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Author: Shunrya
Fiction Rated: T - French - Adventure/Fantasy - Reviews: 35 - Published: 08-08-07 - Updated: 10-25-08 - id:2400554
Bonjour lecteur, bonjour lectrice !

Voici la première fic que je poste ici, bien que ce ne soit pas la première que j’écris. J’espère qu’elle vous plaira, que vous n’hésiterez pas à me dire ce que vous en pensez, de manière à ce que je puisse m’améliorer au fur et à mesure des chapitre… je répondrai à chacune de vos reviews individuellement, bien entendu !

Sur ce, bonne lecture !


Chapitre 1

Yléana joue dans la petite maison, sur le carrelage, dans la cuisine. Elle habille ses poupées avec des grands chapeaux pointus, comme les Mages Noirs. Sa mère cuisine derrière elle, en fredonnant une chanson du pays. Dehors, il pleut. La route de terre battue s’est changée en boue. On peut entendre les coups de la hache qui s’abat sur la bûche, derrière la maison. Tout est calme, jusqu’à ce que la porte d’entrée s’ouvre à la volée.

« Estuan ? C’est toi, mon chéri ? » demande la mère.

Le jeune homme arrive en trombe, le visage animé par une joie éclatante. Il rejette en arrière sa capuche blanche aux ourlets bleus et jette son bâton de Mage sur la table, puis il se précipite sur sa petite sœur et la soulève dans ses bras, l’embrasse en chantant et en riant.

« Que se passe-t-il, mon fils ? » demande la femme avec un regard surpris.

Estuan repose Yléana sur le sol près de ses jouets et prend sa mère dans ses bras.

« Ca y est ! J’ai reçu un ordre des émissaires du Roi ! On me demande sur le front ! »

Il embrasse sa mère qui elle, ne participe pas à sa joie. Son visage s’assombrit d’anxiété, elle appelle son mari. Estuan, lui, s’agenouille près de la petite fille et lui caresse tendrement les cheveux. Le père arrive, retire son manteau et étreint son fils ; Yléana regarde la scène du haut de ses sept ans, ne comprenant pas pourquoi sa mère semble si inquiète alors que son frère est radieux.

Estuan parle avec le père, mais au lieu de le féliciter, celui-ci se désespère.

« Ils t’envoient à la mort. » dit-il d’un ton effrayé, le visage blême.

« Je vais pouvoir servir mon pays ! La guerre va bientôt se terminer, et je reviendrai couronné de gloire ! Je dois y aller. J’attends cela depuis tellement d’années ! »

Ni la mère ni le père ne répondent. Ils se regardent, éperdus de douleur, et Estuan les prend dans ses bras.

« Ne vous inquiétez pas. Je compte parmi les meilleurs Mages du pays. Je reviendrai, je vous le jure. »

Il vient embrasser Yléana puis il sort de la cuisine pour aller préparer ses affaires. La mère éclate en sanglots, et le père tente de la réconforter, mais lui aussi a envie de pleurer.

Estuan doit partir le jour même, l’escadron l’attend. Il embrasse ses parents, serre sa sœur contre lui en lui murmurant ces dernières paroles :

« Grandis vite, ma petite sorcière, et fais en sorte que papa et maman soient toujours fiers de toi. »

Puis, il la dépose sur le sol et court vers sa monture. Il rabat sa capuche sur son visage pour se protéger de la pluie, fait un grand signe en direction de la maison.

« Je reviendrai ! Je vous le promets. »

Puis il s’éloigne au grand galop, frêle silhouette blanche qui disparaît derrière un rideau de pluie.

Yléana retourne jouer avec ses poupées, le sourire aux lèvres. Elle attend que son frère revienne. Il l’a promis. Tous les jours, elle sort, et elle scrute les alentours dans l’espoir d’apercevoir une silhouette blanche montée sur un cheval pommelé. La guerre s’arrêterait, et Estuan reviendrait.

Mais la guerre ne s’arrêta pas. Estuan ne revint jamais.


