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Chapitre 23 : Révélation
Ils sursautèrent tous et commencèrent à jeter aux alentours des regards éperdus mais ils ne distinguèrent rien ; la créature qui venait de parler se noyait dans la nuit, quelque part entre les silhouettes obscures environnantes.
- Je suis si heureuse ! Nous allons enfin pouvoir conjuguer nos forces et agir ensemble. Pour commencer, mettons nos renseignements respectifs en commun, voulez-vous ?
La voix, cependant, ne dégageait aucune intonation menaçante ; simplement, elle surprenait car elle semblait surgir du néant.
Qui donc se permettait de s’adresser à eux d’une manière si familière ?
- Je suis ici !
Et d’un coup, elle apparut. Juste en face de la tête d’Ara, qui la regarda avec des yeux ronds. Ils ne parvinrent pas immédiatement à déterminer de quelle nature était cette chose : son corps avait la taille d’un insecte mais la forme, indéniablement, était humaine ; si l’on pouvait nommer ainsi un être réduit à une taille si minuscule, à peine plus grande que leurs visages.
- Je vole depuis longtemps pour vous rejoindre, savez-vous ? À cause de mes ailes minuscules, ça m’a pris pas mal de temps mais j’ai fini par y arriver… Je ne me suis pourtant presque jamais arrêtée, je vous l’assure ! Vous permettez ?
Avec un sans-gêne indiscutable, elle s’installa sur l’épaule droite d’Ara qui, aussi surprise fut-elle, n’en montra aucun signe. Ses pupilles s’orientèrent brièvement sur le côté, puis reprirent leur position initiale. Son attention était pourtant entièrement dévolue à la nouvelle arrivante.
Akel et Sherryn s’approchèrent tous deux afin de mieux l’observer. Il s’agissait bel et bien d’une personne, en tout cas, elle en avait la forme ; quatre ailes blanches, agrémentées de plumes dont les plus grandes atteignaient à peine la taille d’un ongle, ornaient son dos. Elles se replièrent sur elles-mêmes quand leur propriétaire prit ses aises en s’asseyant dignement, une jambe croisée par-dessus l’autre.
Pour tout vêtement, elle portait un ensemble beige dont l’aspect se révélait difficile à déterminer : uniforme, il semblait ne comporter aucune couture. S’agissait-il d’un complet, d’une robe mi-longue ? En tout cas, elle lui dégageait les bras, deux allumettes à l’aspect gracile, et les jambes, guères plus épaisses mais élégamment galbées. Ces dernières ne portaient pas de chaussures.
Assurément, ils avaient devant eux une belle femme, aux formes longilignes et délicates. Une chevelure rousse flamboyait derrière elle ; quant à ses yeux gris, ils brillaient à la fois d’assurance et d’ironie. Ils se demandèrent qui elle pouvait bien être.
- Bon ! s’exclama-t-elle. Alors, vous êtes bien réunis tous les quatre, n’est-ce pas ? Depuis combien de temps ?
- Tous les quatre ? s’écria Sherryn avec surprise.
Elle avait au moins compris que la créature parlait d’eux, mais n’avait vu personne d’autre qu’Akel et la fille aux cheveux noirs. Ara désigna du pouce le petit garçon, qui depuis le début de la nuit, avait assisté aux évènements sans bouger du coin qu’il s’était choisi. Recroquevillé entre les branches d’un arbre au tronc épais, il n’avait remué ni à l’arrivée bruyante du duc de Darkal, ni lors de la scène avec Sherryn, ni durant la discussion d’Akel avec le père de son amie. Il aurait tout aussi bien pu ne pas exister, les choses ne s’en seraient pas déroulées différemment. D’ailleurs, personne ne l’avait remarqué ; et pourtant, les rayons de la lune tombaient sur lui et le révélaient à la vue de tout le monde.
Sherryn posa les yeux sur lui pour la première fois et plissa le nez. Le gamin ne lui faisait pas bonne impression ; encore plus sale qu’Akel la première fois qu’elle l’avait vu, et plus sale également que la noiraude qui n’était pas non plus d’une propreté exemplaire, il donnait carrément l’impression de ne pas savoir que l’eau pouvait également servir à se laver. Il ne bougeait pas ; les genoux relevés sous le menton, il entourait ses jambes de ses bras et regardait dans le vide. Il ne paraissait pas même s’intéresser à eux.
