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Fiction » Romance » Sous la lumière de Râ font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: greynono
Fiction Rated: K - French - General - Reviews: 52 - Published: 07-10-07 - Updated: 02-24-08 - id:2388556

Auteur : Greynono

Genre : Historique / Yaoi

Note : ceci n’est qu’un prologue et les personnages principaux se dessinent à peine, mais j’espère que cela vous plaira. Je suis passionnée de l’Egypte depuis toujours et cette fic me tenait à cœur quelque part. J’espère que j’arriverai à vous donner le goût pour ce pays merveilleux à travers cette modeste histoire.

Sous la lumière de Râ

Chapitre 1 : L’enfant du destin

La caravane avançait lentement, au rythme des paisibles dromadaires nonchalants.

Ita respira à pleins poumons l’air du désert, s’imprégnant une nouvelle fois de sa force et de sa chaleur. Elle y avait passé toute sa vie et l’idée de devoir le quitter lui brisait le cœur, surtout lorsqu’elle savait que c’était pour le remplacer par les murs du harem royal, qu’elle imaginait étouffants. Avant de partir, ses sœurs avaient essayé de lui décrire tous les trésors et les richesses qu’elle y découvrirait, la vie de princesse qu’elle allait y vivre mais l’esprit de la jeune femme n’avait pas réussi à s’enthousiasmer de tout cela. Il lui fallait l’immensité du désert, l’horizon sans fin des sables et sa majesté pour se sentir bien, pour être elle-même, Ita, fille de Zaké, fille des tribus mouvantes.

Son père n’avait pas pleuré à son départ, mais elle avait senti le tremblement qui avait agité ses mains lorsqu’il l’avait bénie pour son voyage à venir : Zaké ne montrait jamais ses sentiments, ce qui ne signifiait pas qu’il n’en possédait aucun. Ita le savait : son père l’aimait, et l’idée d’envoyer sa dernière fille au pays des Pharaons, loin de lui, lui brisait le cœur.

Et pour couronner le tout, elle ne partait pas comme promise, mais comme otage. Les hommes de la tribu avaient surestimé leur force et s’étaient cru libres de piller l’oasis de Dakhla qui bordait le territoire égyptien. Le peuple des Pharaons subissant déjà l’invasion hyksôs au nord, il n’avait pas supporté d’être également bafoué à l’ouest, et la réaction d’Ahmosis Ier avait nettement rabaissé la vanité des hommes de la tribu libyenne de Zaké. Les soldats égyptiens avaient attaqué leur modeste tribu et s’étaient vengé dans le sang. Et enfin, pour empêcher que tout accident de ce genre ne recommence, ils emmenaient avec eux la benjamine du chef de la tribu en otage, procédé souvent utilisé dans ce genre de situation. Ita ne serait pas maltraitée : elle serait acceptée au harem du Pharaon Ahmosis Ier et y passerait le reste de sa vie. Peut-être aurait-elle l’honneur de plaire au grand Pharaon et de réchauffer sa couche. Bizarrement, ses sœurs l’avaient envié : pour des femmes du désert, un harem royal était l’équivalent du paradis sur terre…

Ita savait où était son paradis, et elle était sûre que ce n’était pas entre quatre murs ou dans les bras d’un Pharaon qu’elle n’avait jamais vu. Non, son paradis à elle était entre ces dunes brûlées par le soleil et dans les bras d’Hadjira, l’homme qu’elle aimait. L’homme qu’elle ne reverrait plus jamais… C’est pourquoi la veille de son départ elle avait commis l’impensable. Son père l’aurait fouetté et ses sœurs l’auraient maudite si ils avaient su…

Des cris de joie se firent soudain entendre à l’avant de la caravane et Ita, comme les autres, tendit le cou pour en voir la cause : un grand serpent scintillant sillonnait l’horizon, glissant sur un tapis de verdure confortable, nettement distinct du sable jaune… Le Nil. Le fameux fleuve dont les égyptiens en vantaient la beauté et les bénéfices. Le père de l’Egypte.

La vision était magnifique et Ita en resta bouche bée : elle n’avait jamais vu autant de verdure en un seul endroit de toute sa vie. Les égyptiens devaient être un peuple riche et heureux.

