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Hello tout le monde !
Bon, bon, bon...que dire ? Me revoilà pour une toute nouvelle fiction, juste pour la rentrée ! Pour ceux et celles qui ont déjà lu mes autres histoires, sachez que celle-ci est beaucoup plus courte que 36, quai des Orfèvres, et se rapproche un peu plus d'Ungroupe de rock pas comme les autres. Bien sûr, c'était une histoire fleur-bleue-à-l'eau-de-rose. Donc si c'est pas votre genre...passez.
Après avoir fait vivre 5 hurluberlus, j'ai voulu relever un autre défi : 10 comédiens. Mais parmi les 10, vous trouverez facilement les personnages principaux, les secondaires, et ceux qui jouent le rôle "plante verte".
Voilà, à part ça, c'est à la portée de tout le monde. On va mettre un rating T (plus de 13 ans), au cas où mais sans plus ! Ah par contre, j'oubliais...le langage peut être vulgaire.
Enfin, avant de commencer, je vous remets ici le résumé, afin de vous mettre dans l'ambiance (LOL) :
Ils sont drôles, touchants, mélanco-dramatiques, bavards, ambitieux, francs, prétentieux, vaniteux, imaginatifs, souvent naïfs, peu sérieux, parfois pauvres, mais toujours riches en sentiments. Le semblant est leur domaine, mais pas toujours. Ils sont tous doués, mais restent des apprentis de la scène. Qui sont-ils ?
J'espère que ça vous plaira, et si ce n'est pas le cas...tant pis, j'aurai fait de mon mieux !
Bonne lecture !Graines de comédiens
Chapitre Un : La rentrée de la Section A
- Oui Monsieur, j’y penserai…s’exclama la dame à l’accueil, l’oreille fixée au téléphone. Ne vous inquiétez pas ! C’est ça ! Au revoir !
La standardiste raccrocha et replongea son nez dans ses papiers. Au même moment, un jeune homme apparut au bout du couloir. Il marchait discrètement sur le long tapis rouge en direction du distributeur automatique de gourmandises et de boissons.
- Je peux savoir ce que tu fais dans le couloir à cette heure-ci ? pinça-t-elle, en relevant la tête. Tu ne devrais pas être en cours ?
Le jeune homme se retourna pour lui faire face. Il la regarda longtemps, avec une lueur d’incompréhension dans les yeux. Puis il se tourna à nouveau pour voir s’il n’y avait personne derrière lui. Hélas, il était bien seul dans le hall.
- Salut Suzette ! C’est à moi que vous causiez ?
- À qui d’autre sinon ?
- Je ne sais pas. Vous en savez peut-être plus que moi, non ?
- Peut-être. N’empêche, qu’est-ce que tu fais dans les couloirs pendant les cours ?
- Moi ? reprit-il, étonné. C’est vraiment à moi que vous…
- Xavier !
- Okay, okay. J’ai été viré du cours.
- Quoi ?!
- Bah écoutez, c’était pas intéressant ce qu’il racontait, l’autre poireau ! Du coup, j’me suis endormi et…boum, à la porte !
- J’en crois pas mes yeux ?! C’est comme ça que tu vas réussir dans le métier peut-être ?
- Mais attendez, je suis dans une classe remplie de nuls ! J’ai un niveau cent fois plus élevé que les autres, et on me met en Section B seulement parce que je suis arrivé en milieu d’année ! Faut pas déconner quand même ! Si je m’ennuie, c’est parce qu’il n’y a aucune difficulté, voilà tout !
De la prétention, tous les élèves de cette école en avaient. Ce n’était pas un défaut, mais simplement l’une des caractéristiques d’un comédien. Un comédien comme Xavier. C’était une prestigieuse école de théâtre, où chaque élève était réparti selon leur niveau. On pouvait retrouver la Section C, une classe peuplée de débutants. En général, ces élèves n’étaient pas doués, et sur l’ensemble, les professeurs estimaient qu’il n’y en avait pas plus d’un quart qui arriverait au bout du chemin. Au degré suivant, il y’avait la Section B qui accueillait des comédiens pour les rendre meilleurs et leur donner de grands atouts. Malheureusement, beaucoup d’entre eux étaient encore immatures et peu talentueux, ce qui diminuait leurs espoirs d’aller en Section A. Cette dernière classe rassemblaient les meilleurs comédiens de l’école. Tous les autres élèves les enviaient. Et il y’avait de quoi. Ils jouaient si bien que l’on aurait dit des professionnels, alors qu’ils continuaient d’apprendre tout pour l’être vraiment. Ils faisaient un minimum de trois représentations par année scolaire, et dès fois, certains étaient repérés par des réalisateurs et des metteurs en scène. En bref, les élèves de la Section A étaient les plus populaires et les plus doués de l’école, ce qui leur attirait bien des jalousies.
- Et ton exam’ qui est la semaine prochaine, tu crois que tu vas le réussir si tu bosses pas un peu ?
- Évidemment, répondit Xavier en s’accoudant au bureau surélevé de la standardiste. Côté théorie, pas la peine d’apprendre les trois auteurs qui se courent après, je les connais déjà. Et côté pratique alors, n’en parlons pas…Je vais passer en Section A haut la main ! Cet exam’ est vraiment pour les nazes.