Faisait-il lui aussi partie des amis d’Akel ? En tout cas, à vue de nez, elle n’avait aucune envie de le connaître.
- Bien, vous êtes donc quatre ! dit le petit être en claquant des mains. Et où sont les Sacrifices ?
- Les quoi ? balbutia Akel.
Avant que son interlocutrice n’ait pu répondre, les fourrés bruissèrent et cédèrent la place à deux gros animaux. La première silhouette, particulièrement imposante, était celle d’Eldan. La seconde, plus petite mais non moins impressionnante, appartenait à un gros loup gris dont les yeux oranges brillaient comme deux feux ambrés. Mais ce n’était pas tout : du ciel retentit un cri perçant, et puis Reina surgit et se posa sur le sol, tout près d’Ara. Du côté du gamin fila une ombre allongée, celle d’une loutre. Les quatre animaux se rassemblèrent près de Reina et formèrent une étrange assemblée, indépendante de celle de leurs compagnons humains. Ils avaient déjà deviné, eux, l’identité de celle qui les avait rejoints.
Ce fut Ara qui exprima sa surprise la première. Comme elle ne se contentait pas de communiquer mentalement avec son loup, mais comprenait également son langage parlé, elle saisit immédiatement l’information qu’il lui transmit et manifesta une réaction de surprise visible.
- Vous… vous êtes comme Elle !
Sherryn ne comprit pas. Akel, quant à lui, saisit une dizaine de secondes plus tard, après avoir réfléchi à la fois aux paroles d’Ara et aux sensations que lui transmettait Eldan.
- Une Déesse !
Sherryn ne lui avait jamais vu l’air si stupéfait.
- Une Déesse ? Comment ça ?
Elle se pencha à son tour et examina mieux l’espèce de poupée vivante. Cette beauté, n’importe qui pouvait la posséder, mais à bien y réfléchir, une chevelure si enveloppante était bien caractéristique des Déesses. Mais ce détail ne suffisait pas pour la convaincre de la nature de ce qu’elle avait sous les yeux. Elle avança la main et referma ses doigts sur la taille minuscule.
- Hé ! protesta celle-ci, outrée.
- Sherryn ! cria dans le même temps Akel, complètement stupéfait qu’elle osât agir ainsi face à un être sacré.
- Où est sa luminescence divine ? Pourquoi puis-je la toucher, pourquoi fait-elle cette taille, et pourquoi porte-t-elle une tenue pareille ? demanda la jeune fille d’une traite.
- Je ne sais pas, et l’explication Lui revient. Adresse-toi à Elle avec respect, s’il te plaît.
- D’accord.
Pas du tout convaincue, Sherryn se pencha sur la concernée et l’interrogea, toujours sur le même ton :
- Dans ce cas, qui es-tu et comment cela t’est-il arrivé ?
- Tu as raison, Ange du Vent, je vous dois des explications.
Curieux du récit qui allait s’ensuivre, personne ne releva la curieuse appellation dont l’inconnue venait de la gratifier.
- Tout d’abord, je vais me présenter car s’il est vrai que vous m’auriez reconnue autrefois, il n’est naturel que vous n’en soyez plus capables aujourd’hui. Moi-même, j’ai éprouvé beaucoup de peine à m’habituer à ma propre apparence…Je suis Itilizandi, Déesse de l’Équilibre du Monde.
La mâchoire de Sherryn faillit tomber par terre. Itilizandi, la Déesse principale vénérée en Ézath… et elle ne l’avait même pas reconnue ! Elle connaissait pourtant son aspect : des gravures d’elle étaient représentées dans la chapelle de son propre château. Mais comment aurait-elle pu faire le lien entre cette entité toute puissante et l’insecte qu’elle avait sous les yeux ? Elle garda le silence et attendit la suite.
