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Amitié.
Les cheveux longs, le visage fin, une stature androgyne, Hugo Vinh par son apparence est souvent pris pour une fille. Il n’est pas mignon mais franchement beau, le teint rosé, les yeux d’un marron si foncé qu’on les dirait noirs lesquels contrastent avec sa chevelure blonde presque blanche.
Cependant cette "beauté" lui porte souvent préjudice. Il est en effet, fréquemment harcelé par des hommes ou garçons de son âge se trompant sur son sexe. Hugo vit cela fort mal. Que l’on le prenne pour une fille passait encore mais que l’on continue à le draguer malgré son démenti, l’énerve grandement.
Même s’il peut facilement se défendre contre ses « prétendants » puisqu’il pratique la boxe depuis ses 5 ans, le jeune homme en ressort cependant que plus blessé dans son orgueil de "mâle". Son ami d’enfance Rafaël Sylas témoin de ses crises de nerfs de plus en plus fréquentes, ne peut hélas s’empêcher d’en rajouter.
C’est ainsi, qu’un beau jour de Mars le vase fut plein.
- J’en ai marre de tes blagues foireuses !!
- Ça va, ça va, c’était pour rire !
- Rire à mes dépens, ça t’amuse tant que ça ?! Tu ne penses qu’à te foutre de moi! Cette fois s’en est trop, évite de recroiser ma route dorénavant !
- Sinon ?
- Sinon, je te jure que tous les médecins du monde ne pourront pas te rendre un visage humain quand j’en aurai fini avec toi !
Je m’apprêtai à tourner les talons quand je me souvins d’un détail important.
- J’oubliai. Ton string ! Reprends-le et étouffe toi avec !
Je lui lance le sous-vêtement féminin en question qu’il attrape en plein vol.
Ce même sous-vêtement qu’il avait glissé à moitié dans mon sac, afin que les autres élèves le remarque.
- Dois-je comprendre qu’il n’est pas à ta taille ?
Les rires fusent et leur son m’irrite. Son sourire narquois ne l’a pas quitté, il s’amuse toujours de moi. Le risque de perdre définitivement mon sang froid et de le décapiter sur place est trop élevé, je préfère m’en aller.
Sans me rendre compte, je suis arrivé au 3ème étage du bâtiment principal. D’ici, je peux voir la ville s’étendre sous mes yeux, j’adore la vue. Mais aujourd’hui cette vision ne me fait pas rêver. Je me laisse glisser au sol et mets ma tête entre mes genoux relevés. Alors mes pensées vont de bon train.
« Rafaël, pourquoi tu fais ça ? Être le dindon de la farce ne m’amuse pas. Tu m’humilie sans cesse puis me demande pardon et ensuite tu recommences ! On a grandit ensemble, et fait les 400 coups mais depuis notre rentrée au lycée, tu es devenu insupportable. Cela fait un an et demi que nous sommes lycéens, je n’en peux plus. J’ai toujours cru que nous étions inséparables, que notre amitié durerait toujours. Je suis stupide d’avoir p… »
- A quoi tu penses ?
Je sursaute. Cette voix grave ne peut-être que la tienne.
- Qu’est-ce que tu me veux ? Je crois qu’on s’est tout dit !
- Tu es fâché ?
« Mais qu’est-ce que tu crois ? Qui ne le serait pas à ma place ?! J’en ais marre, t’es trop bête»
- Laisse-moi.
- Je te demande pardon, j’ai été trop loin.
« C’est trop facile !! »
- Si ce n’était qu’une fois, voire deux, tu serais pardonnable mais là ça fais trop longtemps que ça dure. Ça suffit Raf. Je ne veux plus te parler ni te voir et surtout oublier que l’on a été amis !
Je me lève et me retrouve en face de lui. Il est plus grand que moi, plus costaud, plus viril tellement plus mec que moi, il n’a rien à m’envier c’est plutôt le contraire ; alors pourquoi me rabaisse-t-il ?
Je m’apprête à partir, ce duel de regard n’ayant que trop duré alors il m’attrape le bras.
- Pourquoi tu ne me demande pas pourquoi je fais ça ?
- Tu dois m’en vouloir pour une raison qui m’échappe, ça n’a plus d’importance. Lâche-moi.
- Si ça en a ! C’est de ta faute si j’agis comme ça !!
« Ça c’est la meilleure !! Il me fait les pires crasses et ça devrais être ma faute ?! Faut pas se foutre de la gueule du monde !! »
Je le tire violemment à moi avec mon bras qu’il tient toujours et lui balance un crochet avec l’autre.
- Maintenant explique-moi en quoi je suis fautif ! Explique-moi si tu n’a pas peur de te prendre une raclée !!
Il se redresse mais reste sur le sol. De sa main gauche il frotte sa joue douloureuse puis me regarde. D’un regard remplis de colère, un regard que je lui ais jamais vu.
- Tu n’arrête pas de dire à quel point c’est dégueulasse qu’un homme en drague un autre et qu’à leur place tu aurais honte. Ne trouve tu pas tes propos blessants ? N’ai-je pas raison d’être en colère contre toi ?
- Je ne comprends absolument rien à ce que tu racontes !! Comment mes propos ont-ils pu te blesser ?! Je ne comprends pas !! Ce n’était pas dirigé contre toi ! Celui qui est blessé, celui qui a mal c’est moi !! Que crois-tu que je ressens quand un homme me plote dans le train ? Est-ce ma faute si j’ai une morphologie si fine ? N’ai-je pas le droit d’avoir les cheveux longs uniquement à cause de ça ?!
Il soupire si lourdement que j’ai l’impression que je fais fausse route, mais en quoi ? Il faut que je me calme.