Suzette soupira. Au même moment, une jeune fille passa timidement la porte d’entrée et Xavier se raidit aussitôt. Elle portait une petite robe rouge à bretelles qui laissait dévoiler ses jambes fines. Elle avait environ 15 ans, au grand maximum. Ses cheveux blond vénitien lui retombaient sur ses épaules. Ils semblaient un peu emmêlés. Xavier était très sensible aux jolies filles, et il les traitait toujours avec respect (enfin, surtout les plus intelligentes). Il n’était pas méchant. Il les taquinait un peu, les séduisait parfois, et il avait toujours de bonnes relations avec elles. Son charme facilitait les échanges.
- Bonjour, fit timidement la jeune fille.
Le jeune comédien lui offrit son plus beau sourire en guise de réponse, mais il n’eut pas l’effet escompté : elle semblait terrorisée. Suzette, elle, grommela une réponse pas très compréhensible. La nouvelle venue pensait que Xavier était la première personne de la file d’attente. Elle n’osa pas s’approcher.
- Ah non mais tu peux y aller, assura ce dernier tout en la détaillant de la tête au pied. Je n’ai absolument rien à demander moi !
Elle s’approcha donc à petits pas et tendit un dossier à Suzette qui le saisit aussitôt. Même pas deux secondes de lecture s’étaient écoulées qu’elle le lui refila.
- Je suis désolée Mademoiselle. Ne pensez même pas à vous inscrire dans cette école si vous n’êtes pas majeure !
- Mais j’ai 17 ans !
- Oui. Mais vous n’en avez pas 18. Revenez l’année prochaine.
- Alors ça, Suzette, intervint Xavier - qui n’avait pas quitté des yeux la jeune fille, c’est vraiment pas cool ! Je pensais que vous étiez plus humaine !
- Toi, occupe-toi de tes oignons et retourne en cours !
- Mais quand même, vous n’oseriez pas refouler une aussi adorable et jolie demoiselle de cette école !
- J’ai l’argent ! dit alors la principale concernée, toujours timide mais résignée.
- Ce n’est pas le problème, rétorqua la standardiste. Vous n’êtes pas majeure, donc, vous ne pouvez pas vous inscrire dans cet établissement ! C’est comme ça, et pas autrement !
- C’est vraiment pas cool Suz’ ! répéta le comédien. Vraiment pas cool !
- Xavier, je peux savoir ce que tu fous ici au lieu d’être en cours ? tonna alors une grosse voix derrière eux.
C’était Benjamin, un professeur de la Section A, qui connaissait ses élèves sur le bout des doigts. L’élève allait répondre, mais son interlocuteur posa son regard sur la jeune fille.
- Je vois pas que tu n’as pas tardé à te faire remarquer par le Dom Juan de l’école ! plaisanta-t-il en lui souriant.
Pour toute réponse, elle regarda ses pieds. Seul Xavier ne manqua pas de réagir.
- Hey oh ! Pense à ma réputation ! Dom Juan, ça le fait pas trop !
- D’accord, reprit Benjamin en se retournant vers elle. Tu viens faire la connaissance du meilleur élève que l’on ait jamais connu ici.
La jeune fille releva tout de suite le visage et observa le comédien avec des grands yeux admiratifs.
- C’est vrai ?! s’exclama-t-elle. La chance ! J’ai hâte de te voir jouer !
- Je crois que je préfère encore me faire surnommer Dom Juan, répondit Xavier, gêné, en jetant un regard meurtrier au professeur. Toi, t’as vraiment le don pour tout gâcher !
Il ne l’écouta pas.
- Je t’attendais, dit-il à la jeune fille. Tes parents m’ont prévenu que tu étais arrivée à Paris. Tout est en règle pour ton inscription ?
- Non, répondit-elle, déçue.
- En effet, reprit Suzette, cette fille n’est pas majeure ! Je ne peux pas l’inscrire ici !
- J’en ai touché un mot avec le directeur. Il fait une exception, rien que pour elle. Alors reprenez son dossier, et inscrivez-la pour la rentrée en octobre !
La standardiste râla un peu et Xavier afficha un sourire éclatant.
- Bon, bon, je l’inscris en Section B alors !
- Ah non ! s’écria le professeur. Elle n’a rien à faire là-dedans ! Mettez-là en Section A !
- Quoi ?! s’étrangla Suzette.
- Hein ?! répéta Xavier, abasourdi.
- Vous avez bien entendu. En Section A.
- Du jamais vu !
- Franchement, moi qui suis le meilleur, comme tu dis, j’ai été obligé d’aller en Section B avec tous ces comédiens à deux balles, et elle…en Section A d’entrée ! Non, ma jolie, j’ai rien du tout contre toi, mais ça fout quand même les boules ! Il y’a du favoritisme dans cette école !
La jeune fille baissa la tête, honteuse. Benjamin posa sa main sur mon épaule pour la rassurer, auquel elle répondit par une moue contrariée.
- Xavier…elle est spéciale. Tu verras.
- Oh, je n’en doute pas, répondit l’intéressé, en la dévisageant.
Elle voulut détourner son regard du sien, en vain. Le comédien s’était rapproché d’elle et lui souriait gentiment. Cela aurait dû la mettre en confiance, mais elle était toujours aussi tendue.
- Tu es toute petite, petite, petite, constata-t-il, amusé.
Elle déglutit. Sa tête n’arrivait même pas jusqu’aux épaules de Xavier. De plus en plus gênée, elle détourna la tête en se mordant la lèvre inférieure. Le physique du jeune homme ne lui avait pas échappé. Plutôt grand, des cheveux bruns et touffus, des yeux bleus comme la mer de Chine, avec un visage assez charmant, il ne devait certainement avoir aucune difficulté pour séduire les filles. Et il avait la personnalité qui allait avec.
- Vous comprenez…c’est une sorte de surdouée…glissa Benjamin à la dame d’accueil, en lui remettant le dossier de sa future élève.