Les soldats à ses côtés criaient leur joie et leur bonheur de revoir leur pays, certains adressaient des prières à Hâpy, dieu du Nil, pour acclamer sa splendeur et le plaisir de le revoir, d’autres remerciaient Râ, dieu du soleil, de leur avoir épargné la rencontre avec les démons qui hantaient le désert et attendaient les voyageurs courageux pour les attaquer. L’énergie qu’ils y mettaient réchauffa le cœur d’Ita : quelque part en elle, elle se cru également protégée de ces dieux aux noms chantants. Elle avait été bercée par les dieux libyens durant toute son enfance, mais elle sentit que son esprit ne s’offusquerait guère d’adorer de nouvelles divinités. Peut-être était-il temps de tourner la page ? Clore définitivement son ancienne vie, alors qu’elle foulait pour la première fois le sol égyptien… Le désert lui manquerait éternellement, elle le savait d’avance, mais peut-être que le Nil et toutes les richesses qu’il promettait sauraient la rendre heureuse.

Elle posa une main sur son ventre et le caressa doucement : voilà deux mois qu’ils traversaient le désert, elle en était maintenant sûre. L’Egypte serait sa nouvelle maison, mais elle serait également la terre où son enfant naîtrait. Et pour ce petit être qui grandissait en elle, cadeau de son unique nuit dans les bras d’Hadjira, elle se devait d’en faire le cocon parfait pour qu’il puisse y grandir heureux. Elle se devait maintenant à son enfant…

La caravane, qui avait été arrêté lors des grandes effusions de joie, redémarra avec un entrain nouveau, les soldats égyptiens motivés par leur retour chez eux. Les yeux d’Ita se gorgèrent de la vision splendide du Nil qui se faisait de plus en plus gros au fur et à mesure qu’ils approchaient.

L’Egypte était un pays béni des dieux, et la jeune femme était bien décidée à y trouver son propre bonheur…

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Le harem royal était loin de ressembler à ce qu’elle avait pu imaginer : il en tout cas, il était très différent des quatre murs blancs qu’elle avait à l’esprit. Nullement fermé et étouffant, c’était au contraire un endroit clair et aéré : lorsqu’elle y entra pour la première fois, les nombreuses couleurs qui ornaient les murs, l’éclat des matériaux, les jeux de lumière qui entrait par les multiples fenêtres et le plafond ouvert, le miroitement de l’eau du bassin central, la perfection du sol, l’avaient complètement étourdie et elle avait du fermer les yeux un instant. La magie ne s’était pas envolée quand elle les avait de nouveau ouvert, elle s’était même embellie du rire des femmes qui l’habitaient et des cris joyeux des enfants qui couraient autour du bassin. Ita était stupéfaite : l’endroit était merveilleux. Elle pouvait même apercevoir la beauté du jardin qui se trouvait derrière le harem par une porte dans le fond. Et encore n’avait-elle vu que la pièce principale, le harem étant doté de nombreux couloirs et chambres où les femmes évoluaient à leur guise.

Toutes ces richesses la laissèrent sans voix et elle se laissa entraîner par deux vieilles femmes sans opposer aucune résistance. Elles l’entraînèrent dans le fond du harem et lui montrèrent sa chambre. Habituée à vivre parmi ses sœurs, Ita fut surprise de tant d’intimité mais en fut extrêmement heureuse. La plus vieille des deux femmes s’adressa à elle dans un égyptien coulant et fluide et Ita eut un mal fou à comprendre ce qu’elle voulait lui dire. Elle avait bien essayé de s’initier à cette langue avec les soldats égyptiens qui l’avaient accompagné dans son voyage : elle avait toujours eut un don pour les langues et elle l’avait utilisé au maximum, mais ses contacts avaient été superficiels et elle avait encore du mal.

- Je ne comprends pas, avoua-t-elle piteusement dans sa langue natale.

La vieille femme pencha la tête comme si ce qu’Ita avait dit la laissait perplexe, puis adressa un ordre à sa compagne qui sortit immédiatement. Se retrouvant seule avec elle, Ita essaya de détendre l’atmosphère en lui souriant, mais la doyenne resta de marbre tout en l’observant minutieusement. Très mal à l’aise, Ita en aurait soupiré de soulagement quand une autre femme entra enfin, presque aussi vieille que celle qu’elle venait d’affronter, et lui adressa un sourire éblouissant.

- Bonjour jeune étrangère, dit-elle dans un libyen parfait.

Ita écarquilla les yeux, surprise.

- Tu ne t’attendais pas à trouver quelqu’un qui parle ta langue ici, n’est-ce pas ? s’amusa la vieille femme.

- Non… Vous êtes libyenne ?

- Pas du tout, mais j’ai toujours eu un faible pour les langues et mon père me laissait agir à ma guise… Mais assez parlé de moi : il faut qu’on s’occupe de toi maintenant ! déclara l’aïeule, très énergique. Tu dois rencontrer le Pharaon dans quelques heures, il faut que tu sois présentable.

