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24 juin 1963
Bonjour Maman,
Si tu lis ceci, c’est que c’est trop tard. Tu m’as découvert. Tu pleures. Je suis désolé, Maman, mais je devais le faire. Pour plusieurs raisons :
Je n’en pouvais plus de vivre avec ton amoureux qui ne faisais rien que nous rester pauvres. Il n’a pas le droit de te voler des économies pour le loyer! Je n’étais pas stupide, je savais que tu devais piger dans le pot d’épicerie pour payer le loyer. À voir dans le frigo et l’armoire, ça se devine...
Je n’en pouvais plus non plus d’être un rejet à l’école. Je n’ai jamais compris pourquoi tu ne voyais pas mes bleus quand j’arrivais d’école. Ils me battaient. Ils me battaient parce que j’étais noir. Ils me battaient parce que j’étais d’une autre race! Ils me disaient, à chaque jour : Va dans ton champ de coton, le noir! Tu ne t’ai jamais aperçu que je n’avais aucun ami qui venait à la maison? Maman, c’est tabou d’être noir.
Et si tu crois que c’est assez...non. Cela est arrivé hier soir, au coin de la rue. Il faisait noir. Je suis arrivé à la maison en pleurant, mais tu n’étais pas là. Tu étais sortie avec ton Diable. Je ne croyais pas les gens qui me disaient que de demeurer dans ce coin-ci de la ville était dangereux, mais j’avais réussi, malheureusement, à les croire. Ils étaient une dizaine. Ils m’ont capturé. Transporté dans un coin de la ruelle. Il m’ont déshabillé et usé. Violé. Massacré. Je saignais.
J’avais essayé de dormir, mais la pensée de revivre cela à nouveau me hantais. La pensée de racisme et de ton Diable se sont rajoutées dans ma tête. Une solution : tu l’as connais.
Je suis désolé, Maman.
Je t’ai aimé, ton fils.