Il avait essayé de se faire discret, mais les deux comédiens l’avaient entendu. Xavier avait d’abord haussé un sourcil, étonné, puis son sourire s’était élargi.
- Et bien, on a au moins un point commun ! s’exclama-t-il à voix haute.
- Pas si vite toi ! interrompit son professeur. Elle et toi, vous ne jouez pas dans la même cours des surdoués ! Elle, c’est la scène. Toi, c’est les maths.
- Je dois le prendre comment ? grinça le meilleur comédien de l’école, vexé.
- Les maths ? s’étouffa la jeune fille simultanément.
Elle fixa Xavier comme s’il s’agissait d’un extra-terrestre. Celui-ci, toujours en colère contre Benjamin, lui expliqua brièvement sa facilité pour les mathématiques.
- Oui, les maths. Tu sais, c’est quand deux et deux reviennent à quatre. Et que quatre et quatre reviennent à huit. Et que huit et huit reviennent à seize. Et que seize et seize reviennent à 32. Et que racine de 32 revient à approximativement cinq virgule…
- C’est bon Xavier, on a compris ! coupa son enseignant. Et si tu retournais en cours ?
- Non. C’est trop chiant. Je m’ennuie.
- Retourne en cours.
- Non. Je reste avec elle, répondit l’élève en désignant la jeune fille. Mais si tu veux, je peux lui faire visiter l’établissement.
- Non, je veux que tu retournes en cours.
- Raté !
- Seigneur, qu’il est incorrigible ce gamin !
Le gamin en question lui envoya un sourire sournois dont Benjamin ne s’aperçut pas, s’étant tourné vers sa jeune protégée.
- Tu peux rentrer chez toi, tu sais. On se verra à la rentrée, d’accord ?
- D’accord, répéta la jeune fille.
- Tu pourras dire à tes parents qu’il n’y a eu aucun souci pour ton inscription.
- D’accord.
- Je peux lui poser une question ? risqua Xavier.
- Non, répondit le prof, pète-sec. Allez file, avant que cet énergumène te tombe sur le dos !
Elle remercia Benjamin et Suzette, et quitta l’école, non sans avoir jeté un dernier regard au jeune homme.
- Hey ! Benji ! Tu déconnes ! Je ne sais même pas comment elle s’appelle !
- Je t’en prie Xavier !
- C’est vrai, quoi ! Je ne vais pas la bouffer, ta protégée ! Bon d’accord…peut-être le nez ou la bouche, m’enfin… C’est pas une raison !
- Écoute, je préfère que tu te tiennes distant pour le début. Elle est assez fragile. Tu vois à quoi ressemble la porcelaine ? Et bien, ça marche aussi avec elle. Et j’ai pas très envie que tu me la brises.
Le comédien perdit son sourire, et fronça les sourcils. Suzette fit mine de ne pas écouter la conversation, même s’il s’avérait qu’elle soit une véritable commère.
- Et c’est à moi que tu dis ça, Benjamin ?! À moi ? répéta-t-il, en haussant le ton. Pourtant, t’es bien le premier à savoir que, de façon subjective, ce sont plus les filles qui me brisent que le contraire ! Et je pense que tu me connais assez pour savoir que je serais incapable de faire du mal à une fille aussi adorable que celle qu’on vient juste de voir !
Benjamin était certainement le seul professeur de l’école à connaître ses élèves sur le bout des doigts. Il attachait de l’importance au fait d’être proche des comédiens qu’il formait, et c’était le premier qui leur prêtait une oreille attentive lorsqu’ils avaient besoin de se confier. Xavier n’était inscrit dans cette école depuis seulement quatre mois, et il pouvait déjà affirmer que Benjamin était devenu son psychologue attitré.
- Je sais, je sais…mais je la connais aussi, elle. Et je sais qu’il faut vraiment aller en douceur avec elle. Tu verras le moment venu qu’elle est…différente.
- Je l’avais déjà remarqué, tu sais.
- Maintenant, fais-moi plaisir. Va en cours.
- Okay…
Le professeur haussa un sourcil, surpris que le comédien ait si vite abandonné l’affaire. Il s’éloigna tranquillement vers le couloir de droite. Benjamin, rassuré, discuta quelques minutes avec Suzette, et partit à son tour par le couloir de gauche.
De son côté, Xavier avait attendu silencieusement dans le couloir que Suzette soit seule. Il avait réfléchi à une mise en scène qui lui permettrait d’accéder au dossier de la jeune fille pour qu’il puisse y apprendre son prénom.
Les couloirs de cette école d’art et d’expression dramatique avaient été soigneusement décorés. Les murs étaient blancs, sur lesquels étaient accrochés des tableaux représentant des scènes de films, de représentations théâtrales, et des auteurs, artistes, réalisateurs et metteurs en scène plus ou moins célèbres. Tout était très bien éclairé. Contre les murs, il y’avait des plantes.
- Typique de la Suzette…grogna le jeune homme en s’approchant d’un petit arbuste.
Il regarda autour de lui pour voir s’il était seul, et comme c’était le cas, il donna un coup de pied dans le pot qui tomba dans un petit bruit sourd. Une grosse partie de terre présente dans la jarre s’était répandue sur la moquette rouge.
- Putain, mais c’est pas vrai ça ! beugla Xavier, de façon à ce que la mère Suzette l’entende. Encore un petit con qui s’est amusé à faire tomber les plantes ! C’est vraiment dégueulasse ! Y’a de la terre partout maintenant !