- Je vais tout vous expliquer…
Et Elle entama son récit. Elle raconta comment Gweenah avait brutalement disparu d’Azurienn, comment les rumeurs de sa captivité par l’un des Dieux s’étaient répandues dans le niveau supérieur, comment aucun de ses semblables n’avait levé le petit doigt pour aller La secourir, sachant pourtant pertinemment que la disparition de la Déesse Principale des Mondes pouvait, à la longue, déséquilibrer gravement les niveaux et peut-être les conduire sur la voie de l’anéantissement. L’amitié qui liait Itilizandi à Gweenah était pourtant connue de tous, mais Elle avait eu beau gesticuler et appeler à l’aide, personne ne lui avait répondu. Alors, Elle avait mené ses proches recherches, conclu que son amie était retenue captive dans la Prison Céleste et fomenté le projet fou de la libérer… mais elle avait échoué, une arme inconnue l’avait touchée et réduite à cet état, et Gweenah avait utilisé ses dernières forces, probablement celles qu’Elle réservait initialement à une ultime communication avec ses Élus, pour lui permettre d’échapper à ses poursuivants. Ce faisant, Elle lui avait parlé, pour la dernière fois : Elle leur retransmit alors les paroles de la Déesse de la Terre. Puis Elle évoqua son voyage, sa rencontre avec Astriya et son arrivée sur la strate inférieure. Elle ne savait rien de plus.
Et eux ? Qu’avaient-ils découvert de leur côté ?
Ara n’avait toujours pas parlé à Akel, Sherryn et Daï de leur véritable nature et de la mission qui leur avait été confiée. Cela était-il encore nécessaire ? Itilizandi avait déjà nommé à plusieurs reprises les « Anges de Gweenah »… Akel, au moins, qui disposait du plus grand nombre d’informations et réfléchissait avec vivacité, avait dû comprendre. Pourtant, la notion des Anges lui était inconnue ; forcément, les Dieux n’avaient plus fait appel à eux depuis de nombreuses générations d’humains, il était donc normal que ces derniers n’en aient pas conservé le souvenir, sauf peut-être dans de très vieilles archives. Cependant, Itilizandi, elle, paraissait leur attribuer une connaissance à laquelle tous n’avaient pas encore eu accès. En tant qu’Ange, elle pouvait pourtant certainement l’aider à leur expliquer leur situation. Elle-même n’en connaissait qu’un fragment extrêmement limité, en regard de ce qu’ils auraient certainement à accomplir.
Au lieu de faire appel à des mots, elle ferma les yeux et concentra son pouvoir. Les trois autres médaillons entrèrent alors en résonance avec le sien et entamèrent leur action. Celui d’Ara transparut à travers ses vêtements ; il en alla de même pour celui de Sherryn, lumineux comme un soleil. Akel, lui poussa un cri quand il sentit le bijou s’incruster dans sa peau, occupant sur celle-ci une place qui lui paraissait naturellement dévolue. Cependant, sa surprise fut bien vite surpassée par une autre, objet d’un véritable hurlement de terreur qui les fit tous sursauter et désorganisa ce moment solennel : il provenait de Daï.
Le petit était le seul membre du groupe à n’avoir pas encore établi avec son animal une relation suffisamment forte pour aboutir au don du médaillon. Cependant, Ara venait de provoquer chez lui une liaison forcée, et l’artefact était directement apparu sur sa poitrine, s’en extirpant comme une tumeur bleue. Phénomène effrayant s’il en était, et le gamin déjà bien timoré céda littéralement à la panique. Il commença à se déchirer les vêtements, puis à se griffer la peau et à se rouler par terre, se cognant contre les arbres et les pierres avec une sauvagerie inouïe.
Tous étaient pris au dépourvu par la brutalité de la réaction. La voix perçante leur déchirait les tympans, mais voir ce gamin paralysé par la terreur s’acharner sur son propre corps constituait en soi un spectacle bouleversant.
Ara et Itilizandi, surprises et désorientées, restèrent plantées sur place sans savoir quelle attitude adopter. Quant à Sherryn, elle se boucha les oreilles avec la paume des mains et se mit à piailler presque aussi fort que Daï :
- Non mais faites-le taire ! C’est pas possible, à la fin ! C’est insupportable !
Akel reçut une vague de mécontentement de la part d’Eldan ; le grand cerf couchait les oreilles en arrières et raclait la terre de son sabot droit. Près de lui, le loup et la buse avaient un peu perdu de leur regard méprisant, mais l’expression étonnée qui l’avait remplacé n’était sans doute guère plus flatteuse. La loutre s’acharnait à se jeter sur son élu, espérant probablement attirer son attention vers elle, mais il ne lui en prêtait aucune et se comportait exactement comme si elle eut été l’un des multiples cailloux contre lesquels il se jetait sans se rendre compte qu’il se blessait. Dans sa folie, plus rien n’avait d’emprise sur lui.
Il faut que je l’arrête. Il n’y a que moi !
