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Ou peut-être un matin
Scribouilleuse : Shakes Kinder Pinguy
Genre : … ¤regarde sur le côté d’un air stressé¤
Claimer : À moi. Hum
Disclaimer : L’auteur se décharge de toute responsabilité quant à la réaction du lecteur. Hem.
Vivien finissait sa tournée par la machine de la chapelle Saint Anatole. C’était sa préférée, d’abord à cause de sa présence complètement incongrue, là, contre les pierres, au bas des neuf marches du parvis. Ensuite, parce qu’elle tombait toujours en panne poliment, sans en mettre de partout, par un refus simple et ferme de fonctionner. Enfin, surtout, et par l’opération du Saint Esprit, elle était la seule à fournir un café qui ne trouait ni vos chaussettes, ni vos intestins. Vivien se demandait souvent si le curé prenait le temps de la bénir tous les matins.
Ce jour-là, il y avait une mariée sur les marches. Rien d’étonnant, si ce n’était qu’elle s’y trouvait seule et tirait sur une cigarette comme d’autres sur un masque à oxygène. Vivien lui jeta un coup d’œil perplexe, prit le temps de s’interroger sur la situation avant de s’en désintéresser, avec le bon droit des gens trop occupés pour se soucier de la bizarrerie des autres.
La machine Saint Anatole se laissa remettre en route sans rechigner, offrit pour un euro tout rond son café miraculeux. Une vingtaine de minutes s’était écoulée ; la mariée, toujours assise sur sa marche, y écrasait un mégot avant de le glisser consciencieusement dans l’un de ses deux gants blancs.
Avec une nonchalance calculée, Vivien, gobelet à la main, se rapprocha prudemment.
« Tout va bien ? demanda-t-il.
– À votre avis ? répondit-elle sans animosité.
– … Hum… Je peux faire quelque chose ?
– Non. »
Elle leva les yeux vers lui, puis ajouta :
« Ne vous méprenez pas, je ne vais pas me marier.
– Ah ?
– Non. Je m’emmerde, dans la vie, vous voyez ? Alors j’ai acheté une robe de mariée. D’occasion, hein ! Et je suis là. »
L’expression de Vivien devait être éloquente, elle soupira.
« Voilà, maintenant vous me prenez pour une folle. Vous avez peut-être pas tord, remarquez.
– Vous voulez un café ?
– Pardon ?
– Vous voulez un café ? » répéta Vivien, le doigt pointé vers la machine.
La fausse mariée grimaça.
« Je tiens à mon système digestif.
– Celui-là est bon. Promis.
– Parce que vous venez de la réparer ?
– Non, parce que c’est un distributeur miraculeux.
– C’est pas gentil, de vous moquer comme ça. »
Vivien, tolérant de l’incrédulité du profane, alla tout de même lui en chercher un et le lui rapporta, les deux mains autour comme s’il portait un calice. Elle y goûta du bout des lèvres, pleine de soupçons, mais son visage s’éclaira :
« Miraculeux, vous avez raison ! »
Elle but une deuxième gorgée pour s’en assurer.
« Et, ça vous prend souvent de vous habiller en mariée quand vous vous ennuyez ? demanda Vivien après un temps de silence.
– Non, c’est la première fois, avoua-t-elle avant d’ajouter : Je me sens ridicule.
– Je vous comprends.
– Merci, fit-elle avec raideur.
– Ce n’est pas que la robe ne vous va pas. Il vous manque les accessoires, vous comprenez.
– Oui, bon, ça va… »
Elle tritura le tissu de sa robe, d’un blanc écru et satiné, classique.
« Je suis une fille bien, d’habitude, admit-elle. Je sais pas ce qu’il m’a pris.
– Un grain de folie, c’est pas dramatique.
– C’est dur à assumer quand on n’a pas un milligramme d’alcool dans le sang. Mais vous voyez… on arrête pas de me dire que le Prince Charmant me tombera dessus au coin de la rue. J’ai pensé lui faciliter la tache…
– Je ne suis pas le Prince Charmant.
– Non, vous êtes le réparateur de machines à café.
– Navré. Ce n’était pas mon premier choix de carrière.
– C’était quoi, votre premier choix ? »
Vivien regarda ses mains, tourna les poignets.
« Je vous raconterai ça ce soir.
– Hum. 17h30, ici ?
– Ça marche. Je m’appelle Vivien, ajouta-t-il.
– Moi, c’est Marguerite. Je vous interdis de rire.
– … je n’oserais pas… »
Elle esquissa un sourire un peu tremblant, Vivien le lui rendit, nerveux.
« Ça ne marchera pas, entre nous, vous savez, dit-elle.
– Pourquoi ?
– Ce serait trop beau. »
Vivien sourit franchement.
« Une sorte de miracle ?
– Vous êtes fleur bleue, dans votre genre.
– Dit-elle, assise en mariée au pied de l’église…
– D’accord, d’accord… Alors, à ce soir ?
– À ce soir. »
Elle se leva.
« Restez là, je m’en vais la première, c’est plus digne. »
Marguerite redressa la tête, souleva le bas de sa robe et s’éloigna sous le regard interloqué des passants. Vivien la suivit du regard, puis alla jeter les gobelets dans une poubelle non loin. Après un court instant de réflexion, il entra dans l’église allumer un cierge, pour le principe.
Même les miracles, parfois, avaient besoin d’aide, et cela ne coûtait pas plus cher qu'un café.
(fin)
… J’ai perdu/déçu combien de lecteurs, là ?