Comme il l’avait prévu, la standardiste accourut, affolée. À la vue du désastre, elle poussa un petit cri et se renfrogna aussitôt.
- Ah ! Je commence à en avoir assez de ces élèves qui salissent les lieux ! Si je retrouve ces petits imbéciles, je les mets à la corvée de nettoyage pendant toute l’année scolaire prochaine.
- Vous avez raison, Madame Suzette, c’est vraiment honteux, affirma Xavier, l’air mécontent. Il faudrait penser à faire installer des caméras, comme ça, on pourrait choper ces petits voyous !
Tout en disant cela, il s’éloignait discrètement vers l’accueil. Suzette s’était dépêchée de récupérer une balayette dans un placard à balai pour nettoyer au plus vite cette catastrophe, et avait totalement balayé le comédien de son esprit. Ce fut donc avec le sourire aux lèvres que le jeune homme se rendit dans le hall d’entrée, pour fouiller dans le bureau de la dame de confiance. Il trouva sans difficultés le dossier de la jeune fille et, après s’être attardé sur sa photo d’identité, il repéra sur-le-champ son prénom.
- Ouah…siffla-t-il, admiratif. Ça lui va vraiment très bien. Ludivine.
Il lut l’heure sur sa montre et constata avec satisfaction qu’il ne restait plus que deux minutes avant la fin des cours. Il retourna donc dans le couloir de droite, faisant mine de se rendre jusqu’à sa salle, et croisa Suzette, accroupie, qui s’affaissait à ramasser la terre du pot.
- Vous avez besoin d’aide ? proposa poliment le comédien.
- Va en cours ! pesta la standardiste.
L’humiliation la rendait hargneuse, et le jeune homme le savait. Mais au moment même où il s’éloignait vers sa salle, la sonnerie retentit.
- Oh ! lâcha-t-il, sur un air innocent. Zut alors ! Les cours sont finis ! Vous auriez dû accepter mon aide, maintenant, c’est trop tard ! À bientôt Madame Suzette !
Il s’en alla, deux fois plus satisfait. Sur le chemin, deux de ses camarades - ses deux meilleurs amis, en réalité – le rejoignirent.
- Hey Xavier ! appela un jeune homme, plutôt grand et châtain, répondant au nom de Pierrick.
- Quoi ?
- Le prof était furax quand tu t’es barré du cours !
- Je me suis pas barré, c’est lui qui m’a viré !
- Ah vraiment ? J’aurai plutôt pensé le contraire…s’exclama une jeune fille en enlaçant amicalement le comédien.
- Toi, tu es censée être de mon côté, gronda-t-il, vexé par ce manque de soutien.
Elle lui sourit malicieusement, de ce sourire qu’il aimait tant chez elle, et il ne put s’empêcher de la serrer un peu plus contre lui. Xavier tenait énormément à Aline, et c’était réciproque. Peut-être était-ce dû au fait qu’ils étaient sortis ensemble, quelques années auparavant. Quoiqu’il en soit, le jeune homme savait qu’il pouvait compter sur elle. Aline était une jeune femme de 19 ans, toujours à l’écoute. Elle était belle, mais son charme était très différent de celui de l’innocente Ludivine. Elle était un peu extravertie, et son maquillage était plutôt obscur. Ses yeux étaient cernés d’eye-liner noir et de fard bleu sombre. Son rouge à lèvres, aussi dans les tons foncés, tirait plus vers le mauve. Enfin, ses longs cheveux légèrement ondulés révélaient un noir des plus noirs, de même que ses fins sourcils.
- Sinon, qu’as-tu fait de la demi-heure qu’il te restait dans les couloirs ? demanda-t-elle, l’air enjoué, en balayant sa frange qui lui tombait devant les yeux.
- Et bien…j’ai vu une fille.
- Une fille ? répétèrent ses deux meilleurs amis.
- Oui, une fille.
- Tu nous apprends là quelque chose de totalement excitant…ironisa Pierrick.
- Des filles, il y’en a partout ici…affirma Aline.
- Non, mais celle-là, elle n’est pas d’ici. Elle sera seulement en Section A dès la prochaine rentrée.
- Non ?!
- Si. Et elle a 17 ans. Un petit prodige selon notre Benji national ! Et je veux bien le croire !
Pierrick et Aline observèrent attentivement leur ami rêvasser avec un sourire béat, et se jetèrent un regard entendu.
- Coup de foudre, conclurent-ils.
- Courage, il ne reste plus que deux heures, murmura Aline.
- Putain, je vais pas tenir…
Un élève était justement en train de chanter plus ou moins faux, et c’était un véritable calvaire de l’écouter. Encore un qui échouerait l’examen de passage en Section A…
- Franchement, tu peux me dire à quoi ça sert ? s’énerva le comédien.
Il n’avait pas réalisé qu’il avait parlé fort, et sa professeur de chant l’avait entendu. Elle arrêta l’élève qui chantait, et fixa Xavier de son regard perçant.
- Sachez, jeune homme, que si on donne des cours de chant et danse dans toutes les écoles de théâtre, c’est pour apprendre à des élèves à bien se servir de leur corps et de leur voix comme outils d’expression artistique. Claire, taisez-vous !
- Oui, oui, répondit l’intéressée, qui se révélait être une petite bavarde.
- Mon but, c’est de vous apprendre à chanter avec émotion. Qui sait si un jour, vous devrez jouer dans le Bourgeois Gentilhomme de Molière, une comédie musicale comme vous le savez, ou interpréter une chanson dans un film ?
- Les chances sont minimes, fit Xavier, peu convaincu.