Le Pharaon… Le mot arracha un frisson à Ita que la vieille femme fit semblant d’ignorer. Elle en avait connu des nouvelles arrivées au harem royal, celle-ci n’était certes pas la première, et elle se doutait de l’état dans lequel elle devait être.

- Suis-je obligée… ? demanda timidement Ita.

L’aïeule écarquilla les yeux et retint un petit cri indigné.

- Mais bien sûr voyons ! Quelle idée ! Allez viens, nous n’avons pas de temps à perdre.

Elle l’entraîna vers une salle d’eau, suivie de très prés par l’autre vieille femme qui n’avait pas bougé lors de l’entretien. Elles l’aidèrent à se déshabiller, Ita ne réagissant pas, l’esprit tourmenté par sa rencontre future avec le souverain d’Egypte, son nouveau maître. Elles entrèrent dans un bain et la lavèrent attentivement, la débarrassant des impuretés que le désert avait laissé sur sa peau. Passant sa main sur son ventre, la vieille femme fronça soudain les sourcils et plongea ses yeux dans ceux d’Ita.

- Tu n’es pas venue seule à ce que je vois… dit-elle très sérieusement.

La jeune femme baissa les yeux, n’osant avouer la vérité, même si celle-ci s’imposait d’elle-même. L’aïeule réfléchit quelques instants puis lui murmura doucement, semblant vouloir se montrer plus gentille :

- N’en touche pas un mot au Pharaon tout à l’heure, tu m’as bien compris ?

Ita acquiesça rapidement, le souffle court. Elle aurait dû se douter que son enfant ne serait pas bien accueilli.

- Je verrais ce que je peux faire… marmonna la vieille femme.

Ita eut soudain peur d’avoir mal compris ce qu’elle tentait de lui dire : elle s’agrippa fermement à son bras et la supplia des yeux.

- Non… murmura-t-elle. Je ne veux pas le perdre… Je ne veux pas qu’on y touche…

L’aïeule se libéra d’un geste sec en grondant :

- Mais qu’est-ce que tu racontes ? Bien sûr que je n’y toucherai pas ! Rien que le mot avortement me donne la nausée. On ne devrait pas avoir le droit de toucher ce que la déesse Hathor a offert. Mais la décision finale ne me revient malheureusement pas, dit-elle plus doucement. Va voir le Pharaon, nous en reparlerons ensuite.

- Merci beaucoup…

- Je m’appelle Nobéseb. La vieille Nobéseb.

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Après avoir été habillée, coiffée et maquillée, Ita avait été conduite à travers le palais thébain du Pharaon jusqu’à sa salle d’audience où elle retrouva le gradé qui avait commandé l’expédition punitive envers sa tribu.

Lorsqu’elle était entrée dans Thèbes, la capitale actuelle du Pharaon, elle avait été impressionnée par sa magnificence et sa beauté. Jamais alors qu’elle vivait sous des tentes elle n’aurait pu imaginer que pareille cité existait. En une journée, elle avait vu plus de constructions solides et d’hommes que dans toute sa vie.

Cependant, même la plus belle des maisons n’était rien comparé au palais du Pharaon et sa salle d’audience. On avait voulu y montrer tout le pouvoir du souverain et toutes ses richesses en une seule salle, splendidement décorée. Ita écarquilla les yeux de surprise, mais on l’obligea très vite à les baisser pour se mettre à genoux devant le Pharaon. A peine eut-elle le temps d’apercevoir un homme dans la fleur de l’âge, bien fait et musclé, coiffé d’une haute couronne blanche, assis sur le trône qui dominait la salle. Son air solennel et renfermé donnèrent l’impression à Ita de s’agenouiller devant une statue de pierre, un de ces dieux intransigeants qui régnaient sur les humains.

- Ton expédition s’est bien passé Djouyé ? résonna soudain la voix du Pharaon, faisant trembler la pauvre Ita.

L’officier à côté d’elle releva la tête et répondit affirmativement à son souverain.

- Oui grand Pharaon. Les bédouins sont définitivement calmés et ils ne recommenceront pas de sitôt leur folie.

- Bien, le nord est déjà assez difficile à gérer sans que les populations du désert ne viennent nous ennuyer.

- Grand Pharaon, afin de préserver cette paix établie, j’ai pensé à prendre une otage avec nous…

- Une otage ?

Ita frémit, devinant que le regard du souverain des deux terres devait couler sur elle et elle garda les yeux baissés, la moindre des marques de politesse dans ce cas-là. Ce fut avec un soulagement certain qu’elle entendit enfin le Pharaon reprendre la parole :

- Tu as bien fait. Qu’elle soit conduite au harem royal et y soit bien accueilli.