Les immenses portes de l’université lui faisaient face, brillantes, étincelantes dans la lumière du couchant. Exténuée, Yléana s’en détourna pour ranger son pistolet dans sa ceinture et récupérer ses cours qu’elle avait laissé tomber sur les grands escaliers. Autour d’elle, ses camarades se disaient au revoir, se huaient, se saluaient. Quelques uns lui firent signe, mais elle les ignora. Elle aurait pourtant dû être heureuse, puisqu’elle venait d’obtenir son diplôme de Maître Pistomancienne. Mais non, vraiment, elle n’arrivait pas à sourire.

Avec un soupir, elle sortit la lettre que lui avait apporté le surveillant général et la relut pour la douzième fois.

Yléana de Plégor,

Par ordre de sa Majesté le Roi Aman, Souverain du grand royaume de Kersyn, vous êtes appelée sur le front de l’Est pour servir les armées royales contre l’ennemi wistérian. Vous êtes priée de vous rendre sur la Grande Place de la Cité Royale de Kerma, demain à l’aube. Un escadron vous y attendra.

Remerciez l’honneur qui vous est fait de servir sa Majesté le Roi Aman.

Par le Grand Maître du Conseil des Sept,

Klitar de Cormoue.

Avec le sceau du Roi apposé au bas de la page.

A peine venait-elle de devenir Maître Pistomancienne qu’elle était déjà envoyée sur le front. Ses parents allaient être dévastés, mais elle n’avait pas le choix.

Déprimée, elle déambula dans les rues de Wejma, slalomant entre les boutiques et les stands de parchemins. Elle calcula rapidement que pour être à la Cité Royale à l’heure donnée, elle devrait partir le soir même, voyager toute la nuit, et enchaîner ensuite encore une journée de marche à un rythme militaire.

« Non mais regardez où vous allez, vous ! »

« Oh, je m’excuse… »

Elle avait bousculé un Alchimiste. Ce dernier la considéra un instant, puis eut un sourire.

« Ah, mais je vois que vous êtes de l’université ! Une Pistomancienne. Je n’en avais jamais vu d’aussi près. »

Il approcha son visage du sien, la faisant reculer. Yléana était ennuyée ; l’université de Wejma était divisée en deux sections : l’alchimie d’un côté, la pistomancie de l’autre. Depuis des lustres, les Alchimistes et les Pistomanciens ne faisaient que se chercher des crosses et ne loupaient jamais une occasion de jouer des mauvais tours à l’autre. Il était très rare qu’ils s’approchent, et encore moins qu’ils se parlent.

« Vous êtes vachement plus jolie que ce qu’on dit ! » poursuivait le jeune Alchimiste en continuant de la faire reculer. « Je n’ai jamais offert de bière à une Pistomancienne, mais il faut bien une première fois à tout, même s’il paraît que c’est la plus douloureuse. »

« Excusez-moi, il faut que je rentre… »

Elle le repoussa et disparut dans la foule. Peut-être que les Pistomanciennes étaient plus jolies que la rumeur ne le disait, mais si Yléana ne croyait pas aux rumeurs, celle selon laquelle les Alchimistes étaient de véritables boulets venait tout juste de se vérifier.

Les rues pavées laissèrent bientôt place à un chemin de terre battue ; la foule qui bondait les rues de la ville se dispersa, et très vite, Yléana se retrouva seule.

Un cavalier la dépassa sans lui accorder un regard, mais elle s’en fichait. Son esprit était occupé par deux pensées. La première se formulait en une question : « comment vais-je annoncer ça à maman ? ». La seconde pensée était pour son frère.

Son frère qui n’était jamais rentré de la guerre. Son frère, Estuan de Plégor, l’un des meilleurs Mages Blancs de la région, qui avait promis de revenir, mais qui n’était jamais revenu. Yléana avait toujours refusé de croire qu’il était mort. C’était pour cette raison qu’elle avait choisi de faire des études de pistomancie. Parce que ce sont des personnes spécialisées pour un travail minutieux. Les Guerriers, les Archers, les Tireurs, tous ces soldats, eux, étaient envoyés sur le front comme chair à canon. Les Mages Noirs assuraient les arrières, et les Mages Blancs soignaient les blessés, ou bien, pour les meilleurs d’entre eux – comme son frère – ils étaient envoyés en première ligne pour ériger des murs de protection.