- Peu importe qu’elles soient minimes ! Vous avez besoin de savoir chanter pour passer haut la main vos examens ! Mais puisque vous êtes le meilleur comédien de cette école, venez nous faire part de vos prouesses au chant !
Le jeune homme foudroya sa prof du regard, et se leva malgré lui pour se planter au milieu de l’estrade.
- Je vous préviens, j’attends quelque chose de parfait.
- Oui, oui, répondit distraitement Xavier.
Il se racla la gorge et, animé par la volonté de d’ébahir sa prof, il chanta. La différence entre lui et les chanteurs issus de la télé-réalité était flagrante. Peut-être même que certains grands artistes ne chantaient pas aussi bien que lui. En tout cas, pas de façon aussi expressive, théâtrale.
- Le soleil inonde le ciel
Mes jours en enfer passés à t’enterrer
Où chaque seconde est une poignée de terre
Où chaque minute…est un caveau
Sa voix était lente, morne, tremblante. Son regard se perdait dans le vide. Il n’avait pas l’air de souffrir. Non, il souffrait réellement. Il ferma les yeux.
- Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
En sang et en eau
En sang et en eau
Une trentaine de regards le contemplait, admiratifs. Sa prof esquissait un petit sourire satisfait, mais ses yeux brillaient de larmes. Xavier fronça les sourcils tout en levant les yeux au ciel, pour exprimer sa douleur. Il garda son attitude de deuil. Il n’avait pas besoin de se concentrer pour faire sortir les mots de sa bouche, car les mots s’envolaient librement de ses lèvres. Il chantait sans réfléchir. Il se laissait aller. Il ne lui restait plus qu’un couplet, et il chanta plus fort pour donner l’impression qu’il souffrait encore plus.
- Mais chaque seconde est une poignée de terre
Mais chaque seconde est une poignée de terre
Mais chaque minute est un tombeau
Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
En sang et en eau
En sang et en eau
Les jeunes filles les plus sensibles de la classe avaient les larmes aux yeux et sa prof s’était mise à pleurer, preuve que Xavier avait bien réussi son interprétation.
- Merci…Xavier…renifla-t-elle, en extirpant un mouchoir de sa poche.
- Pas de quoi. Vous voulez peut-être que je fasse les violons qui suivent le dernier couplet ?
Xavier attendait avec impatience son arrivée et l’ouverture des portes en compagnie de ses camarades. Ils étaient 30 en Section B, et voilà qu’ils se retrouvaient au nombre de 9 au cycle supérieur. Aline, Pierrick, Tristan, Claire, Grégoire, Mathilde, Simon, Emma et lui étaient les seuls qui avaient réussi leur examen en juin.
- Quel temps de chien ! s’exclama Simon, en observant les cordes tomber du ciel.
Il pleuvait très fort, il ne faisait pas chaud, l’école était toujours fermée et Ludivine n’arrivait toujours pas. Xavier se demanda si la journée était aussi bonne qu’il l’avait prévu.
- C’est dingue ! Nous sommes neuf ! récapitula Emma, une fille superficielle que le jeune homme et ses amis n’appréciaient guère.
Le comédien stressait de plus en plus à cause de l’absence de celle qu’il attendait.
- Nous sommes dix, contredit-il, de mauvaise humeur.
- Non, neuf.
- Dix, persista Xavier.
- Neuf, répéta Emma.
- Regarde, pauvre folle qui ne sait pas compter ! Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit…
- Neuf.
- Et dix.
Il désigna une petite silhouette, drapée d’un imperméable jaune, qui courait sous la pluie. Il devina sans difficulté qu’il s’agissait de Ludivine. Celle-ci fonçait dans leur direction, et s’écrasa comme une mouche contre la porte de l’école.
- Oh ? s’étonna-t-elle, croyant que l’entrée serait ouverte.
- Fermé, lança neuf voix à l’unisson.
- Oh ? répéta la jeune fille.
Déçue, elle se laissa glisser le long du mur pour finir assise sur le sol. Sans trop savoir pourquoi, Pierrick et Aline furent attendris. Ils ne voyaient pas son visage, car sa capuche le cachait, de même que ses cheveux blond vénitien mouillés. Xavier s’agenouilla auprès d’elle et lui adressa un grand sourire.
- Salut ! Tu me reconnais ?
Leurs deux regards se croisèrent et elle hocha la tête, timide. Au contraire, il garda son assurance et prit ses petites mains dans les siennes pour l’aider à se relever. Une fois debout, il retira sa capuche pour dévoiler sa tête.
- Voici donc tes nouveaux camarades de classe, lança Xavier, à la manière d’un présentateur télévisé.
- Ah ? répondit seulement Ludivine.
- Le grand benêt, là, à gauche, c’est Pierrick.
- J’te remercie Xav’, fit l’intéressé, froissé.
- Bon, tu verras, il n’est pas méchant et il est super rigolo. À côté, Aline. Elle fait peur comme ça, mais je te jure, elle non plus n’est pas vraiment méchante.
La dénommé Aline lui décocha un regard noir, mais cela fit sourire son meilleur ami.
- Très gentille, répéta-il. Un peu dangereuse parfois, mais très gentille.
- Bon c’est fini oui ! s’énerva la brune. Sinon tu vas te retrouver à l’Hôtel-Dieu sans savoir comment !
- Tu vois, je te l’avais dit, rappela Xavier à sa petite protégée. Sinon, tu as Tristan, mon alter-ego en beaucoup moins bien.
- Hey ! Retire ça tout de suite, enfoiré !