Une servante s’empressa de venir aux côtés d’Ita, mais lorsque celle-ci se redressa, un vertige la prit et elle s’effondra dans les bras de la jeune femme qui s’affola aussitôt. Plusieurs serviteurs accourrérent et le Pharaon releva un sourcil intrigué devant l’agitation née au sein de sa salle d’audience. Il comprit aussitôt le problème et clama assez fort :

- Prenez soin d’elle, je tiens à ce qu’un médecin l’examine dés que possible.

Ita n’entendit pas le reste car elle perdit conscience.

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La jeune femme se réveilla dans une chambre qu’elle ne connaissait absolument pas : la nuit devait être tombée depuis longtemps car la pièce était plongée dans une obscurité rassurante, que seule une faible flamme venait troubler. Une flamme qui, secouée par une légère brise, révéla une ombre sagement posée sur le mur, tournée vers elle.

Sursautant, la jeune femme se redressa sur un coude et aperçut avec terreur l’homme qu’elle n’avait fait qu’entrapercevoir lorsqu’elle était entré dans la salle d’audience. Le Pharaon en personne se tenait dans sa chambre, assis sur une natte, son regard puissant posé sur elle.

- Majesté… couina Ita, effrayée.

L’homme leva sa main calmement comme pour lui faire signe de se calmer et il répondit avec sa voix grave :

- Tu n’as pas à avoir peur jeune Libyenne. Assieds-toi et écoute-moi.

Surprise par le ton sérieux que le Pharaon avait employé, la jeune femme obéit et s’assit sur son modeste lit, pourtant bien supérieur à tous ses rêves jusque là. Une légère douleur traversa son ventre et elle grimaça, ce que le Pharaon remarqua aussitôt.

- L’enfant te fait souffrir ?

Le visage d’Ita se décomposa aussitôt : comment pouvait-il déjà savoir ? Un médecin l’avait-il examiné et avait-il deviné la cause de son malaise ? Allait-on lui demander de s’en débarrasser ? Plus que tout au monde, Ita redoutait ce châtiment, qu’elle méritait pourtant puisqu’elle avait fauté.

Elle se contenta d’hocher la tête, son regard inquiet et désespéré.

- Nobéseb m’a tout dit, c’est une amie en qui j’ai toute ma confiance. N’aie crainte jeune Ita, personne ne t’enlèvera ton enfant.

La jeune femme cru qu’un poids énorme venait de quitter ses épaules et une mince lueur d’espoir illumina son visage alors que ses yeux se remplissaient de joie/

- Merci noble Pharaon, merci pour ce geste qui t’honore.

- A partir de cette nuit, cet enfant devient le mien. Aucun autre homme ne pourra en revendiquer la paternité, est-ce bien clair ?

- Oui Majesté. De toute façon, le père ignore tout de sa venue.

- Alors voilà qui est parfait. Tu peux te reposer maintenant, le voyage a dû être éprouvant.

Le Pharaon se releva et Ita s’agenouilla aussitôt pour le remercier, son cœur battant la chamade. L’homme n’y prêta pas attention et il sortit de sa modeste chambre.

S’il avait été furieux au début de savoir qu’un étrangère avait osé pénétrer chez lui avec l’enfant d’un autre dans le ventre, ses magiciens et autres mages qui l’entouraient avaient su le convaincre du côté positif de la situation.

Pourtant, le Pharaon ne voyait pas ce qu’un enfant pourrait apporter dans son harem, hormis la confusion. L’Epouse Royale était déjà enceinte et l’homme, qui s’annonçait être un garçon, devait arriver dans un ou deux mois à peine. Sa descendance et la succession du trône était ainsi assuré, Pharaon n’avait que faire d’un enfant de plus dans son harem. Il en avait déjà suffisamment avec ses concubines.

Mais ce soir-là, ses mages avaient eu une révélation : l’enfant à venir n’était pas bénin, il avait quelque chose de spécial, inscrit dans les étoiles. Un destin hors du commun, un destin qui rejoignait celui de l’Egypte ! Impressionné, le roi avait fini par céder : il permettrait à l’enfant de venir au monde, tout en le faisant passer pour son propre enfant. Ce soir, face au laps de temps qu’il avait passé dans la chambre de la jeune libyenne, les autres femmes du harem l’associeraient à la conception de l’enfant, qui naîtrait un peu plus tôt.

Si Nout elle-même avait inscrit dans ses étoiles le destin de cet enfant, Pharaon ne s’y opposerait pas.

A Suivre…



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