- Explique-moi mieux que ça.
- Je suis gay Hugo.
Je suis tellement choqué que j’en reste sans voix. Rafaël me fixe semblant attendre ma réaction.
- Je…
Et la sonnerie de reprise des cours retentit.
- Sauvé par le gong. Je suis dans l’autre bâtiment donc si tu veux bien nous reprendrons plus tard, enfin si tu veux toujours voir ma tête.
Sur ce il se lève et prend les escaliers.
Mes deux heures de comptabilité sont un vrai cauchemar, tout se brouille. Les chiffres et les lettres ne veulent plus rien dire, les explications du prof n’atteignent pas mon cerveau. M. Bruneau ne saisit pas pourquoi je n’y arrive pas, moi qui ai la moyenne la plus élevée de la classe et finit par me dire que je me rattraperais une prochaine fois. Sûrement…
17h05, libération.
« Je ne pensais pas que la journée tournerait comme ça. Je voudrais que l’on ne se soit jamais disputé, j’aurais voulu ne jamais te blesser Raf. Maintenant que j’y pense c’est quand j’ai commencé à cracher mon venin sur les homos que ton comportement à changé. C’est donc vraiment de ma faute… Tu m’as pourtant toujours défendu mais moi j’ai tout foutu en l’air. Qu’est-ce que je peut-être con. »
C’est avec culpabilité que j’atteins mon immeuble. Sur les marches du hall, j’ai la surprise de t’y voir assis.
- Yo.
- Yo.
Je m’assois à côté de toi. Le silence s’est installé. Un silence pesant. Il faut que cette tension s’arrête et c’est toi qui t’en charge.
- Au milieu du cours de français M. Lambert m’a demandé de cracher mon bonbon. Quand je lui ai dit que j’en avais pas, il m’a fait ouvrir la bouche et là, il a compris que ma joue était enflée !
Je ris de bon cœur de sa mésaventure alors il enchaîne :
- Je ne te force pas à aimer les gays Hugo ni même de continuer à m’apprécier, mais juste d’arrêter de nous maudire ou autre par respect pour notre ancienne amitié.
- Pour notre amitié tout court.
Je soupire, il faut que je fasse ce qu’il faut pour arranger ça.
- Je suis désolé d’avoir été désagréable, je ne pensais pas réellement ce que je disais. C’est vrai que je ne supporte pas qu’un homme me drague mais c’est parce qu’ils me prennent pour une nana ou bien qu’ils apprécient le fait que j’y ressemble. Je n’ai jamais pensé à vous éradiquer de la planète.
Tu hoches la tête en souriant et te tourne vers moi.
- Heureusement. Mmmh. Je m’excuse aussi pour mes mauvais tours. Ce n’était pas le meilleur moyen de régler nos problèmes. Mais en même temps, te dire que je suis attiré par les mecs me semblais impensable. J’ai cru que tu me trouverais écœurant.
- Ecœurant ? Comment pourrais-je te trouver écœurant ? Nous avons partagés tous nos jeux depuis l’enfance !
Je secoue la tête. Ça ne peut pas finir comme ça, c’est tout bonnement impensable. Je ne te laisserais pas dire des conneries, je rattraperais les miennes.
- J’avoue n’avoir pas mesuré mes paroles mais qu’importe ta sexualité, tu reste mon meilleur ami Raphaël. J’ai agis comme un idiot et toi aussi. C’est vrai que ça m’a surpris je ne l’aurais jamais deviné, je ne me suis jamais posé la question. On sort en boite ensemble, on drague ensemble et je n’ai rien vu… Tu aurais du m’en parlé plus tôt… Tu aurais pu essayer… Je pensais être ton confident ?
- C’est facile à dire… Franchement… Je pensais même que tu ne t’arrêterais pas en me voyant. Tu ne sais pas le mal que j’ai eu à paraître devant toi ce que je ne suis pas. Et c’est justement parce qu’on se connait depuis un baille que j’arrivais pas à t’en parler…Et quand j’y ai pensé…
Cette fois c’est toi qui soupire en regardant ailleurs, tu ne dis plus rien. Je pose ma main sur ton épaule et ton sourire semble forcé… il l’est sans doute. Je ne sais pas ce que tu as pu ressentir mais en aucun cas je ne te laisserais croire que je ressens de la répulsion à ton égard.
- Ok. On efface tout et en recommence.
Je me lève et balance mon sac dans un buisson puis te pique ta balle de basket avec laquelle tu joues nerveusement.
- Ça me fait un rival en moins pour Cindy. Maintenant bouge tes fesses que je te mette ta pâtée.
Tu rigoles, ta voix est un peu enrouée. Tu n’allais pas pleurer ?! Si ?!
- Cindy ne voudra jamais d’un pouilleux efféminé comme toi ! Elle préférera sortir avec un gay viril comme moi !
Rafaël se lève et stoppe les dribble d’Hugo. Il râle et le suit sur le terrain en rigolant. Ils sont potes de toujours, leurs parents eux-mêmes se connaissent depuis une décennie.
Cette réconciliation est une bonne chose de faite.
« Mon Dieu merci. S’il m’avait rejeté… je ne l’aurais pas supporté. »
Qui aurait pu croire qu’ils étaient à deux doigts de renier une amitié de seize années ? Les paniers s’enchaînent et les plaisanteries ne sont pas en reste. Hugo a retrouvé celui avec qui il allait sonner aux portes, voler des bonbons à la confiserie du coin, écrire des graffitis sur les murs de leur immeuble. Raphaël lui retrouve son ami, son confident, son pote.
« Mon Dieu… Faites qu’il ne sache jamais à quel point je le trouve canon…»
FIN