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Chapitre 11
Dezxien change les donnés
Dans une pièce sombre était allongée une forme humaine. Fille ou garçon, jeune ou vieux, l’identité de la personne était inconnue puisque la pièce était plongée dans la noirceur la plus totale. L’absence de fenêtre rendait l’endroit impossible à distinguer. Même un chat n’aurait pu s’orienter. C’est dans cette obscurité que Max se réveilla.
Lorsqu’elle ouvrit les yeux, une peur inconnue lui serra le cœur mettant tous ses sens en alerte. Seul point positif... elle était toujours en vie.
Mais à quel prix ? Enfermée dans une pièce noire sans point de repère et surtout sans savoir si la noirceur était due à une soudaine perte de la vue ou simplement au fait qu’il n’y avait aucune lumière. Max se leva et après avoir pris quelques respirations pour se calmer, elle sentit son cœur revenir à une vitesse normale. Elle mit ses mains devant elle et commença à avancer tel un aveugle. Elle commença par longer les murs pour connaître la grandeur de sa prison. Une dizaine de pas pour chaque mur lui confirma qu’elle se trouvait dans une pièce parfaitement carrée. Était-elle toujours dans la maison de son enfance ? Si c’était le cas, cette pièce devait avoir été ajoutée après son départ. Elle se trouvait probablement dans le grenier. C’était le seul endroit où ils auraient pu construire une telle pièce. Elle sauta le plus haut possible, les bras au-dessus de la tête dans l’espoir de savoir si elle pouvait toucher le plafond. Ce qui n’était pas le cas, il était donc probable qu’elle soit vraiment dans le grenier.
Une bonne chose de réglé. Maintenant, ce que Max voulait savoir était la durée de son inconscience. Elle était arrivée au milieu de la journée dans la maison qui l’avait vue grandir mais rien dans l’endroit où elle se trouvait ne pouvait lui dire si la nuit était tombée ou si au contraire il faisait encore jour.
- S’ils apprennent où je me trouve je vais en subir les conséquences ! soupira Max en s’assoyant.
Max sourit malgré elle. Sa vue semblait lui avoir été retirée mais ses autres sens étaient intacts, du moins pour le moment. Alors qu’elle était toujours assise, une lumière vive lui fit fermer les yeux. Un mal de tête sembla la gagner ; la lumière l’avait prise par surprise. Avant qu’elle ait pu faire un geste, la porte se referma aussi rapidement qu’elle s’était ouverte. Mais cette fois Max pouvait voir quelque chose. Une ampoule diffusait une faible lueur au-dessus de la porte. C’était peu mais assez pour qu’elle puisse marcher sans avoir à mettre ses bras devant elle. Elle resta quelques minutes comme assommée par la soudaine lumière et lorsque les tâches de couleur eurent disparu, elle se leva tranquillement pour rejoindre le plateau qui se trouvait devant la porte. La vue de la nourriture lui fit remarquer qu’elle avait faim. Elle huma l’odeur du poulet qui se trouvait dans l’assiette et se trouva complètement ridicule.
- J’ai l’impression de me retrouver dans un roman d’espionnage où l’héroïne se retrouve enfermée et doit manger de la nourriture empoisonnée... mais ils ont besoin de moi s’ils veulent avoir les rebelles donc je peux manger sans danger.
Du moins c’est ce que Max croyait, elle aurait dû se méfier...
****
Ailleurs dans le centre de la ville, trois jeunes gens tournaient en rond dans une pièce. À voir leurs expressions, ils donnaient l’impression d’être des lions restés trop longtemps en cage. Finalement, la seule femme du groupe se laissa tomber au sol en soupirant.
- Max a disparu depuis maintenant vingt-quatre heures ! ragea Alex.
- J’ignore pourquoi ils ne veulent pas qu’on retourne à sa recherche, soupira Titos en arrêtant lui aussi de tourner en rond.
Nick quant à lui se laissa choir dans le fauteuil le plus proche. Il aurait bien aimé pouvoir exprimer ce qu’il ressentait présentement mais il connaissait Connie et Jack depuis moins longtemps que les deux autres et considérait qu’il n’était pas sage pour lui de dire sa façon de penser. La porte d’entrée s’ouvrit, faisant sursauter les trois jeunes gens perdus dans leurs pensées. En à peine deux secondes, ils savaient déjà que Connie et Jack étaient porteurs de mauvaises nouvelle.
- Du nouveau ? demanda Connie en déposant son sac sur la table.
- Max n’est toujours pas revenue ni n’a donné signe de vie... répondit Titos.
- De votre côté ? questionna Alex en se levant.
- Mauvaise nouvelle, j’en ai peur, mais nous savons au moins que Max n’est pas avec la SP sinon nous en aurions été avertis pendant la réunion de ce matin. Non, nous avons appris qu’un vol avait eu lieu dans le département de recherche. Nous pensons que la ou les personnes qui sont entrées dans les locaux savaient ce qu’ils cherchaient et surtout connaissaient l’endroit puisque rien n’a été déplacé et la porte n’a pas été forcée.
- Donc c’est forcément quelqu’un de l’endroit... analysa Nick.
- J’en ai peur... soupira Jack. Nous devons faire attention à partir de maintenant, car ils soupçonnent déjà des rebelles dans la compagnie. Ils ignorent que c’est nous mais nous devons néanmoins rester vigilants.
- Donc, qu’est-ce qui a été volé?
- Des capsules Dezxien...
