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Parfum d'été.
Aujourd'hui,
mes pas m'ont conduit dans les rues du village. J'avais les idées
lourdes, encombrées de soucis qui n'étaient pourtant
pas les miens. Alors je suis sorti. Quelque chose d'indéfinissable
m'appelait, m'ordonnait d'abandonner mes habitudes et de m'aventurer
au dehors.
D'ordinaire,
je recherche la quiétude confortable et fraîche de ma
demeure, pourtant la chaleur au dehors agissait comme un aimant
terrible et puissant sur mon humeur.
Les
rues étaient désertes, vierges d'humanité. Il
n'y avait personne, sinon quelques vagabonds de mon acabit. Je
n'espérais en aucune façon rencontrer une figure amie,
d'ailleurs, je n'en avais pas la moindre envie.
Ma
démarche, mon allure, n'avait rien de légères.
Mes pas étaient lourds sur le sol pavé d'indifférence.
J'avançais, sans but aucun, mes pensées flottant en
rubans laiteux autour d'idées sans queue ni tête.
Je
respirai. J'humai l'air. Je le sentais me pénétrer de
part en part, me traverser, me transpercer, m'envahir, m'agresser et
me caresser tout à la fois.
Avez-vous
déjà goûté au parfum de l'été
?
Certains
disent que l'été est l'apogée de la nature, le
moment où celle-ci festoie et découvre dans une
farandole de fruits et de verdure sa magnificence la plus grandiose.
Tout semble rayonner et briller d'une lumière particulière.
Je ne suis pas tout à fait de cet avis. L'été
est une décadence, une orgie malsaine de saveurs et d'odeurs,
le pourrissement des chairs florales et chastes du printemps. Là
où la renaissance avait été d'une pudeur
discrète et chaste, la croissance devient vulgaire et
agressive.
Le
printemps est une adolescente hésitante et tendre. Fraîche
de croyances, d'amours claires et platoniques.
L'été
est une femme attrayante, une courtisane séduisante aux chairs
exhibées malgré les illusions d'étoffes
chatoyantes, ses cuisses solaires écartées pour offrir
avec gloire et générosité aux hommes ses charmes
irrésistibles : la rougeur sans honte de son univers de
chaleur moite et d'humidité alléchante.
Et je connais peu de personnes qui se targuent de lui résister.
J'en fais partie. Je ne suis pas une créature du soleil. J'appartiens à l'équinoxe, cette transition immortelle entre le déclin de l'automne et la mort de l'hiver. Mon coeur se repose entre les mains de Saturne, dieu des magiciens, des voleurs des mélancoliques et de fous. Mon âme a préféré un refuge lunaire de cratères froids et douloureux.
Pourtant, l'été ne me laisse pas indifférent. Son parfum surtout. Il y a des réminiscences de sucres, de fruits odorants - j'aime celle de la nectarine et de la pêche par dessus tout - mais surtout d'herbe fraîchement coupée. La terre exhale son propre souffle chargé de sécheresse et d'avidité. Montent également des terres des relents instables d'écorces, de feuilles gorgées de soleil et de fourrures musquée. Formules magiques interdites et païennes de la nature, souhaitant réveiller en moi l'animal qui guette, le loup tapi sous la surface qui n'attend qu'un appel pour surgir et satisfaire sa soif de sang.
Je crois que je vais rentrer. Ces sortilèges-là ne sont pas pour moi.
Je me suis assez enivré du parfum de l'été.
Je dois prendre garder à ne pas m'y laisser piéger.
Emrys, âme errante.