Ludivine se demanda d’abord en quoi les deux jeunes hommes se ressemblaient. Puis, elle remarqua que la lueur de malice qui régnait dans les yeux de Tristan était la même que celle qu’elle avait vue dans ceux de Xavier.
- Veuillez l’excuser, gente demoiselle, fit le comédien en faisant une mini révérence. Ce sot ne sait pas ce qu’il dit.
- Qu’est-ce que je disais ? claironna Xavier, taquin. Mon alter-ego…en beaucoup moins bien !
- Mais qu’est-ce qui lui prend aujourd’hui ?!
- Cherche pas, il a l’air déterminé à nous casser tous autant que nous sommes ! grogna Aline, toujours vexée.
Son meilleur ami éclata de rire, avant d’ébouriffer les cheveux de Ludivine. Effrayée, elle rentra la tête dans ses épaules du mieux qu’elle put.
- À côté de Tristan, tu as Claire, la pipelette de service.
- Hey !
- Ensuite, y’a Simon. Simon l’intrépide.
- Pff…
- Mathilde, la mijaurée.
- Connard !
- Grégoire, le méfiant.
- Je ne ferai aucun commentaire.
- Et Emma…euh…Emma, quoi. Emma, la présumée parfaite.
La concernée ne prit même pas la peine de répondre et jeta un regard empoisonné à Ludivine. Xavier, voyant son malaise, se hâta de la rassurer.
- Laisse tomber. C’est une pouffiasse, glissa-t-il discrètement à son oreille.
Au même moment, Madame Suzette vint leur ouvrir les portes de l’école, et les élèves purent se mettre à l’abri de la pluie torrentielle parisienne.
- C’est pas trop tôt ! On a failli attendre ! grognèrent les comédiens.
- Plaignez-vous encore une fois, et je vous fous à la porte !
Ils s’éloignèrent nonchalamment vers le couloir de droite, qui était censé les mener jusqu’à leur quartier général.
- Hey Xavier, tu vas où ? s’écria Aline, remarquant que le jeune homme se détachait du groupe avec Ludivine.
- Je vais lui faire visiter l’école en deux-deux ! Allez-y, on vous rejoindra après !
Il entraîna la jeune fille vers le couloir de gauche.
- Les deux couloirs se rejoignent au fond de l’école, expliqua Xavier en prenant la main de la nouvelle élève. Ça fait une sorte de boucle, tu vois ?
- Oui.
- Pas très bavarde, hein ?
Elle plissa le nez, mi-gênée et mi-contrariée. Le comédien sourit, de plus en plus attendri. Jamais, oh grand jamais, une fille n’avait provoqué une telle panique en lui.
- Tu connais d’où Benjamin ? demanda-t-il, alors qu’ils remontaient le couloir.
- Il connaissait déjà mes parents. Il a déjà travaillé avec ma mère, et je le connais depuis toute petite.
- Et elle fait quoi ta mère ?
- Rien de spécial…répondit mollement Ludivine.
Elle n’avait visiblement pas envie de parler de sa famille.
- Et tu habites où ?
- Comment ça ? s’étonna-t-elle, en s’arrêtant de marcher.
- Quoi ? fit le jeune homme, qui lui aussi ne comprenait plus rien.
- Enfin, tu peux répéter ta question ?
- Je…je te demandais où est-ce que tu vivais. À Paris ? En banlieue ?
- Euh…ça dépend.
- C’est-à-dire ?
- Je vis normalement dans le Midi.
- Si loin ?! s’étouffa Xavier.
- Mais pour les études, mes parents m’ont prêtée leur studio à Paris, se hâta d’expliquer Ludivine.
- Ah d’accord, je comprends mieux. Ça aurait été difficile de suivre les cours ici tout en habitant ailleurs qu’en région parisienne.
- Oui.
Ils se turent, gênés, et reprirent en silence leur visite. Le comédien montra à la jeune fille les salles où travaillaient généralement les Sections B et C.
- Les classes Bête et Con, tu vois.
Ludivine éclata de rire.
- Et nous sommes la classe Adorable ?
- Tout à fait ! Ah…attends ! Je vais voir si je peux te montrer un truc !
Xavier s’approcha vers une porte qu’il savait fermée à double tour. Il pria mentalement pour qu’elle soit ouverte, et après avoir abaissé la poignée, il constata avec joie qu’elle l’était réellement.
- Ouah, j’y crois pas ! C’est ouvert ! Viens Lulu !
Ludivine n’avait pas l’air de lui en vouloir pour l’avoir surnommée Lulu. Sans doute ce n’était pas la première fois qu’on l’appelait comme cela. C’était, après tout, un surnom courant. Elle s’agrippa à son bras, et le suivit dans la salle. Le jeune homme ferma la porte derrière eux.
- Oh, c’est tout noir ! Je vois plus rien ! s’écria Ludivine.
Elle nota aussi que sa voix résonnait. Heureusement, la présence de Xavier la rassura et elle resserra sa prise.
- Attention, il y’a une marche là. Ça va descendre, prévint-il, ignorant la pression qu’elle exerçait sur son avant-bras.
- On est où ?
- Tu crois que je vais te le dire ?
- Oui.
- Bah non.
Ludivine manqua de perdre l’équilibre sur une marche et se rattrapa à la chose la plus proche avec sa main libre. Elle toucha du bout des doigts l’objet pour deviner ce qu’il s’agissait.
- Ouah…c’est tout mou…du velours…fit-elle, émerveillée.
Presque ravie de sa découverte, elle suivit Xavier qui continuait à l’entraîner en bas des marches. Après deux minutes d’errance dans l’obscurité, il plaqua doucement la jeune fille contre quelque chose dont elle ne sut identifier. Il la retourna dos à lui.