Elle avait choisi cette voie pour retrouver son frère, et le ramener à la maison.

En attendant, elle ne savait toujours pas ce qu’elle allait bien pouvoir dire à ses parents pour son départ…

Un quart d’heure se passa, puis un autre, elle tourna à l’angle du chemin et son village apparut. Elle s’arrêta un instant en voyant les enfants se courir après, jouer à cache-cache derrière les murs de pierre grise des maisons. Quelques femmes étaient assises et discutaient autour de la fontaine : parmi elles, sa mère. Résignée, Yléana s’avança. Comme elle l’avait prévu, les enfants coururent vers elle, se pendirent à ses bras et s’accrochèrent à sa jupe en riant. Les femmes se retournèrent, la hélèrent. Le visage souriant de sa mère fit descendre son cœur d’un cran. Bon gré mal gré, elle s’avança.

« Comme ta fille te ressemble, Ellyra ! »

« Qu’elle est belle ! »

Yléana avait l’habitude de ces compliments, on lui faisait toujours les mêmes. Elle se pencha vers sa mère, l’embrassa, et lui murmura à l’oreille :

« Il faut que je te parle. C’est très important. »

Elle fronça les sourcils, bien sûr, ce n’était pas dans l’habitude d’Yléana de faire des cachotteries, et son air soucieux était inquiétant. Ellyra se leva, salua ses amies et précéda sa fille jusqu’à la petite maison, la deuxième à l’entrée du village. La jeune fille posa ses cours sur la table et pria sa mère de s’asseoir. Elle se tordit les mains un moment, mordilla nerveusement sa lèvre inférieure, et prit une grande inspiration.

« Maman, j’ai une bonne, et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est que j’ai eu mon diplôme. La mauvaise, c’est que - »

« Oh ma chérie, » l’interrompit sa mère, les yeux brillants de joie, « si tu savais comme je suis fière ! Ton père sera tellement heureux ! »

Yléana sentit son cœur se serrer dans sa poitrine, et sa voix trembla.

« Maman… la mauvaise nouvelle, c’est que j’ai reçu ça. »

Elle sortit la lettre de la poche de sa ceinture et la lui tendit sans oser la regarder. Ellyra regarda l’enveloppe, le scellé brisé, et un hoquet douloureux s’échappa de sa gorge tandis qu’elle extirpait le parchemin avec des gestes fébriles. La jeune Pistomancienne fixait le bout de ses chaussures et ses dents entamèrent sa lèvre lorsqu’elle entendit le cri de désespoir de sa mère. Elle releva la tête pour voir la vieille femme effondrée, son châle rabattu sur son visage pour cacher son désespoir.

« Je… »

Yléana déglutit avec difficultés.

« Je dois partir dès ce soir, pour être à l’heure… »

Mais sa mère ne semblait pas l’entendre. Elle poussait de longs gémissements douloureux, et la jeune fille ne put en supporter davantage. Elle récupéra ses cours et partit dans sa chambre préparer ses affaires.

Elle ouvrit un sac, jeta dedans des vêtements, son nécessaire de coiffure, ses ustensiles de nettoyage pour son pistolet, noua les lanières de cuir pour le fermer et se retourna pour faire face à son reflet.

Il était semblable à celui qu’elle voyait tous les jours, avec les mêmes longs cheveux noirs bouclés, mal attachés, laissant échapper quelques mèches torsadées qui tombaient sur sa nuque et sur ses yeux, ses grands yeux vert clair, qui avaient perdu leur éclat. Son visage, d’un ovale agréable, semblait émacié par la tristesse ; ses lèvres étaient presque blanches, sauf à l’endroit où elle s’était mordue. Son nez, petit et en trompette, lui donnait un air un peu ahuri. Yléana était fatiguée.