Akel surmonta son malaise et se précipita vers la forme qui gesticulait et luttait contre l’émanation naturelle surgissant de sa poitrine et projetant à travers ses vêtements une vive lumière bleue. Il se lança sur le gamin et immédiatement, se trouva pris dans la tourmente des coups affolés distribués de toutes parts sans cible précise. Il s’agissait seulement de mouvements désordonnés, d’une énergie qui se dispersait sans parvenir à se canaliser sur une véritable action, et irait sans doute jusqu’à s’autodétruire.
Akel dut lutter pour ne pas se laisser repousser par cette vague furieuse et indomptable. Il attrapa ses poignets et les plaqua sur le sol, avant de se coucher complètement sur lui, espérant l’immobiliser par sa taille et son poids. Les hurlements de Daï atteignaient une portée surnaturelle. Bien que presque dépourvu de force physique, l’enfant semblait alimenté d’une énergie inépuisable.
- Calme-toi, calme-toi, souffla Akel à son oreille. Tu n’as rien à craindre…
Il n’était pas certain lui-même de cette dernière affirmation, mais un éventuel retour à une ambiance plus sereine valait tous les mensonges du monde.
Les bijoux cessèrent peu à peu d’émettre cette lueur affriolante, mais Akel sentait le sien qui pesait sur sa poitrine comme un poids, léger certes, mais déconcertant. Sans doute s’habituerait-il bientôt au corps étranger implanté dans sa peau, mais en ce moment il en avait plus conscience que jamais, et imaginait sans peine qu’il en allait de même pour Daï. Par conséquent, même s’il ne brillait plus, le phénomène l’effrayait encore, tout comme la mystérieuse transformation induite sur son corps. Lui-même s’interrogeait, mais les réponses viendraient certainement dès que ce « problème » serait réglé.
- Calme-toi, calme-toi…
Sa mélopée rassurante ne produisait guère d’effet. Les cris se poursuivaient avec la même intensité, même si, lentement, le timbre vocal se faisait de plus en plus rauque. L’épuisement commençait à avoir raison de la résistance physique de l’enfant ; de même, ses gesticulations se firent de plus en plus molles, jusqu’à finalement se changer en immobilité totale. Daï ne se détendait pas pour autant ; ses muscles conservaient la même tension. Dès qu’Akel le lâcha, il se roula en boule et serra ses doigts sur les plis de ses chausses. Complètement refermé sur sa coquille, il ne tentait même plus de repousser le garçon, qui finalement était le premier à réussir à l’approcher d’aussi prêt
En tant qu’ancien novice à la prêtrise, Akel savait vaguement comment apaiser les gens, même si l’on ne pouvait lui nier une aisance sociale naturelle. Grâce à sa présence rassurante, il se liait facilement d’amitié avec les gens qu’il rencontrait ; mais jamais il n’avait rencontré qui que ce soit d’aussi difficile à apprivoiser que Daï. Son cœur se serrait à la vue de la petite silhouette recroquevillée, image criante de la souffrance à l’état pur.
J’aimerais quand même savoir… Qu’a-t-il pu vivre ? Pour devenir ainsi, il a dû connaître des épreuves bien difficiles…
- Hé… interpella-t-il doucement en le secouant un peu, en vain puisqu’il n’obtint aucune réaction.
Derrière lui, en revanche, retentit un soupir bruyant.
- Ah, quand même ! Il a un problème ce gosse, il n’est quand même pas censé venir avec nous, j’espère ! Si ?
Akel se mordit les lèvres pour s’empêcher de jeter un regard noir à Sherryn. Daï était terrorisé et n’avait vraiment pas besoin de tels commentaires en prime.
À la place, il regarda Ara.
- Alors, on peut savoir maintenant ?
La jeune fille reprit ce qu’elle avait commencé. Les bijoux se remirent à étinceler, mais cette fois, les jeunes gens ne les sentaient plus. N’eut été le côté visuel, ils ne se seraient même pas aperçu de leur existence.
Néanmoins, un autre phénomène se produisit.
Son dos… D’une façon indescriptible, il le sentait s’allonger et s’étendre. Le phénomène l’effraya un peu, et il tressaillit. Quand il aperçut sur le sol son ombre projetée par la lune, il en eut le souffle coupé.
- C’est quoi, ça ?
Deux excroissances se déployaient à gauche et à droite de sa silhouette. Il comprit de quoi il s’agissait quand il regarda ses compagnons : deux ailes lumineuses décoraient désormais leurs dos. Elles étincelèrent quelques secondes encore puis s’éteignirent, laissant place à des ailes qui auraient semblé normales si elles avaient appartenu à des oiseaux. Akel n’en croyait pas ses yeux.
