir rêvé.
- Yuki, tu es là, j’en suis heureux, soupira Jun. Je voulais m’excuser pour tout à l’heure.
Mais qu’est-ce qu’il racontait ? S’excuser ? Il avait beaucoup plus important à dire !
- Mais surtout… s’empressa-t-il d’ajouter, je suis venu te demander quelque chose. Ouvre-moi s’il-te-plaît Yuki…
Aucun bruit ne provenait de l’appartement, aussi Jun dut-il se faire une raison.
- D’accord… Je peux aussi rester devant la porte, ça ne me gêne pas, du moment que tu m’écoutes… Yuki, je suis désolé de t’avoir dit toutes ces horreurs tout à l’heure, mais je suis encore plus désolé que tu aies choisi cette vie. Yuki, je t’aime. Tu pourras faire ce que tu veux, tu ne pourras pas changer mes sentiments. Je t’aime depuis que je t’ai vu, mais je n’ai jamais osé t’aborder de peur d’être rejeté.
Il se pencha un peu plus vers la porte, pour que ses mots partent bien vers Yuki.
- Je ne peux qu’imaginer combien ça a dû être dur pour toi, toutes ces années sans rien dire… Yuki, je retire ce que j’ai dit : tu n’es pas un égoïste, tu dois d’ailleurs sûrement être l’homme le plus généreux que je connaisse… Ne pas vouloir faire souffrir l’autre, c’est la plus belle preuve d’amour que je connaisse…
-…
- Mais tu ne peux pas continuer à vivre comme ça Yuki. Tu te projettes vers la mort, mais tu es encore vivant Yuki ! Et tu ne peux pas continuer à gâcher les années qu’il te reste…
- Je ne peux pas l’imposer à quelqu’un…
Si seulement il n’y avait pas cette porte !
- Effectivement, vivre avec quelqu’un sans lui dire, ce ne serait pas juste. Mais moi, je le sais et je suis là Yuki. Tu ne m’imposeras jamais rien. C’est moi qui choisis, c’est différent.
- Je suis condamné Jun…
- Peut-être, mais pour l’instant tu es vivant !!! cria Jun. Si seulement tu pouvais comprendre cette chance et en profiter… Serait-ce égoïste de ma part de dire que j’ai envie que tu vives heureux les années qu’il te reste ?
Il avait murmuré sa dernière phrase, et épuisé, il prit son visage dans ses mains pour pleurer. Mais il ne pleurait pas sur lui… Il sentit soudain deux mains s’emparer de lui, le soulever délicatement et le porter jusqu’à un petit canapé. Yuki s’assit et garda Jun sur ses genoux, le serrant contre lui pour apaiser ses sanglots.
- Je suis désolé Yuki… sanglotait Jun, incapable de s’arrêter.
- C’est moi qui suis désolé, je ne savais pas que je te faisais autant de mal…
Jun releva un visage inondé de larmes vers lui.
- Ce n’est pas toi qui me faisais du mal, c’était ton attitude… Yuki, moi je t’aime.
Il ne comprit pas tout de suite ce qui se passait, mais il sentit les lèvres de Yuki se poser sur les siennes, délicatement. C’était si léger, presque enivrant… Il ferma doucement les yeux et oublia tout, juste l’espace d’un instant.
Lorsqu’ils se séparèrent, le brun enfouit son visage dans le cou de Jun, troublé.
- Tu veux bien m’apprendre… ?
o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o
Le soleil était haut dans le ciel, la journée s’écoulait paisiblement. Au bas de la falaise, les vagues venaient se briser sur les rochers, dans un bruit régulier. Le jeune homme était là depuis l’aube, assis au bord du vide, mais il n’avait pas encore eu le courage de faire le moindre geste. Quelque part, le paysage était trop beau, l’instant trop parfait pour qu’il songe à le perturber. Il avait le temps de toute façon. Tout son temps…
Il soupira et baissa les yeux vers l’urne qu’il tenait entre les mains.
Lentement, il enleva le couvercle et la porta à bout de bras au-dessus du vide avant de la verser dans le vide. Les cendres s’envolèrent dans la brise marine, virevoltant souplement.
- Au revoir Yuki…
Il les regarda partir au loin, disparaissant lentement à sa vue. Il essuya une larme qu’il n’avait pu retenir.
- Tu m’avais promis de ne pas pleurer… murmura une voix grave à côté de lui.
- Je sais mais c’est trop dur, répondit Jun en souriant malgré ses larmes.
Seul le bruit des vagues venant taper contre la paroi de la falaise résonna pendant quelques minutes, moment pendant lequel Jun ne quitta pas la mer des yeux.
- J’avais dit : « je ne veux pas qu’on vienne pleurer le temps perdu sur ma tombe »… Tu t’en souviens ?
- Je ne pleure pas le temps perdu, je pleure celui qu’on a gagné… répondit Jun.
- 5 ans… murmura l’autre. C’était merveilleux. Merci beaucoup.
- Je ne sais plus quoi faire… avoua le jeune homme dans un soupir.
Il sentit soudain qu’une main se posait sur la sienne et l’autre lui dit doucement :
- J’étais celui qui ne voulait pas être aimé, tu as été celui qui m’a aimé malgré tout… Je suis sûr que tu trouveras. Je te fais confiance.
Jun tourna alors la tête vers lui et lui sourit.
- A bientôt alors.
Les yeux de Yuki pétillaient de bonheur quand ils croisèrent ceux de Jun. Ses lèvres se fendirent en un large sourire et il esquissa un petit rire.
Alors que son image commençait à disparaître, il se pencha et posa ses lèvres sur celles de Jun.
Le jeune homme se retrouva enfin seul, assis devant le spectacle de la mer et il s’abîma dans sa contemplation. Il ne vit pas le temps passer.
- Monsieur, tout va bien ? résonna une voix derrière lui.
Il ne l’entendit pas, perdu dans ses pensées, encore avec Yuki.
- Monsieur ?…
Comme il ne répondait toujours pas, l’inconnu s’approcha de lui.
- Vous n’allez pas faire une bêtise monsieur …?
Jun sursauta en entendant une voix prés de lui et il se retourna pour apercevoir un jeune homme devant lui, un air inquiet sur le visage.
- Pardon ?
- Tout va bien Monsieur ? Parce que vous m’avez fait peur de rester prés du vide, j’ai cru que vous vouliez faire une bêtise… s’enquit l’inconnu.
- Oh non, le rassura-t-il, ne vous inquiétez pas. Je n’ai pas du tout envie de me suicider si c’est ce que vous croyez.
L’homme soupira de soulagement puis lui sourit.
- Il est tard, qu’est-ce que vous faites là ?
Les yeux de Jun s’enfoncèrent quelques instants derrière ses pensées et il répondit :
- Je disais au revoir à quelqu’un.
- Ah… dit l’inconnu qui n’avait pas tout compris. Il fait un peu froid ici, vous voulez venir vous réchauffer chez moi ? J’habite à deux pas d’ici… Et j’ai l’impression que vous avez besoin d’un bon café…
C’est vrai qu’il commençait à faire froid, il s’en rendait seulement compte. Et l’homme n’avait pas tord : il avait aussi besoin d’un bon café…
Il acquiesça doucement et se releva pour l’accompagner.
Un dernier regard sur la mer.
Puis il suivit l’inconnu sans se retourner.
Il avait dit à Yuki qu’il fallait vivre sans penser à la mort.
C’était ce qu’il allait faire.
….
….
….
Owari.