- Des quoi ? s’exclamèrent les trois super soldats d’une seule et même voix.
- Des capsules Dezxien. Elles sont encore en période expérimentale mais si elles sont entre de mauvaise mains... soupira Jack.
- Mais c’est quoi ? demanda Titos.
- Nous travaillons sur ce genre de capsules depuis quelques années déjà mais ce n’est qu’il y a un mois que nous avons réussi à obtenir le résultat souhaité. Lorsque les formateurs ont informé les hauts placés que certains super soldats avaient une tendance à la rébellion, il a été convenu de créer ce que nous appelons un backup : une seule capsule nous permet d’avoir une marionnette entre les mains pour une durée de quatre heures. Lorsque l’idée nous a été imposée, certains avancés se sont opposés à son utilisation. Lorsque certains ont commencé à disparaître, nous n’avons eu comme choix que de commencer la recherche. Les capsules Dezxien sont donc nées... expliqua Connie.
- Donc si un super soldat prend une capsule Dezxien, il n’a pas conscience de ses actes et agit sous l’influence de quelqu’un ? analysa Nick.
- Oui. Malheureusement, nos recherches n’étaient pas encore avancées pour ce qui est du contrôle. Nous savons que le super soldat risque d’agir selon les ordres donnés, mais nous ignorons les effets. Et surtout nous ne savons pas comment le processus s’établit entre le soldat et celui qui ordonne. Bref, une seule capsule peut devenir dangereuse selon celui qui la possède. Mise à part la SP, j’ignore qui peut bien vouloir avoir cette arme...
- Est-ce que Max a donné signe de vie ? demanda soudainement Jack pour changer de sujet.
- Non... j’espère que la SP n’a pas mis la main dessus...
- Non, même si la SP ne respecte pas les règlements établis, il y a au moins une chose qu’ils font. Lorsqu’ils entrent en contact - je dirais plus en possession - d’un super soldat, ils doivent obligatoirement nous l’apporter. Nous devons le ficher dans l’ordinateur pour savoir sa provenance, répondit Connie.
- Lorsqu’ils vous apportent un soldat... combien de temps reste-t-il dans les locaux ? demanda Alex l’air soudainement intéressé.
- N’y pense même pas. Généralement, lorsqu’ils nous apportent un super soldat, un de leurs trouveurs est toujours mis en contact avec celui-ci. Il serait trop risqué de l’apporter ici. Même si souvent ceux qui nous arrivent sont terrifiés et nous demandent de l’aide.
- Donc pour analyser la situation... nous devons faire attention à ne pas tomber en contact avec une capsule, la SP ou un trouveur... espérons que Max soit saine et sauve loin de tous ces problèmes, dit Titos.
- Nous le souhaitons aussi, soupira Connie.
Considérant que la petite réunion improvisée venait de prendre fin, ils retournèrent chacun à leurs occupations pour la soirée, tous plongés dans leurs pensées qui étaient tournées vers Max.
*****
Un bruit sortit soudainement Max du plus profond de ses rêves. Elle en ignorait la provenance mais elle savait que quelqu’un approchait. Depuis maintenant deux heures ou peut-être plus, elle avait été plongée à nouveau dans la noirceur la plus totale. Lorsque la porte s’ouvrit d’un coup sec déferlant un jet de lumière aveuglant, Max sentit une douleur insoutenable à la tête. Comme si ses yeux criaient leur douleur devant cette soudaine lumière. Dans la lumière, se tenaient deux personnes familières qui soutenaient une troisième qui avait du mal à tenir sur ses pieds. En fait elle donnait l’impression d’être une poupée de chiffon. Sa déduction se concrétisa lorsque Lucy et Josh avancèrent un peu plus dans la pièce avant de simplement laisser tomber la poupée qui s’écroula au sol faute d’avoir un appui.
- Nous t’apportons de la compagnie. Je dois dire qu’elle a très bien travaillé ce soir, sourit Lucy.
Max serra les poings face à l’être qu’elle avait jadis considéré comme sa sœur. L’amour fraternel qu’elle éprouvait pour Josh et Lucy avait fondu comme neige au soleil au moment même où elle avait été assommée. Voir Lucy parler ainsi d’un être humain comme d’un instrument de travail lui donnait des frissons de dégout. L’alpha attendit que la porte ce referme avant d’avancer vers le corps inerte qui se trouvait au même endroit. Max savait que la personne était toujours en vie, sinon ils ne l’auraient pas apportée dans la pièce. Comme si Lucy ou Josh avaient pressenti ses gestes, au moment où elle touchait l’épaule du nouvel arrivant, la lumière au-dessus de la porte s’alluma. Délicatement, Max retourna l’inconnu pour le coucher sur le dos dans une position un peu plus normale, les jambes allongées et non plus repliées sous lui. Max constata que l’inconnu était en fait une fille. Une jeune asiatique d’à peine l’âge de Titos. Son long manteau noir cachait un vêtement qui semblait avoir été moulé à son corps. Sa ceinture possédait plusieurs attaches qui étaient présentement vides. L’adolescente avait été dépossédée de ses armes. Une casquette dans les mêmes tons que ses vêtements tomba au sol lorsque Max bougea la tête de l’inconnue, révélant des cheveux noirs coupés au carré.
La jeune fille semblait dormir, il ne restait plus qu’à attendre. Max retourna à l’endroit où elle se trouvait avant que la porte ne s’ouvre et sombra aussitôt dans un profond sommeil.