- Pose tes mains là…conseilla-t-il en la guidant.
Ludivine, concentrée, tâta une sorte de plate-forme élevée. Xavier en profita pour poser les mains sur sa taille, et sa tête sur son épaule pour respirer son odeur.
- C’est une scène ! s’écria-t-elle, tout sourire.
- Bien vu ! Tu te trouves dans le théâtre de l’école, précisa le comédien. Il peut contenir près de 300 personnes, avec 15 rangées de 20 sièges. La scène fait environ 150 mètres carré.
- Ouah ! répéta Ludivine, encore plus fort. Fais-moi monter !
Il s’exécuta et dès qu’elle fut assise sur le bord de la scène, il se dépêcha de la rejoindre.
- Ne me laisse pas toute seule, hein ? fit-elle, un brin paniquée. Je n’aime pas trop le noir.
- T’inquiètes pas, je suis à côté de toi.
- Où ?
- Là.
Xavier passa un bras autour de sa taille pour la rapprocher de lui. La jeune fille ne contesta pas. Sans doute cela lui passa par-dessus la tête. Étrangement, il se sentait bien près d’elle. Elle remua, gênée par quelque chose. En se retournant pour enlever ce qui la dérangeait, elle faillit flanquer un coup d’épaule au comédien.
- Ah, c’était sur le rideau que j’étais assise…remarqua-t-elle, après avoir repoussé la lourde étoffe de velours.
Il ne répondit pas. Deux minutes passèrent dans le plus grand silence, où seulement les pieds de Ludivine donnaient des petits coups à l’estrade. Xavier essaya de deviner son visage dans l’obscurité. Il s’approcha lentement vers ce qu’il croyait être sa bouche et voulut l’embrasser. L’envie était trop grande. Il ignorait absolument vers où il dirigeait ses lèvres. Sa camarade dut entendre un froissement de tissu, car elle tourna aussitôt la tête vers le jeune homme, étonnée. Celui-ci, qui fonçait sans le savoir sur la joue joliment rosée de la comédienne, retrouva la cible souhaitée.
Il l’aurait embrassée, si et seulement si le théâtre ne s’était pas éclairé si brutalement. Frappés de plein fouet par la lumière, Xavier stoppa aussitôt son élan et Ludivine écarquilla les yeux, stupéfaite, en réalisant la proximité de leurs bouches. Aveuglée, elle les plissa ensuite après et enfouit son visage contre le torse du jeune homme. Lui, l’air penaud, releva la tête pour voir qui avait allumé l’éclairage. Benjamin. Évidemment. Il n’y avait que lui pour l’interrompre de cette façon lorsqu’il s’apprêtait à embrasser une jolie jeune fille.
- Je peux savoir ce que vous faites ici ? lança-t-il froidement, mécontent.
- Je…commença Xavier, embêté.
Sa camarade lui pinça le bras pour lui faire comprendre qu’elle allait personnellement s’occuper du cas de leur professeur. Dans ce cas-là, il fallait improviser. Et Ludivine excellait dans ce domaine.
- Hey ! Benji ! s’exclama-t-elle en lui faisant coucou de la main.
Pour toute réponse, il croisa les bras, les sourcils toujours froncés. La jeune fille sauta de la scène et accourut vers lui pour lui coller une grosse bise sur la joue.
- Ne lui en veut pas, supplia-t-elle en désignant Xavier qui revenait vers eux. Il voulait m’amener en cours, mais j’ai insisté pour qu’il me montre le théâtre. Ouah ! C’est vraiment grand, hein ! 150 mètres carré pour la scène ! Tu te rends compte ?! Il m’a dit que la salle pouvait accueillir 300 personnes ! C’est vrai ?!
- Oui…marmonna Benjamin, malgré lui.
- Ouah ! Et bah dis donc ! Incroyable ! s’ébahit Ludivine, époustouflée.
Alors qu’elle entraînait son prof et Xavier hors du théâtre, elle continua ses exclamations.
- Mon parrain m’a dit que la salle de répétition du Casino de Paris faisait aussi 150 mètres carré. C’est vrai Benji, hein, c’est vrai ?
Et le pauvre Benjamin, dont on ne mesurait plus sa connaissance sur les grandes scènes du monde, ne put s’empêcher de lui répondre. Son visage se dérida entièrement.
- Tout à fait Ludivine. Ton parrain est bien placé pour le savoir ! Il a quand même passé une année entière sur cette scène ! Mais savais-tu que le Casino de Paris avait été construit en 1730 pour Richelieu ? Car, tu vois, il se trouve que…
Et il se lança dans un long monologue sur cette salle de spectacle. Un sourire fendit le visage de Ludivine. Elle avait réussi.
- Arrêtez de vous foutre de ma gueule, grinça le jeune homme, énervé.
- Si tu veux, on peut s’arranger pour t’enfermer avec elle dans votre loge ! proposa discrètement Pierrick.
Leur classe, étant du niveau le plus élevé, possédait cinq loges attribuées aux élèves. Ludivine et Xavier avaient été plus ou moins contraints d’en partager une ensemble, car les filles s’étaient toutes mises par deux, de même pour les garçons. Les deux exclus n’avaient donc pas vraiment eu le choix, mais le jeune homme avait été très content de lui. En réalité, il avait demandé à Pierrick de se mettre avec Tristan, et Aline avec Claire, pour lui faciliter l’approche de la jolie Ludivine.