Elle se détourna de son miroir, attrapa son sac et retourna dans la cuisine. Son père avait la lettre dans les mains, et leva son regard broussailleux vers elle.

« Alors, toi aussi, tu t’en vas. » souffla-t-il en laissant tomber le parchemin sur la table, à côté de la tête de sa femme. « Tu t’en vas, et tu ne reviendras jamais. »

« Je reviendrai. Avec Estuan. »

Elle posa son sac, prit quelques galettes de maïs qu’elle enveloppa dans une serviette, une gourde d’eau qu’elle accrocha à sa ceinture et s’enroula dans son long manteau de laine. Tout cela sous le regard intense de son père.

« Je n’ai pas le choix, papa. Il faut que je parte. »

Elle saisit son sac et le jeta sur son dos.

« Je vous enverrai de mes nouvelles. Ne vous en faites pas. »

Elle essayait de ne pas répéter les mots que son frère avait proférés, mais c’était difficile. Elle avait envie de pleurer. Le soleil disparaissait peu à peu derrière les collines. Elle devait partir.

« Je vous aime. »

Elle embrassa son père, sa mère, et sortit en trombe, comme une voleuse. Elle s’enfuit littéralement, courrant sur la route de terre battue, sans se retourner. Les larmes dévalaient ses joues.


La fatigue et la douleur dans ses jambes lui rappelaient à chaque instant quel était son but. La forêt l’entourait, sinistre, silencieuse mais animée ; de tous les côtés, Yléana percevait les mouvements furtifs d’un écureuil ou les battements d’ailes d’une chauve-souris. Elle trébucha sur une branche morte, s’écorcha les genoux, se releva, et continua de marcher. La lanière de son sac lui sciait l’épaule, mais elle ne pouvait pas changer de côté, car elle se pénaliserait en cas d’attaque. Elle n’était pas en sécurité, et seul le ballottement régulier de son pistolet contre sa cuisse la rassurait.

Les minutes s’écoulèrent alors qu’elle continuait d’avancer, ignorant les ronces qui griffaient ses jambes. Le ciel commençait à s’éclaircir, l’aube approchait. Yléana pressa le pas ; elle ne devait être en retard sous aucun prétexte. Heureusement, au bout de quelques temps, elle déboucha sur la grande route déserte à cette heure. Elle se mit à courir en direction de la ville, sa capuche tombant dans son dos, son visage aux traits tirés caressé par le vent frais du matin. La route était bien gardée, tellement bien que les gardes l’arrêtèrent.

« Holà ! »

Elle s’arrêta, essoufflée, et jeta un regard apeuré au ciel. L’heure approchait, et elle n’était pas encore à Kerma.

« Qui êtes-vous, d’où venez-vous, où allez vous, pour quelles raisons ? »

« Je me nomme Yléana de Plégor, je viens du village de Portiche près de Wejma. Je me rends à la Cité Royale de Kerma sur ordre de sa Majesté. »

Elle sortit la lettre, la donna au garde qui la parcourut rapidement. Il lui rendit le parchemin et émit un sifflement sonore. Un jeune garçon sortit de la cabane qui leur servait d’abri, la mine endormie.

« Toi, le nouveau, prends un cheval et accompagne cette jeune fille à la Grande Place de Kerma. Son escadron va partir. »

La Pistomancienne remercia le garde en s’inclinant profondément et sauta en croupe derrière le jeune garçon.

Le soleil commençait à pointer lorsqu’elle arriva sur la Grande Place. Il y avait déjà plusieurs dizaines de personnes, certains avec des épées, d’autres avec des bâtons, des pistolets ou des arcs. Elle présenta sa lettre au chef d’escadron et se fondit dans la foule, rabattant sa capuche sur son visage. Quelques minutes plus tard, le départ était sonné.

A suivre…

Fin du premier chapitre. Vous avez aimé ? Ou pas ? Si vous voulez la suite, cliquez… reviews.. ? grands yeux larmoyants de l’auteur D ?



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