Il regarda ses amis.
Ara et Sherryn portaient également les leurs. Le visage d’Ara affichait une impressionnante sérénité, il crut même y déceler une mince lueur de fierté. Quant à Sherryn, elle tenait sa main appuyée contre sa bouche ; ses yeux arrondis soulignaient cependant son émotion, et au bout d’un moment elle parvint à retrouver sa voix, et s’écria :
- Cette sensation… !
Les plumes d’Ara avaient la couleur de l’écorce. Elles paraissaient à la fois dures et soyeuses ; lisses, elles brillaient sous la lumière de la lune et renvoyaient des reflets brun et roux. Quant à Sherryn, elle était toute parée d’or et de blancheur, comme si un cygne gigantesque lui avait offert ses membres.
Akel osa enfin contempler les siennes. Il fut étonné de les trouver orangées, semblables aux feux d’un soleil couchant. Il tenta timidement d’en mouvoir une, y parvint avec une surprenante facilité. Il n’aurait su dire comment il s’y prenait. Il lui suffisait de le penser et de le vouloir, exactement comme avec ses bras ou ses jambes.
Ces constats effectués, il se souvint du gamin auprès duquel il se tenait encore.
Les ailes étaient également apparues dans son dos mais il n’y avait pas réagi. Toujours accroupi, il cachait son visage entre ses genoux et ses bras, comme pour se protéger de quelque chose. Akel posa la main sur son épaule. Un tressaillement bref secoua le petit corps, mais rien de plus. Il resta indifférent également à l’appel de son nom. Il se laissa même envelopper d’une étreinte sans protester, ce qui était plutôt inquiétant. Perplexe, Akel décida de rester dans cette position en espérant que Daï sortirait lui-même de son mutisme, une fois le choc passé. Il reporta son attention sur Ara et celle qui prétendait être Itilizandi.
- Que sommes-nous ?
La Déesse leur fournit la réponse, ayant compris que la Guide n’avait pas encore eu le temps de les mettre au courant :
- Vous êtes les Anges élémentaires de Gweenah. Ceux qu’Elle a éveillés avant de perdre ses dernières forces.
Un silence religieux cueillit ses paroles.
- Ara est votre Guide. Elle a reçu directement Ses instructions, même si elles sont demeurées incomplètes. Quant à vos bêtes, elles sont vos Sacrifices, leur destin est lié au vôtre. Maintenant que je suis là, je vous aiderai Moi aussi.
Un petit mot sur les animaux.
LE FRERE D’ARA (pas encore nommé mais ça va venir…) est un loup gris. Il fait 1m40, plus 45 cm de queue. Son garrot se trouve à 90 cm du sol. C’est un animal carnivore d’un poids de 65 kg, et ses dents mesures 27 mm. Il possède expérience de la vie. C’est un chef de meute, donc un chef de famille, au caractère noble et fier, il a le sens des responsabilités et réfléchit calmement.
ELDAN est un cerf noble. Son pelage, en été, est brun-roux. Il fait 2 m de hauteur, et ses bois ont une envergure comprise entre 1m20 et 1m60. La taille de sa queue est de 20 cm, même si tout le monde s’en fiche. Il se nourrit d’herbages, de fruits, de feuilles et d’écorces. C’est un animal anxieux car c’est une proie, mais sa grande taille et sa force pourront se révéler précieuses.
REINA est une buse variable d’une hauteur de 55 cm et d’une envergure de 1m20. Elle a été recueillie oisillon par Sherryn. Elle a une conscience assez aiguë de la situation, c’est une créature assez énigmatique qui pose sur son entourage un regard indéfinissable.
KARJA, enfin, est ce qu’on pourrait appeler dans notre monde une loutre d’Europe. C’est un animal au corps allongé et souple, capable malgré sa grande taille de se faufiler avec discrétion. Les loutres se nourrissent de poissons, de batraciens, de reptiles et de petits mammifères, et peuvent rester 4 mn sous l’eau ; elles possèdent une épaisse fourrure double. Comme Karja est une femelle, elle ne mesure qu’1 m de longueur pour un poids d’environ 8 kg. Elle est très indépendante, calme, et sait réfléchir par elle-même pour prendre ses propres décisions.