- J’attends de vous du travail constant, et beaucoup, beaucoup, beaucoup de sérieux ! Je ne veux plus avoir à vous enseigner les bases, comme respirer, mourir, embrasser, pleurer, hurler, saccager…Si vous êtes ici pour ça, retournez au cours des débutants ! Je veux voir des pros, je veux que vous jouez comme vous respirez ! Et on n’est pas ici pour flemmarder, sous prétexte qu’on est le meilleur de l’école, n’est-ce pas Xavier ?!
Benjamin vit l’intéressé se renfrogner. À côté de lui, ses meilleurs amis s’étouffèrent de rire. Ludivine lui adressa seulement un petit sourire de compassion, qui réconforta un peu (mais pas assez) le comédien.
- Bécasse, murmura-t-il sauvagement à l’attention d’Aline.
- Mon Dom Juan adoré ! répliqua cette dernière, la mine réjouie.
- Même pas vrai ! J’suis pas un Dom Juan !
- Et c’est pourtant bien toi, qui a dit l’autre jour, que tu ne croyais « qu’en deux et deux sont quatre, et que quatre et quatre sont huit » ! nargua Pierrick.
- Laisse mes chiffres tranquilles. Eux, au moins, ils ne m’emmerdent pas.
- Tes chiffres !
- Oui, mes chiffres ! Pas ceux d’un autre !
Aline et Pierrick cachaient leurs visages derrière leurs feuilles de cours, pour ne pas que Benjamin les voie s’esclaffer. Vexé, Xavier ne dit rien. Il était ce que ses amis appelaient « une tête à X », le même surnom que les polytechniciens exceptionnellement doués en maths. mais ce n’était pas pour autant sa faute s’il avait une très grande facilité pour les sciences.
- Si tu veux pas qu’on t’appelle Dom Juan, on choisira notre Xavier Savant alors ! Ou pourquoi pas X ? C’est bien X, non ?! X, comme l’inconnu…
- Allez vous faire foutre !
- Déjà fait, répliquèrent les deux collègues, tout sourire.
- Bon, c’est fini, oui ?! s’énerva Benjamin, tapant du pied sur le sol.
Xavier, Aline et Pierrick se turent aussitôt…pour repartir immédiatement. Tous les trois avaient éclaté de rire, telle une bombe au milieu de la salle de cours. À son tour contaminée, Ludivine laissa échapper un petit rire.
- Tu préfères Dom Juan ou le Xavier Savant (pas X, je t’en prie) ? demanda son camarade, en se tournant vers elle.
- Gros nounours, répondit la jeune fille, après mûres réflexions.
Le bruit d’un ballon qui se dégonflait se fit entendre dans la classe. Pierrick, qui s’était jusque là retenu, n’avait pas pu résister à l’envie de rire. Il s’arrachait les poumons à force de rigoler, et ceci se finit en un hoquet.
- Pu…hoc…tain…
- Et bah alors mon Loulou, qu’est-ce qui t’arrives ? s’exclama Aline, elle aussi morte de rire, en lui flanquant une grande claque dans le dos.
- J’sais pas…hoc !
- Bien fait ! déclara Xavier.
- Je peux continuer ? demanda Benjamin, bras croisés sur la poitrine.
Ils n’avaient pas réalisé que toute l’attention s’était reportée sur eux. Comme leur professeur, les autres élèves les observaient, étonnés. Aline afficha un grand sourire joyeux, Pierrick toussota avant de reprendre son sérieux et Xavier passa inconsciemment son bras autour des épaules de Ludivine. Celle-ci fit comme si de rien n’était.
- Tu peux continuer, dirent-ils d’une même voix, une fois leurs fous rires envolés.
- Bon…alors…Ce que je voulais dire, c’est que…merde !
Dépassé par la partie de rigolade et par le hoquet de Pierrick, Benjamin ne sut plus de quoi il voulait parler. Exaspéré par ce trou de mémoire, il foudroya du regard ses quatre élèves, qui lui adressèrent en retour un sourire innocent.
- Oui, oui.
Elle lui montra le petit panneau où elle avait écrit trois petits mots au feutre bleu. Le jeune homme sourit, et sa camarade se hâta de l’accrocher à la porte de leur loge. Leur loge à eux. Un abri reposant. Un endroit doux et tranquille. Un petit coin intime.
Ludivine & Xavier.
- Qu’est-ce qu’il y’a ? s’étonna ce dernier.
- C’est à propos de tout à l’heure…Je n’ai pas très apprécié que tu te retrouves seul dans le noir avec Ludivine à l’intérieur du théâtre.
- On a vraiment rien fait de mal, tu sais.
- Sûrement…mais je n’aimerais pas que ça se reproduise.
Après un silence, le comédien répondit enfin d’un ton très sérieux.
- Fais-moi confiance…s’il te plait.
Son professeur ne lui répondit pas, car il avait déjà accordé sa confiance depuis longtemps au jeune homme. Celui-ci quitta la pièce après l’avoir salué. Benjamin se gratta la nuque. Bien qu’il connaisse très bien Xavier, c’était Ludivine qui l’inquiétait. Elle était si imprévisible. C’était un défaut qui pouvait faire de gros dégâts. Il n’avait pas réellement envie de retrouver ses deux meilleurs comédiens avec un moral en dessous de zéro. Surtout pas avec le travail qui les attendait.
- Cette année promet d’être bien mouvementée ! pensa-t-il avec amertume, en éteignant la salle de classe et sortant à son tour.
Bonne rentrée à tout le monde.
(Mais je mets pas de preview pour le prochain chapitre. Parce qu'il ne vous apprendra rien de plus !)
ZbOoOoOo
La p'tite Clo'